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Full text of "Documents pour servir à l'histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg"

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L'INVASION ALLEMANDE 

DANS LES PROVINCES 

DE NAMUR ET DE LUXEMBOURG 



Il a été tiré de cet ouvrage z5 exemplaires de luxe, 

portant la signature des auteurs. 

Ces exemplaires sont numérotés de 1 à XXV 

et sont hors commerce. 



Tous droits de reproduction et de traduction réservés 

pour tous pays. 
Copyright by G. Van Oesl et C' e . 1Ç23. 



DOCUMENTS POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

DE 

L'INVASION 
ALLEMANDE 

DANS LES PROVINCES 

DE NAMUR ET DE LUXEMBOURG 

PUBLIÉS PAR 
le Chanoine Jean SCHMITZ et Dom Norbert NIEUWLAND 

SECRÉTAIRE DE l'ÉVÊCHÉ DE NAMUR DE l'ABBAYE DE MAREDSOUS 

C1JSQV1ÈME PARTIE 

(TOME VI) 

L'ENTRE^SAMBRE^ET^MEUSE 




BRUXELLES & PARIS 
LIBRAIRIE NATIONALE D'ART ET D'HISTOIRE 

G. VAN OEST & C ie , ÉDITEURS 
1923 



Ooiversitas 
BIBLIOTHECA 

Oîtaviens'x*. 



5M| 






L'ENTRE-SAMBRE-ET-MEUSE 



AVANT-PROPOS 



Nous étudierons dans ce volume la conduite des armées allemandes 
et les souffrances qu'elles ont fait endurer à la population civile dans la 
partie de la province de Namur comprise entre la Meuse et la Sambre, à 
l'exception de la région située au nord de la route de Rouillon à Fraire, 
région qui a déjà été traitée soit dans le tome II, en ce qui concerne le 
II e secteur (sud-ouest) de la position fortifiée de Namur, soit dans le 
tome III, où ont été longuement décrits les combats engagés pour la 
conquête de la Sambre. 

Nous prenons en ce moment les armées belligérantes à l'issue des 
combats de Namur, de la Sambre et de la Meuse, et nous les suivons dans 
leur course rapide et mouvementée à travers les cantons de Walcourt, de 
Florennes, de Philippeville et de Couvin. (Voir la carte finale, fig. i3o). 

Ainsi circonscrite pour l'espace, la cinquième partie de notre travail 
se limite pour le temps aux journées du 24 et du 25 août 1914; elle est 
l'émouvante histoire de la retraite des armées alliées et de la tumultueuse 
avance de la II e et de la III e armées allemandes (1 . Après avoir atteint le 

(1) A consulter : Fernand Engerand, Le Secret de la frontière, Charleroi, ch. IV : Le Dénouement, 
p. 507 et ss., Paris, Bossard. — Id- La Bataille de la frontière, Briey. Paris, Bossard. — Général Lanrezac, Le 
Plan de campagne français, Paris, Payot. — Jules Isaac, Le Témoignage du général Lanrezac sur le rôle de la 
5 e armée. Paris, Chéron, 1922. — Hanotaux, Histoire illustrée de la guerre de 19/4. Paris, Gounoulhiou- — 
Hanotaux, l'Enigme de Charleroi, Paris, l'Edition française illustrée. — Général Palat, III, Bataille des Ardennes 
et de la Sambre- Paris, Chapelot. — La Grande guerre écrite et illustrée par les écrivains combattants, Paris, 
Guillet, 1922, t. I, pp. 70 et ss. — Colonel Grouard, La Conduite de la guerre jusqu'à la bataille de la Marne. 
Paris, Chapelot. — Génétal Douchy, Le Grand Etal^Major allemand avant et pendant la guerre mondiale. 
Paris, Payot. — Général Mangin, Comment finit la guerre- Paris, Pion- — Lieutenant-colonel Poudret, 
A propos de la 1 bataille de la Marne, dans "Revue militaire suisse, LXIV e année, p. 441. — La Campagne de 
l'armée belge, 1914 à janvier 1916. Paris, Bloud et Gay. — Chot, La "Furie allemande dans l'Enlre~Sambre~ 



premier objectif qu'ils poursuivaient — la prise de Namur et la maîtrise 
des passages de la Sambre et de la Meuse — , les chefs de ces deux 
armées rêvent de capturer, en ces deux journées, les troupes belges et 
françaises qui ont dû se résoudre à la retraite ; et lorsque l'ennemi cons- 
tate qu'elles se dérobent à son étreinte, il en éprouve une colère, un 
dépit qui se traduisent aussitôt en d'innombrables et inutiles excès. 

Marquons avant tout le point initial de ces tragiques incidents. 
Le 23 août au soir, le général Lanrezac reçoit, à son quartier général de 
Chimay, la nouvelle de l'échec de la IV e armée française au nord de la 
Semois, à droite de la Meuse ; il apprend aussi la chute de plusieurs 
forts de Namur ainsi que la retraite des troupes belges, enfin l'arrêt et le 
repli probable de l'armée anglaise. Envisageant alors l'épuisement de sa 
propre armée et son encerclement au nord et à l'est, il prend une réso- 
lution héroïque qui surprit ses vaillantes troupes et dont on lui tint 
longtemps rigueur, mais qui, de l'avis de maints critiques militaires 
autorisés, bouleversa te plan ennemi et sauva la France. Plutôt que de 
s'exposer à un véritable « Sedan », il ordonne la retraite générale : « La 
V e armée en marche avant le jour le 24 août se repliera sur la ligne 
générale Givet-Philippeville-Beaumont-Maubeuge (1). » 

Au moment où se déclancha ce recul inattendu, l'État-Major allemand 
se crut victorieux, mais Lanrezac savait qu'il n'était pas battu. Tenir 
obstinément, dans les conditions les plus défavorables, eût été la défaite 
certaine (2). En se dérobant à temps, la V e armée, sur laquelle reposait 
la redoutable mission de défendre la trouée de l'Oise et de barrer la route 
de Paris, sortait sans trop de dommages d'une situation critique. Il n'y 
eut ni rupture de front, ni encerclement, ni tournement, ni destruction. 
Bien qu'elle se déroulât à travers une région difficile, n'offrant qu'un 
nombre insuffisant de chemins menant vers le sud, la retraite s'effectua 
sans déroute, ni panique. Les soldats ne quittèrent pas le champ de 

et-Meuse. Charleroi, Hallet, 1919. — Malburny, La Vague allemande sur le pays de Charleroi. Charleroi, 
Hallet, 1919. — Gustave Somville, Dinant. Paris, Perrin. — von Bulow, Mein Bericht zur Marne Scblacbt, 
Berlin, August Scherl, et traduction Jacques Netter. Paris, Payot, 1921. — von Hausen, Erinnerungen an den 
Marnefeldzug, 1914, Leipzig, Koehler 1920, et traduction avec préface du Général Mangin, Paris, Payot, 1922. 
— Baumgartbn--Crusius, Die Marnescblacbt, 1914, Leipzig, Max Lippold, 1919. — Die Schlachlen und Gefecbte 
des Groszen Krieges. Berlin, Sack, p. 14-16- — Stegemann, Geschicble des Krieges, I. p. 139 et ss. Berlin, 
Deutsche Verlags-Anstalt, 1917. — Tony Kellen, Belgien. Hermann Montanus, Berlin, 1915, p. 22. 

(i) Sur l'heure exacte à laquelle furent donnés les ordres de retraite par le général Lanrezac et par le 
maréchal French, cf. Jules !saac, o. c. pp. 84 à 88. 

(2) « Aujourd'hui que les faits sont mieux connus, écrit Isaac en juillet 1922, il paraît hors de doute que 
Lanrezac, en décidant de battre en retraite, a déjoué le plan ennemi, sauvé la V e armée d'un désastre plus que 
certain, sauvegardé l'avenir et rendu possible le redressement sur la Marne » o. c. pp. 91 et 92. 



bataille à la débandade, à cause de l'horreur du combat; ce n'est ni la 
crainte d'y laisser leur vie, ni la faiblesse devant l'ennemi qui les pous- 
sèrent à délaisser la lutte; ils se soumirent à regret et par discipline à la 
volonté du commandement (i). 

Il y a plus : dans tout le cours de cette retraite, que dictaient maintes 
fâcheuses circonstances, la V e armée garda sa liberté d'allures. Chaque 
fois qu'il en fut besoin, par suite de retard ou d'encombrement, on réglait 
l'avance de l'adversaire. A Stave, à Chaumont, à Hemptinne, à Walcourt, 
à Surice, à Agimont, à Matagne, à Fagnolles, à Mariembourg, des 
arrière-gardes attendirent l'ennemi, et le continrent jusqu'à l'instant précis 
où son avance cessait d'être un danger. 

L'historien devra le proclamer : ce fut une retraite délibérée, calme, 
glorieuse (2). 

Signalons, dès ce moment, la seule chose que le soldat français 
trouva douloureuse. Il ne l'ignorait pas : chaque fois qu'il tirait sur 
l'ennemi, il exposait les civils à de cruelles représailles; il mettait en 
péril les vies et les biens. Sa légitime résistance était, à chaque pas, 
l'occasion d'incendies et de massacres. C'est en pleurant qu'il s'éloigna 
souvent du combat, pour se soustraire à cette cruelle responsabilité, ou 
qu'il céda parfois aux instances des habitants, qui le suppliaient de s'abs- 
tenir de toute résistance, afin d'éviter de nouvelles ruines. 

D'autre part, les civils furent inconsciemment pour l'armée en retraite 
un grand obstacle. « Sur tous les derrières de l'armée, écrit le général 
Lanresac (3), on a le spectacle affreux des populations belges du Bori- 
nage qui fuient devant l'invasion allemande ; des milliers d'hommes, 
de femmes et d'enfants, emmenant avec eux des véhicules de toute 
sorte, de la brouette à l'immense fourragère attelée à quatre bœufs, 
couvrent les routes, barrant la circulation à tous les défilés. » 

Comment se comporta l'armée allemande, le tableau ci-dessous le 
dira, et sa concision est éloquente (4). 

(1) Lanrezac, o. c. p. 199; Hanotaux, Histoire illustrée delà guerre de 1914, VIII, p. 79 et l'Enigme 
de Cbarleroi, p- 79; Engerand, o. c. pp. 538 à 647. 

(i) Jules Isaac relève, de plus, que la retraite a été poursuivie sans accident grave sur un parcours 
de a5o kilomètres (o. c, p. ui). 

(3) Le plan de campagne français, o. c, p. 177. On lira une autre et émouvante description de la retraite 
dans Eue Bahier. Vne ambulance pendant la guerre, Copenhague 1915, p- 7, cité par Hanotaux, VI, p. 18. 

(4) En résumé, le X e corps a détruit totalement 5 villages, incendié partiellement 6 villages, versé le 
sang des civils dans 9 villages; la Garde a détruit totalement 1 village, incendié partiellement 7 villages, 
versé le sang des civils dans 5 villages ; le XII e corps de réserve a détruit totalement 5 villages, incendié 



8 

Maisons 

Sur le parcours du X e corps : vînmes incendiées 

Hanzinne i 5o 

Hanzinelle — 83 

Thy-le-Baudhuin 2 

Morialmé — 6 

Somzée. , 5 3z 

Laneffe — 20 

Chastrès 2 — 

Fraire 2 2 

Yves-Gomesée — i3 

Thy-le-Château 2 — 

Walcourt 1 i5 

Fontenelle 1 — 

Daussois — zy 

Silenrieux — 3t 

Sur le parcours du corps de la Garde : 

Lesves 4 14 

Furnaux — 1 

Stave , 2 74 

Biesmerée — t 

Florennes 2 4 

Saint-Aubin 1 — 

Jamagne 1 — 

Villers-deux-Eglises — 2 

Bioul 1 — 

Ermeton-sur-Biert 3 86 

Sur le parcours de la 23 e division de réserve, 
XII e corps de réserve : 

Anhée 1 6 

Haut-le-Wastia ' 3 2 

Warnant — 3 

Annevoie — 1 

Rivière — 1 

Sosoye 4 5 

Philippeville 1 2 

Neuville 3 ï6 

Mariembourg 4 95 

Frasnes , 12 145 

partiellement 9 villages, versé le sang des civils dans 14 villages; le XTl e corps a détruit totalement 3 villages, 
incendié partiellement 8 villages, versé le sang des civils dans 12 villages: le XIX e corps a détruit totalement 
3 villages, incendié partiellement z villages, versé le sang des civils dans 6 villages. 



9 

v - . Maisons 

Sur le parcours de la 24 e division de réserve, incendiées 

XII e corps de réserve : 

Gerin 2 2 

Anthée 9 7 a 

Maurenne — 46 

Agimont — 1 

Soulme 6 — 

Vodelée — 3 

Doische ' — 

Sur le parcours du XII e corps : 

Sommière 

Weillen 

Morville 

Flavion 

Rosée 

Omezée 

Franchimont 

Villers-le~Gambon 

Merlemont 

Villers-en-Fagne 

Dourbes 

Nismes 

Petigny 

Couvin 

Le Bruly 

Petite-Chapelle 

Sur le parcours de XIX e corps : 

Onhaye 4 114 

Surice 5j i3o 

Lotenne — 2 

Romedenne it 119 

Romerée 2 12 

Treignes 1 — 

Oignies * 1 1 

Voilà le désastre qu'a réalisé en deux jours l'armée allemande 
victorieuse. 

Ce bilan est particulièrement émouvant si l'on considère que, à 
l'arrivée de l'ennemi, le pays était désert. Nous avons pris soin de noter, 
village par village, au cours du travail, le nombre des personnes qui y 
étaient demeurées. Aussi a-t-il fallu aux auteurs du Livre Blanc un 



1 


1 


7 


1 


2 


42 




4 


3 


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4 


52 


4 

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5 


2 


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3 


58 


8 


3 


4 


t4 


5 


8 


2 


\o 


5 


4 



10 



extraordinaire cynisme pour parler de francs-tireurs (i) ; il ne restait dans 
tout l'Entre-Sambre-et-Meuse qu'un nombre insignifiant d'habitants (2) ! 

Quand le lecteur apprendra comment furent traités les quelques civils 
courageux qui étaient demeurés à Surice, à Romedenne, à Franchimont et 
à Frasnes, il se demandera avec effroi ce qui serait advenu si les Français 
n'avaient partout conseillé aux habitants de fuir devant un si cruel ennemi. 

Les vieillards eux-mêmes, les sourds-muets et les simples d'esprit ne 
trouvèrent pas pitié devant ces sauvages. (Voir Qnhaye, Laneffe, Fraire, 
Doische, Hansinne, Thy-le-Baudhuin, etc.) 

Des soldats belges et français faits prisonniers sont tués sans pitié, à 
l'instar des civils, à Anhée, à Falaën, à Bioul, à Ermeton-sur-Biert, à 
Neuville, à Frasnes. 

A Romedenne, un pauvre blessé français est achevé de deux coups 
de fusil. 

Ces méfaits, accomplis sous l'œil des généraux et des chefs d'armée, 
que nous voyons s'avancer partout en tête de leurs troupes (3), ont 
été consignés par beaucoup de soldats allemands dans leurs carnets de 
campagne. Nous avons relevé un nombre considérable de ces citations, 
dont il sera fait mention aux localités correspondantes. Bornons-nous, 
dans cette introduction, à en donner quelques unes. 

Le baron von Hodenberg, du 100 e grenadiers, XII e corps, note ses 
impressions à Rethel, quelques jours après son passage dans la province. 
Il écrit : « La discipline va baissant de plus en plus. Eau-de-vie, vin et 
pillage sont à l'ordre du jour. La faute en est à l'infanterie. Ce sont les 



(1) Le Livre Blanc est, cette (ois, plutôt discret. Du X e corps, il publie trois lignes sur Laneffe et Somzée 
(annexe 34, p. 5o), et deux courts rapports sur Silenrieux (annexes 39 et 40, p. 55); enfin les annexes 43, 44, 
45 et 46 (pp. 57 à 60) tentent de justifier le meurtre du vénérable curé d'Acoz. La 32 e division (XII e corps) a 
donné un court rapport sur Anlhée et "Rosée (annexes 38, p. 54), et sur Couvin (annexe 42, p. 56). C'est tout 
pour la région étudiée dans ce volume. 

(2) C'est l'une des raisons pour lesquelles l'histoire de cette région a été particulièrement difficile à 
reconstituer. Les rares témoins des agissements des troupes allemandes se tenaient terrés dans des cachettes. 
Lorsqu'on put les consulter, ils déclaraient généralement n'avoir rien vu. Quant à l'ennemi, il n'avait fait que 
passer, en une course échevelée, sans laisser d'autres traces que des cadavres sans sépulture, des pans de murs 
calcinés, des maisons souillées et saccagées. 

(3; On retrouve dès le 24 et 25 août les États-Majors à Anthée, à Gérin, à Rosée, à Merlemont, etc. 
Dans son rapport adressé à la commission d'enquête en :oio, le parquet de Dinant « signale la présence, dans 
ces journées tragiques, de nombreuses autorités supérieures, qui ont assisté impassibles à ces scènes, si elles 
ne les ont pas organisées. Le général von Hausen lui-même, avec l'état-major de la III e armée, est à Taviet 
le 23, à Gérin le 24, à Merlemont le 25 (fig. 58), d'où il contemple à ses pieds les nombreux incendies 
allumés dans toute la région par les troupes sous ses ordres, sans s'en préoccuper autrement que pour les 
expliquer par le sempiternel prétexte : on a tiré ! " 



1 1 



troupes des trains de combat qui se comportent le plus mal » (i). Nos 
lecteurs ne penseront pas différemment. 

Le sous-officier de réserve Friedrich Bùrger, de la 3 e batterie du 
4748 e régiment d'artillerie de campagne, 23 e division, écrit dans une lettre 
à ses parents, abandonnée par lui, le 25 août, à Romedenne : 

« Les habitants tirent sur nous : voilà pourquoi nous incendions les villages. 
Dans la seule nuit d'hier, z3 août, nous avons mis le feu à trois localités : quel 
spectacle !... Toute l'organisation est merveilleuse. Des avions, des ballons captifs, 
des zeppelins et un nombre incalculable d'autos passent et portent la mort. Tout 
est en feu, tout est pillé et massacré. C'est la guerre, Messieurs, c'est la guerre ! » 

Les soldats prenaient parfois la peine de motiver et de justifier, 
séance tenante, les navrantes dévastations auxquel ils se livraient. « Votre 
Roi n'avait qu'à nous laisser passer », déclarent les incendiaires d'Yves- 
Gomezée. Le capitaine von Heinelling, de la 83 e brigade, XI e corps, 
consigne sur un billet de réquisition le texte suivant : « Stave vient d'être 
incendié parce que les soldats français ont tiré de ce village. » A Ermeton- 
sur-Biert, un officier dit au docteur belge Helsmoortel : « Tout village où 
l'on s'est battu doit être incendié. » « S'il y a un seul Français dans votre 
village, vous serez tous fusillés sans pitié », déclare un officier à 
M. Laloux, fermier à Surice. « Si un coup de feu est tiré pendant la nuit, 
même par des soldats français, dit un Hauptmann à Oignies, vous serez 
fusillés ! » Il résulte clairement de ces déclarations que, à l'origine, 
il n'était pas toujours question de francs-tireurs : c'est le besoin tardif 
de se justifier qui a fait naître la légende. 

La division de la cinquième partie sera la suivante : 

Chap. I : Sur le front de la Sambre ; 
Chap. II : La retraite de Bioul ; 
Chap. III : Sur le front de la Meuse- 

Partant de 1 ouest, à la limite du Hainaut, nous avancerons pas à 
pas jusqu'à la Meuse, dont nous remonterons le cours jusqu'à Givet, 
prenant chaque division allemande au moment où elle met le pied dans 
la région et l'accompagnant jusqu'à la limite de la province. 

(1) Cette page est reproduite dans tes Violations des lois de la guerre par l'Allemagne, Paris, Berger- 
Levrault, I, p. 101. 



CHAPITRE I 



SUR LE FRONT DE LA SAMBRE 



Ainsi que nous l'avons longuement exposé dans la seconde partie, 
c'est le 21 août que la II e armée allemande (général von Bùlow) (t) et 
la V e armée française (général Lanresac) (2) en vinrent aux prises sur la 
Sambre. 

La veille au soir, le commandement supérieur français avait donné 
comme directive à la V e armée « de prendre l'offensive au nord de la 
Sambre, sa gauche passant par Charleroi ». 

Le général Lanrezac décida néanmoins de ne prendre l'offensive 
que le 23 août, jour où l'armée anglaise, qui s'avançait à gauche, serait 
à hauteur; en attendant, on se bornerait à empêcher l'ennemi de 
déboucher au sud de la Sambre, et « il était même interdit d'aller dans 
les fonds de Sambre autrement que par des détachements chargés 
d'empêcher les éclaireurs ennemis dépasser » (voir t. III, p. 10). 

(1) La II e armée comprenait, du moins à partir du i5 août, date à laquelle le IX e corps passa à la I e armée, 
trois corps actifs : la Garde, le VII e et le X e corps, et les trois corps de réserve correspondants. 

Le 8 août, ces trois corps actifs avaient respectivement atteint Hamoir, Fraipont, Esneux, et les corps de 
réserve Basse-Bodeux, Eupen, La Reid où ils stationnaient en attendant la chute des forts de Liège. La ligne 
qui les séparait de la III e armée était Malempré-Tohogne-Havelange, ces localités appartenant à la III e armée. 

L'avance fut ordonnée le 14 août : la 9 e division de cavalerie passa la Meuse à midi près de Hermalle, sur 
un pont qu'y avait jeté le X e corps, et gagna Waremme, Puis les troupes d'infanterie s'ébranlèrent. Le 18 août, 
le VII e corps, le X e corps de réserve et le X e corps atteignirent Ophey, Wansin, Branchon. Le corps de la 
Garde s'échelonnait sur la route Huy, Huccorgne, Ville.-en,-Hesbaye, Moxhe, Ambresin, Wasseiges- 

Le 19, la II e armée fut portée en avant; le X e corps de réserve jusque Sart-Risbart, le X 6 corps actif 
jusque Perwez, la Garde jusqu'à Méhaigne- 

Le 21 août, les têtes du VII e corps de réserve atteignirent Nivelles, celles du X e corps de réserve Frasnes~ 
lez-Gosselies, celles du X e corps, Pont-de-Loup et Tamines, celles de la Garde, Auvelais et Jemeppe- 

(2) La composition détaillée de la V e armée française a été donnée tome III, pp. 9 et io- 



14 

Le combat des z\, zz eî zZ août sur le front du 10 e corps français 
a été raconté dans la III e partie (p. 41 et ss.), mais nous devons revenir, 
au cours de ce chapitre, sur les événements militaires qui se sont passés 
sur le front du 3 e corps. 

Ces trois journées constituent en réalité un combat unique : 
commencé le 21 sur le front Namur-Roselies, poursuivi le zz sur le 
front Namur-Charleroi et, le 23, sur le front Hastière-Thuin, il se 
termina le 23 au soir par l'ordre de retraite du général Lanrezac (i)- 
Quant aux engagements partiels du 24 août, auxquels est principalement 
consacrée la V e partie de notre ouvrage, ils ne sont que des combats 
d'arrière-garde- 

Si l'on admire sans réserve la vaillance dont firent preuve les 
Français sur la Sambre, il convient d'ajouter que leur courage fut aussi 
téméraire qu'héroïque. Les 21 et 22 août, ils se lancèrent à l'attaque, sans 
égard aux instructions du général Lanrezac (2), et ils subirent de lourdes 
pertes en se heurtant à un ennemi prudent, qui s'était mis partout sur la 
défensive et n'allait de l'avant que lorsqu'il voyait son adversaire battu 
ou épuisé. 

C'est le X e corps et le corps de la Garde qui, entre Charleroi et 
Namur, ont attaqué la V e armée française. La division logique de ce 
chapitre est donc la suivante : 

1. — L'avance du X e corps. 

2. — L'avance du corps de la Garde. 



I. — 'L'avance du X e corps. 

La région étudiée ici est la partie nord-ouest de la province de 
Namur, circonscrite par la ligne Hanzinne-Tarcienne-Berzée-Clermont- 
Castillon-Silenrieux-Cerfontaine. (Voir fig. t3o.) 

C'est au nord de cette région, sur des localités appartenant à la 
province de Hainaut, que s'est déroulé partiellement le combat de la 
Sambre (3). Consacrer de longues pages à ce combat serait sortir du 

(1) Il conviend.-ait plutôt de l'appeler Combat de Sambre~cl--Meuse- Quant à l'appellation « bataille de 
Charleroi» qui a prévalu dès le début dans la littérature française, elle est impropre. V- Hanotaux, Histoire 
illustrée de la guerre- o c- IV, p- 114- 

(2) cf- Isaac, o-c- pp- 14 et 70 à 73. 

(3) A consulter : Engerand, o- c p 507 et 523; Lanrezac, o. c; Hanotaux, Histoire illustrée de la 
guerre de J914, V, p- 282, VI, p- 3o ; La grande guerre écrite et illustrée, o. c. (raconte longuement les opéra- 
tions de la 5 e division, au 22 août); Cornilieau, La ruée sur Paris, Paris, Tallandier, p. 3t. 



15 

cadre de notre travail ; aussi nous bornerons-nous à consigner ici 
quelques données sommaires d'ordre militaire, indispensables à l'intel- 
ligence des rapports n° 507 à 529, relatifs aux villages de la province 
de Namur. 

Au soir du 20 août, le 3 e corps français tenait Gerpinnes- 
Tarcienne-Nalinnes, prolongé à l'est par le 10 e corps qui occupait 
Fosses-Vitrival-Le Roux. 

Nous renvoyons le lecteur au tome III, p. i3 et ss., pour les 
événements du 21 août au 10 e corps : l'ennemi s'y empare des ponts 
d'Auvelais et de Tamines. Face au 3 e corps qui nous intéresse ici, 
le X e corps allemand s'empare de Roselies et d'Aiseau. Sur tout 
le cours de la Sambre, von Bùlow transporte ses troupes au sud de 
la rivière. 

Le 22, au point du jour, le 3 e corps est déployé sur la ligne 
Gerpinnes-Tarcienne-Nalinnes. La 5 e division (général Verrier), placée 
à l'aile droite, qui s'est usée à reprendre Roselies par une pénible attaque 
de nuit, s'est laborieusement reformée après le désordre dans lequel 
cette opération l'a jetée. Alors qu'une prudence pareille à celle de l'adver- 
saire eût été de circonstance, la 5 e division bondit à l'attaque, elle tente 
de reprendre Roselies, mais est rejetée, à 9 heures, sur la ligne Presles- 
Bouffioulx. A 10 heures, l'ennemi sortant de Châtelet, s'empare de 
Bouffioulx, d'où la division cherche vainement, en un rude assaut, à le 
rejeter. 

En fin de journée, le 3 e corps se reforme sur la ligne Gerpinnes- 
Tarcienne-Nalinnes, à la gauche du 10 e corps, dont les deux divisions 
se sont épuisées, elles aussi, à se ruer, la 20 e à Tamines, la 19 e à 
Aisemont, sur un adversaire bien retranché, et s'arrêtent, à 19 heures, 
au sud de Fosses-Vitrival-Scry et Biesme. 

Nous sommes au 23 août et le combat, qui se déplace d'heure en 
heure vers le sud, s'est maintenant étendu au territoire de la province 
de Namur. Pour cette journée, von Bûlow a prescrit de continuer 
l'attaque comme suit : la Garde à l'aile gauche, jusqu'à la ligne Tamines- 
Mottet-Rosée ; à sa droite le X e corps, jusqu'à la ligne Charleroi- 
Philippeville, puis le X e corps de réserve jusqu'à la ligne Thuin- 
Boussu lez Walcourt-Cerfontaine ; à l'extrême droite le VII e corps. 
A 8 heures, la ligne Fontaine- Valmont-Mettet doit être dépassée par 
les troupes d'attaque. 

En réalité, l'avance allemande du 23 août fut, comme nous allons 
le voir, très insignifiante. « La II e armée, dit von Bùlow, au prix de 



i6 

combats sévères (t), atteignit seulement la ligne Merbes le Château- 
Thuin-Saint Gérard ». C'est que les trois corps français ont reçu, la 
veille au soir, l'ordre de « tenir ferme sur leurs positions ». Ils tiennent, 
en effet, pendant toute la journée, malgré l'action intense de l'artillerie 
allemande. 

Dans la nuit même du 23 au 24, les troupes françaises qui, malgré 
l'échec de la veille, avaient magnifiquement contenu l'ennemi sur tout le 
front pendant la journée du 23 août, se retirèrent à marches forcées, 
mettant entre l'ennemi et elles un espace considérable. 

Cette retraite s'accomplit souvent au sein des ténèbres et dans un 
grand silence ; les ordres eux-mêmes étaient donnés à voix basse. Ceux 
qui en furent les témoins (voir rapport n° 5 11) assurent qu'elle était 
impressionnante. 

Le 24 août, l'ennemi fit un bond en avant considérable. Nous verrons 
les éclaireurs du X e corps passer près de Thy-le-Baudhuin à 8 heures, 
à Thy-le-Château à 10 heures, à Gourdinne à 10 h. 3o. Les villages de 
Tarcienne, Hanzinne, Hanzinelle, Berzée, Somzée, Laneffe, Fraire, 
Morialmé, Chastrès et la ville de Walcourt furent occupés la plupart 
dans l'avant-midi, quelques-uns à la soirée. On ne signale de résistance 
qu'à Walcourt. 

Un bon nombre de ces localités se trouvaient dans le champ de 
bataille du 23 août : des soldats des deux armées sont tombés à 
Tarcienne, à Hanzinne, à Hanzinelle, à Somzée, à Gourdinne, à 
Chastrès, à Walcourt. Le combat n'avait pourtant guère endommagé ces 
villages et, s'ils sont maintenant incendiés, il faut en demander compte 
non pas aux nécessités du combat, mais à la sauvagerie allemande. 

On jugera aussi sévèrement la témérité avec laquelle l'ennemi a parlé 
de francs-tireurs à Somzée (2), à Laneffe (3), à Silenrieux (4), car ces 
villages, ainsi que tous les autres, étaient pour ainsi dire déserts. Pour 
épargner aux civils les angoisses et les souffrances que leur faisait 
endurer un ennemi sans scrupule, les Français avaient partout donné 
le mot d'ordre de fuir : on le suivit, et quand les Allemands vinrent, 

(1) Von BjIow dit avoir perdu en deux jours 11000 tués et blessés, dont beaucoup d'officiers. Mon 
"Rapport sur la Bataille de la Marne, o- <-• p- 57. Von Hausen signale de son côté la désagréable situation 
causée à l'armée de von Bulow par les succès que les Français remportèrent sur le X e corps de réserve, 
et affirme que les combats du li août ne répondirent pas à l'attente du chef de la II e armée- Von Hausen, 
Erinnerungen, o- c- p. i3i- Voir aussi Isaac, o. c- p. 83 (note). 

(2) Livre Blanc, Anlage 34, p. 5o. 

(3) U. 

(4) Anlage 39 et 40, p. 55. 



«7 

ils n'en crièrent pas moins qu' « on avait tiré sur eux » (i) ! On verra 
comment furent massacrés ou brutalisés les rares vieillards qui n'avaient 
pu fuir. Preuve nouvelle que le feu et le sang étaient admis, au même titre 
que le fusil et le canon, parmi les moyens de faire fléchir l'adversaire (2). 

Au soir du 24 août, le X e corps allemand avait presque entièrement 
dépassé les limites de la province deNamur et atteint la ligne Barbançon- 
Boussu lez Walcourt-Yves Gomezée, ayant à sa gauche la Garde sur la 
ligne Boussu-Jamagne. 

Le 25 août, le X e corps gagne Daussois et Silenrieux, obliquant 
nettement vers le sud-ouest, dans la direction d'Erpion-Vergnies et 
Eppe-Sauvage. (Voir fig. i3o.) 

Abordant maintenant plus en détail l'histoire des journées du 23 et 
du 24 août sur le front du 3 e corps, nous diviserons la région attaquée 
par le X e corps allemand en trois sections : 

t . Hanzinne-Tarcienne ; 

2. Tarcienne-Gourdinne ; 

3. Gourdinne-Berzée. 



;. — Les combats sur le front de la 5 e division fran- 
çaise (3 e corps), de Hanzinne à Tarcienne. 

Pour la pleine intelligence des rapports relatifs aux diverses localités 
situées dans ce secteur, il est indispensable que le lecteur s'instruise 
d'abord des opérations militaires qui s'y sont déroulées le 23 elle 24 août, 
ainsi que de la part qu'y prirent les régiments français qui composent la 
5 e division (3). 

(1) En une lettre du 25 août retrouvée à Walcourt chez M. Cambier, oit était installée la Kommandantur, 
le soldat Fritz Dorrig, de Crefeld, écrit : « Les habitants d'ici prennent partiellement part aux combats et 
perdent pour cela leurs biens et leur vie; car à de tels hommes on (ait un court procès. Un village entier est 
souvent mis en (eu. " Ce document et trois autres lettres de la même provenance s'expriment sur le même 
combat en une phrase stéréotypée, qui paraît dictée par les officiers : (l Nous avons eu les 22, 23 et 24 août 
des journées pénibles, mais nous les avons quand même surmontées- » Le soldat Kahle, de Krainhagen 
(ObernKirchen) ajoute : « Je ne peux pas vous écrire tout comme je le voudrais, parce que c'est défendu. » 

(2) A consulter aussi : Chot, La Furie allemande dans l'EnlrefSambre-~etr*MeiLse, o. c. ; ^Valburny, 
La Vague allemande sur le pays de Cbarleroi, o. c. 

(3) Ces données ont été puisies à la Section historique de VEtatr-Major général de l'armée française, 
à Paris, à laquelle nous exprimons notre vive gratitude- Cf aussi Lanrezac, o. c-, pp- 172 à 179; Hanotaux, 
Histoire illustrée de la guerre de 1914, V, p- 282 et ss.; id. VEnigms de Cbarleroi, p- 71 ; Palat, III, p- 3t3; 
La grande guerre écrite et illustrée, o. c, p. 80 et 81. 



i8 

La 5 e division française (i) tient, dans le combat de la Sambre, la droite du 
3 e corps. Très éprouvée le 22 août, ainsi que nous l'avons vu, à Roselies et Châtelet, 
elle se reconstitue, au matin du 23, sur le front Hanzinne-Tarcienne, où elle fera 
face à la 38 e brigade allemande (2). 

La 10 e brigade, qui s'est retirée dans la nuit jusqu'à Florennes, est revenue à 
Hanzinelle à 4 heures et ses deux régiments (le 36 e et le 129 e ) s'emploient à organiser 
solidement le village. 

A leur droite sont détachés depuis la veille au soir deux bataillons du 
4 e tirailleurs (38 e division) (3) : le i er bataillon entre Hanzinne et Hanzinelle, le 
6 e bataillon à la côte 271, chargé d'opérer la liaison avec le to e corps. Cette 
liaison est aussi assurée par la brigade de cavalerie du 3 e corps, qui se poste entre 
Hanzinelle et la station d'Oret, et se retire le soir sur Jamagne. 

A la gauche de la 10 e brigade, prend place l'un des régiments de la 9 e brigade, 
le 39 e ; après avoir passé la nuit sans incident à Thy-le-Baudhuin, il avait d'abord 
reçu, à 6 heures du matin, la consigne de se replier, mais presque aussitôt arriva 
l'ordre de « barrer coûte que coûte la trouée d'Hanzinelle ». A cette fin, le 
2 e bataillon fut dirigé sur Hanzinelle, le i er bataillon sur la côte 25i et le 3 e sur 
Thy-le-Baudhuin. 

Quant au 2 e régiment de la 9 e brigade, le 74 e , le plus éprouvé des quatre 
régiments de la division à Roselies, il est allé se reformer à Silenrieux. 

Le 23 de bon matin, toutes les troupes disponibles de la 5 e division sont placées 
sous les ordres du général Muteau, commandant la 38 e division d'Afrique. Il leur 
demande, avant tout, d'empêcher que sa droite ne soit débordée. En fait, elles 
demeureront en place toute la journée du 23 août, sous un violent bombardement 
d'artillerie, empêchant toute avance de l'infanterie allemande. Elles subirent 
d'ailleurs des pertes fort légères, car, instruites par l'expérience de deux jours, elles 
avaient pris soin de se retrancher. 

Dès l'aube du 24 août, l'artillerie allemande prit de nouveau sous son feu les 
positions de la 5 e division. On pouvait croire que ce fût le prélude d'une grosse 
attaque, car déjà l'infanterie ennemie se montrait devant les tranchées du 
39 e d'infanterie, sur la côte 35t, à l'ouest d'Hanzinelle, et à moins de 200 mètres 
des positions du 4 e zouaves. Celui-ci eut même de la peine à se dégager et l'artillerie 
divisionnaire laissa plusieurs pièces sur le terrain Le 39 e reçut l'ordre de rompre 
le combat à 6 h. 3o, pour se replier sur Morialmé, où la brigade se reformait. Seul 
de cette unité, le t er bataillon ne fut pas touché par le message et continua à tenir 
énergiquement, jusqu'à ce qu'il perçut le repli des troupes d'Hanzinelle et de 

1 9 e brigade 

(,)5div. \ gén.T A ssiN. : 3 9 e et 74 e d'infanterie. 

gén- Verrier, f 10" brigade . 36 e et .^ d . infanterie . 
gén- Léautier. 

(2) Cette brigade, comprenant les 72. et 74 de réserve, se rattache à la XIX e div- de rés-, X e corps de rés. 



, s 75 e brigade 

\Z) 38 division \ : i er zouaves et i er tirailleurs, 

gen. Schwarte 
d'Afrique 

76 brig-ade e .... „ . 

gén. Muteau. ' : 4 zouaves, 8 P tir. et 4 e tir- 

gén- Bertin- 



'9 

Thy-le-Baudhuin. Il se retira alors, mais au prix de pertes élevées, à travers le 
vallonnement au sud de la côte 25 1 et, par le bois voisin, gagna la route Donveau- 
Fraire, où il rejoignit les fractions de la 20 e brigade. 

C'est seulement après 10 heures qu'on put former la colonne de division sur 
la route de Daussois à Silenrieux. 

Au sud-ouest de Silenrieux. la brigade de cavalerie française du 3 e corps, 
faisant fonction d'arrière-garde, gardait le contact avec la cavalerie allemande ; elle 
fut canonnée par une section d'artillerie ennemie mise en batterie au sud du bois 
de Fraire; deux hommes furent blessés. 

Voyons maintenant, en une série de rapports (n° 507 à 5ti ), les 
événements qui marquèrent l'occupation des villages de Tarcienne, 
Hanzinne, Hanzinelle, Thy-le-Baudhuin et Morialmé, après la pénible et 
difficile retraite des troupes françaises. La plupart de ces données ont été 
recueillies au cours d'une enquête faite sur place, du 20 au 22 juin 1915. 

§ t . — Tarcienne. 

C'est dans ce village qu ont été réunis, en un cimetière collectif, les 
soldats des deux armées tombés sur une partie du champ de bataille (1). 
Du coté allemand, les victimes appartiennent surtout aux 37 e et 38 e brigade, 
19 e division, X e corps; du côté français, au 3 e corps et à l'armée 
coloniale, surtout au 4 e zouaves (2). 

Les faits qui se sont passés à Tarcienne sont consignés dans le 
rapport suivant. 

N° 507. Le 22. août dans la matinée, les récits des gens affolés venant de Châtelet, 

Tamines, Falisolle .et environs semèrent l'épouvante dans le village de Tarcienne. 
Les habitants commencèrent à fuir à 14 heures, quand revinrent les troupes françaises 

(t) Le cimetière est situé « au Pavé » près de la route de Philippeville, non loin de l'endroit où (ut tué le duc 
de Saxe-Meiningen, commandant la 39 e brigade de réserve; il contient 79 Allemands et 32 1 Français. Les 
Allemands se répartissent ainsi. 37 e brigade : 38 soldats du 78 e , 7 du 9t e ; 38 e brigade : 6 soldats du 
73 fusiliers, 25 du 74 e fusiliers; 39 e brigade : 2 soldats du 164 e ; 1 soldat du 17 e hussards. Les Français se 
répartissent ainsi : 3 e corps ; 12 soldats du 39 e , 73 du 5 e , 1 du 119 e , 21 du 6 e , 3 du 239 e , 2 du 274 e , 
1 du 11* d'art., 1 du 32 e d'art., 8 du 36 e d'art., t du 43 e d'art. ; 1 e1 corps : t du 8 e ; armée coloniale : 23 du 
4 e tiraill. algériens; 1 du 8 e tir. alg. ; 14 du 4 e tir. alg. ; 159 du 4 e zouaves. 

On déplore, une fois de plus, la coupable négligence apportée par les ambulanciers allemands dans 
l'identification des victimes de l'armée française. Sur 32 1 cadavres français, i58 n'ont pas été identifiés, 
tandis que 7 allemands seulement n'ont pas été identifiés sur 79- 

Il y a aussi un petit cimetière militaire à l'entrée de Gerpinnes, en venant de Tarcienne; un autre plus 
considérable à Gozée ; un troisième à Nalinnes-Haies. Ce dernier contient des soldats allemands tombés à 
Tarcienne. 

(2) Ginisty, o, c. a publié pp. 146 et 147 un épisode du combat soutenu par le 4 e zouaves à Tarcienne. 
V. aussi Hanotaux, Histoire illustrée de la guerre de 1914, V. p. 282; id l'Enigme de Cbarleroi, p. 71 
Lanrezac, o. c. pp. 172 à 179; Palat, III p. 3i3. 



20 

qui avaient combattu à Châtelet et à Presles. A 19 heures, le curé, M. l'abbé Honnay. 
restait pour ainsi dire seul. Un capitaine français, à la tête des débris de son régi- 
ment, le pressa lui-même de partir : « on se battrait le lendemain, disait-il. dans 
l'endroit ». Le curé gagna Chastrès. puis Chimay, où il put grouper les deux tiers 
de ses paroissiens et les ramener le 26 août dans leurs maisons intactes, mais pillées. 
L'église était dans un état pitoyable ; des excréments souillaient le palier et les 
marches de l'autel majeur. 

Un combat violent s'est livré dans le village et aux alentours, dans la journée 
du 23 et le lendemain matin. L'artillerie allemande était postée derrière les Flâches 
(hameau de Gerpinnes) et à Joncret ; l'artillerie française à Somzée. Chastrès, sur 
les hauteurs de Laneffe, à la grand'route de Fraire à Rouillon. derrière le bois. 
On évalue à deux cents le nombre des obus tombés dans le village, dont plusieurs 
autour de l'église, dont toutes les vitres furent brisées. Une maison voisine de 
l'église fut démolie, une autre eut le toit défoncé. Au hameau de Limsonry. vers 
Nalinnes, deux maisons furent détruites complètement par les obus et d'autres 
criblées de balles de mitrailleuses. Beaucoup de bêtes à cornes furent tuées dans 
les pâturages. 

Des troupes de la 38 e brigade allemande (X e corps) (1) occupèrent le village 
le 24 août à 1 1 heures ; le centre était totalement désert ; « au Pavé » à 2 kilomètres 
et demi du village, étaient restés Félicien Franquet et son épouse, Joséphine Bolle. 
Les victimes du combat furent laissées sans sépulture jusqu'au 27 et au 28 août, date 
à laquelle elles furent mises en terre, sur ordre de l'ennemi, par quelques villa- 
geois, revenus chez eux. De joo à 800 blessés, d'abord soignés à l'ambulance de 
Gerpinnes, furent bientôt transférés à Charleroi. 

§2. — Hanzinne. 

Hanzinne, sur la grand'route de Châtelet à Florennes, par Gerpinnes, 
fut envahi le 24 août au matin par des soldats de la XIX e division, X e corps 
allemand. 

Le village fut incendié alors que l'ennemi l'occupait déjà paisiblement 
depuis un jour : 5o maisons y furent détruites (voir fig. 17). 

Le curé, M. l'abbé Laurent, qui tentait de rentrer dans sa paroisse 
le 25 août, échappa comme par miracle à la fureur des soldats qu'il ren- 
contra à Morialmé. Voici le récit que nous a dicté cet ecclésiastique 
le 2t juin 191 5. 

N° 5ù8 L'occupation d'Hanzinne fut précédée d'un combat d'artillerie assez meurtrier, 

entre les Allemands qui se trouvaient au nord du village, dans le bois de Fromiée 
(Gerpinnes) et les Français, qui tenaient le haut de Thy-le-Baudhuin (2). 

(t) On a retrouvé à Tarcienne un havresac du 74 e d'infanterie. 

(z) Le curé actuel d'Hanzinne, M. Halluent, a assisté à l'exhumation des victimes. En un endroit 
reposaient 3o Allemands et un Français, Adalbert Valette. Ce dernier avait pu recevoir avant de mourir 



21 

Dès le 22 août, le village avait été totalement abandonné par la population. Il 
n'y restait que cinq habitants au moment de l'entrée de l'ennemi, le 24 août : 
« C'étaient, a déclaré l'un deux, des bêtes furieuses, et je fuirais comme les autres 
si la guerre venait à recommencer. Les troupes qui passèrent à Hanzinne, apparu 
tenaient au X e corps ; quelques bons de réquisition accusent notamment la présence 
des 78 e et 91 e d'infanterie (37 e brigade) et du 73 e régiment de fusiliers (38 e brigade). 
La destruction du village n'est cependant pas imputable aux troupes de combat qui 
l'envahirent et qui, à travers champs, gagnèrent immédiatement Walcourt. 

Des habitants virent mettre le feu aux maisons, le mercredi, 26 août, et le 
jeudi 27. Ils se rendirent parfaitement compte que les Allemands utilisaient des 
pastilles incendiaires de couleur jaunâtre. Quarante maisons, huit granges, la fabrique 
Mengeot et la verrerie Manet furent complètement détruites. On ne s'explique guère 
qu'une partie du village ait échappé à la sauvagerie de l'ennemi : des tentatives 
d'incendie furent constatées dans huit maisons préservées. A l'église même, le curé 
découvrit, en rentrant au village, des gerbes de paille brûlées, à côté d'un amon- 
cellement de chaises, partiellement atteintes par le feu ; près du foyer avait été 
disposée une lampe à pétrole, qui devait provoquer une explosion. 

Arsène DARGENT. 55 ans, était parti le 25 août vers 22 heures, à la recherche 
du bétail de la ferme de Bevernelle (Hanzinelle) ; une lanterne qu'il portait le 
désigna aux soldats, qui tirèrent sur lui : il tomba mort. Ses deux compagnons 
furent aussi poursuivis de balles, et l'un d'eux, Arsène Heck, fut blessé au bras. 

Un vieillard de 85 ans, Donat Beaurain, repassait à Laneffe, lorsqu'un soldat 
tira sur lui presque à bout portant. La balle l'atteignit à la cuisse, mais il guérit. 

Le curé de la paroisse, M. Hector Laurent, fut l'un des premiers à tenter le 
retour et il faillit payer cher cette imprudence. De Cerfontaine, il regagna Morialmé 
le 25 août, avec trois compagnons, croisant des troupes qui paraissaient excitées 
au plus haut point et les menaçaient de leurs armes. Arrivé à Morialmé vers midi, 
il y fut témoin du pillage des magasins et des maisons. 

Arrêté bientôt et conduit au camp, il subit un court interrogatoire, puis un 
groupe de soldats le colla au pignon d'une maison voisine et s'apprêta à le fusiller. 
Plus de cinq heures durant, il vécut les angoisses et les tortures d'un homme qui, 
condamné, va périr de mort violente et se sait innocent. En vain faisait-il appel 
à l'humanité de ses gardiens et des officiers, dont un colonel, qui se trouvait 
avec eux ; en vain donnait-il tous les renseignements voulus sur son identité et 
expliquait-il la raison d'être de sa présence. Apprenant qu'il y avait dans la troupe 
un prêtre catholique, il voulut solliciter son appui; les sentinelles s'empressèrent 
d'écarter celui qui aurait pu, par confraternité, venir à son secours. « Espion 
anglais ! », ne cessait de redire le soldat qui l'avait arrêté. Comme M. l'abbé Laurent 
demandait à un officier s'il allait être fusillé, celui-ci lui répondit : « Encore trois 
minutes ! Alors le bandeau sur le front et la balle là ! », et il lui posait le doigt sur 
la région du cceur. L'abbé s'abandonna alors à l'un de ces efforts suprêmes que l'on 
tente pour garder la vie. Se jetant à genoux et secoué jusque dans le fond de son 

les secours de la religion et les habitants ont conservé le souvenir de son courage et de ses sentiments 
élevés. Une autre tombe, près du cimetière, contenait une dizaine d'Allemands et 6 zouaves. 



22 

être par l'angoisse, il cria : « Ayez pitié d'un pauvre prêtre! Epargnez-moi, je vous en 
supplie ! Si vous me tuez, vous apprendrez que j'étais innocent ! Ayez compassion 
de mon vieux père ! Ne faites pas mourir un vieillard aux cheveux blancs ! » En 
même temps, il se préparait à la mort, disant à haute voix : « J'offre mon sang pour 
ma Patrie et pour la cause de Dieu ! » Pour mettre fin à cette scène qui semblait le 
troubler, le colonel lui donna l'ordre de se taire. « Je le veux bien, répondit le 
condamné, mais aurai-je la vie sauve ? » Après quelques moments de réflexion, le 
colonel ajouta : « Vous partirez quand nous partirons. » 

Le danger était passé. M., le curé continua à intéresser à lui cet officier 
supérieur, qui parut bientôt pris de pitié : il lui apporta du pain et un peu de vin et 
le fit asseoir. A 17 h i5, les troupes s'éloignèrent et M. le curé fut libéré. Il avait 
gardé de cette scène atroce un ébranlement de tout l'organisme qu'il ne domina 
qu'après plusieurs années. 

Rentré dans sa paroisse, il s'occupa des blessés et reçut à cette fin un passeport 
d'un lieutenant du 2 e régiment des dragons de la Garde (t). 

§ 3. — Hanzinelle. 

Hanzinelle est situé, comme Hanzinne, sur la grand'route de 
Châtelet à Florennes, à 25o mètres d'altitude, près des sources de la 
Thyria. qui se jette dans l'Eau d'Heure à Berzée. 

Quatre-vingt-trois immeubles, sur deux-cent-quarante-deux, furent 
détruits les 24 et 25 août, en l'absence des habitants. Les éléments du 
rapport ci-dessous ont été fournis en 1915 par M. le bourgmestre Binard 
et par M. Daube, curé de Hanzinelle, et complétés récemment par 
M. l'instituteur Yernaux. 

N° 509. Des troupes françaises passèrent à Hanzinelle le i5 et le 19 août, se dirigeant 

vers Hanzinne et Charleroi. 

Le 22 août, la retraite des Français qui refluaient de Chàtelet-Bouffioulx donna 
le signal du départ : il resta cinq hommes, seuls témoins de la bataille, et qui furent 
entraînés eux-mêmes le 24 août au matin, par l'arrière-garde française. 

C'est le 22 août à 21 heures, qu'étaient arrivés à Hanzinelle les Algériens qui 
soutinrent le combat. Le village avait été organisé pour la résistance ; des meurtrières 
avaient été pratiquées dans les toitures. Des tranchées s'ouvraient depuis le « Trou 
du renard » jusque Tarcienne, en passant par le « Petit Fays » , le « Sommet-Cendrie » 
et Somzée. L'artillerie s'était d'abord postée « à la petite Sonceau », prairie qui 
longe la Thyria et est bordée de bois à l'ouest et au sud-est. Le bois fut criblé 
d'obus et presque anéanti. Les canons avaient pu heureusement passer à temps le 
ruisseau, par le pont du moulin, et s'établir sur le plateau, à côté du bois « Chenia » ; 
mais ils y furent encore repérés par les avions ennemis. On retrouva à cet endroit 

(1) Division de cavalerie de la Garde, 3 e brigade. Ce document est conservé. 



23 

un lieutenant décapité, plusieurs artilleurs tués, avec des chevaux. Des canons et 
des caissons y furent abandonnés. Un cadavre d'Algérien fut retrouvé assis dans 
un trou, près de la tuilerie Hancart, à côté d'un tas de cartouches vides. Un canon 
fut aussi retrouvé près du bois du Fays. Quant à l'infanterie, elle s'était postée 
surtout le long de la route qui va du « Sommet d'Hanzinelle » à Tarcienne, par le 
« Fond des Mais ». Des témoins oculaires affirment que l'artillerie allemande se 
trouvait à la ferme de Bertransart (Gerpinne). 

A s'en tenir aux chiffres révélés par les tombes, les Français auraient perdu 
72 hommes, les Allemands, 2 (t). 

Le combat dura du dimanche après-midi au lundi 24 août, vers 7 heures. Le 
village et les environs nord et ouest reçurent un nombre considérable de projectiles. 
Au village, une cheminée de la tuilerie Emile Compart, l'étable de M me Félicie Jallay 
et le coin de la maison veuve Rose-Denis furent démolis. Dans cette dernière, on 
retrouva la jambe d'un soldat français. Les obus n'avaient incendié que l'ancien 
calvaire des Pères Jésuites, situé sur la place. 

Les troupes allemandes envahirent, le 24 août au matin, le village désert, 
car il avait été totalement évacué par les troupes françaises et il n'y eut aucun combat 
dans les rues. L'ennemi cependant y mit le feu, sans aucune raison militaire et par 
pure rage de destruction. Au cours de cette journée et des deux journées suivantes, 
soixante-douze maisons et onze granges furent détruites, tant à Hanzinelle même 
qu'au Donveau, territoire de la commune (voir Morialmé) ; la ferme d'Augustin 
Rousseaux ne fut incendiée que le mercredi, 26 août. Ce navrant et inutile désastre 
était évalué, en 1914. à plus d'un million. 

§ 4. — Thy-le-Baudbuin. 

Il restait trois vieillards dans ce village quand l'ennemi y parut. L'un 
d'eux, Narcisse Degraux, âgé de 84 ans, y fut tué. 

Thy-le-Baudhuin, écrit Al. l'abbé Marchant, curé de cette paroisse, est occupé 
le i5 août par le 4 e régiment de cuirassiers français, du 19 au 21 par les 25 e et 47 e 
d'infanterie. Dès le 21, les gens de la Sambre jettent l'émoi dans le village; le 22 
à i5 heures, ce sont des soldats français mis en déroute au combat de Châteleî. 
Petit à petit, sur leur conseil, le village se vide, sans qu'aucune considération puisse 
retenir les fuyards. Bientôt, au son du canon se joint le crépitement des 
mitrailleuses et des coups de fusil. 

Le 22 à minuit, il ne reste plus que quelques civils. Les Français occupent 
militairement le village et prennent position à 2 heures du matin sur les hauteurs 
de Tarcienne, Hanzinne et Hanzinelle, où ils tiendront l'ennemi en respect le 

(1) Voici l'emplacement des tombes françaises primitives : t . « à la petite Sonceau », i Algérien; 
2. au « Culot d'Hanzinelle », le long de la route de Thy-le-Baudhuin, 7 artilleurs ; 3. « Sur la Cendrie », 
2 grandes tombes d'Algériens ; 4. dans les terres plastiques du « Sommet », quelques fantassins ; 5. 
« sur le Fays », 4 ou 5 fantassins. Tous ces corps furent ensuite transférés à Tarcienne. 



*4 

23 et le 24 août jusqu'à 8 heures. De nombreux obus furent lancés sur le village à 
à la fois de Biesme et de Flaches (Gerpinnes) mais aucune maison ne fut atteinte. 

Lorsque le 24 août, les Allemands pénétrèrent dans la localité, il y restait trois 
civils : un moribond. Félix Dutron, son frère Sylvain qui le veillait, âgé de 66 ans 
et Narcisse DEGRAUX (fig. 6), vieillard de 84 ans, dont les facultés mentales 
étaient fort affaiblies. Ce dernier fut retrouvé le 26 août au matin assis sur une 
pierre derrière son habitation, gémissant et presque exsangue. On ne réussit pas 
à savoir ce qui s'était passé. Il semblait avoir reçu un ou deux coups de lance : 
l'avant-bras droit était coupé et cassé à deux endroits. Les blessures avaient 
reçu un pansement militaire sommaire : un morceau de tablier d'enfant faisait 
office de bandage et une traverse de chaise servait à maintenir le bras. Il mourut 
le même jour à 22 heures. 

Thy-le-Baudhuin compte une seconde victime, Alphonse DELBART, 53 ans. 
Frappé de deux atteintes successives au commencement de 1914, il n'avait pas 
retrouvé la parole et marchait encore péniblement au moment où la guerre fut 
déclarée. Soutenu par sa femme et ses enfants, il parvint à gagner le 23 août, la 
ferme de la Botte, entre Fraire et Yves-Gomezée. Arrivés là, les siens durent 
l'abandonner et depuis on ne l'a plus revu. 

Chacun des jours suivants ramena un certain nombre de villageois dans leur 
logis pillé. Quatre-vingts personnes sur quatre cents gagnèrent la France et 
soixante-douze ne revinrent qu'à l'armistice. 



§ 5. — Morialmé. 

Le rapport que nous consacrons à cette localité (1) est dû au curé 
de la paroisse, M. l'abbé Bodart; il est l'un de ceux qui donnent une 
vision nette du combat de la Sambre aux 22 et 23 août. 

Six immeubles furent incendiés par les troupes du X e corps ou de 
la Garde. 

j^c 5, , Le général de division Boë passa à Morialmé le t5 août vers 16 heures, avec 

d'importantes troupes qui partirent le lendemain à midi, vers Biesme et Châtelet. 
Blessé quelques jours plus tard près de la ferme «Belle-Motte» (t. III, p. 175), ce général 
fut transporté à 1 ambulance des Pères Jésuites de Florennes, où il fut fait prisonnier. 

Ces troupes furent remplacées le jour même par d'autres soldats français qui 
ne partirent que le 21. 

Le 22 août à 7 heures, il passe une file interminable d'autobus qui font le 
service de ravitaillement sur la Sambre, où se livrent de violents combats. A 
10 heures, spectacle inoubliable : c'est une lamentable et indéfinie procession de 
gens qui fuient. Ils viennent de Châtelet, Couillet, Montignies, etc. L'état dans 
lequel ils se trouvent montre assez dans quelles conditions d'épouvante leur départ 

(1 ) V. aussi Engerand, o- c, p. 540. 



25 

s'est opéré : la plupart ne sont presque pas vêtus et ils emportent tout ce qu'ils ont 
pu recueillir de leurs biens au moment du départ. Ce triste défilé continue sans 
interruption jusqu'au soir. La panique se communique de proche en proche : c'est 
bientôt de Bouffioulx qu'ils viennent, puis d'Acoz, puis de Gerpinnes, puis 
d'Hanzinne et d'Hanzinelle. 

Entre-temps, les autobus charrient des blessés et de longues théories de 
soldats en retraite viennent de la Sambre. Vers le soir, des troupes régulières se 
mettent sur la défensive, barrant les passages avec du fil barbelé, ouvrant des 
meurtrières aux portes et aux murs. La panique gagne le village et la plupart des 
habitants se mettent à fuir sans savoir où. Le dernier train est rempli de fuyards. 
A 20 heures, c'est un singulier spectacle sur la route de Florennes ; des troupes 
françaises se replient en grande hâte, entraînant avec elles tous leurs pesants 
charrois; en même temps, c'est une mêlée désordonnée de civils, hommes, femmes 
et enfants, confondus parmi les soldats ou refoulés sur les bords du chemin. 

M. le vicaire et moi, nous nous trouvons à l'ambulance, avec les religieuses 
et quelques autres personnes. Bientôt, nous ne pouvons plus faire face à tous les 
pansements et aux soins à donner, car la plupart de nos ambulanciers et ambu- 
lancières d'occasion ont quitté, et nous sommes seuls. C'est alors que nous prenons 
le parti d'évacuer nos malades à Florennes, au grand établissement des Pères 
Jésuites. Ceux qui n'ont que des blessures légères et peuvent marcher, nous 
les mettons en route à pied, après avoir pansé leurs blessures; quant aux grands 
blessés, c'est avec infiniment de peine que nous pouvons trouver au village deux 
chariots, où nous les plaçons le moins mal possible. A 23 heures, nous étions à 
Florennes et je déposais à la chapelle des Jésuites le Saint-Sacrement, que j'avais 
emporté de Moriaïmé. 

Le 23, à 5 heures du matin, nous sommes de retour à Moriaïmé. Aux messes 
de 6 h. et de 7 h. 3o, assistent à peine une quarantaine de paroissiens. Nous 
décidons de ne pas faire d'autre office. Une dizaine de personnes se présentèrent à 
l'heure de la grand'messe et récitèrent ensemble le chapelet. 

A partir de ce moment, Moriaïmé était désert et faisait une impression lugubre. 
La solitude n'était plus interrompue que par le passage, à de rares intervalles, 
de l'une ou l'autre voiture d'ambulance qui nous apportait des blessés évacués 
d'autres ambulances. Notre office, à M. le vicaire et à moi, était maintenant de 
les diriger plus loin, à Florennes ou à Walcourt, car nous étions dans l'impossi- 
bilité de les soigner, étant seuls dans un village abandonné. 

Vers midi, les rues commencent à se repeupler de gens qui reviennent, et à 
17 heures, il y avait assez bien de mouvement sur la place de l'église. A 14 heures 
le canon se fait entendre à la fois dans la direction d'Oret, d'Hanzinne, de 
Gerpinne et de Tarcienne. Du haut du clocher, on aperçoit la lumière des coups 
de feu, sans pouvoir toutefois apprécier les distances. A 17 heures, des soldats à la 
débandade reviennent de Tarcienne, annonçant la retraite des Français et 
l'approche de l'ennemi. La fuite des civils recommence. On voit la fumée des 
incendies allumés à Oret. On prétend que des obus sont tombés sur la paroisse, au 
Donveau. 

C'est à ce moment que, sur le conseil d'un officier français, j'envoie deux jeunes 



26 

gens faire le tour du village, pour inviter les habitants restés chez eux à partir dans 
la direction de Florennes et de Saint-Aubin. Nous partons nous-mêmes à 21 heures, 
avec les Religieuses, vers cette dernière localité. Les civils suivent le bord du 
chemin, car le milieu est tenu par les troupes françaises en retraite, qui s'avancent 
dans les ténèbres, en gardant un complet silence. Les ordres même sont donnés à 
voix basse : c'est impressionant au plus haut point. 

Le 24 au matin. Saint-Aubin se vide à son tour : il faut fuir vers le sud-est. 
Nous ne rentrâmes chez nous que le jeudi 27, après avoir compris que la fuite ne 
ne nous laissait que deux alternatives : passer en France pour un temps indéfini, 
ou risquer tout et rencontrer les Allemands. On résolut d'adopter cette dernière, 
et tout alla bien, à part un revolver braqué sur nous par un officier, avec force 
paroles menaçantes « Les prêtres étaient, disait-il, leurs pires ennemis. » 

Pendant notre absence de trois jours, les Allemands étaient passés à Morialmé. 
Ils y sont entrés le lundi 24 à 10 heures du matin. Neuf ou dix personnes se tenaient 
cachées dans les coins les plus reculés de leurs maisons. 

Beaucoup de pillages furent accomplis, spécialement des vivres, vins, etc., et à 
peine l'ennemi était-il installé au village qu'il mettait le feu à plusieurs endroits, 
sans le moindre motif. La maison François Lechat, au hameau de Poucet, sur la 
route du Donveau à Fraire, fut incendiée dès le lundi à midi et le feu se communi- 
qua à la grange de la veuve François. Quinze maisons furent brûlées au Donveau, 
hameau de la paroisse qui dépend de la commune d'Hanzinelle, dans la nuit 
suivante, ainsi que les maisons Barbier-Lambert et Servais Falesse à « la Croix- 
Meurice ». On ignore le moment où fut détruite la ferme Casin, à « La Petterie ». 

A Morialmé même, l'hôtel de ville, auquel était incorporée l'habitation de 
M. le vicaire, fut incendié le 24, vers 18 heures. C'est là que périrent les archives 
civiles de la localité, qui étaient importantes. On suppose que les soldats auront 
mis le feu à cet immeuble, parce que le drapeau belge continuait à y flotter et qu'il 
contenait les armes des particuliers, réunies par ordre du bourgmestre. 

Les troupes qui passèrent à Morialmé semblent avoir appartenu au X e corps 
et à la Garde; ces dernières se dirigèrent vers Florennes et Saint-Aubin (voir ces 
localités). 



2. — Les combats sur le front de la 38 e division (3 e corps), 

de Tarcienne à Gourdinne. 

Ainsi que nous l'avons fait pour le secteur précédent, résumons 
d'abord les données militaires que nous avons trouvées dans les archives 
de la section historique de l'État-Major Général, à Paris; elles sont 
indispensables à l'intelligence des opérations qui se sont déroulées dans 
la région. 

Tandis que l'une des brigades de ta 38 e division, la 75 e , très éprouvée le 22 août 
devant Châtelet, se reconstitue le lendemain à Yves-Gomezée, la seconde brigade. 



*7 

la 76 e , est déployée le 23 août sur le front Tarcienne-Linsonry, au nord de Somzée 
et de Gourdinne. 

Dès l'aube, la lutte d'artillerie est reprise et, dans l'après-midi, elle s'intensifie 
jusqu'à l'extrême violence ; mais l'ennemi renonce à l'attaque. Celle-ci sera 
déclanchée, comme nous le verrons bientôt, plus à gauche, devant la 6 e division, 
où l'adversaire trouve un terrain plus propice et une moindre résistance. 

Nous retrouvons aussi sur ce front, au 23 août, une brigade du 18 e corps, 
qui a été mise à la disposition du 3 e corps en échange de la 1 I e brigade (6 e division) : 
c'est la 69 e brigade (35 e division) comprenant les 6 e et 123 e d'infanterie. 

Le 6 e régiment, dès son arrivée, est dirigé sur Somzée. 

Dans l'après-midi, comme on croyait que le io' J corps avait fléchi, les i er et 
3 e bataillons du 123 e furent portés de Chastrès à Laneffe pour couvrir la droite du 
3 e corps vers Morialmé et intervenir, si possible, dans le flanc des attaques 
débouchant d'Oret. C'est ainsi que vers 16 heures de l'après-midi, pour parer au 
repli de la 6 e division, il ne restait plus à Chastrès que le 2 e bataillon du 123 e et 
un bataillon du 274 e . 

Quand la 38 e division dut, elle aussi, évacuer la position de Somzée et se 
replier, il devenait difficile, si Ton ne prenait des mesures spéciales, de limiter le 
recul à la ligne Chastrès-Berzée, qu'on avait espéré tenir. La 75 e brigade, d'Yves- 
Gomezée, fut portée en avant et s'établit pour la nuit au nord d'Yves-Gomezée, 
tandis que le 74 e (9 e brigade, 5 e division) occupait les crêtes au nord de Vogenée. 
Quant aux 76 e et 69 e brigades dont il est question ici, elles purent se maintenir en 
définitive à Chastrès (1), couvertes par des avant-postes sur la ligne Laneffe- 
Thy le Château. 

Venons à la retraite (2), à l'aube du 24 août. A droite, la 76 e brigade se retira 
avant le jour, sans donner l'éveil. La 75 e brigade la rallia seulement à 14 heures à 
Clermont, après une marche des plus pénibles, le plus souvent à travers champs, 
tant les routes étaient encombrées. Ensemble elles organisèrent ce village pour 
la défense, couvertes aux avant-postes, entre Strée et Rognée, par le I e zouaves. 

La 69 e brigade (18 e corps) qui devait, à partir de Vogenée, former l'arrière- 
garde de la 38 e division, reçut l'ordre de tenir Silenrieux (par le 123 e ) et Walcourt 
(par le 6 e ). 

Par l'exposé qui précède, le lecteur a pu se rendre compte que la 
journée du 23 août fut relativement calme sur le front Tarcienne- 
Gourdinne. 

Les villages que l'ennemi occupa ensuite n'en eurent pas moins à 
souffrir : ce sont Somzée, Laneffe, Chastrès, Fraire et Yves-Gomezée, 
localités auxquelles nous consacrons une série d'intéressants rapports 
(n os 5i2 à 5\j), dont les données ont été recueillies en juin 1915 et 
complétées après l'armistice. 

(1) Voir Isaac, o. c. p. 83. 

(z) A consulter aussi Hanotaux, Histoire illustrée de la grande guerre, V. p. 284 et VIII, p, 58 
et 70 ; Palat. o- c- III, p. 314; La grande guerre écrite et illustrée, o. c, p. 80. 



28 

§ i . — Somzée. 

Le Livre Blanc nous apprend que Somzée a été incendié par la 
6 e colonne de transport du X e corps et justifie ce fait en affirmant que les 
civils ont tiré : or, il restait deux vieillards dans ce village délaissé ! 

On lira ici une page navrante : l'exécution, dans la nuit du 24 août, 
du vénérable curé d'Acoz et de ses deux compagnons (1). Von Bùlow 
lui-même, chef de la II e armée, a vraisemblablement sa part de 
responsabilité dans cet assassinat : il était le 24 au soir au sud d'Acoz (2) 
et en passant le 25 août, à 7 heures, à Somzée (3), il a dû apercevoir les 
cadavres des trois victimes. 

N° 5i2. Somzée, village de 5io habitants, domine la Thyria, en regard de Chastrès ; 

cest là que se croisent les grand'routes de Charleroi-Philippeville-Rocroi et de 
Gerpinnes-Walcourt. 

Des troupes françaises arrivèrenl le 16 août à 18 heures, venant de Beauraing. 
De nouveaux contingents se succédèrent les jours suivants. Le 22 au soir, il passa 
des Algériens qui se rendaient à Thy-le-Baudhuin. 

Le 22, raconte le curé, M. Serville, nous fûmes témoins de la fuite des habitants 
du pays de Châtelet, Gerpinnes, Mettet, etc., qui racontaient l'incendie des villages. 
La panique s'accrut quand, à 16 heures, les Français eux-mêmes refluèrent à Somzée; 
on remarqua parmi eux le 126 e et les mitrailleuses de Pont-à-Mousson. A 19 heures, 

(1) A consulter sur ce crime la "Réponse au Livre Blanc allemand, Paris Berger-Levrault 1917, p. 108 ; 
et Auguste Mélot, le Martyre du Clergé belge, Paris Bloud. 1916, p. 22. 

Le meurtre de M. l'abbé Druet est l'un de ceux dont l'armée allemande a pris la pleine responsabilité. 
Acoz [igure au n n 19 sur la liste des 23 faits criminels notifiés officiellement par la Wilhclmstrasse aux 
diplomates accrédités dans les pays neutres ou alliés ("Direction du Contentieux et de la Justice Militaire; à Paris, 
dossier 762). Un rapport sur les actes d'hostilité commis par les prêtres et religieux, contre les troupes allemandes 
en "Belgique, document dont l'abbé Vandenbsrgh put prendre copie au Gouvernement Général de Bruxelles, en 
1915, portait ce qui suit : « Acoz, le 24 août, à 8 h. 3o du soir, le curé refusa de recevoir chez lui des voitures 
et des chevaux, qu'on voulait y remiser ; il avait pourtant des locaux très vastes. Après qu'on les eut remisé? 
ailleurs, on tira de partout sur les soldats. Ceux-ci pénétrèrent dans les maisons, et, entre autres, chez le curé. 
On le trouva caché avec deux compagnons au grenier. Sur les trois, on trouva des cartouches vides et remplies. 
Il fut exécuté. » Enfin, le Livre Blanc consacre aux événements d'Acoz quatre pages entières (p. 57 à 60, 
annexes 43, 44 et 45). L'imprécis des accusations et les contradictions qu'on y relève, suffisent à les démolir. 
Le lieutenant Huck, commandant du II e Pferdedepot, a vu M. le curé et assure qu'il lui a paru suspect ; il ne 
connaît les faits que par ouï-dire. Le rittmeister Liidke, chef de la 2 e section du train, relate l'incendie du 
village et l'arrestation de « trois francs-tireurs ». L'attaque des civils était, dit-il, concertée et s'est faite sur un 
signal donné. Il se vante d'avoir découvert, le lendemain, l'arsenal : deux caisses de dynamite, cent fusils et des 
cartouches ; sur chaque paquet, le nom du civil auquel les munitions étaient destinées. L'oberleutnar.t Muller 
et le lieutenant Schrôder, — ce dernier a interrogé les trois victimes, — relèvent qu'on a tiré avec des fusils de 
chasse et que le curé était porteur de la quittance d'un revolver anglais. 

Ainsi donc, aux yeux de ces guerriers grossiers et sauvages, le dépôt des armes prescrit par l'autorité et 
le reçu de dépôt font la preuve du crime, alors qu'ils devaient clairement établir l'innocence des accusés ! 

(2) Von Bulow, Mon "Rapport, etc., p. 62. 

(3) Von Bulow, Mon Rapport, etc., p. 63. 



2 9 

un officier demanda à utiliser l'église pour donner un peu de repos à ses hommes; il 
nous exhorta à partir, parce que, le lendemain, on se battrait au village. A ce moment, 
on plaçait des canons en batterie et des mitrailleuses aux maisons. A zt h. 3o, tous 
mes paroissiens avaient fui, à part deux ou trois, et je partis moi-même. 

Des troupes allemandes, d'artillerie surtout, entrèrent à Somzée le lundi soir. 
A en croire les témoins, les soldats étaient pareils à des bêtes féroces, et le motif 
de leur rage paraît avoir été la mort d'un prince de Saxe-Meiningen, tué par une 
balle française «au Pavé». Ce même lundi, dès to heures du matin, Edouard 
Pourignaux, revenant de Laneffe, avait vu défiler la cavalerie allemande au lieu dit 
Tambois », sur la route de Thy-le-Baudhuin à Laneffe. Camille Polomé reçut 
leur visite dans sa maison, au soir du 24 août : sa femme parvint à les écarter, en 
leur montrant une dame malade étendue sur un matelas. 

Les incendies ne commencèrent que le mardi 25, à partir de midi. Trente 
maisons furent brûlées ce jour-là. « On a tiré ici sur mes soldats ! », dit un officier 
à Edouard Pourignaux. « Ce n'est pas possible, Monsieur, répondit-il, nous ne 
sommes au village que deux vieillards! » Quelques habitants, revenus chez eux dans 
l'après-midi, essayèrent d'éteindre le feu ou de sauver quelques meubles et effets, 
mais la soldatesque les en empêcha, en tirant des coups de feu sur les maisons. 

Mercredi 26 à 9 heures, le feu fut mis chez Famenne et l'on crut que le restant 
du village allait périr. Joseph Famenne venait de rentrer avec sa famille, et les 
émotions qu'il éprouva, en voyant sa maison en feu, le conduisirent au tombeau. 
Dans la nuit suivante, on remit le feu à la maison de Joseph Michaux. 

Les incendiaires de Somzée ont écrit dans le Livre "Blanc (1) que « des civils y 
furent fusillés » et cela suffit à établir combien leurs allégations sont légères : 
personne n'a été tué à Somzée même. Comme on le verra plus loin, le curé d'Acoz 
et ses compagnons sont tombés la veille, en dehors du village, pour des faits qui 
se sont passés à Acoz. 

Jules GODEFROID (fig. 67), 42 ans, fut tué dans sa fuite entre Dourbes et 
Nismes, Florent MOUVET, 52 ans, fut réquisitionné le 25 août avec son chariot, 
attelé d'un bœuf, au moment où il revenait, pour conduire des blessés à Walcourt. 
Le boeuf fut retrouvé à Walcourt; quant à M. Mouvet, on ne l'a plus revu. 

Les habitants revinrent à Somzée le 25 août et les jours suivants (2) ; ils 
trouvèrent le village saccagé et en partie brûlé. Dans les maisons, les meubles 
étaient renversés, tout avait été fouillé et une foule d'objets avaient disparu. 

Les ornements de l'église avaient été déposés au presbytère et chez les Reli- 
gieuses : ils furent retrouvés tailladés à coups de sabre (3). Des aubes et des orne- 
ments de procession étaient souillés. 

On remarque entre Laneffe et Somzée la tombe d'un soldat français. Posté au 
Quartier Sainte-Barbe, il aurait, dit-on, tiré sur les éclaireurs ennemis, le 24 août, 
et aurait ensuite été tué dans sa fuite. 

(1) Anlage 34, p. 5o. 

(il Une cinquantaine étaient allés jusqu'en France et ne revinrent qu'en 1918 

1,3) Au cours de l'enquête qu'ils firent sur place en juin içjiS, les auteurs visitèrent la sacristie de l'église 
de Somzée et se rendirent compte de visu des lacérations dont les chasubles, chapes, étoles, manipules, etc. 
portaient la trace. 



3o 

N° 5i3. Le vénérable curé d'Acoz, M. l'abbé Eugène DRUET (fig. 11), 67 ans, a été 

tué près de Somzée, sur la route de Tarcienne, le 24 août au soir, avec Archange 
BOURBOUSE, d'Acoz, 27 ans et Ernest-Joseph BASTIN, de Montigny-sur- 
Sambre (1). 

Pour bien mettre en lumière les circonstances de leur fin tragique, reprenons 
les faits au 22 août. 

Au moment où la population d'Acoz, sur le conseil des Français, prenait la 
fuite, M. l'abbé Druet essaya d'abord d'enrayer la panique; quand il vit que ses 
efforts étaient inutiles, il bénit les groupes de fuyards qu'il rencontra, et revint au 
presbytère. 

Il y fut bientôt rejoint par trois de ses paroissiens : Ernest-Joseph Bastin, 
Archange Bourbeuse et son épouse; celle-ci venait d'être blessée d'une balle sur 
le chemin de Joncret. 

Une première bande d'Allemands envahirent la cure et se retirèrent sans faire 
de mal, après avoir accepté des vivres. A 22 heures, un officier vint quérir le 
prêtre et l'obligea à le conduire avec ses hommes à Joncret. Chemin faisant, on 
passa à côté d'un puits et le vieillard fut contraint, sous la menace répétée de 
coups de crosse, de tourner le lourd treuil, pour abreuver les chevaux. Au retour, 
il fut tellement bousculé par des troupes qui passaient qu'il crut prudent de retour- 
ner à Joncret; quand il y fut arrivé, l'officier qu'il venait de quitter accepta de 
l'accompagner jusqu'à la Croix-Michel, puis, à travers champs, il put regagner son 
presbytère. 

Le 23 août, M. le curé, qui était d'une conscience scrupuleuse, ne se 
crut pas autorisé à dire la messe, parce qu'il manquait d'enfant de chœur; il se 
borna à communier et à consommer les Saintes Espèces. La journée se passa sans 
incident. 

Le 24 août, les troupes d'attaque étant passées et tout étant redevenu calme, 
Archange Bourbouse exprima le désir d'aller à Joncret, pour voir ce qui se passait 
à la ferme de sa sœur; M. le curé l'accompagna. Il visita aussi l'ambulance de 
Gerpinnes. où il s'intéressa au sort des soldats français blessés, tout en remplissant 
auprès d'eux son ministère. 

A la soirée, la 2 e section du train et la 5 e colonne de munitions d'artillerie du 
X e corps entrèrent à Acoz. Ces troupes, qui devaient passer la nuit au village, 
pillèrent plusieurs maisons et bientôt des soldats ivres se mirent à tirer des coups 
de feu et à pousser d'effrayantes clameurs. M. le curé se trouvait à son bureau 
avec sa sœur : jetant un rapide coup d'œil au dehors, il vit des flammes s'élever 
de plusieurs côtés du village (2). Alors il dit à sa sœur : « Récitons le chapelet et 
demandons à Dieu qu'au moins notre église soit préservée! » Tout à coup, on 
entendit de violents coups de hache résonner contre la porte de l'avant-cour. 
Joséphine Bolle, parente de M. l'abbé Druet, sortit pour aller ouvrir : un soldat 
l'écarta d'un geste brusque et, se tournant vers IA. le curé, il lui demanda raison 

(1) L'enquête sur le meurtre du curé d'Acoz a été menée par Al. l'abbé Dubuisson, successeur de 
M. l'abbé Druet. 

(2) Quarante-sept maisons d'Acoz furent détruites. 



3i 

d'une blessure qu'il avait à la main. Cependant la troupe s'était répandue dans 
la maison de cure et la fouillait. Intimidés par le vacarme, Archange Bourbouse 
et Ernest-Joseph Bastin, qui déjà étaient au lit, montèrent au grenier et s'y 
cachèrent, mais ils furent surpris et bientôt on entendit retentir dans les escaliers 
des hurlements où se mêlaient la joie et la fureur : les soudards tenaient deux 
coupables et les poussaient devant eux, en les brutalisant. Ils leurs lièrent les 
mains derrière le dos, ainsi qu'à M. le curé, qui fut emmené nu-tête, n'ayant aux 
pieds que des pantoufles de feutre. Sous les yeux des femmes éplorécs, les trois 
prisonniers s'en allèrent sans un geste, sans un adieu. Il leur était défendu de 
prononcer une parole, ou de tourner seulement la tête. Un peu plus loin, le véné- 
rable prêtre perdit sa frêle chaussure et ses bourreaux l'obligèrent à marcher 
nu-pieds. 

Joséphine Bolle songea alors à écrire une lettre au commandant installé 
à Gerpinnes. au château de M. de Bruges, pour le supplier de rendre la 
liberté aux prisonniers; elle chargea Joseph BOURBOUSE, 41 ans, frère 
d'Archange, de la porter en toute hâte. Le malheureux fut lui-même arrêté à 
Gerpinnes et fusillé. 

On ignore ce qu'il advint ensuite des trois prisonniers. Leurs cadavres furent 
retrouvés près de Somzée, sur la route de Tarcienne, et les deux laïques avaient 
les yeux bandés. 

§2. — Laneffe. 

Ce village a été brûlé le 25 août, comme Somsée, par la 6 e colonne 
de transports du X e corps (t). On remarquera spécialement les indignes 
traitements qu'endurèrent plusieurs vieillards qui n'avaient pu fuir. 

A Chastrès (rapport n° 5i5) deux civils trouvèrent la mort. 

Le i5 août au soir, écrit le curé, M. l'abbé Prud'homme, il vint à Laneffe une 
division volante de cavalerie française, comprenant des hussards, des dragons, des 
cuirassiers, des chasseurs et des cyclistes. L'aumônier, vicaire de Vitry-le-François, 
et un officier d'intendance, logèrent à la cure. Le 16, à 5 heures, ces troupes, 
partirent vers Charleroi. 

Le tç, il passa aux environs des troupes françaises considérables. A i5 heures 
un bataillon du 47 e (Saint-Malo) s'arrêta dans la commune et deux médecins militaires 
furent reçus au presbytère. De nombreux soldats de ce régiment, Bretons et 
Normands, allèrent prier à l'église et demandèrent à se confesser. 

Le 20, ces troupes partirent de bon matin et furent remplacées à 8 heures, par 
l'ambulance du io e corps, dont faisaient partie beaucoup de prêtres. L'aumônier, 
vicaire de Fougères, s'installa à la cure, avec un officier du train, prêtre, nommé 
Pasturet. Je logeai, dans des lits improvisés, le plus de prêtres possible. 

(1) Livre Blanc, Anlage 34, p. 5o. On a retrouvé dans ce village un havresac du 91 e d'infanterie 
(37 e brigade, 19 e division, X e corps). 



32 

Le 21, quatre d'entre eux dirent la Sainte-Messe, que servirent leurs confrères. 

Le 22, les armes furent déposées à la maison communale. Dans l'après-midi, 
des fugitifs du pays de Chàtelet affolèrent les habitants. Vers le soir, les Français 
refoulés de Châteleî, Bouffioulx et Tamines, repassèrent en désordre. Ils reprirent 
des positions sur les collines situées entre Laneffe, Fraire et Chastrès, et conseil- 
lèrent d'abandonner le village, donnant surtout pour raison que « les Allemands 
mettaient les civils en tête des troupes et qu'il fallait prendre des mesures pour 
éviter ce procédé barbare ». Nous partîmes dans la nuit et, à part quelques vieil- 
lards incapables de suivre les autres, il ne resta personne à Laneffe. 

De Chastrès, où je m'étais abrité, j'essayai de rentrer le 23 au matin. Sur la 
grand'route, des Français m'en empêchèrent, en disant : « Zone de guerre. » 

Dans la journée, les Français tinrent le village, et le duel d'artillerie se 
poursuivit. Aucune maison ne fut pourtant atteinte par les obus. 

Les Allemands entrèrent à Laneffe le lundi 24, dans l'avant-midi. Un vieillard 
de 85 ans, Jean-Baptiste Hancart. fut découvert : des soudards sans pitié le forcèrent 
à marcher devant eux jusque Chastrès. Revenu à Laneffe, il dut conduire un autre 
groupe à Daussois. où il fut retenu. 

Valentin Gautot, son épouse Clotilde Papart, sa mère âgée de 85 ans et une 
fillette de it ans, furent aussi surpris chez eux le 24, vers 10 heures. Malgré leurs 
supplications, ils durent marcher en tête des troupes, soutenant à tour de rôle leur 
vieille mère, qui ne marchait qu'avec difficulté. « S'il survenait quelque chose, 
disaient leurs gardiens, ils seraient fusillés. » Ces gens passèrent la nuit près de la 
ferme du moulin. Le lendemain, les femmes furent licenciées et rentrèrent à Laneffe 
à 7 heures ; mais Valentin Gautot dut encore escorter les troupes vers Walcourt et 
revint le soir. 

Trois autres octogénaires, Henri Lambert, Félicité Bourtembourg et Jacques 
Thomas, passèrent indemnes. 

Le 25, il vint des troupes considérables, du côté d'Hanzinne. Elles bombardèrent 
le bois de Thy-le-Baudhuin, où se trouvaient encore, pensait-on, quelques soldats 
français, puis partirent sur Daussois. 

Cette journée fut marquée par le pillage en grand et par l'incendie de vingt 
maisons, dont deux fermes. Il est bon de faire observer en réponse à l'accusation 
du Livre "Blanc, que, ni au moment du passage, ni après, on n'a reproché aux 
vieillards restés au village aucun acte de mauvais gré. Dès i3 heures, le « Tienne 
du Moulin » brûlait ; le reste fut allumé à la soirée. 

Je rentrai à Laneffe le 26 et j'eus fort à faire pour consoler et réconforter les 
quelques personnes qui étaient restées ou venaient de revenir, et étaient profon- 
dément terrifiées. Le village ressemblait à un désert. Des cadavres de chevaux en 
putréfaction encombraient les rues. Les maisons achevaient de se consumer, au 
sein de nuages de fumée nauséabonde. Partout s'étalaient les traces des ripailles 
allemandes : bouteilles, bocaux de confiture et de sucre, déchets de viande jon- 
chaient le sol. 

Le 3o, il vint un bataillon du 7 e chasseurs. Deux officiers et dix soldats logèrent 
à la cure Ils enfermèrent, on ne sait pourquoi, le bourgmestre à la cave, mais 
il réussit à s'évader. 



33 

Des troupes du Maroc, venues à Chaslrès (1) le 19 août, partirent pour Charleroi 
dans la nuit du 21 au 22. 

Le 22, ce fut le cortège sans fin des malheureux réfugiés de la Sambre et des 
blessés de la bataille. 

Aux offices du dimanche. 23 août, il n'y avait que quelques assistants et des 
soldats français : presque tous les habitants avaient fui. Au soir, le curé put trouver 
une auto et transporter à la gare de Walcourt une quarantaine de blessés qui 
avaient été soignés au patronage ; il voulut ensuite rentrer dans sa paroisse, mais 
les postes de sentinelles l'arrêtèrent et il fut entraîné dans la retraite. Les batteries 
françaises étaient postées entre Walcourt et Chastrès. 

Quand l'ennemi, notamment le 74 e d'infanterie, entra au village dans l'avant- 
midi du 24, il n'y restait aucun civil. 

Deux soldats allemands et un français furent tués à Pumont ; deux autres 
Allemands furent retrouvés en d'autres endroits, sur le territoire de la commune. 
Leurs corps reposent maintenant au cimetière militaire de Tarcienne. 

Roger PAULUS, 17 ans, de Tongrinne. parti de son village avec ses deux 
sœurs, fut fait prisonnier à Châtelet et marcha en tête des troupes pour les conduire 
vers Gerpinnes et Tarcienne. On le retrouva tué à Chastrès, dans le jardin de 
M me Allard. 

Jean-Baptiste DRUAUX, 65 ans, fut encore vu le 23 août, alors qu'il se 
dirigeait vers la campagne avec un instrument de travail ; depuis lors il n'a plus 
reparu. 

§ 3. — Fraire. 

Ce village se trouva, dans l'après-midi du 23 août, dans la zone de 
combat et les troupes françaises ne l abandonnèrent qu'au matin du 2.4 août, 
au moment où l'ennemi pénétrait dans Laneffe. 

Deux civils furent fusillés et deux maisons furent incendiées. 

Dans la semaine qui précéda les combats, Fraire (2) fut occupé par les turcos. 
Ils partirent vers la Sambre dans la nuit du 20 au 21. Le 22 à la soirée, des bandes 
de fuyards de Charleroi et environs annoncèrent la venue prochaine des incendiaires 
et un lamentable cortège de blessés se traîna vers la station. En pleine nuit, un 
cri retentit : « A 2 heures du matin, Fraire sera bombardé ! Il faut fuir ! » 

Le 23 août, passage incessant de troupes et de blessés. Dans l'après-midi, le 
combat se rapprochait. Des canons français étaient échelonnés au nord de la route 
de Chastrès (3), à 200 mètres du cimetière de Fraire et entre Somzée et Laneffe, 
tirant vers Tarcienne et vers Oret. Le duel d'artillerie se poursuivit violent, jusque 

(1) Voir Engerand, o. c. p. 540 ; Palat, III p. 3t3. 

(2) Les éléments de ce travail ont été fournis par M. E- Dereine, professeur à l'école moyenne de 
Walcourt et par le curé de l'endroit, M. l'abbé Toussaint- 

(3) Voir Palat III. p. 3î3. 



3 4 

19 heures. Presque tous les habitants avaient fui et les Français eux-mêmes se 
retirèrent vers 22 heures. 

Le 24 août au matin, des canons étaient installés en batterie à gauche de la 
place publique, leurs caissons masqués par des arbres ; des turcos s'échelonnaient 
sur le versant de la colline, face au nord et un régiment de zouaves défilait sur la 
grand'route. Dans les rues s'alignaient encore des files de caissons. Bientôt des 
soldats épuisés vinrent dire que l'ennemi entrait à Laneffe. Les dernières troupes et 
les derniers civils s'éloignèrent à 9 h. 3o. 

Les Allemands parurent dès 10 heures; ils mirent le feu, sans motif, aux maisons 
d'Auguste Taverne et de Vital Poulain. 

Le zouave Arthur Boullay, de Versailles, fut trouvé tué près de la place. 

Maximilien DELHAYE. 66 ans, commit l'imprudence de sortir, armé d'un 
revolver. Surpris et fouillé, il fut pendu, séance tenante, à un arbre, sur la route 
d'Yves, à mi-chemin entre Fraire et La Botte. On retrouva son cadavre deux jours 
après, dans un fossé, la tête fendue d'un coup de sabre. 

Un simplot, Alphonse SPILETTE (fig. 9), 45 ans, fut lié à un canon et 
emmené par les troupes ; il fut tué à Fosses et y fut inhumé (Voir T. III, p. 162). 

Le 3o août, un régiment de Dusseldorf campa à Fraire. 

§ 4. — Yves~Gomezée. 

Le feu fut mis à Yves-Gomezée le 24 août par le 164 e de Hanovre, 
X e corps. 

C'est à ce village que s'arrêta, au soir de cette journée, l'avance 
allemande. 

Le rapport suivant remonte au mois de juin 1915. 

N. 517. A Tues, les Français en retraite entraînèrent les habitants à leur suite; il ne 

resta au village que le curé, M. l'abbé Lemaire, son vicaire et quelques vieillards. 
Après le combat d'artillerie, l'ennemi apparut le 24 août et commença les 
incendies le jour même. Les maisons Clippe et Anciaux, à « La Botte » (à la limite 
territoriale d'Yves-Fraire), furent allumées à 19 heures. Deux heures après, ce fut 
le tour des maisons Alexandre Borgniet, et Jules Tassigny, non loin de la gare de 
Saint-Lambert. Le 25 à 10 heures, on mit le feu, à Maimbercée, près de Saint- 
Lambert, à la maison de Louis Sturbois et, à Yves même, à la maison de J. Dételle. 
A 11 heures, M lle Marguerite de Cartier d'Yves fut arrachée à son château et 
amenée au presbytère : elle était conduite par deux soldats, au moyen d'une longue 
corde et de lisières qui lui enserraient les poignets. Son visage était couvert d'égra- 
tignures et sa robe était déchirée. Vers la même heure, on vit plusieurs chariots 
emporter du château le mobilier et des tableaux; puis à 11 h. 3o il en sortit un 
mince filet de fumée. Le feu couva longtemps, mais à t5 heures, une énorme gerbe 
de flammes s'élança par-dessus les murailles. De cette riche construction, rien ne 
fut préservé (fig. 1). 



35 

Dans les premières heures de l'après-midi, furent incendiées trois maisons 
appartenant aussi au château : la villa qu'occupaient les demoiselles Stilmans, la 
maison voisine, où résidait la famille Delahaut, et l'usine dénommée « La Foro-e », 
avec ses dépendances. 

Le 2 e bataillon du 164 e de Hanovre, 39 e brigade, 20 e division, et le 5 e hussards, 
se trouvaient à Yves le 25 août. Interpellés par M me Jules Tassigny sur le motif de 
ces désastres, des Allemands répondirent : « Votre Roi n'avait qu'à nous laisser 
passer ! » 



3. — Les combats sur le front de la 6 e division, 
de Gourdinne à Berzée. 

C'est ici que l'ennemi a donné toutes ses forces, le 23 août, pour 
enfoncer l'extrême gauche du 3 e corps, à l'endroit de sa liaison avec 
le 18 e . Les Français durent se replier, mais l'ennemi n'osa poursuivre 
et de faibles détachements français restèrent à Gourdinne, Berzée et 
Thy-le-Château. Voici le récit de ces engagements, d'après les archives 
de la Section Historique de l'Etat~Major général de l'armée française, 
à Paris. 

Seule à l'action, la 12 e brigade (1) occupe ici un front de 5 kilomètres. Le 
5 e régiment prolonge à gauche la 74 e brigade depuis la route de Somzée à Charleroi 
jusqu'à Pairin ; le 119 e est à l'extrême gauche de la ligne du 3 e corps (Pairin- 
Fontenelle), en liaison avec le 18 e corps. 

Dans la fin de la matinée du 23, l'ennemi dirigea sur ces deux régiments, du 
côté de Limsonry, un feu meurtrier. L'artillerie allemande, à l'est de la route de 
Bultia, fut contrebattue par l'artillerie de la 6 e et de la 38 e divisions. A i3 h. 40, 
malgré le feu du 1 19 e , l'infanterie allemande déboucha de Nalinnes, se dirigeant vers 
Pairin. Un bataillon du 5 e et un bataillon du 8 e tirailleurs (38 e division d Afrique) 
continrent un moment l'ennemi. Mais, à t5 h. 3o, de nouvelles batteries allemandes 
étant entrées en action, et son infanterie ayant reçu des renforts, l'engagement 
reprit avec plus de violence. Un bataillon du 1 19 e fut vivement pressé à la lisière 
du bois de Baconval (Gourdinne). Le 239 e (régiment de réserve du 3 e corps), fut 
envoyé en face de Limsonry pour renforcer la première ligne, entre le 5 e et le 119 e , 
et les mitrailleurs tinrent encore quelque temps l'ennemi en respect. A 16 h. 3o, la 
gauche du 119 e est tout à coup menacée et une compagnie du 239 e se porte à son 
aide. Mais la manœuvre de cette compagnie aggrave la situation, car elle paraît être 

'*' / 11 e brigade 

• 24 e et 18 e rég. 



(,' division } ë én - Hollender 

79" rég- 



ler.. Bloch) , a e brigade 

6 : 5 et 170 e 



gén. La visse 



36 

le signal d'un désarroi général : la droite du 5 e lâche à son tour sa position. 
A 17 heures, l'ordre est donné à toutes les troupes de se replier. Le général Bloch, 
commandant la 6 e division, se rend compte qu'il n'a plus assez de réserves pour 
assurer la direction du combat et réclame l'appui de toute l'artillerie disponible. 
Malheureusement celle-ci, massée sur le plateau d'arrière, ne tarde pas à être 
découverte par la retraite de l'infanterie, et elle abandonne de même ses positions : 
toute la division, infanterie et artillerie, se replie d'abord sur Berzée et Thy- 
le-Château. 

C'est alors que, à son tour, la 38 e division, sur la droite, est obligée d'évacuer la 
position de Somzée et de se replier, par échelons, sur Chastrès et Fraire. 

Pour parer au repli de la 6 e division, il ne restait plus à Chastrès, comme nous 
l'avons vu, que deux bataillons (un du 123 e et un du 274 e ); la division dut se replier 
plus en arrière. Seul le i er bataillon du 5 e régiment réussit à tenir Berzée, le restant 
se retira jusqu'à Walcourt et au-delà. L'Etat-Major du 3 e corps se fixa à Silenrieux, 
donnant comme points de ralliement aux unités dispersées et mélangées dans 
l'encombrement des routes, le Four-à-Verre (voir fig. i3o), au-delà de Boussu- 
lez-Walcourt et d'Erpion, en direction du sud-ouest. L'ennemi, heureusement, ne 
poursuivit pas. 

A la 6 e division, à l'heure de la retraite, les troupes étaient déjà en marche sur 
Fourbechies lorsque le général Rouquerol, commandant l'artillerie du 3 e corps, en 
chef énergique, en arrêta une partie et envoya les 5 e et 239 e à Erpion, le ito/ à 
Castillon et Fontenelle, le 274 e (rég. de réserve du 3 e corps, avec le 239 e ) à Boussu- 
lez-Walcourt, les faisant appuyer par cinq ou six groupes des ti e et 22 e régiments 
d'artillerie de campagne. 

§ 1 . — Dans la région de Gourdinne~Berzée. 

Nonobstant la violence des combats que nous venons d'exposer, il 
résulte des rapports consacrés à Gourdinne, Thy-le-Château, Berzée et 
Pry (n os 5 18 à 52. t) que ces villages furent respectés. On signale seulement 
deux victimes à Thy-le-Château. 

]>jo g, g Le 21, à midi, un Etat-Major français vint à Gourdinne ; à t5 heures, le 129 e , 

du Havre, défila sur la route de Chastrès à Somzée. Au soir, le 36 e d infanterie (1), 
venant de Rance, prit ses quartiers pour la nuit et partit le lendemain matin. Le 22, 
le mouvement des troupes s'accentua. Il passa un régiment de turcos. Vers le soir, 
un régiment d'infanterie cantonna à Gourdinne jusqu'au lendemain à midi. Les 
caissons à munitions passaient et repassaient, s'approvisionnant au dépôt de Berzée. 

L'exode des habitants commença quand arrivèrent, vers le soir, affolés et en 
pleurs, les gens de Tamines, Châtelet et Couillet. 

Pendant toute la nuit, ce fut un va-et-vient de convois militaires. Une batterie 
française, installée entre Gourdinne et Nalinnes, ouvrit le feu le 23 à 7 heures et 

(t) Ces deux régiments forment la 10 e brigade, 5 e division, 3 e corps. 



$7 

l'infanterie, postée du côté du bois des Coumognes, engagea le combat vers 
14 heures. Dans l'avant-midi, un aéroplane français opéra de nombreuses recon- 
naissances. Les régiments qui participèrent aux combats d'arrière-garde étaient les 
5 e , 39 e et 1 19 e . Les blessés étaient déchargés à l'allée du cimetière, où ils recevaient 
un pansement sommaire. 

La fuite des habitants se poursuivit le dimanche à midi et, le soir, il restait 
19 personnes au village (1). Les Français se replièrent à partir de 18 heures et la 
retraite se poursuivit toute la nuit. Un seul canon, posté entre Walcourt et 
Gourdinne, continua à tirer jusqu'au matin. 

Au soir du 23, le curé, M. Piérart, se rendit chez le bourgmestre, M. Henrion. 
« Demeurons au poste, dirent-ils en s'embrassant; mourons ensemble, en accom- 
plissant notre devoir ! » Tous ceux qui étaient restés se rendirent à l'église et 
ensemble se préparèrent à la mort, en recevant les sacrements. 

Le 2.4 à 9 h. 3o, dix uhlans parurent sur la place. Apercevant le curé qui sortait 
de la Croix-Rouge, où il soignait 22 Français blessés, ils lui enjoignirent, revolver 
au poing, de les conduire au bout du village. Le bourgmestre dut ensuite les conduire 
jusqu'au bois de Charnoix. 

A i3 heures, on entendit un vacarme de cris, de chants et de charrois : c était 
l'infanterie allemande, les 92 e et 78 e (2), qui entraient au village. Le bourgmestre, 
ayant soulevé le rideau d'une fenêtre, fut mis en joue; puis des soldats firent 
irruption dans sa demeure, demandant s'il n'y avait pas d'armes. Ils examinèrent des 
fusils de chasse qui pendaient aux murs, et les remirent en place. Ils demandèrent à 
manger. Quelques coups de feu tirés de Chastrès par des traînards les arrêtèrent 
momentanément. 

Des bandes de soldats se livrèrent au pillage de toutes les maisons. 

Vers le soir, un Etat-Major d'une douzaine d'officiers prit quartier au 
presbytère. Au repas du soir, auquel assista le curé, ils mangèrent et burent comme 
des goujats. 

Le lendemain à 8 heures, la troupe continua sa marche sur Rognée. 

Douze soldats français (3) tués à Gourdinne, furent inhumés le 26 par les civils. 

A l'église, les Allemands s'attaquèrent au tabernacle, qu'ils labourèrent de 
coups de ciseau, sans réussir à le fracturer. Ils détériorèrent aussi au pres- 
bytère un coffre-fort où étaient renfermés les vases sacrés. 

Le tt e d'artillerie, le 3 e du génie, des troupes d'infanterie et coloniales 
passèrent à Th\}~le~Cbâteau (4) du 19 au 22 août. 

Le 22 vers le soir, et la nuit suivante, on nous amena de Charleroi des voitures 

(1) i56 passèrent en France et revinrent après l'armistice. 

(2) Le 92 e se rattache à la 40 e brigade, 20 e division, X e corps; le 78 e à la 37 e brigade, 19 e division, 
X e corps. 

(3) Voici leurs noms : Gaston Levaillant, 2799; Emile Leblond, 17; René Simon, 2082; Henri Guille- 
mette (Le Havre); Narcisse Vret, 804; Adolphe Carly, 4o3 ; René Fournier, 861; Emile Martin, 5o3 ; 
Celestin Garcia (Falaise-Paris); Edouard Brault, 1905; Armand Conard, 622; Cyprien Bonnauc, 83. Ils ont 
été transférés en 1918 au cimetière militaire de Tarcienne. 

(4) Ce rapport émane de la R. Sœur Marie-Louise, des Filles de Marie. 



38 

remplies de blessés. Nous accordâmes l'hospitalité à de nombreux fugitifs de 
Marcinelle, 3ouffioux, Nalinnes, etc. Le dimanche surtout, c'était partout l'encom- 
brement, tant était considérable le nombre des gens qui fuyaient devant l'ennemi, 
terrifiés. 

A 10 heures, un major réquisitionna des chariots pour conduire ses blessés à 
Walcourt, où l'on préparait un train de Croix-Rouge; à \j heures notre ambulance 
était vide. Pendant ce temps, on poursuivait le combat de Nalinnes, Gerpinnes, 
Boisconval, etc. Des obus tombèrent à Thy-le-Château. Un convoi de yo blessés 
nous fut encore amené à la soirée (i). 

Les premiers uhlans se présentèrent lundi 24 août à to heures. Ils traversèrent 
le village désert et tirèrent sur deux femmes que j'avais envoyées dans une prairie 
pour traire des vaches et donner du lait aux blessés. Des soldats d'infanterie du 
Hanovre vinrent le soir, avec de l'artillerie et de la cavalerie. Ils pénétrèrent dans 
les maisons en brisant portes et fenêtres et emportèrent vivres, vins et même effets 
d'habillement; ils s'attaquèrent au coffre-fort contenant le trésor d'orfèvrerie de 
l'église, mais ne réussirent pas à le fracturer. Chez les PP. Oblats furent hébergés 
des soldats du j\ e de réserve. 

Jules DUBOIS, 45 ans, et Florentin GOBLET, 45 ans, et les membres de 
leurs familles furent rencontrés par l'ennemi, le 2.5 août, près de Barbençon. Les 
soldats les séparèrent des femmes et des enfants et les obligèrent à marcher devant 
eux; on les retrouva fusillés un peu plus loin, entre Vergnies et Erpion. 

Paulin Groy. qui était resté chez lui, dut accompagner les soldats à Berzée ; à 
son retour, il constata qu'on lui avait enlevé une somme de 4,000 francs. 

En septembre, beaucoup de prisonniers français venant de Châlons, passèrent 
à Thy-le-Château ; ils mouraient de faim et les Allemands défendaient de leur 
donner à manger. 

N° 52o. Berzée, écrit M, le curé Prélat, reçut, le 18 août, un peloton de tirailleurs séné- 

galais; le 19 dans l'après-midi, le 5 e de ligne (garnison à Falaise); le 20 août, le 
24 e de ligne et i,5oo turcos. 

Dans l'après-midi du 22, des gens du pays de Charleroi affolèrent la population 
par leurs récits terrifiants. Dans la nuit, ce fut le branle-bas causé par la retraite 
des Français. Les ambulances volantes se fixèrent à Berzée. 

Le 23 août laisse le souvenir d'une journée tragique, inoubliable. Dès 9 heures, 
la grande bataille de Gozée et de Nalinnes battait son plein. Les habitants restés au 
village se trouvèrent bientôt en face d'un ciel de fumée, de poudre et de feu. 
C'était un roulement ininterrompu et assourdissant du canon. 

Vers 14 heures, devant le danger plus pressant, je consommai les Saintes 
Espèces et confiai l'église et la paroisse à Notre-Dame de Grâce. A 16 heures, 
tandis que la bataille faisait rage, nous montâmes en voiture, M. Léon de Saint- 
Hubert et moi. Des hauteurs de Castillon, vers 2t heures, nous vimes tous les 

(1) Plusieurs moururent à l'ambulance, entourés des soins maternels des religieuses. Voici leurs noms : 
Julien Chandellier, du 3 e can. 1 esc. 3 batt.; de Crouy, jeune soldat qui se prépara à la mort comme un saint; 
Léon Gaumin 1913, Caen 186; Alexandre Leroyer 1911, Lisieux 5z6 ; André Jouanne 1908, Lisieux 398. 
Alain Kéromnès, sergent-major au 5° d'inf., mourut chez les PP. Oblats- 



3 9 

villages du pays en feu. Cerfontaine, Chimay et Momignies furent mes dernières 
étapes en Belgique. Pendant que d'autres groupes de paroissiens, surpris par 
l'ennemi vers Couvin et Froid-Chapelle, étaient obligés rie rebrousser chemin et 
regagnaient Berzée, notre caravane, composée de 3ou personnes, poursuivit sa 
marche vers Hirson, Vervins, Marie, Laon, Soissons, Compiègne, Beauvais, 
Les Andelys, à raison de io à 35 kilomètres par jour. Chaque matin, nous devions 
nous remettre précipitamment en route, poussés sans cesse en avant par l'avance 
foudroyante de l'ennemi. Le 6 septembre nous pûmes nous fixer dans l'Eure. 

Cependant, les Allemands étaient arrivés à Berzée le 24 août. Cinq personnes 
demeurées au village ont raconté que cette entrée fut terrifiante(t), accompagnée 
d'un vacarme infernal, d'un pillage furieux et d'orgies sans fin. Il est heureux, 
déclarèrent-elles, que le curé et le bourgmestre fussent absents. Trois cent 
cinquante personnes purent se réinstaller chez elles. Le presbytère fut dévasté. 

Les chasseurs d'Afrique arrivés à Pry le 19 août, partirent vers Charleroi dans 
la nuit du 21 au 22. 

Le départ des habitants, entraînés par les fugitifs de la Basse-Sambre, 
commença le samedi soir et se poursuivit le lendemain. De nombreux trains se 
formaient à Walcourt. 

Le canon tonna jusque 16 heures, de Nalinnes. où l'ennemi avait pris position. 
Les Français commencèrent à refluer en désordre vers 16 heures et deux heures 
après, le village était complètement évacué. 

Pry n'eut pas à souffrir du bombardement qui se fit, le 24, au dessus de 
Walcourt. 

Le 25, l'ennemi envahit le village, dans lequel quelques familles ouvrières 
venaient de rentrer. Les soldats enfoncèrent les portes à coups de hache et 
pillèrent les maisons. Les gens furent pris et rangés le long du jardin du presbytère, 
pour être fusillés, mais ils eurent la vie sauve. 



§2. — Walcourt. 

Nous avons vu que, pour couvrir la retraite de la 38 e division, le 
24 août, le 6 e régiment d'infanterie reçut la mission de tenir Walcourt, 
tandis que le \z$ e occupait Silenrieux. 

Tout d'abord l'ennemi n'avait pas poursuivi, mais il reprit rapidement 
contact. A midi, il y avait encore un tel encombrement dans les fonds de 
l'Heure qu'on pouvait craindre une catastrophe. A peine arrivé sur sa 
position de Walcourt, le 6 e régiment fut attaqué par des détachements de 
cavalerie et de cyclistes, que soutenait une forte artillerie; il y fit une 

(0 Au témoignage du soldat H. Albers, Berzée (ut pillé le 25 août par le train du 78 e d'infanterie de 
réserve, X e corps de réserve- V. Bédier, Comment l'Allemagne essaie de justifier ses crimes, Paris Colin p. 1 1 : 
et Les Violations des lois de la guerre, o- c. p. 76. 



4o 

belle défense. A 12 h. 40, le 2 e bataillon du 6 e était menacé sur sa droite : 
deux compagnies du 3 e bataillon furent envoyées pour le soutenir à la 
ferme Baileu, mais, en arrivant à la crête, elles tombèrent elles-mêmes 
sous un feu violent d'artillerie. Toute la ligne se replia à 14 heures sur 
Walcourt, où les deux autres compagnies du 3 e bataillon les recueillirent. 
On résista du côté de la station et sur la voie ferrée jusque \6 h. 3o ; 
quelques éléments se maintinrent même sur la rive droite de l'Heure 
jusque t8 h. 3o, alors que la collégiale de Walcourt, bombardée par 
l'artillerie allemande, était déjà en feu. (Voir fig. 2 à 4.) 

Le 74 e d'infanterie, 19 e division allemande, X e corps, entra dans 
Walcourt dans l'après-midi : on trouvera dans le rapport n° 522 d'inté- 
ressants détails sur les incidents qui marquèrent l'entrée de l'ennemi, 
détails que nous avons relevés à Walcourt même le 20 juin 1915. 

Les villages de Rognée, Fontenelle, Castillon et Clermont, à 
l'extrême pointe de la province, auxquels nous consacrons plusieurs 
rapports sommaires (n os 523 à 527), demeurèrent indemnes. Un civil fut 
fusillé à Fontenelle. 

N 522. L e g ros des troupes françaises (t) arrive à Walcourt le 19 août, pour gagner, le 

22 août, Farciennes et la Sambre. Dans l'après-midi du 22, la route de Walcourt à 
Somzée est encombrée de pièces d'artillerie et de véhicules qui y paraissent déjà 
immobilisés par le recul. 

Le 23 août, la dernière ligne de canons français, tirant vers la Sambre, est au 
nord-ouest de Gourdinne et se voit de Walcourt. 

Dans l'après-midi, la gendarmerie est dirigée sur Philippeville et un matériel 
considérable de locomotives et de voitures de chemins de fer est évacué vers la 
frontière. A 17 heures, un officier français déclare qu'il y a du danger. En un 
moment la panique s'empare de toute la population. On annonce que les autorités 
sont parties et que les Allemands sont prêts d'arriver. Alors la ville offre un 
spectacle inoubliable. On croirait venue la fin du monde. On court, on se bouscule, 
on crie, on pleure... La retraite des Français est commencée, mais combien elle va 
être entravée par cette cohue de civils qui envahissent tous les chemins! A la soirée, 
il reste en ville 81 personnes (2). 

Le 24 août dans i'avant-midi, Walcourt est dans un calme morne. La retraite 
des Français se poursuit. Des officiers déclarent que 1 ennemi est à un kilomètre 
d'ici, vers Pry. 

La bataille continue et, de la ville, on distingue le feu de l'artillerie française 
qui tire au sud dans la direction de Pry et de Thy-le-Château, à l'est vers Fraire 
et Morialmé. 

(1) Sur le passage d'éléments du 4 e zouaves, le 16 août, voir Ginisty, o. c, pp. 144-151. V. aussi 
Hanotaux, Histoire illustrée de la guerre de 1Ç14, VI, p. 3o. 

(2) Environ 73o restèrent absents pendant la guerre et revinrent à l'armistice. 




(Photo octobre 1914) 
Fig 1. — Yves--Gomezée. 
Ruines du château baron de Cartier d'Yve, iiuendié 
par les troupes du X e corps. 




(Photo 1915) 
Fig. 3. — Walcourt. 
Vue pancran.ique de la ville, après l'incendie. 





(Photo septembre 1914) 
Fig. 4 — Walcourt. 
Vue de la collégiale incendiée. 




Fig. 2. — Walcourt. 

Vue de la collégiale de Notre-Dame de Walcourt, 

avant le désastre, 



(Photo octobre 1914) 
Fig. 5. — Walcourt. 
Les maisons incendiées à l'ouest de la collégiale, 



VICTIMES DES FUSILLADES ET DES MASSACRES DE THY-LE-BAUDHU1N, DE FRA1RE, DE SOMZÉE, 
DE JAMAGNE, DE LESVE, DE H AUT-LE-WASTI A ET DES FLOYES 'SOSCYE) 






Fi g- 7- 

Valentine LEFEBVRE, 17 ans, 

tuée à Lesve. 



Fig. 8. — Victoire DETAILLE, 

Veuve Antoine Rondiat, 78 ans, 

tuée à Haut-le-Wastia. 




Fig. 6. 
Narcisse DEGRAUX, 

84 ans, 
tué à Thy-le-Baudhuin. 




Fig. io- 

Jules DUPËROUX, 19 ans, 

tué a Saint-Aubin 




Fig. i3- 

Mathieu DETOURBE, 34 ans, 

de Haut-le-Wastia, 

tué sur la route de Moulins. 




Fig. I 1 . 



M. l'abbé Eugène DRUET, curé d'Acoz, 67 ans, 
fusillé à Somzée avec ses deuN compagnons. 




Fig. 9. 

Alphonse SPILETTE, 45 ans, 

de Fraire, lié à un canon 

et massacré à Fosses. 




Fig. 12. 

André CHERM ANNE, 44 ans 

tué a Jamagne. 





Fig. 16. 

Désiré SACOTTE, 

42 ans, 

tué à Haut-le-Wastia. 



Fig. 14. 

Ambroise LÉONARD, 45 ans, 

de Haut-le-Wastia, 

fusillé à Les Floyes (Sosoye) avec 

ses compagnons. 



Fig. i5. 

Narcisse BORSUT, 5 9 ans, 

de Haut-le-Wastia, 

fusillé à Les Floyes (Sosoye) avec 

ses compagnons. 



4' 

A 14 h. 3o, un premier obus allemand atteint Walcourt : le bombardement a 
commencé, il s'intensifie vers t5 h. 3o, pour durer jusque 19 heures. Une maison 
avec grange attenante, située « au Calvaire », au sud de la ville, est détruite et 
incendiée. Vers t5 heures, les premiers soldats allemands sont aperçus près d'un 
chalet en construction, d'autres pénètrent dans la propriété des Sœurs Ursulines (t). 

A t8 heures, les Français ne tiennent plus qu'en petit nombre les alentours du 
cimetière. Un officier et vingt soldats français furent tués sur le territoire de la 
ville, dont six près du cimetière; également trois soldats allemands. 

A >o h. 3o, au moment où le combat prenait fin, l'aumônier des Ursulines, 
IA. Guillaume, sorti de la cave où il s'était réfugié avec des religieuses et avec 
un groupe de civils, aperçut la collégiale en feu (2). La tour était déjà fortement 
entamée. La pensée lui vient que le feu peut se communiquer à l'intérieur de 
l'édifice et détruire notamment la précieuse statue de Notre-Dame de Walcourt : il 
sort aussitôt, traverse la ville en courant et arrive sur la grand'place. Celle-ci 
est couverte de soldats allemands, au nombre de près d'un millier, rangés 
en un ordre impeccable et l'arme au bras. Trois officiers à cheval occupent 
le flanc gauche. II aborde l'un deux, qui le renvoie à l'officier de tête. « Il y a, lui 
dit-il, dans cette église une Vierge artistique, miraculeuse et très célèbre, puis-je 
la sauver? » L'officier y consent et l'abbé pénètre dans la collégiale. Des étincelles 
tombent dans le nef et déjà des chaises prennent feu. Il se dirige vers l'autel de la 
Sainte Vierge ; mais la statue est restée dans le grand chœur, fixée par un écrou 
au brancard sur lequel elle a été déposée pour la fête de l'Assomption. Il renverse 
violemment le brancard, la statue se détache, il l'emporte et, essouflé, va s'asseoir 
sur un banc, devant la maison de M. Lechat. De la toiture et de la tour de la collé- 
giale s'élancent vers le ciel des colonnes de fumée et de feu avec des myriades 
d'étincelles que le vent chasse au loin; des pièces de charpente s'effondrent avec 
fracas, le plomb fondu découle des gouttières en petites cascades. Deux officiers 
examinent maintenant la statue et autorisent deux soldats à la transporter; au bas 
de la côte, ils la remettent à leur guide, qui achève le trajet, avec l'aide de 
M me Massart, et arrive bientôt au couvent. La Vierge y resta exposée jusqu'à ce que 
le calme se rétablit en ville. 

La chute de matériaux enflammés provoque, dès le 24 août, l'incendie de treize 
maisons voisines de l'église. (Fig. 5.) 

Dans la journée, les troupes arrachent et jettent par terre le drapeau de la 
Croix-Rouge au château de Pumont, quelles saccagent; elles commencent le pillage 
de la ville, qui se poursuivra pendant toute la semaine. 

En ville, Maria Charlier, épouse Anciaux, est poursuivie de coups de feu, en 
sortant de sa maison envahie. 

A Gerlimpont, aux confins de Walcourt vers Silenrieux. le cadavre d'un 

(1) Les troupes entrées à Walcourt appartiennent, pense-t-on, au 74 e d'infanterie. 

(.t) « Nous avons dû incendier la collégiale : c'était un trop beau poste d'observation pour les Français. " 
Parole d'un officier allemand au doyen de la ville, M. Baré. Un machiniste de PEtat-Belge, M. Maguin, qui 
s'était caché dans le bief du cours d'eau, au-dessus de la villa Delenne, vit s'allumer l'incendie. En un clin 
d'oeil, les flammes émergèrent du toit et de la tour, d'une extrémité à l'autre. 



42 

vieillard est aperçu par les passants, puis on ne le voit plus et on ignore où il est 
inhumé. 

A la soirée, vers 22 heures, passage de convois d'artillerie. 

Le 25 août, un ecclésiastique de la ville, M. Van Kerchove, est collé au mur 
de la Kommandantur ; on lui arrache violemment le brassard de la Croix-Rouge et 
on parle de le fusiller ; finalement, il est chargé de conduire deux officiers auprès 
des blessés. 

A 9 h. Zo, il se rend, avec M. l'abbé Guillaume, à la collégiale. Du jubé, dit 
de Charles-Quint, ils voient s'élever un panache de fumée : le parquet en chêne 
avait reçu des tisons enflammés, tombés de la voûte, et avait pris feu. Aidés de 
quelques soldats que leur adjoignit un officier, ils font la chaîne et déversent sur le 
foyer la quantité d'eau nécessaire pour l'éteindre. Ainsi fut sauvée cette remar- 
quable pièce de sculpture. 

N<> g 2 3 Les habitants de "Rognée — écrit le curé de l'endroit, M. l'abbé Roland — 

s'enfuirent le 23 août et se réfugièrent pour la plupart à Sautain ; ils rentrèrent à 
partir du 25, à l'exception de 53 qui émigrèrent en France. Quatre vieillards étaient 
restés au village : ils furent enfermés le 24 août dans une grange et subirent toutes 
sortes de mauvais traitements. Les envahisseurs emportèrent des maisons les vivres 
et le linge. Le château, qu'occupait M. Hubert, fut pillé de fond en comble; au 
cours des mois d'août et de septembre, des autos et des camions-automobiles en 
emportèrent tout ce qui était transportable; ce qui ne l'était pas (comme la cage 
d'escalier, etc.) fut démoli à coups de hache. 

|vjo 52 . Fontenelle reçut des chasseurs d'Afrique, puis des zouaves et des turcos. Le 

23 août au soir, il n'y restait que quatre hommes et quelques femmes. Le 24, à 
2 heures du matin, l'ordre leur fut donné de partir, parce qu'un combat devait être 
livré dans la région : Vital Noël resta seul au village. 

De Fourbechies, où ils s'étaient abrités, le vicaire et la plupart de ses paroissiens 
revinrent le 25 août à i5 heures, croisant des troupes allemandes, qui les 
accueillirent avec des ricanements. Des soldats du 74 e avaient brisé les portes et les 
fenêtres des maisons, pillé les vivres, le linge et la vaisselle. A la chapelle, les troncs 
étaient fracturés. 

Le vicaire, M. Delvigne, et l'échevin, M. Fernand Guislain, furent faits otages 
et passèrent la nuit suivante sous la tente. 

Le 26 août, Florent LAUVAUX, 59 ans, cantonnier de la commune, fut retrouvé 
tué dans une prairie non loin de la route de Castillon. On ignore les circonstances 
de sa mort. Peut-être aura-t-il été pris pour un soldat français à cause de sa 
casquette d'uniforme. 

N° 525. De Caslillon on vit se dérouler le combat de Gozée. On ignore comment se fit 

l'entrée des Allemands, car le village était, à leur arrivée, absolument désert. On 
devine qu'il s'y est livré des escarmouches : des chevaux étaient tués devant la cure, 
des tranchées avaient été creusées sur quelques centaines de mètres et on y décou- 



43 

vrait des traces de sang; un caporal français, Henri-Joseph-Charles Poissonnier (i), 
gisait, transpercé d'une balle, la poitrine labourée d'un coup de baïonnette, les 
poches des habits coupées. Le village fut pillé. Au presbytère, le coffre-fort fut 
éventré et le portrait de M. Sevrin, doyen de Florennes. lacéré d'un coup de 
baïonnette. 

A Mertenne, les Allemands surprirent Augustin Noël et Edouard Tracet, qu'ils 
forcèrent à danser et à boire en leur compagnie. 

Le 18 août, relate M. l'abbé Leclercq, curé de Clermont, il vint au village des 
chasseurs d'Evreux, qui partirent le lendemain. Puis ce furent des soldats d'infan- 
terie de Tarbes et du 74 e , qui quittèrent le 22 pour Tarcienne, au lieu de se rendre 
à Farciennes, où ils étaient envoyés. 

Le 23, la population commença à fuir. 

Le 24, à 8 heures, des officiers français annoncèrent que des canons étaient 
postés autour du village et qu'il se préparait une réédition de la bataille de Gozée. 
Le reste des habitants s'en alla et il ne demeura au village que t3 personnes. 

Des uhlans venant de Castillon apparurent le lundi soir et campèrent « au 
blanc Vivier », où ils surprirent quelques zouaves français en état d'ivresse. 
L'ennemi occupa le village le 25 au matin. Quatre-vingt-dix habitants avaient gagné 
la France. 

Al. Charles Bédoret reçut à Fourbechies, le 25 août, un passeport signé d'un 
rittmeister du régiment des Hussards de la Garde du corps. 

§ 3. — Baussois. 

Daussois, sur la grand'route de Philippeville à Beaumont, est la 
première localité que le X e corps occupa au matin du 25 août. 

Le feu fut mis à ce village le même jour, bien qu'il n'y restât en 
tout et pour tout que deux moribonds : vingt-sept maisons devinrent la 
proie des flammes, ainsi qu'on en trouvera le récit dans le document 
ci-dessous, écrit par M. le curé Guislain. 

Le 23 août dans l'après-midi, les habitants suivirent, des hauteurs voisines, la 
bataille qui se livrait sur le front Gozée-Hanzinne, en suivant la ligne Marbaix, 
Ham-sur-Heure, Nalinnes, Gourdinne et Somzée. 

Le soir, à l'arrivée des fugitifs de la Basse-Sambre, la terreur s'empara de tous. 
Le lendemain matin, il n'y avait presque plus personne dans le village. Il se vida 
complètement dans 1 après-midi. L'arrière-garde française logea dans les maisons 
la nuit suivante et s'empara des vivres qu'elle découvrit. 

(1) Né à Saintes en 1892. Est parti au (eu le 22 à t5 h. 45 ; a gagni Rognée, puis Tarcienne. Revenu à 
Castillon le 23 au soir, il tomba le 24 août, surpris, oense-t-on, dans une escarmouche. 



44 

L'ennemi quitta Yves le 25 août au matin (i), jalonnant le chemin de 
bouteilles brisées, et se dirigea vers Daussois. Il restait dans ce village deux mori- 
bonds. Un octogénaire. Alexandre Charles, fut emporté de sa maison par les 
Allemands et déposé en pleine place sur un matelas. Une partie des troupes 
stationna en haut du village et mit le feu aux maisons : vingt-sept furent complè- 
tement brûlt es (2). Quant à l'autre quartier de la paroisse, un officier et des soldats 
se bornèrent à en visiter les habitations. Le maréchal-ferrant fut obligé à fracturer 
la serrure de la porte de l'église, et à enlever les drapeaux qui flottaient à la 
tour, avec menace d'incendier l'église, s'il s'y refusait. Il eut la clairvoyance de 
demander à l'officier une attestation. Elle lui fut délivrée en ces termes : 

Luc Dubois à ouvert par mon ordre la porte de l'église de Daussois- Je l'ai fait reclouer. 

PriNCE de Wrede, 
Chef d'Escadron. 

Peut-être l'incendie est-il dû à ce qu'un soldat allemand fut tué à mi-chemin 
entre Yves et Daussois. 

.^4. — Silenrieux. 

Ce village, assis sur la route de Philippeville à Beaumont, fut 
traversé par le X e corps au matin du 25 août, avant qu'il obliquât vers le 
sud-ouest. 

Trente et une maisons de la localité furent sauvagement détruites, le 
26 août, par une colonne de transports. 

-Kj 5 Des troupes françaises occupèrent Silenrieux (3) le 18 août. Le 22, les habitants 

furent démoralisés, au retour du 74 e d'infanterie, qui revenait décimé des combats 
de Roselies et de la Sambre. Le 23, les Français creusèrent des tranchées vers 
Boussu. sur les hauteurs qui dominent la route de Philippeville; ils y installèrent 

(1) Nous connaissons l'itinéraire précis que suivirent ces troupes- M. Louis Bertrand, fils du bourg- 
mestre de Velaine-sur-Sambre, les accompagnait. Réquisitionné avec cheval et voiture pour le transport de 
blessés, par la Croix-Rouge du 77 e (3* bataillon), 40 e brig. 20' div. X'' corps, il est allé à Tamines le 21 et 
le 22, en plein combat, ramenant chaque fois des blessés à Velaine, témoin sur tout le trajet du pillage et des 
sauvageries des soldats. 

Le 23, au matin, son compatriote Emile Guyaux et lui partirent sur Le Roux, menant chacun leu r 
attelage, puis sur DevanHe-Bois, où ils logèrent. Le 24, ils gagnèrent Yves-Gomezée, qui était en feu; ils 
v logèrent à côté de deux saules creux, qui abritaient chacun un civil. Le 25, le convoi se dirigea sur Daussois 
et Boussu-lez-Walcourt. 

On a retrouvé à Daussois un gobelet en métal aux initiales du 92 e régiment d'infanterie (qui forme avec 
le 77 e la 40 e brigade.) 

Le 46 e d'art- (2 e régiment de la brigade, avec le 10 e ) est aussi passé à Daussois. 

(2) A la maison communale périrent les archives civiles et notamment le double de l'état-civil des nais- 
sances depuis le XV e siècle . Citons aussi la ferme du château, du XVII e siècle. 

(3) Ce travail a été rédigé le 22 juin 1915, avec le concours du curé de Silenrieux, M. l'abbé Guillaume* 



45 

quelques pièces d'artillerie, posèrent une mitrailleuse près de l'église et prati- 
quèrent dans la flèche du clocher une ouverture donnant sur les routes de Walcourt 
et Philippeville. On n'a d'ailleurs tiré de là aucun coup de fusil. 

Dans la journée, on assista au repli des Français, en même temps qu'au passage 
des fugitifs de la Basse-Sambre, tandis que se déroulait le combat de Nalinnes. 

Le 24, on exhorta la population à se retirer. Les derniers habitants partirent 
lorsque, à 14 h. 45, une batterie placée à côté de la chapelle Sainte-Anne tira 
quelques coups de canon dans la direction nord-est. Quelques obus ennemis, venant 
des hauteurs dominant Vogenée, tombèrent dans le village et aux alentours. 

Au soir, il restait à Silenrieux une poignée d'hommes. 

Trois uhlans apparurent mardi 25 août à 5 h 3o. Un soldat belge se trouvait 
encore au village et les regarda passer sans tirer. 

A 7 h. i5, il vint une trentaine de uhlans, que suivit de près le gros de la 
troupe, venant à la fois de Philippeville et de Walcourt. Ils ne rencontrèrent pas la 
moindre résistance et pillèrent tout à leur aise les habitations; ils mirent le feu à la 
maison de Jules Lambotte, qui parvint à l'éteindre. 

Le défilé des troupes se poursuivit dans la journée, la nuit suivante et le 
mercredi. Le 25, vingt personnes qui avaient fui rentrèrent. 

Le 26 août à 17 h. 3o, une colonne du train arriva de Walcourt. Ainsi que l'a 
rapporté Amour Masset, témoin de la scène, l'officier qui marchait en tête, arrivé à 
3o mètres de l'intersection des routes de Philippeville et de Walcourt, tira à terre 
un coup de revolver. « On a tiré sur nous ! » crièrent aussitôt les soldats; ils se 
livrèrent à une fusillade générale, poursuivant de balles plusieurs civils qu'ils 
aperçurent et, descendant de cheval, ils mirent le feu aux maisons (t). Le premier 
immeuble incendié fut celui du commissaire-voyer, M. Martiny; puis ce furent les 
maisons de Nestor Masset, de M. Piret, etc. Trente et un bâtiments, dont 26 maisons, 
furent successivement détruits. D'autres eussent subi le même sort et le centre tout 
entier eût péri si la pluie qui tombait n'avait contrarié l'action du feu eî si les habi- 
tants n'avaient adouci la fureur des incendiaires en leur offrant des rafraîchissements. 
Le calme ne revint que vers 23 heures. 

Le 26 août se trouvait aussi à Silenrieux la 2 e colonne sanitaire du X e corps. 



(1) Les incendiaires de Silenrieux nous sont connus par le Livre Blanc allemand (Anlage 3ç et 40, p. 55). 
L'oberleutnant Stiemcke, commandant la 7** colonne de transports, et l'oberleutnant Schumann, commandant 
la 4 e colonne du X e corps, venant de Fleurus, affirment que « les civils ont tiré du clocher, dans lequel ils 
avaient pratiqué des ouvertures; l'attaque devait être préparée et le clergé local ne devait pas y être étranger. " 

Les habitants de Silenrieux opposent à cela qu'il restait au village quelques hommes seulement, dont aucun 
n'était ni à l'église, ni au clocher; le curé lui-même n'était pas chez lui, mais dans une section de la paroisse 
située sur les hauteurs. Etrange attaque aussi, qui n'a amené ni tué, ni même blessé I 

L'armée a fait grand état des faits de Silenrieux ; ils figurent sous le n° io sur la liste des faits criminels 
que la Wilhelmstrasse a signalés à ses diplomates étrangers (Direction du Contentieux et de la Justice militaire, 
à Paris, dossier 762); également au 'Rapport sur les actes d'boslililé commis par les prêtres et les religieux contre 
les troupes allemandes, dont l'abbé Vanderbergh, de Vienne, put prendre copie, sous l'occupation, au Gouver- 
nement général de Bruxelles. 



4 6 



IL — L'avance du corps de la Garde. 

Dans le chapitre précédent, nous avons vu les ravages causés par le 
X e corps allemand dans la partie nord-ouest de la province de Namur, 
après qu'il eut été aux prises avec le 3 e corps français sur la Sambre, 
entre Charleroi et Tamines. 

Abordons maintenant la région située entre Tamines et la position 
fortifiée de Namur, dans laquelle la Garde allemande (t) se rencontra 
avec le to e corps et, le 23 août après-midi, avec le i er corps français. 

Nous avons consacré un volume entier (le tome III) aux combats 
qui se livrèrent les t \ , 22 et 23 août sur ce front de bataille : ils amenèrent 
la Garde, le 23 août au soir, à la route de Rouillon à Fraire. (Voir 
fig. i3o.) Les rapports qui vont suivre compléteront le récit de ces 
combats en relatant les faits survenus à Furnaux, Biesmerée et Stave, 
villages qu'occupaient, le 23 août, les troupes françaises. 

Le présent chapitre est principalement consacré à la retraite du 
10 e corps français et à l'avance de la Garde jusqu'à sa sortie de la 
province de Namur. Voici d'abord quelques données militaires sur le 
repli des troupes françaises dans cette région. 

Ordonnée le 23 au soir (2), la retraite s'opéra le 24 août de bon matin. A ce 
moment, le front entre Oret et la Meuse était tenu par le to e corps, — comprenant 
les 19 e , 20 e et 37 e divisions — et par le 1" corps — comprenant la 5i e division de 
réserve, la 8 e brigade, la i re et la 2 e division. 

Le i er corps, en partie de la région de Sart-Saint-^Laurent et Lesves, en partie 
de la région d'Anthée^Onhaye où il avait repoussé, au soir du 23 août, la menaçante 
avance du XIX e corps saxon, se retira le 24 août sur Surice et Fagnolles, où nous 
le rencontrerons plus tard, arrêtant pas à pas l'ennemi qui le suit de près. 

Quant au 10 e corps, qui tenait, le 23 au soir, la ligne Graux-Mettet- 
Wagnée (3), au nord de la route de Bioul à Fraire, il ne disposait pour la retraite 
que de la route de Philippeville, qu'il ne pouvait atteindre qu'en défilant longuement 
en flèche, sous le feu de l'ennemi. 

Tous ces éléments se décrochèrent pourtant sans combat, à l'exception des 2 e 
et 47 e régiments d'infanterie (20 e division) et de la 74 e brigade (37 e division^ qui 
avaient reçu la mission de protéger la retraite et furent aux prises avec l'ennemi. 

(1) Sur ce corps allemand, V. Hanotaux, Histoire illustrée de la grande guerre de 1914, VIII, p. 6o- 

(2) Voir le texte de l'ordre d'armée dans Lanrezac, o. c, p. 184. A consulter aussi Hanotaux, o. c, VI, 
p. 22 à 3o ; VIII, p. 72 et 76. 

(3) V. Lanrezac, o. c, p. 180. 



47 

La 19 e division s'écoula la première (1). A peine avait--elle achevé de s'écouler 
au carrefour de Stave, que les obus allemands atteignaient les positions voisines de 
la 37 e division. 

La 20 e division avait déjà commencé à se replier par la route directe d'Oret à 
Florennes, quand les 2 e et 47 e d'infanterie, qui constituent la 40 e brigade, furent 
fortement pressés à l'arrière et obligés de se retirer à travers bois, à l'est de Corroy, 
sur la ferme des Pavillons où, jusqu'à \ 1 heures, l'encombrement fut extrême. 

Dès 4 heures du matin, les avant-postes de la 37 e division, qui devaient 
empêcher l'ennemi de déboucher d'Oret et de menacer toute la retraite, étaient aux 
prises avec l'ennemi. La canonnade avait repris sur toute la ligne et de violents 
corps à corps s'engageaient dans les bois voisins d'Oret et aux abords des hauteurs 
défendues par le 3 e zouaves et le 3 e tirailleurs. La 74 e brigade (37 e division) subit, 
en se dégageant, des pertes sensibles. Elle retraita à partir de 7 heures par échelons 
successifs, prise d'enfilade par l'artillerie ennemie. Le colonel Taupin, commandant 
la brigade, fut mortellement blessé à 8 heures. Elle dut abandonner une partie du 
matériel, mais put s'écouler vers Florennes, sans que l'ennemi osât poursuivre. La 
37 e division passa la dernière à Florennes et se reforma à la bifurcation des routes 
de Philippeville à Rosée et Florennes. 

Quand les troupes de la Garde se rendirent compte que les Français 
abandonnaient partout le combat, elles allèrent de l'avant, suivant pas à 
pas l'armée en retraite. On constate que, immédiatement, elles obliquèrent 
vers le sud-ouest, vraisemblablement pour laisser le champ libre, dans 
l'Entre-Sambre-et-Meuse, au XI e corps — qui ne fut retiré que le 
26 août (2) — , ainsi qu'aux XII e de réserve et XIX e corps saxons. 

La Garde, qui avait occupé le 23 au soir Graux et Denée, traversa 
le lendemain, de bon matin, la route de Rouillon à Fraire, pénétra à 
Furnaux (rapport n° 532) à 6 heures et à Biesmerée fn° 533) à 9 heures. 
Contenue quelque temps au nord de Stave par deux compagnies du 
3 e zouaves, qui avaient reçu la mission de protéger le repli des divisions 
françaises, la Garde envahit Stave (n° 534), Florennes (n° 535), Morialmé 
et Saint-Aubin (n° 536) entre 10 et 1 1 heures ; là, l'attendait de nouveau 
l'artillerie française, qui ne lui permit pas d'aller plus avant. 

En tête des rapports que nous allons publier, viennent deux travaux 
relatifs à Sart-Saint-Laurent et à Lesves, villages qui se trouvèrent le 
23 août dans le champ du combat de la Sambre. 

(1) Le D r G- Veaux, En suivant nos soldais de l'ouest, p. 69.-71, a consacré des pages intéressantes 
à la retraite du 41 e d'infanterie, 19 e division, qui se fit dès le soir du 23 par Anthée, Florennes et 
Mariembourg. 

(2) L'ordre de le diriger vers la Russie fut communiqué à 3 heures du matin. Baumgabten Crusius, o. c, 
p. 45. — On trouvera mentionné le passage de troupes de ce corps à Biesmerée, à Furnaux, à Stave et 
jusqu'à Saint-Aubin 



4 8 

§ i • — Sart^Saint-Laurent . 

Pendant que les éclaireurs allemands mettaient le feu à la ville 
de Fosses, le zZ août vers 8 heures du matin et attaquaient le 10 e corps 
massé entre Scry et Saint-Gérard, le général Franchet d'Esperey 
déployait le i ei corps — qui avait quitté la Meuse pendant la nuit — 
perpendiculairement au 10 e , la gauche à Saint-Gérard, la droite à Sart- 
Saint-Laurent. 

Vers 1 1 heures, il déclancha contre l'ennemi, qu'il prenait de flanc, 
un feu d'artillerie préparatoire à l'attaque; et il allait lancer énergique- 
ment son corps d'armée contre la Garde, quand il apprit que le 
XIX e corps saxon avait passé le fleuve en face d'Onhaye, menaçant son 
propre corps d'armée à l'arrière. Forcé de renoncer à l'offensive, il 
retira aussitôt du front la division Deligny, qu'il porta à Anthée, et la 
8 e brigade (général Mangin), qu'il dirigea sur Onhaye, où elle rejeta les 
Saxons sur la Meuse. 

La Garde occupa Sart-Saint-Laurent dès 16 heures (1). 

N° 53o. Le 22 août, Sarl"Sainl"Laurent fut occupé par l'infanterie française. La nuit 

suivante fut très agitée. A la soirée du 22 et le lendemain aux premières heures du 
jour, presque toute la population s'enfuit vers Bois-de-Villers. Une première 
messe fut dite à 4 h. 3o, à laquelle assistèrent quelques personnes seulement. Une 
seconde messe fut dite à 9 h. 3o et il n'y avait pour ainsi dire au village que des 
soldats français. 

Bientôt ceux-ci se retirèrent vers Lesves, et alors commença, vers 1 1 heures, 
un combat d'artillerie assez violent. Les canons français étaient postés au sud du 
village. Le feu de l'ennemi, venant de la direction de Ham-sur-Sambre et Taravisée 
atteignit l'église, ouvrant une vaste brèche dans le mur ouest, ébranlant le clocher, 
endommageant les toitures, l'orgue et le mobilier. Des obus communiquèrent 
l'incendie, à 14 heures, aux trois fermes Jacquemart, Defrenne et Boulanger, sises 
« au Bijard », ainsi qu'à la grange de Camille Mathieu, dans le village même. 

Après le combat, on retrouva « au Cheslon » les cadavres de deux Allemands 
et du français Louis Taffin, sapeur au 3 e génie, d'Arras; à « Folle-pensée » — où 
ils furent mis en terre par des habitants de Saint-Gérard les cadavres de treize 
Allemands du 2 e régiment de la Garde à pied (2), et du sergent français Dubois. 

A 16 heures, commença l'invasion. Les premières troupes, venant de Ham- 
sur-Sambre, défilèrent pendant 3 heures dans la direction de Saint-Gérard; elles 
furent suivies, le lendemain, des ambulances, qui stationnaient à Deminche. 

(1) Cf. Hanotaux, VI, p. 22; Histoire illustrée de la guerre de 1914, Engerand, o. c, p. 537 ; Lanrezac, 
o. c, pp. 172, 174, 175 ; La grande guerre écrite et illustrée, o. c. p. 78 et 79. 

(2) On enterra aussi à <( Folle-pensée » 18 chevaux de l'armée allemande. 



49 

Le 24 août, la population revint au village et sauva partiellement les maisons 
du pillage. 

Le 25, à io heures, de nouvelles troupes, venant de Floreffe, commencèrent à 
passer, jusque bien avant dans la nuit. Le bourgmestre, M. Dumay, fut requis de 
les conduire à Wépion. Un coup de feu ayant été tiré — assurément par un soldat — 
les troupes se livrèrent à des perquisitions, mais il n'y eut pas de représailles. 
Le garde-champêtre, âgé de 71 ans, fut sur le point d'être mis à mort, parce qu'il 
s'était montré avec arme et képi : les soldats lui lièrent les mains derrière le dos 
et le rouèrent de coups. 

§ 2. — Lesves. 

A la suite de la retraite précipitée du i er corps, dans l'après-midi 
du zZ août, la route des Six-Bras à Saint-Gérard, qui eût été si néces- 
saire, pour la retraite, aux troupes belges de la division de Namur, fut 
abandonnée dès 16 heures à l'ennemi, qui fit son entrée à Lesves. 

Le premier geste des soldats de la Garde fut de mettre le feu à cinq 
maisons et de se protéger derrière un religieux français et un médecin 
belge, pour pousser une timide pointe en avant dans la direction de 
Bioul (1). C'est, peut-on dire, grâce à ce manque d'initiative de la Garde 
que les troupes belges Je Namur purent opérer leur retraite. 

Le 25 août, commença sur la route de Bois-de-Villers à Saint- 
Gérard le défilé des troupes du XI e corps et de la Garde qui avaient 
participé au siège de Namur. Elles se comportèrent avec sauvagerie : le 
feu fut remis à sept maisons et à deux granges et trois civils trouvèrent 
la mort (2). 

Le 23 août, la retraite de l'armée française délogée de la Sambre s'accentua 
vers Fosses, Saint-Gérard et Lesves. Dès 10 heures, les obus allemands éclataient 
vers La Levée, entre Bambois, Sart-Saint-Laurent et Lesves; mais le heurt fut parti- 
culièrement violent vers midi, aux environs du « Bois-de-Graux », hameau de 
Lesves dans la direction de Maison. 

« Comme j'avais, raconte M. le curé, conduit à l'ambulance établie au Couvent 
des Pères du Sacré-Cœur de Bétharram quelques Français blessés, dont un 
capitaine, une estafette vint tout à coup crier : « Sauve qui peut! Les Allemands 
« arrivent! » Ce fut une débandade générale. Les blessés valides partirent à pied; 

(1) Le général von Biilow, chef de la II e armée, écrit que, s'il n'est pas intervenu plus tôt pour barrer la 
retraite à l'armée belge, c'est qu'il croyait que c'était affaire à l'aile droite de la III e armée- Non rapport, 
o. c, p. 60. 

(2) Le rapport consacré à Lesves contient le procès-verbal d'une enquête faite le 27 avril 1915 et corn» 
plétée par des donnée que fournirent ensuite le R. P. François Carrère, religieux de la Congrégalion des 
Pères du Sacré-Cœur de Bétharram, et l'abbé Jules Petit, curé de la paroisse- 



so 

les autres furent hissés dans la voiture d'ambulance qui accompagnait le capitaine 
et dans les chariots du village qui stationnaient aux environs et le convoi prit la 
direction de Bioul. » 

Le R. P. François Carrère, du couvent du Sacré-Cœur établi à Lesves, a été 
témoin oculaire de l'arrivée de l'ennemi. Voici ce qu'il raconte : « Il est 16 heures. 
Une fusillade s'est fait entendre à proximité et quelques balles s'égarent déjà dans le 
parc du couvent. A ce moment, le médecin me prie de l'accompagner dans sa maison, 
où il doit prendre une trousse. Parvenus au coin du parc, nous apercevons derrière la 
haie qui borde le sentier menant aux « Volées », tout près de la chapelle Saint-Roch, 
un officier étranger. A côté de lui une mitrailleuse. Dissimulé derrière le buisson, 
il braque ses jumelles sur la route de Saint-Gérard, pour se rendre compte sans 
doute du nombre des Français postés près de la « chapelle aux Loups ». L'officier, 
en gris, n'a pas de casque à pointe ; je le prends pour un Anglais — on a annoncé 
qu'ils sont proches — et je lui demande : « Are you english? » De la main, il nous 
fait signe de partir et, faisant demi-tour vers la maison Hemptinne, nous apercevons 
devant nous, près de la maison Phileas, une colonne allemande, composée de 
cavaliers, de fantassins et de canons, qui encombre la route. Nous nous disposons à 
rentrer, mais ils nous ont aperçus. « Halte! otages! », crient deux uhlans. Un 
officier braque son revolver sur nous, injurie, menace et crie : « On a tiré sur 
nous! » Au docteur, qui lui a dit qu'il soigne des blessés, il répond • « Silence, 
cochon ! » Placés en tête de la colonne, nous sommes bousculés et poussés en avant 
à coups de crosse. |j On s'arrête devant la maison de l'instituteur : « Dans cette 
maison, un homme a tiré sur nous, d'une fenêtre! Si nous le trouvons, vous serez 
fusillés! — Mais nous ne pouvons être rendus responsables! — Silence, cochon de 
Belge! » Acculés à la haie qui borde notre verger, face à la maison, nous voyons 
les soldats briser les vitres à l'aide de leur fusil, visiter l'immeuble et, finalement, y 
mettre le feu avec une essence contenue dans des bidons et dont ils enduisent portes 
et fenêtres. Puis, en avant ! Deux autres maisons commencent aussi à brûler derrière 
nous. Passant devant le chalet et le château, nous nous engageons sur le chemin de 
Bioul, toujours poussés et insultés. Arrivés au bouquet de tilleuls, les canons et les 
cavaliers entrent dans un chemin creux, les fantassins se couchent sur le sol; 
mais l'officier et deux soldats nous conduisent 200 mètres plus loin, dans les champs 
qui s'allongent vers la route de Saint-Gérard. Des balles sifflent tout à coup à nos 
oreilles et j'aperçois une petite compagnie de Français cachés sous les tilleuls de la 
« chapelle aux Loups ». Alors, on nous sépare. L'officier et un soldat, debout, se 
placent derrière moi; un autre soldat derrière le docteur. Les balles sifflent toujours, 
mais les Français aperçoivent sans doute les civils et cessent bientôt le feu. Puis, 
entourés de milliers d Allemands, que nous voyons dévaler des « Voilées » et de 
Lesves, ils agitent le drapeau blanc et sont faits prisonniers. A présent, notre 
présence n'est plus utile ; nous sommes licenciés et un officier cycliste nous ramène 
au village. II est 18 heures. » 

Pendant la fusillade — continue M. le curé — je gagnai Besinne, section de la 
paroisse, puis je revins à Lesves. La nuit fut fiévreuse, par suite des incendies qui 
embrasaient partout l'horizon et des fusillades incessantes. 

Le 24 août, comme j'achevais la Sainte-Messe, on me prévint que des blessés 



51 

gisaient dans les campagnes du Bois-de-Graux et je m'y rendis aussitôt. Le 
R. P. Carrère s'y trouvait déjà. Nous confessâmes les plus blessés et les fîmes 
transporter au couvent. De nombreux morts s'échelonnaient le long du chemin. 

Escorté de deux paroissiens, je dépassai la ferme « des Voilées » et me dirigeai 
vers la ferme « d'Hérende ». Comme je me penchais sur un blessé couché dans le 
fossé, on m'avertit que les Allemands étaient à côté. Je me jetai à terre, mais déjà 
des balles étaient dirigées vers nous : trois soldats tiraient du coin d'une pâture de 
la ferme. Comme le blessé me suppliait de le sauver ou de lui procurer un revolver 
« pour ne pis tomber aux mains des Allemands >, je regagnai le village, en longeant 
le fossé et je revins avec une charrette à bras. Nous parvînmes péniblement à hisser 
le malheureux sur le véhicule, tandis que, à plusieurs reprises encore, les trois 
soldats déchargeaient leurs armes dans notre direction. Sans doute voulaient-ils 
nous effrayer. 

Dans l'après-midi, escorté de Vital Hennaux, un enfant de 14 ans, le seul qui 
ait consenti à m'accompagner — le bruit s'était répandu qu'on tirait sur l'ambu- 
lance — je me rendis de nouveau sur le champ de bataille. Nous agrandîmes en 
profondeur des tranchées qu'avaient préparées les Français et nous traînâmes 
16 cadavres jusqu'à cette tombe d'occasion. 

Le 25 août, il ne fut pas possible de continuer les inhumations: le défilé des 
troupes ayant fait le siège de Namur se poursuivit sur la route de Bois-de-Villers 
à Saint-Gérard, depuis 6 heures du matin jusqu'au 26 août à midi. Ce fut la journée 
de grande épreuve pour la population. Les soldats se ruaient dans les maisons, 
l'arme au poing, menaçant, insultant, pillant... 

Donat Dewez et son enfant, âgée de 7 ans, furent rencontrés près de leur 
demeure et obligés à marcher avec les troupes, vers Bois-de-Villers. Passant près 
d'un verger, le père s'offrit à cueillir quelques fruits pour la troupe et un fantassin 
lui dit : « Partez vite! » Ils réussirent à gagner une maison voisine, d'où ils virent 
quelques instants plus tard flamber leur logis, ainsi que l'habitation adjacente 
appartenant à Marie Beaupère. 

Vers le même moment, les soldats avaient aussi mis la torche à la maison du 
cantonnier, Auguste Piot. 

Près de l'arrêt du vicinal « des Auges », Jules Hadelin CRASSET, âgé de 
35 ans, cueillait des fruits avec Constant POCHET, âgé de 17 ans, dans l'intention 
de les offrir aux soldats. Tout à coup ceux-ci se mirent à tirer : Jules Crasset 
tomba pour ne plus se relever. Constant Pochet était gravement atteint ; il fut 
dépouillé de sa montre et d'une somme de 400 francs ; il mourut des suites de ses 
blessures en décembre suivant. 

Des incendies dévorèrent aussi, non loin de la place Verte, les maisons 
d'Arthur Lambotte, Julien Tonon et Phileas Pochet, ainsi qu'une remise située de 
l'autre côté du chemin. Le prétexte fut « qu'on y avait constaté la présence de 
soldats belges et français ». En réalité, quelques retranchements avaient été 
creusés le 23 dans le jardin Lambotte. 

Victor DEMEUSE, âgé de 45 ans, fut tué d'une balle au moment où il essayait 
de sauver quelques meubles chez Phileas Pochet. L'ayant appris dans l'après-midi, 
après que j'eus enterré le soldat français Marcel Warocqué, je me fis accompagner 



52 

de quatre hommes et j'allai charger Victor Demeuse sur une civière. Les soldats 
que nous rencontrâmes sur le grand'route étaient surexcités; ils m'accueillirent 
par une bordée de cris et d'insultes, telles que « schweinpfarrer ». 

On me demanda ensuite de me rendre « aux Bruyères », où je trouvai presque 
mourante Valentine LEFEBVRE (fig. 7), âgée de 17 ans. Vers to heures du matin, 
une escarmouche s'était produite dans les environs entre Belges et Allemands. 
Quand elle fut achevée, les Allemands fouillèrent les maisons, pour capturer 
les soldats belges qui s'y tenaient cachés. Chez Lefebvre, un crépitement se fit 
entendre et Valentine cria qu'elle était atteinte. Un soldat, passant à vingt 
mètres de distance, avait pris plaisir à tirer sur la porte fermée, et la balle, 
traversant le bois, avait blessé l'enfant au bas-ventre. Elle mourut à la soirée. 

Sortant de là, je passai chez Louis Stavaux où étaient soignés depuis le 
matin une quinzaine de soldats belges blessés. Ceux-ci me racontèrent qu'après 
avoir passé la nuit précédente dans les bois, ils avaient rencontré un jeune 
lieutenant belge qui les avait exhortés à le suivre, disant qu'il les sauverait. 
Quand ils débouchèrent, le z5, dans les campagnes de Lesves, entre la 
« Guinguette » et la « Levée », un officier allemand les invita à se rendre. Le 
lieutenant se retourna vers ses hommes et cria : « Feu! » Au même instant, les 
fantassins allemands ripostèrent et les nôtres tombèrent au nombre de sept tués 
et quinze blessés, tandis que le lieutenant disparaissait dans le bois avec ses 
compagnons restés indemnes. 

§ 3. — Vurnaux, Biesmerée et Stave- 

II s'est livré le 23 août, à la lisière nord de ces trois localités, un 
combat d'artillerie en liaison avec les engagements d'Oret, de Wagnée et 
de Mettet, que nous avons relatés dans la III e partie (1), et qui eurent 
pour effet de contenir l'ennemi jusqu'au lendemain à quelque distance de 
la route de Rouillon à Fraire. 

Le combat reprit à cet endroit le 24 août de bon matin, au moment 
où se décrochaient les troupes françaises. Admirable fut notamment la 
résistance du 3 e zouaves : des éléments des 17 e et 19 e compagnies résis- 
tèrent à la corne nord-est du bois entre les Croisettes et Wagnée, en 
travers du chemin de terre descendant sur Wagnée, jusqu'à ce qu'ils 
fussent faits prisonniers par Fennemi, qui débordait la position à droite 
et à gauche (2). 

La Garde, qui avait occupé Oret et Mettet le 24 août de bon matin, 
traversa la route de Rouillon à Fraire et entra à Furnaux à 6 heures, à 
Biesmerée à 9 heures et à Stave à 1 1 heures. Elle se conduisit dans ces 
villages avec brutalité, mais sans commettre de crimes. 

(1) P- 194 et ss. 

(2) Voir aussi tome III, p. 190 et iq6. 



53 

C'est au lendemain que remonte ta malheureuse destruction du 
village de Stave par les troupes du XI e corps, qui avaient participé au 
siège deNamur. Soixante-quatorze maisons y furent incendiées, en l'ab- 
sence des habitants et en dehors de tout combat, sous l'oeil complaisant d'un 
général et de l'Etat-Major établis au château, alors que d'autres troupes 
occupaient le village depuis un jour. Le capitaine von Heinelling, de la 
83 e brigade d'infanterie, XI e corps, a révélé le vrai motif de ce désastre : 
« des soldats français ont tiré à Stave (i) »; mais il fait erreur en 
alléguant que l'incendie est l'œuvre du combat : le canon a mis le feu à 
deux maisons seulement; le restant a été incendié à la main et sans le 
moindre motif plausible. 

A Furnaux (2) le 3i août, l'artillerie française postée sur tes hauteurs con- 
finant à Biesmerée et à « la Plate Pierre », tira dans la direction de Devant-les-Bois 
et de Bossière. 

Au soir, les Français se retirèrent dans le bois allant du « Gros Tilleul » au 
chemin de fer Tamines-Dinant, et, pendant ta nuit, ils s'éloignèrent brusquement 
vers le sud (3). 

Des troupes de la Garde entrèrent à Furnaux le 24 août à 6 heures du matin ; 
elles ne firent que passer et se dirigèrent immédiatement sur Ermeton et Biesmerée. 
Elles mirent le feu à la maison de Jules Sacré, sur la route de Fraire à Rouillon. 
Elles se rencontrèrent avec des soldats belges venant de Denée et se retirant sur 
Ermeton, au bois du « Gros Tilleul » et dans les terrains avoisinant ce bois. Il y eut 
aussi une escarmouche avec les soldats français (4). Sylvain Cassart, rencontré sur 
un chemin, fut emmené sans rime ni raison, et déporté en Allemagne, d'où il ne 
fut libéré que le 4 août 1915. 

Il vint d'autres troupes de la Garde vers midi — elles se vantaient d'avoir 
incendié Saint-Gérard. Elles se montrèrent insolentes, violentes, s'installant en 
maîtresses dans les maisons, pillant tout ce qui leur tombait sous la main. Ces troupes 

1 1) Voici la traduction intégrale de ce précieux document, daté du jour même de l'incendie, dont l'original 
est conservé à Bruxelles aux archives de la commission d'enquête. 

83 e brig. d'inf. Stave, le 25 août 1914. 

Le village de Stave a été incendii aujourd'hui par l'artillerie parce que des soldats français ont tiré de ce 
village- Conjointement, l'avoir de la dame Sophie Reiter a été incendié. Elle est Luxembourgeoise et parle 
l'allemand. Comme elle est innocente, prière de lui allouer après la guerre le prix de sa propriété détruite. 

von Heinelling, 
Capitaine et adjudant de brigade. 

On relève aussi à Stave, au 26 août, un bon du 71'' d'inf., 76 brig., 38 e div., XI e corps. 

(2) Données recueillies par M. l'abbé Noël, curé. 

(3) Le D r G. Veaux, dans En suivant nos soldats de l'ouest, raconte une attaque, dont fut déjà l'objet 
le 4« e (10 e corps) dans la nuit précédente, p. 8t. 

(4) Les gens du village enterrèrent sur place le 26 août, i3 Allemands et 21 Français, dont Jean 
Chastre, 1907, Tn'le 270; Philibert Darmet, 1901, Toulouse 270; Jacques Roby, 1908, Limoges 2467. 



54 

partirent le 25 août à 6 heures du matin, conduites par un groupe de civils (i), qui 
furent relâchés, les uns à Jamagne vers minuit, les autres à Cerfontaine le 26, 
à 4 heures du matin. 

Le 25 après-midi, un nouveau régiment, plus brutal encore que la Garde, 
envahit le village, drapeau et musique militaire en tête : c'était le 167 e , 44 e brigade, 
22 e division, XI e corps. Le colonel s'établit au presbytère et se fit entourer de huit 
otages, qui furent enfermés dans une place, étendus sur une couche de paille. 
Les affaires commençaient à se gâter dans l'après-midi du 26 août, par suite d'excès 
de boisson, lorsque ces troupes firent volte-face, rappelées dare-dare contre le front 
russe. 

N° 533. L e 2 3 août, un combat s'engagea entre l'artillerie française installée à la limite 

nord du territoire de Biesmerée (2) et l'artillerie allemande postée aux environs de 
Fosses. Quelques bombes éclatèrent dans le village, sans y faire de dégâts. Une 
seule maison de la commune, sise à trois kilomètres du centre, sur la route de 
Florennes-Mettet, fut partiellement détruite. 

Lundi 24 août, à 9 heures, les troupes ennemies entrèrent dans le village et y 
séjournèrent deux jours. On évalue à to,ooo le nombre de soldats qui y passèrent. 
Ils appartenaient notamment au 62 e d'infanterie, 40 e brigade, X e ' corps. 

Comme le bourgmestre, M. Felenne, se portait au devant des ulhans, ceint de 
l'écharpe tricolore ; « Enlevez cela, hurla un officier, nous n'aimons pas ces 
couleurs-là ! », puis il lui arracha l'écharpe d'un geste brusque et se la mit en 
bandoulière. Emmenés une première fois dans les campagnes, avec Jules Ranwez et 
Etienne Coilart, puis libérés, le bourgmestre et ses compagnons furent bientôt repris, 
joints à un convoi de prisonniers belges et français et conduits à Mettet, où ils 
furent internés à l'église. Après 48 heures de jeûne et de tortures morales — on ne 
cessait de leur dire : « demain, civilistes, demain matin tous fusillés ! » — ils furent 
dirigés sur Fosses, puis Gembloux, en endurant toutes sortes de brutalités. Après 
un séjour de trois jours et trois nuits dans une pâture, un train de bestiaux les mena 
à Soltau, d'où le bourgmestre revint après trois mois. 

Le 26 août, au soir, l'armée cantonnée à Biesmerée partit pour Stave et 
Florennes, et se fit précéder d'un groupe de civils, qui furent libérés à Stave. 

Tout le village fut pillé. Rien n'échappa à la rapacité de la soldatesque : maisons, 
magasins et caves furent partout mis à sac. 

Des troupes du 94 e (XI e corps) sont aussi passées à Biesmerée (3). 

-jsjo 534 C'est en partie à la lisière nord du territoire de Stave (4) qu'eut lieu le 

dernier effort des Français pour arrêter l'avance de l'ennemi qui avait passé la 

(1) C'étaient M. le chanoine Demanet, professeur a l'Université de Louvain, M. Noël, curé à Furnaux, 
MM. Maurice Polomé, Joseph Demanet, Félix et Jules Dinsart et deux étrangers. 

(z) Rapport rédigé d'après les notes fournies par le bourgmestre, M. Felenne, et le curé, M. Pirlot. 

(3) Les Archives de la Commission d'enquête, à Bruxelles, possèdent un écrit émanant de ce régiment, 
qui est intitulé '■ Inf. Rgt. Groszherzog von Sachsen N° 94. 

(4) Enquête faite sur place par les auteurs, en juin 1915; le récit émane de M. l'abbé Paquet, curé de Stave. 



55 

Sambre; leur artillerie était postée derrière les peupliers qui bordent la vieille 
route Biesmerée-Oret, tout près du chemin de fer. 

Quant aux Allemands, ils tiraient de Biesmes et de Mettet. 

Les Français durent battre en retraite, menacés eux-mêmes par les troupes 
qui avaient passé la Meuse (i). 

Le 24 août, les arrière-gardes françaises traversèrent le village vers 8 heures. 
Elles se trouvaient déjà bien loin dans la direction de Philippeville quand parurent 
les troupes de la Garde, vers î 1 heures. Elles venaient de Mettet et d'Oret. Le curé 
se trouvait pour les recevoir à l'entrée du village, avec l'instituteur. Il ne restait 
avec eux que quelques vieillards, incapables de fuir. Un groupe de soldats se mit 
à défoncer les portes des maisons et à les fouiller. D'autres se répandirent à travers 
les jardins et les prés, à la recherche de soldats français. Cependant le gros des 
troupes se forma en colonne et s'avança dans la localité avec, en tête, le curé et un 
étranger réfugié au village- On arriva sans encombre dans la cour du château, où 
quelques soldats français épuisés de fatigue et endormis furent surpris dans une 
remise et faits prisonniers. La porte du château fut enfoncée et l'Etat-Major, 
comprenant plusieurs généraux et officiers supérieurs de la Garde, s'y installa. 
Vers 1 1 h. 3o, on prétendit que des coups de feu avaient été tirés sur les troupes 
et M. l'abbé Paquet fut fait otage au presbytère, sous la garde de trois sentinelles, 
jusqu'au lendemain à 8 heures. 

Pendant ce temps, les troupes commençaient le pillage de toutes les maisons. 

Mardi 25, à 8 heures, ces troupes s'éloignèrent, probablement vers Florennes. 

A 14 h. 3o, on entendit tout-à-coup tirer le canon : de nouveaux régiments, 
venant cette fois de Biesmerée, lançaient des obus sur un coin de la localité, avant 
d'y pénétrer. Plusieurs maisons furent endommagées et deux furent incendiées par 
ces projectiles. Les soldats pénétrèrent ensuite dans les rues en tiraillant sauvage- 
gement dans tous les sens, bien qu'il n'y eût là ni civils, ni soldats; bien plus, ils 
lançaient dans les maisons des cartouches incendiaires et y mettaient le feu. Ce jour- 
là brûlèrent les maisons situées de la gare à la ferme de M me de Blockausen, près de 
l'église. Le curé fut, de nouveau, arrêté et les quelques habitants qui étaient restés 
ou étaient rentrés furent rassemblés près de l'église. Le chef de la troupe, à cheval, 
criait : « On a tiré sur nous, on va incendier le village ! » La conduite d'eau était à 
sec : les civils en étaient rendus responsables et il fallait donner de l'eau sous peine 
de mort. On finit par en découvrir un peu et, 3près des allées et venues, les habi- 
tants furent poussés dans la cour des écoles, où ils restèrent jusqu'au lendemain 
matin, sous la garde d'une troupe menaçante, à la lueur sinistre des incendies qui 
s'allumaient de toutes parts. 

Mercredi, 26, le curé fut de nouveau otage, avec le bourgmestre, dans la 
maison où s'était installé un général; ils y restèrent jusqu'au départ, vers Corennes 
et Rosée, des troupes incendiaires, dans la nuit de mercredi à jeudi. Pendant toute 
la journée du 26, des incendies avaient encore été allumés de divers côtés et le 
pillage s'était continué. 



(1) Ils laissaient sur le terrain quatre ou cinq morts, dont le capitaine Contraine. qui furent inhu 
place. Trois blessés furent soignés au presbytère; vingt-cinq, dans la grange de M me Lucie Cognaux ; ils appa 
tenaient au 8 e d'artillerie. 



mes sur 
r- 



56 

Jeudi, 27, on put mesurer toute retendue du désastre : 74 maisons ne 
formaient plus qu'un amas de décombres. Le centre était détruit, ainsi que les 
maisons qui longent le chemin de la gare à Florennes par Cornelle. La ruine eût 
été plus considérable sans les efforts qui furent déployés pour éteindre les feux 
allumés ou pour décider les soldats à respecter certains immeubles ou pour amener 
les chefs à faire cesser cette inutile dévastation. 

A Stave, furent tués François KAYSER, 43 ans, de Spontin (Tome IV, p. 117), 
qui fut inhumé au cimetière paroissial, et Léon FAUCILLE, 82 ans, de Stave, atteint 
d'une balle dans la fusillade, en allant à la recherche de son bétail. 

Des bons furent délivrés le 26 août par le capitaine Hôlhil, de la 7 e comp. du 71 e , 
38 e division, XI e corps. 

§ 4. — Florennes. 

Deux uhlans furent lues par un artilleur français le 24 août, à 
10 heures, en pleine ville de Florennes, à la jonction des routes de 
Philippeville et de Rosée : ce fait fut et resta pour la ville, pendant 
de longues semaines, une grave et perpétuelle menace. Soldats, officiers 
et généraux ne cessaient de redire « qu'on avait fait périr cinq 
uhlans et qu'on soignait mal les blessés .allemands ». Ces propos, 
qui avaient déjà provoqué le bombardement de la ville avant l'arrivée 
du gros des troupes, déchaînèrent chez les soldats une surexcitation 
qui grandit de jour en jour. Pour s'en faire une idée exacte, il faut 
lire les incidents renseignés dans le rapport n° 535 et notamment les 
brutalités inouïes infligées à un religieux jésuite. 

Le 28, la ville fut sur le point d'être saccagée à propos d'un 
dépôt d'armes : c'étaient les flingots de la marche militaire de la 
Saint-Pierre, qui avaient fait peur à l'occupant! 

Les jours de terreur durèrent jusqu'à la mi-septembre. 

Dans le travail que nous faisons suivre, sont condensées les 
données fournies par MM. le docteur Paul Rolin, Gustave Allard, 
juge de paix, le R. P. Lafra, du couvent des Jésuites, et principa- 
lement par M. H. Pector, agent-voyer, et M. l'abbé Sevrin, curé- 
doyen de la ville. Les auteurs y ont ajouté les renseignements qu'ils 
ont recueillis au cours d'enquêtes personnelles faites notamment le 
10 septembre 1914 et le 19 juin 1915. 

Nous joignons un court rapport sur Saint-Aubin, la dernière 
localité que l'ennemi envahit dans la journée du 24 août. Un civil 
y fut tué (rapport n° 536). 



57 

Le 24 août, à ta heures, une patrouille du 17 e hussards, commandée par 
e sous-officier Hermann Cuina, s'avança jusqu'à la Place Verte. En face 
du café Génicot, elle fut attaquée par un artilleur français posté derrière une 
cabine électrique, à côté de la gendarmerie. Deux hussards furent tués (1), 
avec leurs chevaux; le sous-officier eut deux os fracturés à l'avant-bras. Le 
soldat français s'approcha des victimes, ieur enleva quelques objets — de quoi 
faire un trophée, — enfourcha un cheval désarçonné et partit dans la direction 
de Philippeville. 

Porté aussitôt chez le docteur Rolin, le hussard blessé ne tarda pas 
d'exhorter celui-ci à arborer la Croix-Rouge et à mander un officier de l'armée, 
dès l'arrivée des troupes en ville : le salut de Florennes pouvait en dépendre. 
Posté à une lucarne de grenier, M. Rolin vit les Allemands arriver Place Verte et, 
escorté d'un frère des Ecoles chrétiennes, Allemand d'origine, il se porta au-devant 
d'un officier à cheval, le priant de se rendre chez lui. Ce dernier accepta. 
Le blessé narra à son chef l'escarmouche, affirmant qu'il avait été blessé et 
ses camarades tués par des culottes rouges. L officier — un général, au dire 
du blessé — dit en français à M. Rolin : « Vous avez de la chance! Vous 
alliez voir un beau feu! » Le blessé fut, quelques jours après, transporté au 
lazaret n° IV du corps de la Garde, établi chez les Pères Jésuites. 

Peu de temps après la scène qui vient d'être racontée, les Allemands 
lancèrent sur la ville, de Somtet (Metîet), une cinquantaine d'obus. Trois 
projectiles endommagèrent sérieusement la tour de l'église et le jubé de la 
chapelle de la Congrégation; trois maisons voisines de la gare de l'Est — 
elle-même fortement ébréchée, ainsi que la maison Collart — furent détruites; 
il y eut aussi quelques dégâts en pleine agglomération. 

A 14 h. 3o, le 17 e hussards fit son entrée en ville et captura, près de la gare de 
l'Est, quelques soldats belges de la retraite de Namur. D'autres régiments 
suivirent (2). 

(1) Le caporal Willem Bode et le sergent-trompette August Pape, du j c ' escadron du 17 e hussards. 
Ils furent inhumés dans le parc des Pères Jésuites et transférés, en juin 1918, au cimetière militaire. 

Quatre autres soldats sont tombés à Florennes, dont deux Allemands, un Français et un Belge; 
de plus, 38 blessés sont décédés à l'ambulance des Pères Jésuites, un chez M. le docteur Rolin, un à 
l'école communale des filles. Nous connaissons les noms des suivants : Maurice Baudin, 10 e d'art. ; 
Gustaue Binet, iSô^d'inf.; Victor Boullis, 2 e d'inf.; René Cappocq, 8 e d'inf.; Jean Chicot, 2 e zouaves; 
Emile Debrieu, 3 e zouaves; sergent H. De Kersaintgilly, 70 e d'inf.; Mariville Desainte, 110'' d'inf.; 
Julien Dodier, 70 e d'inf.; Marcel Favier, 3 e zouaves; Gasni, 3 e zouaves; François Gillet, 40 e d'inf., 
tous décédés à l'ambulance; Pierre Gyomarck, de Quimper ; Joseph Hardy, 2 e d'inf.; Albert Jacquart, 
33 e d'inf.. de Lille; Pierre Janvrin, du génie, de Piouvay ; Emile Lebernicheur, de Rennes; René Legalle, 
de Quimper ; Pierre Legallet, de Lorient ; Albert Lefranc, 25'' d'inf., de Grandville ; Maurice Libert, 
3r) e d'inf., de Seine; sergent René Micouin, i36 e d'inf., de Granville ; Nabi Mohamed, 6 e tir. alg.; 
Pierre Moisan, 241 e d'inf., de Saint-Lô ; Jean Paris, 6 e génie, de Saint-Malo ; Sassy, tir. alg.; 
Georges Thery, 273 e d'inf., de Hénin-Liétard ; Auguste Travert, de Cherbourg. 

(2) Les troupes qui sont passées à Florennes appartenaient aux unités suivantes : Leib Garde Husaren ; 
Garde Ulanen rég. t et 5 ; i cr , 2 e , 3 e et 4 e rég. de la Garde à pied; i er , 2 e , 3 K et 4 e rég. des Grenadiers de 
la Garde; 143 rég. d'art- de camp, de la Garde; bat- de pionniers de la Garde; 100 e , toi c , 102 e et io3 e rég. 
de réserve; 12 e bat. de chasseurs de réserve; 23 e rég. d'art- de camp- de réserve; rég- des hussards de réserve 
de Saxe, etc. Ces renseignements, et d'autres précieux détails, nous ont été communiqués par M. Pector, 
à Florennes. 



58 

Presque tous les habitants avaient fui : il restait le bourgmestre et les 
conseillers communaux, M. Gustave Allard, juge de paix, M. Benedix, commissaire- 
voyer, les Pères Jésuites du Collège, les Frères des Ecoles chrétiennes, les 
religieuses de l'enseignement et de la charité, et un petit nombre de particuliers. 

Après s'être présenté chez le juge de paix, M. Allard, le général se fixa dans 
une maison voisine. Comme M. Allard lui demandait ce qui avait amené le bombar- 
dement, il répondit : « Ici comme ailleurs, les civils ont tiré sur nos soldats. » A 
priori et sans examen, il accusait les civils; mais il dut reconnaître son erreur 
lorsqu'il eut interrogé le blessé. 

Dès l'entrée des troupes, le doyen de la ville demanda à parler à un officier 
sachant le français et lui rappela la promesse de l'Empereur d'épargner la population 
civile. L'officier se déclara prêt à respecter cet engagement. 

Le doyen alla ensuite visiter, vers i5 heures, les malades qu'on n'avait pu 
transporter et constata de visu que les troupes pillaient les maisons abandonnées. 
En rentrant, il conseilla aux religieuses et à quelques familles réfugiées chez 
M. Dupierreux de réoccuper leurs maisons, pour les sauver du pillage. Le soir, 
des soldats surexcités par la boisson, saccagèrent les portes et les fenêtres de 
plusieurs habitations. 

Le 25 août à 8 h. i5, le commandant de place pénétra de force au presbytère, 
criant à tue-tête qu'il allait faire fusiller le doyen, parce que l'on avait sonné la 
cloche pour la messe. Cet homme brutal écumait; il partit en hurlant. M. le doyen 
envoya le clerc pour arrêter l'horloge, mais il avait été devancé par des soidats, qui 
avaient déjà coupé les cordes des cloches. 

Vers 9 heures, des médecins de la Garde impériale prirent possession du 
Collège des Jésuites « au nom de Guillaume II ». La visite était à peine terminée 
qu'une troupe en armes envahit la cour et l'officier qui la commandait somma le 
R. P. Jean Lafra, ministre de l'établissement, de l'accompagner pour la recherche 
des armes dans le couvent. Le P. Recteur se joignit bientôt à eux. Comme on 
n'avait pas eu le temps de se munir de toutes les clefs, l'officier fit défoncer quelques 
portes, puis il arrêta le Recteur, « à cause de sa lenteur et de sa négligence dans la 
perquisition ». En vain, le P. ministre invoqua-t-il sa responsabilité en la matière; 
« Vous, lui répliqua l'officier, vous serez fusillé, si on profère à Florennes la 
moindre menace contre nous! », Le Recteur fut conduit au local Saint- Jean et. 
dans l'après-midi, dirigé sur Mettet. 

Un scolastique, le P. Weber, obtint un passeport pour porter à son supérieur 
quelques objets indispensables; en réalité, il songeait à se constituer prisonnier à sa 
place. Le Recteur fut, en fait, libéré le lendemain, et son subordonné fut conduit à 
Marche, où il fut retenu jusqu'à la fin de septembre. 

Le prince Eitel, en visitant l'ambulance, avait répondu à un religieux « que le 
cas du Recteur relevait du médecin en chef)). Le doyen tenta une démarche auprès 
d'un général, qui lui dit : « Ignorez-vous, Monsieur, que dans cette maison on a 
fait périr cinq uhlans? — Sur mon honneur, on a soigné vos blessés comme les 
autres. — Jurez tant que vous voulez : il y a accusation! ». 

Le P. Lafra faisait de son côté des démarches pour délivrer son supérieur, et 
s'était fait accompagner d'un médecin et d'un cavalier allemands. Il se rendit à cette 



5 9 

fin chez M. l'échevin Pestiaux, puis chez un boulanger, M- Havenne, chez lequel 
était en quartier l'officier qui avait procédé à l'arrestation. Chemin faisant, un 
sous-officier braqua sur lui son browning, en disant : « Vous, je vais vous tuer! — 
Et pourquoi? — Parce que vous soignez mal nos blessés! — C'est faux, nous les 
soignons de notre mieux! » Chez M. Havenne, plusieurs sous-officiers prenaient 
un repas dans la salle à manger; ils vinrent au religieux avec une curiosité, ou 
plutôt une colère peu dissimulée. La sentinelle fit signe de son fusil qu'il allait être 
fusillé. A ce moment, déboucha à son tour dans le corridor le sous-officier qui, 
peu de temps auparavant, l'avait menacé ; il s'écria d'un ton élevé et dédaigneux : 
« Vous, prêtre catholique, la race la plus sale... » A ces mots, la fureur se peignit 
sur le visage des autres, qui parurent disposés à se jeter sur lui, au point que 
l'insulteur qui avait déchaîné cette rage sembla craindre les résultats trop violents 
de ses paroles et interposa lui-même ses larges épaules entre les agresseurs et la 
victime. Les efforts du médecin pour dégager le P. Lafra furent vains ; on lui 
arracha le brassard de la Croix Rouge et, dans une mêlée rapide, il fut roué de 
coups et jeté sur le dallage du corridor, puis précipité dans la cave, d'un énergique 
coup de coude. Il réussit à saisir la frêle rampe de l'escalier, le long de laquelle il 
se laissa choir, en sorte qu'il tomba moins lourdement sur le sol pavé de la cave. 
Il put sortir par une porte qui donnait sur la rue, s'engagea dans un porche ouvert, 
où des uhlans étrillaient leurs chevaux, traversa une haie et s'assit sur le sol en 
face d'un mur fort élevé ; il sentait le besoin de se reposer de ses émotions et se 
recommandait à la Providence. 

« Il pouvait être midi, raconte le P. Lafra. Bientôt j'entendis des voix, mes 
agresseurs avaient suivi une piste, ils accouraient. J'allai vers eux. Le premier qui 
arriva, un simple soldat, me saisit par la main; c'est tout ce que je vis et remarquai 
de net. Je me sentis sur le champ renversé, frappé avec force sur la tête, dans le 
dos, soulevé, puis rejeté par terre, au milieu de vociférations et d'injures affreuses. 
Je ne pus me rendre compte du nombre des assaillants, ni des armes dont ils se 
servaient pour me battre; ils devaient avoir des fusils, des fourreaux de sabre ou 
de baïonnette, et une fourche. 

» Dès le début, j'avais décidé de faire le mort, je ne poussais aucun cri, je ne 
remuais aucun membre. Rentrant ma tête dans les épaules ou la laissant retomber 
sur la poitrine, je n'étais plus qu'une masse inerte, un homme assommé. 

» Soudain ceux qui me battaient se retirèrent. Je n'étais plus à même de 
bouger; d'ailleurs je préférais, par prudence, rester immobile... 

» Au bout d'un temps que je ne saurais déterminer, mes ennemis revinrent et. 
cette fois, leurs coups furent abominables. Je ne me souviens pas de tout, car je 
perdis connaissance; mais j'ai gardé le souvenir de ce qu'ils nomment la schlague ! 
Je me souviens de certains coups, qui devaient mètre portés avec une crosse, dans 
le dos, et je me disais : « Mon Dieu, quel sera le dernier de ces coups? Quand 
arrivera la syncope finale qui me transportera près de Vous? » Un moment je crus 
que mon âme se séparait de mon corps : le sang me monta de la poitrine à la 
bouche et à la tête ; puis, à travers les paupières fermées, j'aperçus comme une 
aurore douce et brillante. Était-ce la mort? 

>> Non ! Je revins à moi ; j'étais sur le dos et mes ennemis me dépouillaient... 



6o 

» J'entendis aussi parler de baïonnette, de revolver. Ils voulaient peut-être 
m'achever de cette façon, mais me croyant sans doute mort, ils se contentèrent de 
me retourner et me donnèrent sur la nuque un tel coup de talon et de crosse que 
le nés, les joues, la bouche entrèrent dans la cendrée du chemin. J'y aurais rapide- 
ment étouffé, si ces hommes ne m'avaient ensuite renversé sur le dos. Je reçus 
quelques coups de pied encore, puis ils partirent. 

» Je faisais toujours le mort et je ne cessais de répéter mentalement la seconde 
partie de Y Ave Maria, demandant la grâce de ne pas mourir loin de nos Pères, dans 
ce coin isolé... Une heure, je crois, se passa ainsi. Mes forces diminuaient. Les 
mouches, attirées par le sang, me couvraient la tête et le visage. Qu'ailais-je 
devenir ? 

» Soudain, j'entendsdu bruit, des pas, des voix. Un groupe s'approche de moi. 
Ce sont des Allemands. L'un d'eux me pousse du pied, un autre se penche et dit en 
français : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! » Il met ses bras autour de mon cou et me 
dresse sur mon séant. Ce mouvement me cause une grande douleur et une syncope 
de quelques instants. Quand je reviens à moi, je sens qu'on me lave avec de la 
paille mouillée, un arrosoir tout entier est versé sur ma tête, au risque de me 
suffoquer. Alors je fais un mouvement involontaire. Celui qui me lave s'arrête et 
approche de mes lèvres sa gourde remplie de vin. 

» Le bon Samaritain — je l'appelais ainsi en ce moment — me dit : «Dcminus 
vobiscum ! » Je ne répondis pas. « Ami ! reprit-il. vous m'entendez, je suis ami ! » 
J'ouvris légèrement l'œil droit, assez pour apercevoir la Croix-Rouge sur l'uniforme 
allemand. Je m'enhardis à le prier, très bas, de me procurer un prêtre. Un soldat 
partit et ramena bientôt M. le doyen, qui me conféra l'absolution et l'extrême- 
onction. 

» Le charitable infirmier et ses aides firent un brancard à l'aide de rames de 
haricots, me recouvrirent d'une grande toile rouge aux extrémités lacérées — 
c'était, me dirent les sœurs, un morceau de drapeau belge — et me transportèrent 
au Collège. 

» Le docteur Rolin et les majors français ne me cachèrent pas leur inquiétude. 
Mon état leur semblait grave. Les balafres de la tête et de la figure ne faisaient 
présager rien de dangereux, mais toute la partie supérieure du corps était para- 
lysée ; le dos, grièvement contusionné, ressemblait à du foie noirâtre, et des vomis- 
sements incoercibles me secouaient douloureusement. J'allais cependant échapper à 
la mort, grâce aux soins dévoués des Sœurs de Charité. Je ne devais garder de mon 
acccident qu'une propension très marquée aux vertiges et un affaiblissement 
général qui, pourtant, semble disparaître. 

» Avant son départ de Florennes, l'infirmier de la veille vint me dire adieu. 
J'oubliai de lui demander son nom et son adresse. Je sais seulement qu'il est juge 
de paix dans une ville d'Allemagne. » 

Le P. Lafra avait été laissé pour mort, car un Allemand dit chez M. Bertrand : 
« Nous venons de tuer votre Pasteur. » 

Florennes compte quelques victimes. Adolphe LAMBOT, 24 ans, revenant de 
Vireux le 25 août, a été abattu d'un coup de feu à l'entrée du bois qui relie Soulme 
à Rosée. 



6i 

M uu Lefert, née Angélique Hubert, revenait de Merlemont avec sa vieille 
mère, Adolphine DUMONT, veuve J.-B. HUBERT, 86 ans, ainsi que son mari et 
sa fille. Ils reçurent des coups de feu le 2.5 août, à 8 heures, près de la gare de 
Villers-le-Gambon : M me Lefert en resta estropiée; sa mère, blessée, vécut encore 
quelques heures. 

Hortense Bélisandre, épouse de Lucien Dubois, reçut aussi une balle à la 
jambe en revenant sur la route de Philippeville à Dinant. 

Le 2.6 août, la situation s'était aggravée. Une sinistre rumeur circulait : la 
ville serait réduite en cendres si l'on découvrait des armes. 

On craignait — à tort, tant la terreur était grande et contagieuse — que l'un 
ou l'autre civil, rentrant de son exode et trouvant sa maison dévastée, ne fît un 
mauvais coup. Le juge de paix et le doyen de la ville firent une démarche auprès 
du général, pour obtenir que la population ne fût pas rendue responsable d'un acte 
isolé, mais il s'y refusa formellement. L'affiche suivante fut placardée le jour 
même : 

A LA POPULATION DE FLORENNES 

Les habitants de Florennes doivent remettre aujourd'hui même leurs armes à l'hôtel de ville. Ceux qui 
rentrent doivent faire le même dépôt avant de s'installer dans leur maison. 

Nous renouvelons la défense que nous avons faite, plusieurs fois, de tirer sur un soldat allemand. 

Les habitants du quartier dans lequel on aurait tiré sur un soldat allemand risqueraient d'être passés par 
les armes. 

Florennes, le 2.6 août 1914. 

Le Bourgmestre, 

V. Devuyst. 

Le 28, nouvelle alerte : les Allemands menaçaient de tout saccager, si on ne 
leur dénonçait un dépôt d'armes qu'ils prétendaient exister dans la localité. Comme 
M. le doyen demandait des précisions au commandant, il répondit : « Nous savons 
que ce dépôt existe, à vous de le dénoncer, c'est la guerre ! » En fin de compte on 
se demanda s'il n'était pas question des armes de parade servant à la Saint-Pierre. 
Les vieux fusils et les défroques militaires furent livrées aux Allemands, qui 
s'apaisèrent. 

La ville était encore sous le coup des menaces quand vinrent à Florennes, le 
10 septembre, deux délégués de Mgr l'évêque, le vicaire général Debois et le 
chanoine Schmitz, qu'accompagnait un officier allemand. Les soldats s'enivraient, 
tiraient toute la nuit, puis accusaient la population. C'est en tenant compte de ce 
fait qu'il faut lire lavis placardé le 9 septembre (1) informant que « dans la nuit du 
8 au 9 septembre, des actes de mauvais gré avaient été tentés contre l'officier 
habitant la maison du chef de la gare centrale ». A l'occasion de la visite de ces 
délégués ecclésiastiques (2), le doyen dit au lieutenant Maurer, qui les accom- 

(1) Souvenirs historiques, Brian HîH, Bruxelles, p. 16. 

(2) Le rapport de ces délégués terminait ainsi : ' ( Nous supplions Votre Grandeur d'intervenir auprès de 
l'autorité militaire pour ramener la sécurité et la paix dans ce pays si éprouvé... Florennes vit encore, chaque 
jour, sous la menace de l'incendie et de la fusillade. Il est bien établi que les soldats s'y livrent à des excès dans 
la boisson. " 



02 

pagnait : « Vos hommes ne sont plus des soldats, mais des souîards ! » L'officier 
demanda à être conduit à l'hôtel de ville, où il harangua les troupes rassemblées. 
Depuis, elles se montrèrent relativement paisibles. 

N° 536. Sainl"Aubin (i) fut occupé par les Français du 14 au 20 août. 

Dans la matinée du 24, les Français résistèrent quelque peu à l'avance 
ennemie. Leur ligne de combat s'étendait de la gare d'Hemptinne à Chaumont, 
passant à i,5oo mètres au sud de Sainte-Aubin. L'artillerie était postée un peu plus 
loin. Des officiers prévinrent les quelques habitants qui n'avaient pas fui, que le 
village serait vraisemblablement anéanti dans le combat. Ils ouvrirent le feu 
à 9 heures sur Oret, Morialmé, Pavillon et tirèrent une centaine de coups- 
L'ennemi ne répondit pas. Les soldats Antonin Canin, de Lyon, et Alfred Auberger, 
de Montluçon (126 e zouaves), tombèrent sur le territoire de Saint-Aubin (2) et 
reposent au cimetière militaire de Florennes. 

Vingt-cinq personnes restaient au village quand parurent les premiers Alle- 
mands le 24 août, à 10 heures, venant de Florennes. A 17 heures, des masses 
évaluées à 10.000 hommes traversèrent les campagnes situées au nord, dans la 
direction de Morialmé et envahirent le village, les pâtures et les bois voisins. 
Elles y logèrent et partirent ensuite sur Hemptinne, d'où elles se divisèrent entre 
Philippeville et Jamagne. On nota la présence du 2 e régiment d'artillerie de 
campagne de la Garde (2 e division de la Garde), oberst. von der Hardt. 

Ces troupes furent remplacées par d'autres, presque en aussi grand nombre, 
les deux nuits suivantes (3). 

Les maisons furent pillées de fond en comble. A l'église, les troncs furent 
fracturés. 

Jules DUPÉROUX (fig. to), 19 ans, revenait de Philippeville le mardi vers 
5 heures du matin, quand il rencontra des soldats qui gagnaient Hemptinne : ils 
tirèrent sur lui, une balle lui transperça la tête. Ils lui labourèrent ensuite la 
poitrine et les reins de coups de baïonnette. On le retrouva jeté dans un champ 
d'avoine, sous quelques gerbes qui le dissimulaient aux yeux des passants. 

§5. — Vers la frontière. 

L'ennemi fut— il intimidé, le 24 août, par les quelques pièces d'artil- 
lerie française qui tirèrent sur lui d'Hemptinne : toujours est-il qu'il ne 
dépassa pas ce jour-là Florennes et Saint-Aubin ; ce qui permit l'écoule- 
ment sans encombre, non seulement des trois divisions formant 
le 10 e corps, mais aussi des troupes du 3 e corps qui combattaient encore 
en ce moment aux environs de Walcourt. 

(1) Voir Journal d'un officier de cavalerie, Parts, Berger.-Le\rault, p. 17. 

(2) Le soldat belge Charles Henrard, d'Etnines, est aussi tombé à Sainte-Aubin. 

(3) Une liste de bons de réquisition conservée aux archives de la Commission d'Enquête à Bruxelles signale 
au 24 et au 26 août plusieurs bataillons des 95 e . 76 e brigade, 38 e division, XI e corps. 



63 

Résumons ici les données militaires (i) concernant ia retraite 
du lo e corps, de Florennes à la frontière française. 

La 19 e division acheva de traverser Fîorennes le 24 août entre 9 et \o heures, 
et poursuivit paisiblement sa route vers Philippeville. De là, sans cantonner, par 
une pénible marche de nuit, elle gagna Lomprez, Aublain, Couvin et Pesche. 

La 20 e division traversa Florennes en même temps que la queue de la 19 e divi- 
sion et, par Hemptinne, gagna aussi sans incident Soumoy, Daussois, Falemprise, 
où elle arriva à 14 heures. A 16 heures, la cavalerie allemande ayant été signalée 
à Silenrieux, l'ordre fut donné précipitamment de se replier sur Cerfontaine. 
A 18 heures, les troupes, bien qu'exténuées, gagnèrent à travers bois et dans 
l'obscurité la ville de Chimay. 

La 37 e division passa la dernière à Florennes : la j¥ brigade défila par la lisière 
est et la voie ferrée, gagnant Philippeville ; la 74 e brigade utilisa la grand'route et se 
dirigea sur Neuville et Villers-deux-Eglises. Sans délai, ces unités continuèrent sur 
Boussu-en-Fagne et Dailly. 

Le 25 au matin, la Garde reprit sa marche en avant, passant succes- 
sivement à Hemptinne (rapport n° 537), à Chaumont (n° 538), à 
Jamagne (n° 53c) — où fut tué André Chermanne (fig. 12) — , à 
Villers-deux-Eglises (n° 540) — où deux maisons furent incendiées — , 
à Soumoy (no 541), à Senzeilles (n° 542) et à Cerfontaine (n° 543). 

De là, la Garde, dépassant la limite de la province de Namur, se 
dirigea sur Froid-Chapelle, Rance, Chimay et Ohain (voir fig. t3o). 

Six cents zouaves de Baïra (Sahara) logèrent à Hemptinne (2) le 21 août et 
partirent le samedi 22, à 23 heures, dans la direction d'Oret. Ils repassèrent le 24 
à 7 heures, disant que, depuis 3 heures du matin, ils étaient couverts de shrapnels 
et qu'ils se retiraient sur Mariembourg. Des troupes de cavalerie étaient aussi venues 
le 23, à 23 heures, d'Hanzinne et de Morialmé; elles passèrent la nuit le long des 
haies et dans les chemins. Le 24, à 8 heures, un canon prit position entre Saint- 
Aubin et Hemptinne; à 9 heures, trois canons ramenés de la région d'Hanzinelle 
furent installés à côté du premier et, ensemble, ils tirèrent une dizaine de salves 
contre l'ennemi. Celui-ci ne répondit pas, et l'artillerie se retira aussitôt vers 
Philippeville. 

Les premiers Allemands, des uhlans, parurent le mardi matin, 25 août. Arrivés 
à la chapelle de Sainte-Brigitte, à 5 h. 3o, ils prirent l'une et l'autre bifurcation. 
L'infanterie suivit à 6 h. 3o ; d'abord deux bataillons, puis à 10 heures, une masse 
évaluée à 8.000 ou to.ooo hommes, venant de Saint-Gérard, avec ambulances (3). 

(1) Elles ont été puisées à la Section historique de l'Etalr'Major général, à Paris. 

(a) Les renseignements si précis contenus dans ce rapport ont été reçus le 22 octobre 1914, de M. l'abbé 
Ch. Jos. Bilquin, curé de l'endroit. 

(3) Noté sur un bon de réquisition l'indication suivante : 7 e compagnie du i et régiment de la Garde. 



64 

Le village offrit, ce jour-là. un spectacle extraordinaire : on y comptait cinq 
campements importants. A i3 heures, le défilé commença dans la direction de 
Jamagne, Jamiolle. Villers-deux-Eglises, Senzeilles et Cerfontaine. et se poursuivit 
tout l'après-midi. Le curé était resté presque seul au village. Ayant remarqué que 
les officiers criaient et hurlaient, il se mit à faire de même, non sans succès. Les 
méfaits se bornèrent au pillage et au sac des maisons. Portes et fenêtres furent 
brisés. C'était plaisant de voir le va-et-vient des soldats, charriant sans relâche les 
vins hors des caves à l'aide de seaux de cuir. 

Le 2.6, un dernier passage de troupes mit fin à l'invasion. 

N" 53?. A Chaumonl. lundi 24 août, de midi à t5 heures, un feu de shrapnels fut 

ouvert par l'ennemi sur les arrière-gardes belge et française (1). Les Allemands 
n'entrèrent toutefois au village que le lendemain, à 16 heures, et pillèrent les 
maisons abandonnées, emportant jusqu'aux linges et literies. 

N° 539. Les habitants de Jamagne s'enfuirent le 23 août. 

Le 24, il ne restait que trois hommes deux furent faits otages; le 
troisième, André CHERMANNE, 44 ans, fut tué dans un fossé, sur la route de 
Philippeville, en voulant se rendre dans le pâturage où paissaient ses chevaux. 

Quand les gens revinrent de Géronsart ou de Gonrieux, à travers la forêt 
de Senzeilles, ils trouvèrent leurs maisons mises à sac : les portes et fenêtres 
étaient brisées ; les provisions, linges et ustensiles enlevés ; les étables et 
porcheries vidées; des bouteilles vides jonchaient les chemins, trahissant les 
orgies auxquelles s'étaient livrés les soldats de l'ambulance et les artilleurs qui 
avaient occupé le village. 

j,jo g . Les premiers Français arrivèrent à Villers~'DeuX'''Eglises le 14 août. Il en vint 

tous les jours qui suivirent, notamment le 270 e , le 20 août. Ces braves Bretons 
assistaient à toutes les cérémonies religieuses et les officiers prenaient place dans 
le chœur. 

Le départ des habitants commença le 23 août et se poursuivit le 24 ; ce jour-là, 
quand le village fut envahi par 200 à 3oo turcos, harassés et affamés, qui se préci- 
pitèrent dans les maisons à la recherche de vivres, il y restait à peine dix personnes. 
Ces turcos furent dirigés le soir sur Neuville et Mariembourg. 

Beaucoup de fugitifs s'étaient arrêtés dans les bois de Senzeilles et revinrent 
dès le lendemain. 

(1) Y trouvèrent la mort cinq soldats belges et deux français, à savoir : Sixte, Louis-Joseph, du 
i3 e de forteresse, de Grand-Leez, atteint à la poitrine dans un champ d'avoine au lieu dit " Saint- 
Joseph >' ; Dassy, Louis, de Honnay; Franz, Jean-Joseph, d'Autelbas, et Gérard, Léon, de Suxy, tous 
trois du «3 e , dont les deux premiers tombèrent à 200 mètres, et le troisième à 3o mètres de la ferme de 
Prairie; Légat, René, du i3", de Tilly, blessé à la tête et tombé dans le bois de Reulx, à 180 mètres 
de la route de Philippeville; Chollier, Jean-Pierre-Victor, du 2'' zouaves français, tué d'une balle à la 
tête, à 8 heures, le long de la route de Philippeville, près du bois des Acaudries ; Dihl, Nicolas, artilleur 
français, tombé au bois de Surprêt. Tous ces soldats furent réinhumés en juin 1918 au cimetière militaire 
de Saint-Aubin. 



La Garde impériale fit son entrée le 25 août, à 8 heures du matin, et le défilé 
se poursuivit jour et nuit jusqu'au 27. Ces soldats traitèrent les habitants restés au 
village comme des esclaves, ou plutôt comme des bêtes de somme, et leurs biens 
comme s'ils eussent été leur propriété. Le bourgmestre, Alexandre Meunier, 
et le garde-champêtre, Emile Gobeaux, durent les précéder partout, pénétrer au 
presbytère par une fenêtre de la cuisine dont les soldats avaient brisé les vitres, et 
à l'église par une porte de remise qu'ils avaient démolie. Ils donnèrent un quart- 
d'heure au bourgmestre pour livrer 5oo kilog. d'avoine et 18 lanternes. Malgré ses 
70 ans, il passa la nuit à l'école, avec son compagnon, sur une botte de paille. 

Le 26 août à i3 h. 3o, les maisons d'Alphonse Bayet-Nicaise et de Joseph 
Bertrand-Hennaut, sur la route de Jamiolle, furent incendiées, « parce qu'un civil 
avait tiré ». Or le coup de feu venait d'un Allemand à cheval, ainsi qu'en fut témoin 
M. Bayet, et avait atteint un monceau de charbon. Repoussés d'abord dans la 
maison en flammes par les fusils braqués sur eux, M. et M me Bayet réussirent à 
s'évader, mais durent se mettre à genoux en face du feu, avec un groupe d'autres 
civils, et furent menacés de la mort. Quatre d'entre eux restèrent tellement sous 
l'impression de ces brutalités qu'ils ne tardèrent pas d'en mourir. 

Une scène identique se passa près de l'église, où un groupe de dix-sept 
personnes fut sur le point d'être fusillé. 

Du i5 au 24 août, des unités françaises cantonnèrent à Soumoy. Le 24, à 
i5 heures, les officiers annoncèrent l'installation d'une batterie au sud-est de la 
localité et conseillèrent aux habitants de s'enfuir. Il ne resta personne et les 
Français se retirèrent eux-mêmes sans livrer combat. 

Le 25 août, quelques centaines d'Allemands firent leur entrée au village et, 
constatant qu'il ne s'y trouvait pas de Français, ils se dirigèrent sur Senzeilles. Les 
habitants rentrèrent la plupart après deux ou trois jours d'absence. 

Un bataillon de zouaves et des Algériens vinrent à Senzeilles le t5 août. 

Le village était désert lorsque l'ennemi y pénétra le 25 août dans l'avant-midi. 
Le défilé des troupes dura trois jours et trois nuits. Les soldats enlevèrent au 
presbytère un riche calice. 

Un soldat français et trois officiers allemands furent inhumés an cimetière. Le 
soldat français Albert Legrand, blessé, fut soigné trois mois à l'ambulance, puis 
réussit à s'évader. 

Cerfonîaine accueillit avec enthousiasme, le 14 août, des éléments du 10 e corps 
et du corps algérien, qui se dirigèrent vers Florennes et Mettet. 

Grâce au sang-froid et au dévouement du bourgmestre, M. François, une 
partie notable des habitants restèrent chez eux, ou même se répartirent entre les 
maisons inoccupées, ce qui les préserva considérablement du pillage. 

L'ennemi parut le 25, à partir de 8 heures. 



CHAPITRE II 



LA RETRAITE DE BIOUL 



Notre intention n'est pas d'entreprendre ici une histoire complète 
et définitive de l'incident militaire qui a pris le nom de « retraite de 
Bioul ». Cette tâche restera longtemps difficile, en raison du nombre 
et de la complexité des événements qui composent cet émouvant 
épisode. Les matériaux que nous possédons nous paraissent néanmoins 
assez intéressants pour être publiés : écrits sous l'occupation même 
ou au lendemain de l'armistice, par des témoins oculaires et choisis, 
ils font partiellement la lumière sur la retraite mouvementée de la 
division de Namur. 

En lisant ces pages, on ne peut se défendre de l'impression 
qu'un peu plus de sang-froid et d'organisation aurait probablement 
sauvé toute l'armée de Namur. C'est seulement le 24 août, à 
i3 heures, que la Garde fit prisonnières les troupes restées à Bioul 
et c'est à 14 heures que le passage fut coupé à Sosoye par l'arrivée 
du XII e corps de réserve ennemi. On disposait donc de la matinée 
entière du 24 août pour faire sortir de l'encerclement les troupes qui 
encombraient Bioul et les environs. 

Peut-être hésitera-t-on, malgré tout, à en faire grief au comman- 
dement, si l'on réfléchit que les Allemands se reprochent aussi d'avoir 
laissé échapper une importante partie de l'armée belge, qu'ils auraient 
pu si facilement constituer prisonnière; car la Garde, qui se trouvait le 
z3, à 17 heures, à Saint-Gérard et, à 20 heures, à Denée, n'avait 
pas grand effort à faire pour rejoindre les troupes saxonnes du 



6 7 

XII e corps qui avaient passé la Meuse à Yvoir et à Hun, et barrer 
la retraite à l'adversaire. Le chef de la II e armée s'en est excusé : 
« il pensait, écrit-il dans ses Mémoires, que c'était affaire à la colonne 
de l'aile droite de la III e armée d'intervenir de ce côté (t) ». 

Groupons, avant tout, les données d'ordre militaire que nous 
avons pu recueillir sur la retraite de Bioul et qui serviront comme 
de cadre aux travaux particuliers que nous ferons suivre. 

C'est le 23, à to heures (2), que le lieutenant-colonel Grumbach, du 
45 e d'infanterie française, qui commandait le secteur Cognelée-Marchovelette, 
ordonna le repli du 3 e bataillon du 148 e , installé aux environs du village de 
Champion; cette troupe fut aussitôt suivie du i er bataillon du 3o e belge. 

Le général Henrard, qui commandait le IV e secteur de la position fortifiée 
(Marchovelette-Meuse), mis en péril par le repli de ses voisins de l'ouest, 
donna à son tour l'ordre de la retraite peu de temps après. 

A i3 heures, ce fut le tour du III e secteur, dont le flanc et l'arrière 
étaient découverts, par l'irruption de l'ennemi dans le IV e secteur; les troupes 
furent dirigées sur Malonne, par le pont de Bauce. 

Dans te I er secteur, le général Teyszerski donna le signal à 12 h. 3o. 

Le général Michel, gouverneur de la position, arriva à 11 h. 3o à la villa 
de P\. le baron Fallon, au Milieu du Monde, puis bientôt à Gros-Buisson; il 
traça d'abord comme itinéraire à ses troupes Lesves-Saint Gérard-Ermeton 
sur Biert; puis, apprenant le recul des Français à Lesves et Saint-Gérard, il 
décida de marcher sur Bioul et Sosoye. 

Quelle fut cette retraite, nous l'apprendrons par un témoin oculaire. Le 
général Cadoux (3) décrit ainsi le repli du 3 e bataillon du 148 e , puis du reste 
des troupes. 

Pendant cette retraite, qui (ut plutôt pitoyable, étant donnés l'affolement et le défaut de liaison, 
chacun s'en va au petit bonheur. Le tir de l'artillerie allemande de petit et de gros calibre ne cesse 
de faire des ravages dans les rangs des troupes, véritable cohue qui s'enfuit de tous côtés en jetant la 
panique sur son passage- A 12 h. 3o, le 3 e bataillon, ou plutôt ce qui a pu en être rassemblé à Namur, 
se porte à la citadelle pour occuper des tranchées introuvables. Pendant la recherche de celles-ci, une 
grêle d'obus s'abat sur le bois dans lequel les compagnies se sont abritées... A 16 h. 3o, sous 
une avalanche infernale d'obus de tous calibres, une nuée d'automobiles, de caissons, un torrent de 
soldats belges que rien n'arrête disloquent les unités françaises et les entraînent dans leur fuite éperdue 
On se cherche, on ne se connaît plus, on ne se trouve plus. C'est la débâcle. Un officier belge qui passe 
en auto crie aux troupes françaises . « Rassemblement vers Bioul. » Il n'y a pas d'autre ordre. Chacun 
s'oriente vers le village indiqué, dont le nom passe de bouche en bouche. En cours de route, des essaims 
se forment, des groupements se constituent. On arrive à Bioul. 

Bien qu'une bonne partie de la garnison de Namur eût déjà dépassé Bioul 
à la soirée, il y régnait cependant à la tombée de la nuit un encombrement 
indescriptible. 

(1) Von Bulow, Mon 'Rapport, etc., o. c, p. 60. 

(i) A 11 h. «5, écrit le général Cadoux. 

(3) Notice manuscrite dont le général a bien voulu nous donner communication. 



68 

Une importante colonne d'ambulance conduite par le major Petit tenta le 
passage et fut attaquée, sur la droite, à la sortie du village (rapport n° 546) (1). 
Cette échauffourée, en faisant refluer vers Bioul une partie de la division, eut 
des conséquences fâcheuses sur la retraite, dont elle retarda l'écoulement de 
plusieurs heures. 

Le lieutenant-général Michel se porta de Sosoye, où il était à 23 heures, 
à Rosée, où il rencontra, le 24 août, à 1 heure du matin, l'État-Major du 
1 er corps français; on décida que le i er corps battrait en retraite sur Agimont- 
Vodelée, qu'une division française resterait en avant d'Anthée et de Flavion 
jusque xi heures, pour la sécurité du passage, et que les troupes belges 
seraient autant que possible dirigées sur Franchimont, Villers-en-Fagne, Roly, 
Mariembourg, seule route disponible. 

A Bioul, un conseil d'officiers supérieurs se tint dans la nuit. 

Le 24 août, à 2 heures du matin, le colonel Delmaere, commandant du 
28 e de ligne, mit en branle des éléments des 8 e , io e , 28 e et t3 e de forteresse, 
avec quelques batteries, sur Sosoye, Flavion, Rosée, Vodelée, Mariembourg. 

A 5 heures, un groupe de soldats de l'ambulance du major Petit prit la 

route de l'abbaye de Maredsous, où une partie du convoi fut faite prisonnière 

(rapport n° 547). 

Le général Ghislain dirigea un bataillon sur Warnant et s'y rencontra, à 

6 heures, avec l'avant-garde de la 23 e division de réserve allemande (XII e corps), 

qui avait passé la Meuse à Yvoir; c'est le combat de Warnant que raconte le 

rapport n° 548. Cependant, une partie des troupes belges qui y avaient participé 

s'était rabattue à temps sur Bioul : le capitaine-commandant Béchet en sauva 

des éléments, auxquels il fit gagner Sosoye; d'autres, dirigés sur Denée, y furent 

faits prisonniers, à l'exception de fractions du t3 e de ligne et du i3 e de 

forteresse, qui s'échappèrent encore à l'instar des précédents. 

Le 2 e bataillon du i3 e de forteresse gagna Florennes, où il se heurta à 
l'ennemi, et fut fait prisonnier dans les premières heures de l'après-midi 
(rapport n° 55o). 

Le 3 e bataillon du t3 e de ligne put encore atteindre Ermeton-sur-Biert par 
la route de Rouillon à Fraire, mais il eut à y soutenir un combat contre 
la Garde allemande (rapport n° 549). 

Les unités belges se reformèrent en partie dans la région d'Eteignères et 
de Signy-le-Petit, au sud de Chimay. 

« Nous croisons, écrit le docteur Veaux, toute l'armée belge de Namur en retraite. Les uniformes sont 
sales, dégoûtants, couverts d'une couche de poussière épouvantable. Les capotes noires sont en partie 
déchirées, les képis à grande visière violette, verte, bleue, sont cassés ; beaucoup d'hommes n'ont plus de 
coiffure. Voici des artilleurs, quelques-uns à pied, n'ayant plus ni chevaux, ni canons. Nous remarquons 
cependant une batterie qui a encore bonne allure. Elle a formé son parc dans une prairie. Les hommes 
soignent leurs chevaux, d'autres lavent leurs pieds, se nettoient dans le ruisseau voisin... Un grand écriteau 

(1) C'est ce qui a donné lieu au récit de M. Nothomb dans la Belgique martyre. Voir aussi la 
"Réponse belge au Livre blanc allemand. Paris, Berger-Levrault, 1917, p. 83. On ne peut cependant en 
faire un crime aux troupes de la Garde, qui n'ont pu se rendre compte dans la nuit qu'il s'agissait d'une 
ambulance. 



6 9 

indique les directions que doivent suivre les troupes belges des différentes divisions et leur lieu de 
cantonnement pour la nuit... Nous descendons à Signy-le-Petit. C'est là que s'arrêtent les troupes belges. 
A l'entrée du bourg, on les classe par régiments; leurs officiers réorganisent les compagnies, qui se groupen 
dans les champs avoisinants... On se met aussitôt au nettoyage des fusils; on remplit des caissons de 
cartouches. Dès qu'il y a mille hommes de réunis, on les encadre avec des officiers, les leurs autant que 
possible; on les embarque dans des trains qui sont rangés sur toutes les voies avoisinantes... Les trains 
partent tous sur le Havre ; l'armée belge de Namur se réorganise petit-à-petit pour être dirigée sur Anvers 
par voie de mer. Voilà ce que peut une bonne direction : une déroute est vite transformée en retraite («). » 

Cependant quelques milliers de soldats étaient restés le 24 août à Bioul, 
engouffrés dans les caves et les jardins du château et dans les maisons parti- 
culières; ils étaient démoralisés, mais ne demandaient cependant qu'à marcher 
et même qu'à combattre. Ils attendaient encore des directives, qui ne venaient pas. 
Soudain, vers 1 1 heures, le village fut bombardé. Bientôt l'ennemi parut et les fit 
prisonniers : c'étaient des parties du 8 e , du 8 e de forteresse, du i3 e et de l'ambu- 
lance (rapport n° 545) (2). 

§ 1 . — Au village de Denée. 

544. Les troupes françaises et la garnison de Namur, en retraite, passèrent 
à Denée (3) le 23 août dans l'après-midi. Presque tous les habitants, délaissant 
leurs maisons, s'étaient réfugiés dans les carrières de marbre situées aux environs, 
dont les vastes souterrains offrent des abris sûrs. Les troupes alliées aban- 
donnèrent dans les maisons, dans les rues et dans les campagnes, un matériel 
considérable en habits, équipements, armes et pièces d'artillerie, camions et 
convois, que les gens du village firent disparaître en bonne partie, avant 
l'arrivée de l'ennemi, en les jetant dans des puits abandonnés. 

Les premières troupes allemandes pénétrèrent dans le village le 23 août 
entre 19 et 2.0 heures et firent otage le bourgmestre, M. de Montpellier, le 
curé et le secrétaire communal; elles partirent le lendemain à la première heure. 

Le 25 août, à 20 h. 3o, le village fut investi par des troupes du 167 e , 
22 e division, XI e corps, qui repartirent le 26 au soir pour la Russie. 

§ 2. — Au village de Bioul. 

545. L'armée française en retraite repassa à Bioul (4) dans l'après-midi du 23 août, 
bientôt suivie de la division de Namur. 

Des milliers de soldats belges, la plupart sans chefs et sans armes, séjournèrent 
au village dans la nuit suivante, installés dans les maisons particulières, mais surtout 

(1) En suivant nos soldais de l'Ouest, o. c, p. 76. 

(2) A consulter sur la retrai e de Bioul : La Campagne de l'Armée belge, Paris, Bloud et Gay, p. 64; 
Lanrezac, o c, p. 177; baron Buffin, Récits de combattants, Paris, Pion, pp. 100 et ss.; von Bulow, 
o. c, p. 60; docteur Georges Veaux, En suivant nos soldais de l'Ouest, pp. 70 et ss. 

(3) Ces renseignements ont été recueillis sur place en mai 1916. 

(4) Ce rapport groupe des données recueillies auprès des habitants du village et de nombreux témoins 
oculaires. 



7° 

au château et dans la propriété de M. Vaxelaire. Un certain ordre régna dans le 
cantonnement. Des sentinelles étaient postées à l'entrée des routes et les relèves 
se firent régulièrement. 

Une centaine de brancardiers, dont l'aumônier de la 4 e division, M. Van Luyten, 
et plusieurs prêtres, occupaient l'église paroissiale et le presbytère. 

Ce fut une nuit de terreur, sous la menace perpétuelle de l'irruption d'un 
ennemi redouté. 

A l'église, beaucoup de soldats se confessèrent et M. le curé distribua à 
plusieurs reprises la S. Communion. A 2. heures du matin, un religieux capucin, 
brancardier, célébra la Sainte Messe et beaucoup de brancardiers communièrent. 

Il s'était tenu dans les salles du château, entre zi et zl heures, un conseil de 
guerre présidé par le colonel Lebeau, du corps de transport. L'avis du colonel, qui 
était de forcer l'encerclement, prévalut et on décida que, de grand matin, on 
tenterait de percer les lignes allemandes. 

Il y eut, en effet, plusieurs départs, dont quelques-uns seront signalés dans les 
rapports suivants. 

Trois colonnes attelées du corps de transport de ia 4 D. A., conduites par le 
lieutenant Wilmes, arrivèrent encore à Bioul le 24 août dans l'avant-midi et y 
furent faites prisonnières dans les conditions que nous allons raconter. Elles avaient 
quitté la Marlagne le z3 août à 16 heures, avant même d'avoir reçu l'ordre de 
retraite, et avaient subi d'incessants retards, à partir de Gros-Buisson, par suite de 
l'irruption de batteries d'artillerie et de troupes d'infanterie. Après s'être aventurées 
sur la route de Bois-de-Villers à Saint-Gérard, que venait de leur assigner un 
capitaine-commandant, elles avaient rebroussé chemin et gagné Arbre par une 
obscurité profonde, puis pris la route de Bioul. A hauteur de la ferme Romiée, la 
colonne s'était arrêtée, bloquée par une interminable série de véhicules qui la 
précédaient et qui tous avaient fait halte. Les conducteurs dormaient d'un sommeil 
de plomb, après plusieurs nuits d'insomnie. Un caisson d'artillerie en essayant de 
doubler la colonne, avait roulé dans une prairie sise en contre-bas et les conduc- 
teurs, gravement blessés, avaient été transportés à la ferme précitée. La marche 
avait repris le 24 août au matin. 

La colonne avait dépassé Bioul et s'engageait, vers 1 1 heures, sur le chemin 
de Denée quand, à z kilomètres du village, elle fut attaquée sur la droite. Le major 
d'artillerie Bonsir fit faire demi-tour et quand on rentra dans Bioul, on apprit que 
les Allemands avaient installé des batteries vers Mossiat et la ferme des Bruands, 
sur le chemin de Warnant. Deux des colonnes de munitions venaient d'être parquées 
à la lisière sud du village et la troisième dans le village même quand l'ennemi 
ouvrit le feu. 

Deux obus tombèrent sur la colonne n° t, tuant huit chevaux. D'autres coups 
furent éparpillés sur tout le village, sans faire toutefois de victimes (t). 



(1) Nous ignorons dans quelles circonstances ont été tués les soldats français dont les :ioms suivent, 
retrouvés et inhumés sur le territoire de Bioul : Jean Diericx, du 45 e d'infanterie ; André Jamotte, du 
148 e d'infanterie; deux Français non identifiés sont aussi inhumés au cimetière, v.n autre, dans la campagne. 
Jules-Louis Robine, du 3 e ;d'infanterie 6145, Cherbourg 354, est tombé à Bioul et a été inhumé à Biesmes. 



7» 

A i3 h. 3o, un drapeau blanc fut hissé à la tour de l'église et on députa une 
jeune fille, Maria Hotlet, pour aller au devant de l'ennemi en portant, elle aussi, 
un drapeau blanc. 

L'ennemi pénétra aussitôt dans le village, faisant marcher devant lui jusque 
sur la place publique les habitants qui se trouvaient sur son chemin. Le major 
Van den Berghe. de l'artillerie, traita de la reddition. Le major Richter, de 
l'artillerie saxonne, dit au lieutenant Wilmès : « J'étais en position avec mon 
groupe lorsque vous avez fait la tentative de percée vers Denée, mais je savais que 
vous ne pouviez passer, autrement j'aurais démoli la colonne en marche sur la 
route, que j'enfilais dans toute sa longueur ». Les soldats belges massés sur la 
place et sur la grand'route défilèrent, les bras levés, devant un colonel. L'État- 
Major s'établit au château, dont trois salles du rez-de-chaussée servirent d'ambu- 
lance pendant une semaine. 

La colonne de transport, prisonnière, dont nous venons de parler, qu'accompa- 
gnaient au total 1,900 hommes, bivouaqua, le soir, près de la ferme d'Ohet en feu, 
le lendemain 2.5, à la ferme de Hontoir, le 26, à Thynes, le 27. près de Corbion- 
Leignon et le 28, dans le parc du château de Hogne, où elle rencontra les prêtres et 
religieux dinantais. Avec elle, le major von Welck et le lieutenant Fuss. ce 
dernier du 177 e saxon. 

Un dernier fait relatif à Bioul. Mardi. 25 août, à i3 heures, cinq soldats belges 
qui avaient revêtu des habits civils dans l'espoir d'échapper encore à l'ennemi se 
dirigeaient de Bioul vers Maredsous en suivant le chemin dit de Maharenne. 
lorsqu'ils aperçurent derrière eux un parti de cavaliers ennemis; ils quittèrent le 
chemin et firent semblant de travailler dans un champ de luzerne. Trois uhlans 
qui faisaient fonction d'éclaireurs invitèrent les hommes à se rapprocher du chemin 
et lorsque vinrent les cavaliers qui suivaient, au nombre de 25, l'officier qui les 
commandait dit : « Vous êtes soldats! » « Non », répondirent-ils. Il les fit visiter. 
L'un d'eux, Jules Danhier, du 3 e régiment d'artillerie n° 1948, portait sa médaille 
militaire : l'officier saisit son arme et le tua séance tenante. Ses quatre compa- 
gnons regagnèrent le village. Danhier fut inhumé à Bioul et transféré en 1918 au 
cimetière militaire d'Anhée. Plusieurs civils, notamment Félicie Thiry, veuve 
Hallaux, furent témoins de l'exécution. 

§ 3. — A la colonne d'ambulance de la 4 e division d'armée (1). 

1. L'ATTAQUE DE LA COLONNE 

Cantonnée d'abord à Flawinne, puis à Jambes, la colonne d'ambulance de la 
4 e division d'armée (major Petit) reçut, le 21 au soir, l'ordre de quitter la place. 
Elle traversa Namur avec fourgons et bagages et arriva à 22 h. 45 à Salzinnes. 

Vers minuit, un cantonnement fut assigné aux quatre sections, chez les Frères 
des Ecoles Chrétiennes, dans les écoles, etc. 

(1) Les rapports n oS 546 et 547 émanent de prêtres et de religieux faisant partie de l'ambulance, 
dont nous avons recueilli et confronté les dépositions. 



7* 

Le 22, des éléments de la colonne se rendirent sur le champ de bataille de 
Boninne et jusqu'aux tranchées avancées, relevant les blessés. Cette journée et la 
nuit suivante se passèrent sans recevoir aucune indication sur la retraite. 

Le 23 août, la colonne fut dirigée sur le « Milieu du Monde » et stationna de 
9 heures à \Z heures à « Notre-Dame-au-Bois », où les ambulanciers commen- 
cèrent à deviner que la marche était la retraite. 

On s'ébranla à i3 heures, mais l'avance devenait difficile, par suite du grand 
nombre de convois de tout genre qui s'engageaient sur la route de Bois-de-Villers. 
On croisa bientôt un bataillon français (i er régiment de ligne), qui battait aussi en 
retraite, en bon ordre. A l'entrée de Bois-de-Villers, passaient des chariots 
emmenant des familles du pays de Fosses et de la basse Sambre, l'un de ces 
cortèges lamentables comme on en vit tant depuis. A un carrefour, deux de ces 
groupes allaient en sens opposé, car le canon grondait à l'est comme au nord, et 
ces gens se demandaient anxieusement de quel côté de l'horizon ils pouvaient 
diriger leurs attelages. La vue de ces familles éplorées, de ces véhicules disparates, 
où des infirmes et des octogénaires voisinaient avec des enfants au berceau, est 
restée gravée profondément dans la mémoire de tous, comme un des plus doulou- 
reux souvenirs de la grande guerre. 

A Bois-de-Villers, sur la place de l'église, on reçut le mot d'ordre de 
se diriger sur Sosoye. Le jour commençait à décliner. On avançait assez 
rapidement, malgré le poids du sac, la faim et la fatigue. Le long du chemin de 
Bioul, par Arbre, on commençait à apercevoir des havresacs de soldats aban- 
donnés. L'allure des troupes qui arrivaient de tous les côtés, se dirigeant vers 
Bioul, accusait déjà la panique. 

A 19 h. i5, la colonne entra à Bioul, à la nuit tombante. Depuis plusieurs 
heures il y passait des troupes belges qui gagnaient Denée ou Sosoye; mais 
à ce moment, la situation était devenue critique, Denée étant déjà occupé ou 
près d'être occupé par l'ennemi. « Nous sommes cernés », disait le général 
Ghislain à l'oreille du major Massart. 

A Bioul se croisent de nombreuses routes : la chaussée de Rouillon à Fraire 
traverse le village par le milieu, de l'est à l'ouest; la route d'Arbre, par laquelle 
arrivait la colonne; à quelque distance de l'église le chemin de Warnant; au 
centre, le chemin, d'abord unique, qui bifurque plus loin vers Salet, vers Maredsous 
et vers Denée. Lequel de tous ces chemins menait à Sosoye, qui avait été assigné 
aux brancardiers comme direction? 

Tandis que les chefs de la colonne essayaient de le découvrir, on croisa trois 
Français, qui portaient un blessé sur un brancard et qui annoncèrent que les 
Allemands étaient à Warnant. Or le chemin que l'on suivait en ce moment inclinait 
dans la direction de ce village. Après un échange de vues entre le major Petit, le 
lieutenant docteur Franck et quelques autres médecins, on décida d'aller rejoindre 
les fourgons de l'ambulance qui, avec l'artillerie et d'autres transports, devaient 
atteindre Philippeville par la route de Fraire. 

On se remit en route. La fraîcheur de la nuit adoucissait la fatigue et l'idée 
d'échapper à un ennemi invisible, mais proche, donnait du courage. La consigne 
avait été donnée d'éviter tout ce qui pouvait attirer l'attention : on marchait 



7$ 

rapidement, en rangs serrés et en silence. Les fourgons roulaient tous (eux éteints. 
Quelques centaines de mètres plus loin, il fallut faire passage à une file d'autos 
fermées, contenant, disait-on, l'Etat-Major de la place de Namur, puis nous 
continuâmes notre chevauchée. 

« Nous avions, raconte un ambulancier, à peu près fait un kilomètre sur 
la route de Fraire et nous étions arrivés à la limite des communes de Bioul 
et de Denée quand éclata près de nous, sur la droite, une vive fusillade. Les 
Allemands nous canardaient. Une panique indescriptible s'ensuivit (i). Les bran" 
cardiers s'enfuirent vers la gauche ou en arrière, tandis que les conducteurs 
des fourgons et des transports faisaient brusquement tourner bride à leurs chevaux. 
Mon groupe et moi, nous entrâmes dans la première maison de Bioul que nous 
rencontrâmes, « à la Barrière », où cent vingt-cinq hommes environ s'entassèrent, 
pris de terreur à la pensée qu'ils allaient être découverts par cet ennemi féroce, 
dont on connaissait déjà les exploits à Andenne et ailleurs. L'horizon était en feu 
et, non loin de là, une meule se consumait dans les champs. 

» Puis un bruit retentit sur la route : c'étaient les fantassins français, qui 
ne parurent guère émus. « Les leurs, dirent-ils, avaient tiré sur nous, par 
méprise! » Puis on entendit dans le lointain des « Hourrah ! » « Les nôtres, ajouta 
l'officier français, ont repris la position à la baïonnette ! » En réalité, c'était 
l'ennemi, qui dévalisait un chariot rempli de biscuits. 

» On se remit en marche, plus nombreux que la première fois et avec un 
nouvel entrain, lorsque, un peu au delà de l'endroit de la première fusillade, une 
pétarade, plus fournie que la première, éclata sur la droite, et se poursuivit 
pendant un certain temps. Nous nous jetâmes tous par terre. Je crus entendre 
un galop de chevaux : c'était le bruit caractéristique des mitrailleuses. Quand 
le moment d'angoisse fut passé, on se dispersa, les uns dans les champs, le 
plus grand nombre vers Bioul; des projecteurs allemands fouillaient toute la 
campagne. 

» Après • être resté quelque temps tapi dans les fossés, le groupe des 
ambulanciers, sous la conduite énergique d'un officier français, qui ordonnait 
aux hommes d'avancer, affirmant que le feu venait des Français, se remit une 
troisième fois en route. Les hommes n'avaient pas fait 5o mètres que la fusillade 
reprit. Ils s'abritèrent encore une fois dans les fossés et, vers 2 heures du matin, 
regagnèrent le village de Bioul, où les avaient précédés, dès la seconde attaque, 
beaucoup de leurs compagnons. 

» J'appris plus tard que des avant-gardes ou flanc-gardes allemandes étaient 
arrivées, dès cette nuit, entre Saint-Gérard et Bioul, et qu'à l'endroit d'où était 
partie la fusillade, au « Bois Petit-Jean », se trouvaient deux mitrailleuses. 
Après la première fusillade, des soldats accoururent sur les lieux, pillèrent le 
fourgon de biscuits et, au témoignage du sergent belge Skellart, achevèrent à 

(1) « Impossible, écrit un second témoin, de dépeindre le désordre qui suivit la [usillade : les soldats 
quittent leurs attelages, les chevaux rebroussent chemin, les voitures se cassent contre les arbres de la route, 
les hommes se couchent dans les fossés, fuient les uns à travers les campagnes, les autres, vers Bioul. Quelque 
temps après, le convoi était réorganisé et on essaya une deuxième et une troisième fois de passer, mais en 
vain : la fusillade recommençait toujours- » 



74 

coups de revolver un Belge blessé qui se trouvait au-dessus de lui, tout en 
l'atteignant lui-même dans les jambes. 

» Le sergent Poucet raconte ici un beau trait de vaillance. Quelques 
gendarmes belges avaient été envoyés à la recherche des deux mitrailleuses : l'un 
d'eux vint redire que ses compagnons avaient été pris ou tués. Alors un adjudant 
français partit avec douze hommes, surprit les servants et revint avec une roue de 
mitrailleuse; ils réussirent ensuite, après plusieurs heures d'attente et d'efforts, à 
s'emparer de la seconde mitrailleuse. » 

Onze cadavres de soldats belges furent recueillis « au pré al mai », lieu de 
l'embuscade, par une équipe d'hommes de Denée (i). Vingt blessés furent amenés, 
dès le 23 au soir, à l'école des Sœurs de Denée et plusieurs autres au château de 
Biouî, où il s'en trouvait, le 25, une cinquantaine. 

2. LE DÉPART DE LA COLONNE 

47- Un signal de départ fut donné à Bioul le 24 août vers 3 heures du matin. Le 

signal parvint notamment à l'église et l'on éveilla les hommes qui dormaient. 

Un premier noyau de 200 à 25o brancardiers, conduit par le commandant 
Glorie, du corps de transports de l'ambulance, se constitua sur la place, à peu près 
au moment où partait pour Warnant le général Ghislain. Ces hommes se mirent 
promptement en route, sans attendre ceux du second groupe (major Petit), qui 
discutaient encore, devant un café, sur les moyens de s'échapper; l'un de ceux-ci 
s'était déjà procuré un drap de lit à porter en tête de la colonne, en guise de 
drapeau blanc. 

Les soldats du premier groupe se dirigèrent sur Sosoye : c'était en fait le seul 
chemin utilisable. A la sortie du village, ils traversèrent en courant un champ de 
betteraves, non loin de soldats postés le long d'une crête et tirant dans la direction 
de Warnant. A marche forcée, ils purent gagner Sosoye, Flavion et Rosée, où des 
uhlans braquèrent sur eux des jumelles à la sortie d'un bois. A Mariembourg, un 
train les conduisit à Couvin. 

Le groupe du major Petit se joignit à un nouveau rassemblement de troupes 
qui se fit vers 5 heures du matin, environ une heure après le départ du bataillon de 
Warnant. L'ordre de marche fut encore donné dans la direction de Sosoye, par le 
Charrau et le chemin de Maredsous. 

(1) Ils furent inhumés le 25 août, avec trois Belges, deux Français et deux Allemands trouvés dans les 
campagnes, et deux Français atteints au combat d'Ermeton et décédés à Denée. On connaît les noms suivants : 
L L. P. Jolet, Albert Tellier, de Bohan, Emile Clembos, de Thorembais--les.-Béguines, J.~G. Constant, de 
Leignon, A. G. J. Delhaisse, de Chevetogne, tous du i3 e de ligne; Achille Garré, de Mineelbeke, chasseur 
à pied; Fernand Henri, G- Crabeels, de Perck, A. E. G. Rousseaux, de Frameries, du 8 e ; A. Huxkaerts, de 
Reckem, artill. 10 e B. M- Moens, de Louvain, lancier; E. J. Lemmens, de Bolland ; sergent Joseph Arts, du 
io e ; Oscar Charles de Leers et Fosteau, I- R. d'art. 

Les deux Français trouvés dans les campagnes sont Julien Coppin, d'Arras, du i34 e , et Emile Hatquet, 
de Giveî. Le lieutenant A. Denis, venant du combat d'Ermeton, a été inhumé à la carrière d'Ermeton. 

Ont aussi été identifiés, sous l'occupation, les corps suivants, inhumés, sur le territoire de Denée 
Louis Dellille, du 2" zouaves; Mathurin Lecornet, du 41 e d'infanterie; Joseph Vaty, du 43" d'inf. 



75 

On entendit bientôt crépiter sur la gauche une fusillade : c'était le combat de 

Warnant. 

Au croisement des chemins de Salet et de Maredsous, un groupe belge d'artil- 
lerie était en arrêt, observant l'horizon dans la direction de Denée. 

Près de Maredsous, le Charrau était obstrué par une série d'autos abandonnées 
et de chariots renversés. Dès la nuit précédente, des Allemands avaient été 
aperçus, paraît-il, en cet endroit, faisant des signaux lumineux. 

On arriva à l'abbaye bénédictine de Maredsous. où l'on décida de prendre un 
court repos. Le major Petit, une douzaine de médecins militaires, et la plus grande 
partie de la colonne d'ambulance entrèrent dans l'école abbatiale, érigée en ambu- 
lance, où se trouvaient déjà une cinquantaine de blessés. Ils croyaient y faire une 
courte halte, puis poursuivre leur route- Les religieux leur servirent une réfection, 
car la plupart n'avaient plus mangé depuis douze heures. 

Quand, une heure après, fut donné le signal du départ, il était trop tard : on 
se battait aux environs de l'abbaye. De tous les points de l'horizon on entendait le 
canon ou la fusillade. Comme le major Petit insistait vivement pour le départ, on 
lui montra un piquet de hussards allemands venus de Maredret, qui se trouvait 

devant l'abbaye. 

L'après-midi, une délégation des chefs de la colonne se rendit à Ermeton, où 
se trouvait un général allemand, pour l'intéresser au sort des brancardiers. Le 
général leur délivra des sauf-conduits pour Namur, où ils furent licenciés. Seuls 
les médecins militaires et une douzaine de brancardiers restèrent à Maredsous, où 
le chiffre des blessés s'éleva bientôt à 175. 

§ 4. — Le combat de Warnant (1). 

Dans la nuit du z3 au 24 août, à 1 heure du matin, des officiers de l'Etat-Major 
de Namur se présentèrent à Warnant. chez les religieuses enseignantes, les priant 
de leur désigner « un civil pour aller à Bioul, porter un message qui sauverait le 
restant de l'armée belge ». On les mena à Bioul par la gare de Warnant et le 
chemin de Falaën, en passant à un demi-kilomètre de « La Batterie », où l'ennemi 
était déjà arrivé. 

Le 24 août vers 6 heures du matin, le village fut envahi par l'armée allemande 
venant de Spontin. par Yvoir. « Spontin, dit au curé un médecin saxon, méchantes 
gens ! Eux tiré sur moi ! La balle m'a frôlé l'épaule. » A ce moment était aussi 
arrivée, de Bioul, la colonne de soldats belges du i3 e de ligne que commandait le 
général Ghislain. Une vive fusillade s'engagea aussitôt. 

Voici ce que raconte sur les débuts du combat un lieutenant du i3 e de ligne. 
« Quittant Bois-de-Villers la veille au soir, au sein d'une colonne formée d'élé- 
ments divers — infanterie, artillerie et corps de transport — je m'étais trouvé 
vers 2 heures du matin, le 24 août, à la ferme du Rouchat, vallée du Burnot, et puis 

(1) Si l'on excepte le rapport d'un officier du i3 e de ligne, les renseignements relatifs au combat de 
Warnant ont été recueillis sur place le 3o avril 1915 et complétés après l'armistice. 



7 6 

à l'est de Bioul, sur la route d'Annevoie, où je reçus Tordre de prendre place dans 
la colonne qui se dirigeait vers Warnant. 

» A l'entrée de ce village, nous fûmes accueillis de coups de feu et je portai ma 
compagnie à la sortie sud, où je déployai les hommes en tirailleurs le long du 
chemin de fer vicinal. Une troupe allemande peu importante se trouvait dans les 
prairies, vers la gare de Warnant, mais des éléments belges étaient aux prises avec 
d'autres allemands plus au sud. 

» A partir de ce moment — il pouvait être 5 heures — des coups de fusil et de 
canon étaient tirés sur nous de plusieurs directions, mais principalement de 
Haut-le-Wastia. Nos troupes, qui sortaient de Warnant, refluèrent vers le nord et 
alors j'occupai la lisière sud du village, pendant que deux mitrailleuses prenaient 
position sur la route de Warnant sud, à gauche de l'école des Sœurs. 

» Le village était à peine organisé pour le combat que de l'infanterie ennemie 
débouchait du cimetière. C'est alors que je rejoignis les troupes en retraite sur 
Bioul, que protégeaient trois compagnies, d'une hauteur au nord de Warnant ; je 
ralliai une partie de ma compagnie au hameau de Mont, vers 1 1 heures, et je gagnai, 
avec des détachements des 8 e et i3 e , des chasseurs à pied et deux batteries d'artillerie, 
les villages de Denée, Maredsous, Falaën, Mariembourg. » 

La retraite fut aussi protégée par un groupe d'artillerie que commandait le 
major Massart. Les soldats qui le composaient furent faits prisonniers, ainsi que 
leur chef, qui était blessé sérieusement et fut soigné à l'ambulance de Maredsous. 

Le combat dura jusque 7 h. 45. Dans le village et aux abords, les habitants 
furent témoins d'une déroute, d'une confusion difficiles à décrire. De deux à trois 
cents soldats belges furent faits prisonniers. On releva cinq cadavres de soldats 
belges (1), également six français (2.). 

Plusieurs blessés du combat furent recueillis et soignés chez les religieuses de 
la Doctrine Chrétienne. Deux d'entre eux moururent le jour même (3); deux autres, 
gravement atteints (4), restèrent chez les religieuses jusqu'au 10 septembre, date à 
laquelle ils furent transportés à Maredsous ; une vingtaine d'autres furent bientôt 
conduits au château de M. Vaxelaire, à Bioul. 

(1) Les soldats Gillart, de Namèche ; Louis Deschamp'", de Maillot ; Joseph Hollogne, de Couvin ; 
Joseph Fiirst, de Bonnert ; Marcel Hasaets, de Genval. 

'2) Les soldats Georges Brancquart, 5o2, de Calais, inhumé tombe E ; Georges Lu-tard, 2188, d'Annezin, 
d'un rég. d'inf. de S. Orner ; Paul Wandenabeele, de Renescure (Pas-de-Calais) ; Auguste Boudden, ou 
Bourdon, 1627, de Dunkerque, tombe G; Aristide Boussy, ou Roussy. 25o, de Laon, et un inconnu. 

Les corps de Henri Bernard, 2171-2071, de Mézières, tombe G, André V. Alahy, 6242, de Fourmies, 
du 148 e , le sous-officier Pigot, de Dunkerque, du 3io e et un inconnu ont aussi été retrouvés sur le territoire 
de Warnant. 

Ajoutons ici que, parmi les Français qui défendaient le pont d'Yvoir, trois furent tués et enterrés près de 
a ' villa des Toutous », trois furent trouvés morts et enterrés près de la ferme de Héneumont ; deux autres, 
sérieusement blessés, furent soignés par M. et M me Woos, à la ferme de Héneumont. Une dizaine d'autres 
blessés furent confiés aux religieuses de Warnant, et passèrent de là à l'ambulance de Bioul. 

(3) Le capitaine commandant Trentels, du i3 e , né à Bruxelles, domicilié à Salzinnes, qui avait eu la tête 
traversée d'une balle, et le soldat J. Tisson, du i3 e , domicilié à Bruxelles, qui avait reçu plusieurs balles au 
genou et à la cuisse. 

(4) Le caporal Hector Foucart, de Courcelles, relevé presque exsangue, et Fernand Doyen, de Masbourg, 
atteint au poumon et à la tête. 







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VICTIMES DES MASSACRES 
DE NEUVILLE, DE FRANCHIRONT, DE FRASNES, DE MAR.EMBOURG, D'ANTHEE ET DE SOULME. 




Fig. 22. h Etienne PATRON, 

20 ans, fusillé à Neuville 

(Philippeville). : 

(Pholog. à l'âge de 9 ans) 




Fig. 23. — Paulin GOBILLON. 

3o ans, 
fusillé à Neuville (Philippeville)/ 




Fig. 24. — Jules P1RSON, 
53 ans, fermier à Omezée, tué à Fig. 25. — Alzir ANCIAUX, 
Franchimont. 20 ans, 

martyrisé à Franchimont. 
(Photog. à l'âge de 9 ans.) 




Fig. 26. 

Camille LECLERCQ, 42 ans, 

massacré à Frasnes. 




Fig. 27. — Edgar VAN SCHOOR, 

20 ans, de Mariembourg, 

fusillé à Eteignières avec son frère 

et cinq autres civils. 




Fig. 28. — Ernest VAN SCHOOR, 

3o ans, de Mariembourg, 

fusillé à Eteignières avec son frère 

et cinq autres civils. 




Fig. 29. 

Adolphe BURTON, 56 ans, 

d'Anthée, tué à bout portant 

dans une haie. 






Fig. 3o. - - Edouard MARÉE, 
5o ans, tué à Soulme. 



Fig. 3i. -- Nestor COGNAUX, 
29 ans, tué à Soulme. 



Fig. 32. 
Félicien BAUDOIN, 5 9 ans, 

d'Anthée, lié à une haie 
et fusillé, avec un inconnu, à 
l'entrée du village d'Anthée. 



77 
§ 5. — Le Combat d'Ermeton~sur-Biert. 

54p. Ce pittoresque village, dont le site épouse la forme d'un amphithéâtre, se 

compose de maisons assises sur la rive gauche de la rivière, des deux côtés du 
chemin de fer, et d'un second groupe dit « sur les Roches », qui couronne, 
vers le sud, la hauteur où est construite l'église. Au centre, le château. La 
localité est traversée de l'ouest à l'est par les routes de Biesmerée et de 
Furnaux, qui se rejoignent devant le château pour former la route qui va à 
Maredret, et du nord au sud par la route de Ligny à Givet. 

Le 23 août, les habitants furent témoins de la retraite des armées (1). Il 
semble que, à la soirée de ce même jour, les Allemands étaient déjà arrivés de 
l'autre côté d'un bois proche du village, car on aperçut des Français courant 
le long du bois, tirant, se couchant à terre, puis courant plus loin. 

Dans la nuit, des balles tombèrent, à deux ou trois reprises, sur les toitures. 

Des éclaireurs allemands se présentèrent à l'entrée du village le 24 août 
de bonne heure, et rebroussèrent aussitôt chemin. Ils aperçurent, sur le remblai 
de la route de Saint-Gérard, des gens de Falisolle qui avaient passé la nuit 
chez Lebon, à Ermeton, et essayaient de regagner leur village; ils tirèrent sur 
eux. François TERWAGNE, 55 ans, fut tué sur le coup. Louis STEINIER, 
son neveu, âgé de 17 ans, fut seulement blessé et put se traîner jusqu'à la 
maison Lebon, où il mourut. Son corps y fut réduit en cendres, ainsi que celui 
de M. Terwagne, qui y avait été ramené. M me Charles, de Falisolle, avait 
aussi été atteinte d'une balle à l'aine. 

Vers 9 heures, un cri retentit : « Les Belges sont là! » Une colonne venant 
de Bioul et se dirigeant vers Flavion se heurta dans le village à la Garde 
allemande venant de Biesmerée et de Furnaux, puis aussi de Denée et de 
Maredret. Cette colonne comprenait surtout le 3 e bataillon du i3 e de ligne qui 
avait quitté le 23 août, à 18 heures, les tranchées de Géronsart (Jambes). 

Le médecin-auxiliaire Jean Helsmoortel. attaché au 1 e1 bataillon du 28 e de 
ligne, qui accompagnait la troupe, raconte ainsi l'itinéraire qu'avait suivi cette 
colonne et le combat qu'elle eut à soutenir. 

« Dans la nuit du 23 août, la route de Lesves à Bioul était encombrée de 
charrois. Canons, caissons, mitrailleuses et bagages étaient immobilisés; seule 
l'infanterie pouvait se frayer un pénible passage. A droite, un peu sur la 
hauteur, on voyait flamber des fermes et, disait-on, Saint-Gérard, 

» En entrant dans Bioul, le 24 au matin, je trouvai une compagnie du 
8 e de ligne déployée en tirailleurs face au bois de Neffe. Dans Bioul même, 
c'était le désarroi le plus complet. La colonne d'ambulance occupait la place et 
la route de Fraire jusqu'à la sortie du village. L'artillerie et le charroi occupaient 
le parc de M. Vaxelaire. Les artilleurs de forteresse étaient mêlés aux fantassins 
échappés aux intervalles des forts. 

» Au matin du 24 août, après avoir vainement cherché mon unité vers Warnant. 

(t) M me la comtesse Marie de Villermont en a donné une pittoresque description dans la "Reuue 
générale, 1921. — A consulter sur le combat : Hanotaux, Histoire illustrée de la guerre de 1914, V, p. 292. 



7» 

je me joignis au 3 e bataillon du i3 e de ligne (major Baudot), qui gagnait à travers 
champs la route de Bioul à Fraire. 

» Cette route avait été attaquée la nuit précédente, comme le prouvaient les 
chevaux tués, les caissons renversés, les voitures d'ambulance culbutées dans les 
fossés et une auto grise dont les occupants, deux Allemands, étaient tués : l'un 
d'eux était tombé mort sur le marchepied, l'autre, ayant voulu fuir, gisait les bras 
en croix, face contre terre. 

» Arrivés au carrefour de la route de Saint-Gérard à Ermeton-sur-Biert, nous 
obliquâmes à gauche. Contre un mur, le long de cette route, un Allemand se 
mourait. 

» Arrivés au bois de Furnaux, assaillis tout à coup d'une grêle de balles, 
nous nous réfugiâmes dans une sorte de carrière. Une patrouille explora le 
bois et revint dire que la route était libre. Nous descendîmes alors la côte menant 
à Ermeton. 

» Quand une compagnie eut traversé le village, la queue de la colonne étant 
encore à son entrée, une violente attaque se déclancha à notre droite, venant de 
Mettet. Pendant ce temps, la tête de la colonne recevait le choc dans les « Biert ». 
La colonne était coupée. Le château du chevalier de Brogniez brûlait comme une 
torche. L'incendie gagnait de proche en proche. Nos soldats se défendaient coura- 
geusement. Les Allemands s'avançaient droit au milieu des chemins, tandis que 
les nôtres tiraient sur eux des maisons. 

» Tout à coup, nous nous aperçûmes que nous étions cernés. Les officiers 
étaient tués ou blessés. Le nombre des soldats valides était fort réduit. A bout de 
munitions et de forces, les soldats se rendirent. Ils étaient une trentaine, dont un 
officier, trois brancardiers : Van In, Lombaerts et Delaneux, un médecin le docteur 
A. van Schevensteen et moi. 

» Les Allemands mirent aussitôt le feu aux habitations que nous venions de 
quitter. Ils envoyèrent ensuite l'officier (un commandant) et le brancardier 
Delaneux en exploration dans une maison qui flambait, pour voir s'il ne s'y trouvait 
pas des blessés. Au moment où le commandant sortait, il fut tué à bout portant par 
un soldat qui l'attendait et l'avait épaulé tout tranquillement. 

» Deux soldats m'entraînèrent ensuite sur la route de Maredsous, disant que le 
village allait être rasé par l'artillerie. Comme je leur demandais, chemin faisant, le 
motif des incendies, ils répondirent que « tout village où on s'était battu devait être 
brûlé ». 

» Je fus ensuite conduit au château des comtesses de Villermont, où se trouvait 
le colonel comte d'Eulenbourg, blessé dans le combat, et je fus chargé de soigner 
les blessés belges et français. Ces derniers appartenaient aux 33 e , 43 e , 84 e , i«o e 
d'infanterie, 6 e chasseurs d'Afrique, 2 e zouaves, z e tirailleurs. Nos blessés, dont le 
commandant Tilot, affreusement défiguré (1), étaient installés dans les annexes, 
écuries et remises, les blessés allemands au château. » 

Les Allemands, de l'aveu des officiers, subirent des pertes importantes. Un 

(1) Un récit reproduit par Vers l'Avenir, journal de Namur, 7 février 1919 n° 32, relate la courageuse 
résistance et la mort du commandant Tilot et du lieutenant Denis, du i3 e , qui tombèrent après avoir défendu 
avec une vingtaine d'hommes un talus naturel, à environ 200 mètres de la route, à l'entrée du village. 



79 

certain nombre de cadavres de leur soldats furent enterrés, d'autres furent jetés 
dans le feu des maisons incendiées. François Licot et Edmond Tocquin ont décou- 
vert des débris humains carbonisés, aves des fers de talon et autres fragments 
d'uniformes dans les maisons veuve Blaimont, Joseph Purnode, et dans la grange 
Licot. Du côté des Belges, on recense 80 soldats tués et quelques prisonniers. Un 
soldat belge fut retrouvé à l'état de cadavre devant le poulailler Delforge, dans 
lequel, sous les yeux d'Adelin Thibaut, il s'était caché le 24 août dans la matinée. 

Les incendies commencés pendant le combat se continuèrent ensuite pendant 
la journée (1). François Licot a vu jeter dans les habitations des cartouches incen- 
diaires, remplies d'un liquide inflammable; 86 maisons furent détruites (fig. 18). Les 
soldats se livrèrent à cette destruction en chantant, en jouant des instruments et en se 
livrant à des démonstrations de joie bruyante. L'église fut sur le point d'être 
incendiée : on prétendait qu'on avait tiré du clocher. Les officiers y renoncèrent 
lorsque le curé, M. Delchevalerie, les eut conduits à la tour et eut fait la preuve 
qu'on tirait de l'extérieur. 

Léopold DETHY, 46 ans, fut pris par des soldats au moment où il sortait de 
sa cave, croyant à une accalmie. Emmené à 200 ou 3oo mètres de là, près du 
moulin de Furnaux, il y fut fusillé. 

A la soirée, la comtesse Jeanne de Villermont qui s'était rendue, à la demande 
d'un officier, à la cabine électrique, fut mise en joue par un cavalier, qui tira 
sans l'atteindre; il eût continué à tirer si les deux soldats qui accompagnaient 
la comtesse n'avaient fait des signes désespérés. 

A l'ambulance du château, un officier français, pris de peur au moment où 
l'ennemi entrait, commit l'imprudence de se cacher dans un lit, à côté d'un blessé. 
Surpris, il fut expulsé à coups de crosse et fusillé dans l'avenue. 

Deux gardes, Jean-Baptiste Vanderelst et Henri Bodart, attendaient la fin du 
combat dans la maison du premier nommé lorsque les Allemands entrèrent, les 
poussèrent dehors et tirèrent sur eux presque à bout portant. Us tombèrent et on 
les crut morts, mais ils n'étaient que blessés. Jean-Baptiste Vanderelst fut amené 
au château par sa femme. Henri Bodart se cacha sous un buisson, dans le ruisseau 
et put ainsi, le soir venu, gagner le château. Ils guérirent. 

Vital Blaimont fut tué à Couvin ; Arthur Genard et Elvire Coppée, son épouse, 
Alexandre Rouyre et Juliette Genard, son épouse, sont au nombre des victimes de 
Surice. 

§ 6. — La colonne des prisonniers de Florennes (2). 

Un bon millier de soldats de toutes armes — fantassins, cavaliers, artilleurs, 
chasseurs et soldats du génie, dont quelques Français — se groupèrent à Flavion 
le 24 août vers midi ou i3 heures, et se dirigèrent sur Philippeville, sous la conduite 
du major Fiévez, ff. de lieutenant-colonel du i3 e de forteresse. La plupart de ces 

(1) Voir la description de l'incendie et de la brutale prise de possession du château dans le récit de la 
comtesse de Villermont. 

(2) Récit de Victor Falque, du 33*" de ligne i/3. 



8o 

soldats avaient suivi l'itinéraire Bioul-Maredsous-Sosoye. Quand ils traversèrent 
cette dernière localité, deux cadavres de uhlans gisaient auprès d'un pont. 

A 5oo mètres de la gare de Florennes-est, un coup de feu ayant retenti d'un 
bois situé sur la gauche, l'adjudant Masson disposa des hommes en tirailleurs sur 
la gauche de la route. Puis on cria : « Des uhlans à droite ! » Des soldats furent 
aussi postés de ce côté avec la hausse à 400 mètres. Un officier ennemi braquait 
sur eux des jumelles, tandis que sa troupe se cachait derrière le talus du chemin de 
fer situé à quelque distance, et tirait de là sur nous une grêle de balles. Un 
canon à droite, une mitrailleuse à gauche, entrèrent aussi en action. 

La situation était intenable, sur une grand'route, sans le moindre abri : après 
avoir résisté quelque temps, la colonne gagna Florennes au pas de course et se 
réfugia dans des maisons abandonnées, sous le bombardement. Un clairon belge 
sonna : « cessez le feu ! », mais les obus continuèrent à pleuvoir pendant quelque 
temps encore. 

Une partie de l'armée en retraite avait pu dépasser Florennes, mais d'autres 
soldats au nombre d'environ 3oo, furent faits prisonniers à t8 heures. Réunis à 
des zouaves et à des Sénégalais, ils furent dirigés sur Mettet et parqués dans une 
prairie, puis le lendemain matin dans l'église paroissiale. 

Le 26, on les emmena vers Fosses. Un groupe devait pousser des canons pris 
aux Français. « Travaillez, tirez, tas de chiens ! » criaient les gardiens. Par Ham 
et Le Mazy, les prisonniers atteignirent Gembloux, où ils furent entassés dans 
des wagons à bestiaux et conduits à Celle-lager. 



CHAPITRE III 



SUR LE FRONT DE LA MEUSE 



Bien que le cours de la Meuse entre Dave et Givet ne fût défendu 
le 23 août que par une division de réservistes français arrivés la nuit 
précédente, les trois corps allemands lancés à la conquête du fleuve et 
soutenus par 57 batteries de la III e armée, installées d'Yvoir à 
Blaimont (1), ne réussirent à faire passer sur la rive gauche, en fin de 
journée, que de faibles détachements. 

Du château de Taviet, le général von Hausen, chef de la III e armée, 
rédigea le 23 août au soir l'ordre suivant : « Bien que le gros du corps 
puisse se reposer, il faut cependant que la poursuite se fasse, avec des 
troupes de toutes armes, par le XII e corps dans la direction de Philippe- 
ville, par le XIX e corps dans la direction de Romerée-Mariembourg (2) ». 

Cet ordre venait d'être lancé le 24 août à 2 h. 3o du matin, quand 
vint au Grand-Quartier, au témoignage du même général, un inquiétant 
message de von Bûlow, chef de la II e armée, relatant les succès obtenus 
par les Français au front de la Sambre, sur le X e corps de réserve, et 
enjoignant à la III e armée de soutenir, dans la journée, l'attaque de la 
II e armée en marchant sur Mettet, direction est-ouest. 

A 5 h. 5o, von Hausen lança un nouveau message dans ce sens, 
sacrifiant en cela, assure-t-il, ses vues personnelles, qui le portaient à 
poursuivre l'ennemi dans la direction du sud-ouest. Des informations 
reçues par avion l'amenèrent d'ailleurs, dès l'avant-midi du 24, à 
reprendre sa conception originelle, en lui notifiant la retraite générale des 

(1) Baumgarten-Crusius, o. c, p. 28. 

(2) von Hausen, Erinnerungen, p. i3z. Sur l'armée de von Hausen, c[r. Hanotaux, Histoire illustrée de 
la guerre de 1Ç14, VIII, p. 276. 



Français; et il lança de Dinant, à 9 h. 45, l'ordre du jour n° 3, désignant 
à chaque corps la direction à suivre pour la journée (1). 

Le général-major Baumgarten-Crusius estime qu'en août 1914, le 
haut commandement allemand eût été en situation d'infliger à l'armée 
française une défaite écrasante. On eût revu un « Cannes » ou un 
« Tannenberg » si la III e armée avait conquis, le 23 août, les ponts de 
Fumay, Revin et Monthermé et coupé la retraite à la V e armée française. 
Il eût suffi pour cela, affirme-t-il, de diriger vers cette région le 
XI e corps — au lieu de le détacher à Namur — ainsi que le XII e corps 
de réserve et le I er corps de cavalerie (von Richthofen) (2), et non pas 
seulement quelques éléments du XIX e corps, ainsi que nous l'avons 
relaté au tome IV, p. 68. 



I. — L'avance du XIV corps de réserve. 

Le XII e corps de réserve, général von Kirchbach, comprend les 23 e 
et 24 e divisions de réserve. 

Celles-ci avaient suivi, pour gagner la Meuse, deux itinéraires tota- 
lement différents. Leur marche en avant, après le passage du fleuve, resta 
aussi distincte. 

De Baillonville, où il était le 20 août, et de Braibant, où il était 
le 22, le Quartier-Général gagna le 24 août l'Entre-Sambre-et-Meuse. 

Abordons maintenant l'itinéraire que suivirent ces deux unités et 
retraçons leur conduite. 



t. — La 23 e division de réserve. 

La 23 e division de réserve, comprenant les 100 e , 101 e , 102 e et 
io3 e régiments, a pénétré en Belgique à Gouvy et s'est dirigée sur 
Wibrin, Laroche, Marche, Hogne, itinéraire qu'avait suivi avant elle 
le XII e corps; elle atteignit, le 21 août, la région de Ciney-Sovet. 

Ainsi que nous l'avons longuement raconté au tome IV, cette 
division de réservistes saxons se rendit tristement célèbre, le 23 août, 

(1) von Hausen, o. c, p. i3i ; Baumgarten-Crusius, o. c, p. 45. 

(2) Baumgarten-Crusius, o. c, p 43-44. Cfr. aussi Hanotaux, U'slcire illustrée de la guerre de 1914. 
VI, p. 23. 



83 

dans les villages de Spontin, Dorinne, Purnode, Evrehailles et Yvoir, 
tandis qu'elle se ruait à la conquête de la Meuse, joignant à son 
aile gauche la 32 e division active. C'est le io3 e de réserve qui 
marchait en tête du défilé (t), suivi du 101 e . De faibles sections 
parvinrent à traverser le fleuve dès le 23 (2) et passèrent la nuit en 
pleine rue d'Anhée. 

L'ordre de la 3 e armée (n° 3) (Dinant 9 h. 45) traçait comme 
itinéraire à la 23 e division de réserve : Florennes, Philippeville, 
Mariembourg, Couvin, Brùly (3). C'est cet itinéraire jalonné de feu, 
de sang et de pillage que nous allons suivre maintenant en détail. 

« Partout où nous passions, a déposé le soldat Oswald Witthe, 
du i33 e de réserve, après avoir pillé tous les villages, nous mettons 
le feu aux maisons; et c'était la même chose dans tous les vil- 
lages (4). » 

Le 24 août, de bon matin, la division s'engagea dans la sinueuse 
vallée de la Molignée, tout en occupant et en fouillant les coquets 
villages qui la dominent : sur la droite, Warnant et Annevoie; sur 
la gauche, Haut-le^Wastia. Pas un hameau, pas une maison où 
n'aient retenti leurs hurrah ou leurs cris menaçants! 

La division passa ainsi successivement à Marteau, à Sosoye, à 
Maredsous. Elle gagna le sommet du plateau à Slave et Florennes, 
et là se termina son avance au soir du 24 août : nous allons en 
reconstituer les péripéties. 

(1) Von Hausen. Erinnerungen, o. c, p. 127. 

(2) A Yvoir, c'est à partir de 17 h. 3o que l'ennemi put occuper sans danger la rive ouest de la 
Meuse, vers Fidevoye, après avoir fait cesser la résistance des derniers Français en dirigeant sur les 
coteaux boisés de la rive gauche un tir de mitrailleuses. Quelques Allemands passèrent d'abord la Meuse 
en barque, et ce sont eux qui achevèrent en cet endroit un blessé français, le capitaine Gautelet. Les gens 
d'Yvoir virent ensuite accoupler des barques « au Rivage », non loin de Fidevoye, à 200 mètres en amont 
de l'écluse de Hun, et former les pontons à rames qui servirent au transport des troupes. Celui-ci 
commença à 19 heures et se poursuivit jusqu'au matin, à la lueur de lanternes suspendues à un câble, 
d'une rive à l'autre. Il passa sur ces pontons non seulement de l'infanterie, mais de l'artillerie, un peu 
de cavalerie et des voitures de la Croix-Rouge, qui se dirigèrent vers Anhée. Des civils constatèrent qu? 
le premier canon mis sur radeau le fit chavirer, et ce n'est qu'après bien des efforts que les soldats, qui 
poussaient des cris de rage, parvinrent à le retirer du fleuve. Très peu de fantassins avaient pu utiliser, 
à la soirée du 23 août, le pont endommagé de Houx- Une notable partie des troupes du XII e corps de 
réserve, qui encombrait Yvoir le 23 août, fut dirigée sur Dinant pour y utiliser le pont de bois de Leffe, 
car la traversée sur pontons était fort lente. 

(3) Bauhgarten-Crusius, o. c, p. 35; v. aussi, au sujet de l'itinéraire de la division : Die Schlachlen 
und Gefecbte des Groszen Krieges, o. c, p. 16; Les Violations, o. c, p. 88; Marsckneb, Mit der 
23. Heserver-Bivision, p. i5 (ouvrage très détaillé et très intéressant). 

(4) Direction du contentieux et de la justice militaire, à Paris, dossier io55, enquête auprès des 
prisonniers, rapport n° 154. 



8 4 

On remarquera que, le 24 août, dès 8 h. 3o du matin, dix hussards 
de la Mort arrivaient à Sosoye, venant de Maredret; ils s'y trouvèrent 
isolés, en pleine retraite de Bioul, et deux furent tués. Sans doute, 
la Garde, qui occupait déjà Denée et Furnaux, cherchait-elle à faire 
la liaison avec la III e armée. 

§ 1 . — Anhée. 

Anhée est assis dans la vallée de la Meuse, non loin du 
confluent de la Molignée, que la 23 e division de réserve va remonter 
jusqu'à sa source. 

Cette localité eut à souffrir des combats du i5 et du 23 août. 

L'ennemi y pénétra le 23 au soir (rapport n° 55 1) et occupa le 
lendemain, à 1 heure du matin, le château de Moulins (Warnant) 
(rapport n° 552), où s'ouvre la vallée. 

N° 55 1. Le 6 août, à 18 heures, débarquèrent à Anhée (1) les premiers soldats français, 

une compagnie du 148 e (lieutenant Courty). 

Le 9 août, la 4 e compagnie (t er bataillon, commandant Vannière [fig. 19]), 
du 148 e , venue d'Hastière, s'installa entre les 5 e et 8 e d'une part (à Bouvignes), 
et les 2 e et 3 e d'autre part (à Yvoir). Le chef de bataillon résidait au château de 
M. Henry à Moulins; une partie de l'Etat-Major était à Senenne, au château de 
M. de Wouters (2). 

Le i5 août, les offices de l'église ne purent se faire, à cause du combat. 
Sept Français de la 10 e compagnie du 1 10 e tombèrent sur le territoire de la commune, 
« au Bout des Campagnes (3). » Le soir, il y eut une accalmie et, le lendemain, les 
troupes en repos remplirent l'église. Quelques braves se détachèrent pour porter 
la statue de la S. Vierge au milieu de l'assistance émue et recueillie. Presque tous 
ces soldats se confessèrent et les officiers donnaient eux-mêmes l'exemple. 

Le 17 à 3 heures du matin, le 148 e fut remplacé par le 45 e . 

Le 20 au matin, le général Mangin, venu en auto de Bioul, s'arrêta à Anhée 
pour conférer avec le colonel Grumbach, commandant le 45 e ; il y revint le lende- 
main, et présida, au château de La Molignée, une réunion d'officiers supérieurs. 

Les soldats du 45 e quittèrent la localité dans la nuit du 21 au 22, et furent 
remplacés de nouveau par le bataillon du commandant Vannière, du 148 e , revenu 
de Hun. L'après-midi du 22, le 148 e quitta définitivement Anhée, où arrivaient le 

(t) Dans le présent rapport sont fondus les notes recueillies sur place au jour le jour par dom 
Norbert Nieuwland, et les renseignements qu'ont communiqués M. l'abbé Fissette, curé d'Anhée, et 
M. Paul Bauchau. 

(a) Nous avons enregistré plusieurs reconnaissances opérées par cette compagnie sur la rive droite de la 
Meuse (Tome IV, p. 126, 149, 154). 

(3) On connaît les noms des soldats Mellet ou Milliet, Plattel ou Platelle, Roussel, Vanoverberghe ou 
Vanoverberte, et Lesage. 



85 

soir des éléments du 8 e dans la section de Moulins. Le village d'Année était défendu 
par des réservistes du 3io e . 

Le 23 à 9 heures, l'artillerie allemande, dissimulée derrière les montagnes de 
la rive droite vers Yvoir et vers Houx, ouvrit le feu sur le village, des deux côtés à 
la fois. Plus de 25 obus firent des brèches dans l'église, ébranlant la voûte, 
déchiquetant les confessionnaux, endommageant les orgues et le matériel. Dix-sept 
obus tombèrent dans le jardin de la cure. Vingt maisons du village furent atteintes 
plus ou moins gravement (i), six furent incendiées (2). 

Le château, ancien prieuré de Senenne, bombardé de 9 a i5 heures, fut 
en partie détruit. 

Quarante-sept soldats français (3) étaient tombés çà et là dans le village ou 
dans les campagnes. Plusieurs d'entre eux furent tués sans pitié alors qu'ils se ren- 
daient. Isidore Scailteur, dont le café avait été envahi entre 16 et 17 heures par un 
officier et quelques soldats allemands, aperçut un groupe de soldats français postés 
dans les jardins situés en face de sa maison, qui longeaient le chemin de halage 
et s'avançaient en levant les bras pour se rendre. Bien que l'officier eût vu le 
geste, il donna l'ordre de tirer. M. Scailteur vit tomber l'un des Français; et bien 
qu'il n'ait pas été témoin de la suite du drame, il paraît certain que les trois autres 
soldats qui se rendirent subirent le même sort. On retrouva leurs cadavres dans les 
jardins de Louis Binamé et de J.-B. Donnay. Ils étaient tous les quatre du 3io e . 

Il n'y eut à déplorer qu'une seule victime civile, Narcisse FRÉROTTE, 49 ans, 
frappé par une balle en fuyant au cœur de la bataille. 

Vers le soir, quand les troupes de la 23 e division de réserve, XII e corps de 
réserve, firent leur entrée dans l'endroit, la moitié de la population avait fui. Six 
habitants (4), arbitrairement arrêtés, furent joints au célèbre groupe des soi-disant 
francs-tireurs de Spontin, de Hun et d'Yvoir, mais ils furent relâchés près de Stave. 
(T. IV, p. ti 5). Un autre groupe, comprenant environ 200 personnes, fut colloque 
chez M. Bauchau et libéré le lendemain à 6 heures. Pendant ces journées, un bon 
nombre de maisons furent pillées ou saccagées. 

Le curé, M. Fissette, avait pu gagner Haut-le-Wastia, où il échappa au danger 
qu'il courait en revêtant des habits civils. 

Le 24 août dans la matinée, M. Bauchau fut témoin de la destruction par la 
dynamite du bureau postal et du coffre-fort qui s'y trouvait. 

(1) Ce sont les maisons Busseret, Aubreby et veuve Maison (près de l'église), la ferme du vicomte 
Vilain XIII I , les maisons Dossogne, Dussart, Demoulin, Michel, Collet, Bodart, Rouyr, Chevalier ; enfin 
l'église et le château de Senenne. 

(a) Ce sont les maisons Jules Bodart, Alphonse Borsut, Léon Coliard, Victor Pousseur ; celles de 
l'éclusier, Louis Coster, et du sous-éclusier, Maurice Lambotte. 

O) Les suivants furent inhumés snr la place publique en face de l'église : René Dedonker, Nevians, Tobie 
Buroo ou Barroo, Léon Dewart ou Deswart, Jérôme Wills, Arthur Samson ou Sensen, tous du 3io e de 
Dunkerque. On a aussi retenu les noms de Lucien Keval, du 148 e , de Boulogne-sur-Mer, et de l'adjudant 
Pigot, du 3io e . 

Les corps des soldats français, exhumés en 1916, furent transférés au cimetière militaire d'Anhée 
« Près du Petit Bois ». 

Sont aussi tombés à Anhée trois soldats allemands 9/177, Dresden, et Paul Lennig, des uhlans de la Garde. 

(4) Voici leurs noms : Joseph Blondiaux, Ernest Henry, Adelin Scailteur et son fils Joseph, Joseph 
Binamé (lesquels enterraient les morts au moment où ils furent pris) et une dame, Ida Clause. 



86 

Moulins. — "Rapport de Dom Norbert JSieuwland. 

N° 552. ^e f us attaché le 6 août, en qualité d'aumônier, aux troupes françaises 

arrivées à Anhée et je pus ainsi suivre de près les escarmouches qu'elles enga- 
gèrent, les jours suivants, avec les éclaireurs ennemis (voir tome IV). 

A partir du 17, je fus assisté par le R. P. dom Hadelin de Moreau, mon 
confrère. 

Le 23, nous fûmes réveillés à 6 heures du matin par une vive fusillade. Le 
combat commençait ; il se poursuivit pendant toute la journée. A 16 heures, le 
quartier de Moulins devint la cible de l'artillerie allemande. Cinq obus atteignirent 
le château de M. Henry, où je résidais. A 18 heures, le canon se tut et l'ennemi 
franchit le pont de Houx. Avec la famille Henry j'avais gagné le château de Moulins, 
transformé en ambulance française, où je passai la nuit au chevet des blessés. 

Le 24 août, à 1 heure du matin, un cri retentit : « Les Allemands sont là! » Un 
groupe de soldats envahit la propriété. L'officier qui les conduisait braqua sur moi 
son revolver en disant : « Si fousils dans le château, vous fousillé ! » Ses hommes 
m'empoignèrent, tandis qu'il fouillait les coins de l'habitation. A 3 heures, un régi- 
ment envahit la cour; je me présentai au devant d'eux. « Spontin kapout, vociférait 
un officier en se démenant comme un possédé; curé kapout, vous aussi fusillé! » 
Des blessés furent amenés, deux Français et sept Allemands. 

On entendit bientôt, du côté de Warnant, une fusillade nourrie et la troupe 
s'éloigna. A 9 heures, nous apprîmes ce qui était arrivé : plusieurs centaines de 
soldats belges, faits prisonniers dans la rencontre de ce village, furent amenés dans 
la cour de la ferme. 

Dans l'après-midi, j'obtins la libération des gens d'Anhée qui s'étaient réfugiés 
à l'ambulance. A la soirée, on relâcha les otages, qui étaient parqués dans une 
écurie. Je reçus du lieutenant Otto (1), du 100 e de réserve, un passeport. Le fermier 
de Moulins inhuma, sur ordre, deux soldats ennemis, puis fut délesté, par des 
troupes qu'il croisa, des 4000 francs qu'il portait sur lui. 

Le 24 août, les blessés furent évacués, sauf 3 Français et 6 Allemands, grave- 
ment atteints, qui furent emportés le 26. 

§ 2. — Haut-le-Wastia. 

Bien que Haut-le-Wastia n'ait pas été défendu le 23 août par les 
troupes françaises, qui s'étaient retirées la nuit précédente, ce village a 
eu à souffrir de l'invasion. Les soldais du 101 e et du io3 e de réserve y 
pénétrèrent le 24 à 6 heures du matin- On signale aussi le 25 août des 
troupes du 102 e de réserve. Plusieurs habitants furent fusillés ou bruta- 
lisés ; un groupe de vieillards, de femmes et d'enfants fut mitraillé et le 

(1) Ce lieutenant est cité dans le carnet de route du sous-officier Burkhardt, du ioo 6 de réserve. Voir 
Les Violations, o. c, p- 88- 



»7 

feu fut mis à deux maisons. Voici le récit de ces événements (rapport 
n° 553), tel que nous l'a fait le i5 juin 1915 M. J. Balthazar, curé de 
la paroisse. 

Le rapport n° 554 relève quelques détails relatifs à Warnant. 

Haut-le-Wastia, que contourne, au nord, la Molignée, occupe une situation 
stratégique de premier ordre; de nombreux points de son territoire, on a vue sur 
la vallée de la Meuse. 

Au t5 août, nous n'avions vu aucun soldat, ni belge ni français, et nous nous 
disposions, dans le calme, à faire la procession de l'Assomption, malgré le bruit 
du canon et des mitrailleuses qui nous arrivait de Dinant, lorsque, pendant la 
grand' messe, la pluie vint à tomber, empêchant la population de se livrer à cette 
manifestation si désirée de sa piété. 

Au soir, nous reçûmes le 148 e français, venant de Bioul, qui nous quitta dans 
la nuit, se rendant à Dinant. Le 16 août dans l'après-midi, vinrent le uo e et le 
41 e d'artillerie, qui séjournèrent au village jusqu'au 22 à midi, édifiant la paroisse 
par leurs sentiments chrétiens : un grand nombre de soldats assistaient chaque 
jour à la messe, célébrée à leur intention à 3 heures du matin et y communiaient. 

Le 23 août, nous étions sans défenseurs. Dans l'avant-midi, nous eûmes deux 
messes basses, les seuls offices religieux de la journée. A 9 heures, les premiers 
obus explosaient dans les champs; vers midi, ils arrivèrent en plein village, et alors 
les habitants prirent la fuite, les uns se dirigeant sur Falaën, d'autres sur Sosoye, 
d'autres sur Salet-Warnant. Environ trente-cinq personnes demeurèrent et vinrent 
se réfugier au presbytère. Je les installai dans des caves aménagées sous le choeur 
de l'église, et sous les sacristies, où nous passâmes en prière l'après-midi, jusqu'à 
ce que le bombardement cessât, vers le soir. Il avait d'ailleurs été intermittent et 
de peu d'importance : une trentaine d'obus tombèrent sur le territoire de la 
paroisse, endommageant deux maisons et brisant les vitres dans un quartier. 

Après une nuit calme, les premiers soldats allemands entrèrent au village le 
24, à 6 heures du matin, et trouvèrent les maisons closes. Ils les pillèrent d'une 
façon inouïe. Il était 8 heures quand ils se présentèrent au presbytère : mes 
paroissiens et moi, nous fûmes enfermés dans l'église et gardés jusqu'à i3 h. 3o; 
puis les premières troupes s'éloignèrent. 

A peine étions-nous rentrés dans nos maisons, que de nouveaux soldats les 
envahirent. Vers i5 heures, des gens qui avaient fui voulurent revenir, mais 
quand ils constatèrent, à l'entrée du village, que l'ennemi l'occupait encore, ils 
jugèrent prudent de rebrousser chemin et d'entrer dans un taillis. Cette manoeuvre 
avait été remarquée. Des soldats organisèrent une battue à travers champs et 
mirent en action une mitrailleuse. Il y eut plusieurs victimes. Une infirme, Victoire 
DETAILLE (fig. 8), veuve Antoine RONDIAT, âgée de 78 ans, fut tuée sur la 
charrette qui avait servi à l'emmener. Désiré SACOTTE (fig. t6), époux de 
Caroline Trillet, 42 ans, père de famille, fut retrouvé tué à peu de distance. D'autres 
personnes furent blessées : l'une eut la figure traversée de part en part, une autre 
fut gravement blessée à la cuisse, une fillette de 6 ans eut la hanche percée d'une 



88 

balle et est restée estropiée. Pendant ce temps, on mettait le feu aux maisons 
voisines de Mathieu Detourbe et de M me veuve Désiré Mélot, et trois civils étaient 
faits prisonniers. L'un d'eux, Mathieu DETOURBE (fig. t3), époux d'Aline Mélot, 
père de famille, âgé de 3t ans, fut fusillé une heure après sur la route de Moulins, 
territoire de Warnant. Les deux autres, Alfred Wauthier et Jean Polomé, furent 
associés au groupe de Spontin emmené à Roly et Hotton. (Tome IV, p. 1 15). 

Des fenêtres du presbytère, je fus inconsciemment témoin de cette scène : je 
suivais des yeux les soldats s'avançant à travers champs, mettant le feu aux récoltes 
non fauchées et tirant sans cesse. Je les croyais à la recherche de soldats français 
et je n'appris que le lendemain que les pauvres victimes étaient mes paroissiens. 

Trois autres civils (fig. 14 et i5) furent fusillés près des ruines de Montaigle 
(voir rapport n° 557). Aucun d'eux n'était porteur d'armes et n'avait commis le 
moindre délit. 

N° 554. Warnant reçut à plusieurs reprises des Français : le i5 août, quelques 

soldats; le t6 août, le 45 e de ligne, qui séjourna jusqu'au 21; le 22, au soir, 
une forte colonne qui resta deux heures, puis poursuivit sa route. 

Le 23, des troupes françaises et des gardes~civiques de Charleroi passèrent 
à Warnant, se retirant sur Falaën, Flavion et Philippeville. 

L'ennemi entra à Warnant le 24, au matin, et y soutint un combat contre 
des troupes belges, ainsi que nous l'avons raconté plus haut (p. 76). 

Trois immeubles furent détruits dans la commune. La « Villa des Toutous » 
fut incendiée par des obus le 23. La ferme de Heneumont fut pillée à fond la 
nuit suivante; les soldats tuèrent poules, porcs et bétail, burent et mangèrent 
tout ce qu'ils trouvèrent, puis mirent le feu à l'immeuble, le 24 août, à 8 heures, 
pour faire disparaître les traces de leur orgie. La ferme d'Ohey fut brûlée le 
24 août par les soldats qui se rendaient à Haut~le"Wastia. 

§ 3. — Annevoie et "Rivière. 

Ce sont des soldats du to3 e de réserve (46 e brigade) qui brutali- 
sèrent les habitants de Hun et y incendièrent une maison. 

A Annevoie (rapport n° 555), il passa des éléments du tot e de réserve. 

Rivière est l'une des rares localités qui ne furent pas occupées pen- 
dant les premières journées de l'invasion. On lira néanmoins avec intérêt 
le rapport n° 556 consacré à cette localité : il montre avec quelle légèreté 
les troupes y ont détruit un château ancien, rempli d'œuvres d'art. 

N° 555. Le 9 août (1), la 2 e compagnie du 148 e , qui se trouvait jusque là à Dinant, 

s'établit à Rouillon; elle fut renforcée le 14 par la section de mitrailleuses du 
2 e bataillon et, le t5, par la 7 e compagnie. 

(1) Ce rapport, relatif à Annevoie et Hun, emprunte les données militaires aux notes qu'a bien voulu 
nous communiquer le général Cadoux ; les autres renseignements ont été recueillis par le curé de la 
paroisse, M. Warnon. 



8 9 

A partir du i5, le barrage de Hun (ut aussi gardé par une section. Le 
16 août, à 14 h. 25, le sous-lieutenant Trinquant, du 5 e chasseurs à cheval, 
arriva à Rouillon avec son peloton, pour assurer la liaison avec la 5 e division 
de cavalerie française. A 16 heures, le pont de Rouillon fut miné par le 
capitaine du génie Mascart, de l'armée belge. 

La 11 e compagnie du 148° (capitaine Roques), qui s'était repliée du pont 
de Bouvignes te i5 août, vint se reconstituer à Annevoie le 17 août. Tout le 
3 e bataillon (commandant Bertrand) s'y trouva dès lors réuni. Le même jour, 
dès avant l'aube, la 4 e compagnie (de Houx-Anhée), la 3 e compagnie (du pont 
d'Yvoir), relevées par un bataillon du 45 e , vinrent occuper le barrage de Hun. 
Les 5 e et 7 e compagnies et la compagnie hors-rang (de Bioul) s'établirent aussi 
à Annevoie et Rouillon, le poste de commandement du colonel Cadoux étant 
au château d'Annevoie. 

Le 21 août, le général Mangin, commandant la 8 e brigade, donna au 
3 e bataillon l'ordre de gagner Bioul (t). La 4 e compagnie, de Hun, se rendit à 
Annevoie. 

Le 22 août, le passage de Hun fut gardé par la 5 e compagnie, le pont de 
Rouillon, par les 2 e , 7 e et 8 e compagnies. Une patrouille ennemie se présenta 
à 7 heures au barrage de Hun et fut dispersée à coups de fusil. 

A 16 h. 20, le pont de Rouillon fut détruit sur les deux tiers de sa portée. 

Le 23, la position du versant est du bois de Salzinnes (entre Hun et Rouillon) 
fut occupée par la i re compagnie (Delahaye), ramenée de Burnot, et les abords du 
pont de Rouillon le furent par la 2 e compagnie (Dagalier). 

A Hun, la 3 e compagnie occupait des tranchées construites au-dessus du village. 

(1) Le général Cadoux a bien voulu nous communiquer l'émouvante participation de cette vaillante 
troupe au siège de Namur. Mis à la disposition du lieutenant-colonel Grumbach, commandant le 45 e , 
le 3 e bataillon du 148 fut adjoint à deux bataillons du 45' • et ensemble ils arrivèrent à Namur le 
22 août, à 7 heures. Le 3 bataillon fut envoyé aussitôt sur la route de Louvain, à 5oo mètres sud de 
la borne 6 (bifurcation du chemin de Cognelée). Dans l'après-midi, il fut chargé de reconnaître les abords 
nord du bois des Grandes Salles, en vue de reprendre le château de Beauloy, qu'avaient abandonné les 
troupes belges du capitaine Dewattines. A 17 heures, l'ordre fut donné aux 9 e (Gaune de Beaucoudray) 
et 12 e compagnies (Boitel) de se porter en avant. Elles commencèrent le mouvement, mais dès leur 
arrivée à hauteur de l'église et du cimetière de Cognelée, elles reçurent des coups de fusil des défenseurs 
de Beauloy. Le major Melon, du 3o e d'infanterie belge, ayant confirmé l'évacuation de Beauloy par ses 
troupes et le capitaine Dewattines ayant conseillé de ne pas aller plus loin, les 9 e et 12 e compagnies 
furent dispersées dans les tranchées voisines, jusqu'à ce que la 10 e compagnie leur fut envoyée en 
renfort. Alors elles envahirent, baïonnette au canon, le parc du château et une section de la 9 e com- 
pagnie, avec le lieutenant de Beaucoudray, pénétra dans la redoute, mettant en fuite les derniers défenseurs. 
A «9 h. 3o, les tranchées qu'occupaient les 10 e et 12 e compagnies, prises d'enfilade par l'artillerie 
ennemie, durent être évacuées. Le 9 e reçut aussi, du chef de bataillon, l'ordre de se replier derrière le 
village de Cognelée. Le lendemain, les compagnies occupèrent les abords de Champion, où elles subirent 
un feu affolant de batteries lourdes de campagne, invisibles, jusqu'à ce que le lieutenant-colonel Grumbach 
ordonna le repli, à 1 1 h. i5. 

Le colonel du 45 e , avec les 11 e et 12 e compagnies du 45 e et les 9 e , 10 e , 11 e et 12 e compagnies 
du 148 , bivouaqua le 23, au soir, à i.5oo mètres de Bioul, passa le lendemain par Maredsous. Une 
partie du 3 bataillon retrouva son régiment, le 24, à Gochenée et Agimont et gagna de là, le 25, 
Doische, Mazée, Treignes Vierves et Rocroi ; le restant se reforma le 24, à 21 heures, à Fagnolles et 
gagna aussi Rocroi. 



Attaquée dès 5 h. 3o par de l'infanterie et de l'artillerie, elle tint toute la matinée, 
s'opposant à la mise à l'eau de barques amenées par l'ennemi. Elle reçut, à t3 h. t5, 
l'ordre de se retirer, avec la i re et la 2 e compagnies, sur Bioul, où tout le bataillon 
devait se mettre sous les ordres du colonel Pétain, pour passer la nuit à la lisière 
nord de Falaën, gagner, le lendemain, Flavion et Agimont. Un officier et douze 
soldats français (i) du 148 e , furent tués à Hun et y restèrent inhumés dans une 
tombe collective, à gauche de la route de Namur à Dinant, jusqu'à leur transfert 
au cimetière d'Anhée. 

Le io3 e saxon commença à franchir la Meuse à Hun le 23 août vers le soir ; 
il traita les civils du hameau avec une brutalité extrême. Hommes, femmes et 
enfants, expulsés des caves où ils se tenaient paisiblement, furent chargés sur des 
nacelles et passèrent la nuit sur le pavé dans le bâtiment de la poste. Le lendemain, 
les femmes et les enfants furent renvoyés, mais dix hommes (2) furent associés aux 
civils de Spontin et emmenés avec eux jusqu'à Roly et Hotton. Nous avons relaté 
leurs souffrances tome IV, p. n5. Le 24 août, dès 5 heures du matin, le feu était 
mis, au rivage, à la maison d'Alexis Woos, occupée par Clément Lecoq, dans 
laquelle les Français s'étaient installés. 

L'ennemi ne fit son apparition à Rouillon et à Annevoie que le 24 août. 
A 7 heures, 12 uhlans venus par le pont d'Yvoir montèrent la côte de Bioul ; mais, 
reçus par les balles de quelques Français qui avaient séjourné dans les bois, ils 
rebroussèrent chemin. A i3 heures, des fantassins appartenant, croit'-on, au tot e , 
et venus de Hun par les campagnes, passèrent à Annevoie, se dirigeant vers 
Haut-le-Wasîia, et ne molestèrent pas la population. Les jours suivants, les passages 
de troupes furent de peu d'importance. 

N 556. Le i3 août (3) à 1 1 heures, le colonel Cadoux reçut du chef du i er corps l'ordre 

de se transporter de Dinant à Bioul et de modifier la répartition des bataillons du 
i48 e qu'il commandait, les espaçant depuis Anseremme jusqu'à Burnot"Lusîin inclus. 
De ce fait, le secteur Houx-Burnot se trouvait renforcé ; la 2 e compagnie s'établit 
le soir à Rouillon avec la section de mitrailleuses du 2 e bataillon, et la i re compagnie 
à Burnot. 

Le i5 août à 8 heures, ces effectifs furent encore renforcés à Rouillon par la 
7 e compagnie, à Burnot par la 8 e . 

Le t5 à 8 h. 3o, le bourgmestre de Godinne informa le colonel Cadoux, à 
Bioul, « que des uhlans s'installaient au sanatorium de Mont et paraissaient vouloir 

(1) C'étaient le capitaine Victor Gautrelet ou Gautelet, de Remillies; Gaston Dumont ou Dumour, de 
Mézières; Florimond Huleux, de Denain; Julien Jaspart, de Cambrai ; Edouard Juzert ou Gugert, de Mézières; 
Charles Millancourt, d'Avesne ; Eugène Petit, de Lens ; Désiré Pichet ou Pihet, de Mézières ; Marcel Trichin 
ou Triclin, de Rennes ou Reims ; Léon Ancelle, de Maillencourt ; Georges Havet, de Valenciennes, tous du 
148 ; et Henri Nesrians, de Dunkerque, du 3io e ; enfin, un inconnu. 

(i) C'étaient Alexis Woos, Alexandre Legros, Victor Legros, Victor Daffe, Victor Feraille, Léon 
Beaupère, Jules Beaupère, Alexandre Stavaux, Victor Pirson et Auguste Defrenne. Les deux premiers 
moururent des suites de ces mauvais traitements. 

(3) Ce rapport, consacré à Rivière et Burnot, a utilisé les notes du colonel Cadoux, des renseignements 
fournis par M. Edouard de Pierpont, à Rivière, et le procès-verbal de l'enquête que nous avons faite sur 
place le 3o septembre 1916. 



9» 

s'y retrancher, et que des Allemands auraient été vus se dirigeant vers la Meuse 
avec des barques ». 

Le 17 août, la 6 e compagnie, avec l'Etat-Major du 2 e bataillon (commandant 
Graussaud) et la section de mitrailleuses, s'établirent aussi à Burnot-Lustin ; cette 
compagnie se disposa le lendemain entre Rivière et Godinne, à hauteur des Iles, à 
la lisière du bois de la chapelle S. Hubert. Les coteaux de la montagne de Rivière 
étaient préparés pour la défense, spécialement aux lieux dits : campagne des Tries, 
Tienne au Collin et au sommet du Sart à Socle, à l'entrée du bois et dans la 
pépinière dominant la Meuse. Les retranchements opérés en terrasse au lieu dit : 
Tienne au Collin, vers le nord du cimetière communal, étaient armés de mitrail- 
leuses et particulièrement bien dissimulés. Ils rendaient l accès du pont impossible. 

Le 19, le sous-lieutenant Courty, de la t re compagnie, au pont de Burnot, 
donna la chasse à un peloton de cavalerie ennemi, qui s'était approché du pont, 
venant de Mont ; le feu de la section tua 6 chevaux. Un officier allemand, en fuyant, 
menaça le bourgmestre de Mont du revolver, en vociférant que le village serait 
brûlé pendant la nuit. Les habitants affolés demandèrent de la troupe pour les protéger. 

Le 21, les Français arrêtèrent par quelques obus tirés de Rivière une troupe 
d avant-garde qui s'acheminait vers les fonds d'Hestroy. 

Le 22 de bon matin, le pont de Burnot-Lustin fut tenu non plus seulement par 
la i re , mais encore par la 6 e compagnie, sous les ordres du capitaine Delahaye, 
commandant la i re compagnie. On signala aussi les officiers suivants : capitaine 
Tréca, lieutenants Létranger et Arthaud. 

Le pont de Burnot sauta à tô h. 45 et, une seule pile étant détruite, le comman- 
dant demanda par auto au général-gouverneur de Namur, 5o kilogrammes de tonite 
pour achever la destruction de l'ouvrage. 

Le 23, dès la pointe du jour, la t re compagnie quitta le pont de Burnot-Lustin 
détruit, et alla s'établir entre Hun et Rouillon, sur le versant est du bois de Salzinnes, 
tandis que les troupes allemandes, venant de Crupet, envahissaient le sanatorium et 
se répandaient dans le vallée jusqu'à la gare de Lustin. Dans l'avant-midi, la voie 
du chemin de fer du Nord-Belge, la route dite de la corniche et le halage vis-à-vis 
de Rivière se couvrirent de soldats. 

A i3 heures, tout le i er bataillon du 148 e (t re , i e , 3 e et 4 e compagnies, Burnot, 
Rouillon et Yvoir) avait reçu l'ordre de gagner Bioul, Denée et le bois au nord 
d'Ermeton-sur-Biert. 

Cet ordre n'atteignit pas la section de Capelîis (2 e compagnie), qui avait été 
envoyée, à midi, à Rivière, et s'était portée à t3 h. 20 dans les broussailles de 
l'éperon sud de Rivière. Des cavaliers ennemis, l'ayant remarquée du sanatorium, 
firent feu sur elle et bientôt la canonnèrent à l'aide d'une batterie. Ils lancèrent aussi 
quelques obus sur le château de M. de Pierpont. Il était 18 heures, et les habitants 
venaient de sortir de l'église, où s'était chanté le salut du Saint-Sacrement. La 
section se terra sous la canonnade et ne put diriger que des feux mal ajustés sur 
de petites fractions ennemies qui cherchaient à traverser la Meuse en barquette. Les 
villageois aperçurent soudain un soldat, membre en hercule, traverser la Meuse à 
la nage et s'emparer, sur la rive gauche, de l'une des barques que les Français 
avaient coulées à fond; il traversa à nouveau le fleuve, entraînant entre deux eaux 



9 2 

la lourde embarcation, que l'on répara à la hâte et qui, bientôt, permit à cinq incen- 
diaires, dont un officier, de venir, la torche à la main, anéantir en quelques instants 
le château Louis XVI de M. de Pierpont (i). Un soldat de la section, Léon Lacroix, 
de Saint-Omer, fut tué net par un coup de feu à la face. A 18 heures, la section 
regagna Rouillon et, apprenant le départ de la compagnie pour Bioul, se mit à sa 
recherche. Elle passa à Bioul la nuit du i3 au 24 et se joignit, le lendemain, à une 
colonne de différents éléments dont une partie du 148 e (commandant Bertrand) 
venant de Namur; elle retrouva son régiment le 25 août à 1 1 heures à Vierves. 

Pendant la fusillade, toute la population avait fui vers Boilaîtrie. M. Xavier de 
Pierpont, attardé à l'église après le salut, y priait encore tandis que l'incendie battait 
son plein. M. Edouard de Pierpont et sa famille, dont de jeunes enfants, ne quit- 
tèrent qu'au moment où le feu laissait entrevoir ses premières flammes et c'est 
comme par miracle qu'ils échappèrent à la grêle de balles qui les assaillit à leur 
départ. 

Ce drame du passage de la Meuse par un soldat allemand, qu'un seul franc- 
tireur, s'il eût existé, eût aisément empêché, est une preuve irréfutable que les 
troupes incendiaient par plaisir et sans utilité militaire. 

Le 24 août, les troupes visèrent de la rive droite de la Meuse, sans les 
atteindre, quelques hommes rentrés au village, et elles bombardèrent Burnot, dont 
9 maisons furent détruites ou très endommagées; puis elles gagnèrent Godinne et 
Yvoir. 

Le 27, campèrent à Rivière environ 2000 hommes, dont des cavaliers et le corps 
de munition de la III e batterie d'artillerie à pied, sous le commandement du 
rittmeister von Bonin. Celui-ci dit à M. de Pierpont, en montrant les ruines : « Ce 
sont vos prêtres qui sont cause de ces désastres ! Ici aussi, il y a eu des francs- 
tireurs, dirigés par un curé! » 



§ 4. — Sosoye~Maredrel. 

Lorsque les éclaireurs de la 23 e division de réserve atteignirent, le 
24 août, la gare de Falaën, qui est située dans la vallée même, les 
soldats belges tirèrent sur eux, du bois voisin, quelques coups de feu. 
En punition de ce fait de guerre, cinq maisons furent brûlées, vingt-six 
hommes de Foy furent ligotés comme des malfaiteurs et emmenés ; trois 
pères de famille de Haut-le-Wastia, surpris par hasard dans les envi- 
rons, furent liés à des arbres et fusillés, au lieu dit « Les Floyes ». 

Le rapport n° 558 relate ce qui s'est passé à l'abbaye de 
Maredsous. 

A Maredret (rapport n° 559), Emile Taton fut tué par des uhlans. 

(1) Il y périt des tableaux, des sculptures et beaucoup d'objets d'art. On y admirait entre autres un salon 
en stuc, œuvre exécutée en 1777 par les frères Moretti et signée; le plafond seul était orné de 60 personnages 
représentant, en douze médaillons délicatement exécutés, Cérès et les mois de l'année. 



9 3 

La paroisse de Sosoye — écrit M. l'abbé Bruyr, curé de l'endroit — comprend, 
outre le centre, les hameaux de Marteau et de Foy. Soldats belges et uhlans se 
croisèrent pendant toute la matinée du 24 août dans cette région. En arrivant à 
Marteau, les Allemands procédèrent à une visite minutieuse des maisons. Josuë 
Binon fut sur le point d'être fusillé, parce qu'on trouva chez lui des douilles de 
cartouches qu'il avait conservées en souvenir des manoeuvres militaires faites dans 
la région par l'armée belge l'année précédente; emmené par les troupes, il fut 
relâché près de Maredret. 

Quand l'avant-garde du corps d'armée ennemi atteignit, vers t3 heures, la 
gare de Falaën, au lieu-dit « La Forge », au pied de la montagne sur laquelle est 
assis le hameau de Foy, elle reçut des coups de feu d'un groupe de soldats belges 
postés dans les bois qui, au sud, surplombent la gare. Deux chevaux furent tués. 
Après s'être mis à l'abri des balles dans les caves des maisons, les Allemands 
sortirent furieux, tirèrent sur la gare et sur les hôtels Couturier (1) et Devigne — 
où fut blessée Elvire Devigne — et mirent le feu à deux maisons et à une grange 
appartenant à Auguste Baivy-Tonon, ainsi qu'au magasin de marchandises du 
chemin de fer (2). La maison de la veuve Delaire, à Foy, fut aussi incendiée. 

Les hommes de Foy coururent un sérieux danger : ils furent arrachés à leurs 
maisons au nombre de 26, liés deux à deux et les mains derrière le dos et entraînés 
jusqu'au château de M. Desclée, à Maredsous. 

A Sosoye, dix hussards de la mort arrivèrent le 24 à 8 h. 3o, par la route de 
Maredret, et furent assaillis par le feu de quelques soldats belges établis près du 
café Urtrel-Lurquin. Deux Allemands furent tués, l'un au pied de l'escalier qui 
monte à l'arrêt du train de Sosoye, l'autre, 3o mètres plus loin, au milieu de la 

(1) Un témoin oculaire, M. Fernand de Bien, qui se trouvait à l'hôtel Couturier, a fait le récit suivant. 
'< Soudain un nuage de poussière s'éleva dans la vallée, venant de la direction de Montaigle : une colonne 
saxonne remontait la Molignée. Nous l'aperçûmes au moment où elle arrivait près de Marteau. A cet endroit, 
un coup de (usil abattit un cheval; sur le champ, une maison voisine — d'où les Allemands prétendaient qu'on 
avait tiré — (ut livrée aux flammes. 

» Des fenêtres de l'hôtel, nous pouvions suivre les mouvements de la colonne. Elle avait fait halte, pendant 
que deux hussards, détachés en éclaireurs, venaient reconnaître les abords de la gare et que des fantassins se 
postaient en vedettes près du pont sur lequel la route franchit la Molignée à Marteau. A c: moment, nous 
vîmes un soldat belge, caché dans les broussailles tapissant le versant de la vallée, se lever et, le fusil à la 
bretelle, se diriger d'un pas délibéré vers les Allemands; sans s'inquiéter de ses intentions, ceux-ci tirèrent et 
le malheureux s'affaissa- On le crut mort, mais il se releva bientôt et disparut en rampant dans les buissons. 

» Les Saxons ne se pressaient pas d'avancer. Tout à coup, deux soldats français, qui étaient restés 
embusqués derrière la gare, firent feu. L'ennemi riposta et tira notamment sur l'hôtel, dont les vitres volèrent 
en éclats. Nous descendîmes dans les souterrains. Bientôt nous entendîmes au-dessus de nous un vacarme 
effroyable, des cris, des vociférations : les Saxons faisaient irruption dans le café, prêts à tout saccager- l< On 
a tiré d'ici sur nous! » nous dit un officier. Nous répondîmes que ce ne pouvaient être que des soldats. 

» Pendant qu'ils fouillaient l'hôtel, d'autres soldats envahirent la gare, emmenèrent le chef de station, 
défoncèrent à coups de hache le plancher de la salle d'attente et y mirent le feu. Des hommes dévoués vinrent 
à la dérobée jeter quelques seaux d'eau sur le brasier, qu'ils réussirent à étouffer. Quant aux soldats français, 
ils furent aperçus dans un bois voisin et ne purent échapper à la mort. 

» Des étudiants de Leipzig nous racontèrent qu'à Spontin, ils avaient perdu leur major, tué d'un coup de 
feu par un habitant du village. » 

(2) Cet incendie semble visé dans Marschneb, o. c, p. ao. 



94 

route qui mène à Marteau. Un cheval fut tué à côté de son cavalier, un second put 
se traîner jusqu'à Chertin, un troisième jusqu'au cimetière. Plusieurs hussards 
rebroussèrent chemin vers Maredret, deux continuèrent vers Falaën, un dernier se 
cacha dans le bois. Craignant des représailles, le garde-champêtre, aidé de quelques 
hommes, se hâta d'enfouir hommes et chevaux. Dans l'entre-temps continuèrent 
à défiler des soldats belges, venant à travers champs de Bioul et se dirigeant vers 
les Bierts. Il en passait depuis le grand matin (i). 

A 14 h. 3o, arriva de Marteau à Sosoye le corps d'armée qui venait d'Anhée 
et se dirigeait vers Maredret; il défila sans discontinuer jusqu'à 21 heures. Le 
lendemain, il passa de nouveau des troupes pendant trois heures dans la matinée 
et pendant deux heures clans l'après-midi. Du 24 au 27 août, 5, 000 Allemands 
logèrent dans l'église, dans les maisons et dans les granges. 

Un douloureux massacre fut commis le 24 août vers 16 h. 3o, au Heu dit 
« Les Floyes », paroisse de Sosoye. Quand on a dépassé le vieux château de 
Montaigle, en allant vers Warnant, on atteint l'endroit très pittoresque où le 
Flavion se jette dans la Molignée. Trois hommes de Haut-le-Wastia y furent 
fusillés dans une prairie qui borde la grand'route, entre deux des nombreux ponts 
du chemin de fer. Ambroise LÉONARD (fig. 14), 45 ans, époux de Marie Sacotte, et 
Charles GUILLAUME, 42 ans, époux de Marie Benoît, furent pris sur la voie du 
chemin de fer; Narcisse BORSUT (fig. i5), 5ç ans, époux de Marie Danthine, 
arrêté près de la prise d'eau de Salet, fut amené en auto auprès des deux premiers. 
Ils furent liés, Ambroise Léonard à un arbuste, les deux autres à un gros saule, 
et tués, séance tenante, à quelques minutes d'intervalle. Un groupe de 23 personnes 
(it de Marteau, 5 de Haut-le-Wastia et 7 de Salet) se trouvait caché en face de 
l'endroit de la fusillade, dans une sorte de grotte qui borde la voie ferrée. 

N 558. L'abbaye de Maredsous (2), commune de Denée, occupe un site remarquable 

au sud de la Molignée. Dès l'aube du 23 août, un convoi de six voitures amena 
36 blessés français à l'école abbatiale qui avait été aménagée, ainsi que l'école 
d'arts et métiers, en ambulance. Ils venaient à peine de recevoir les premiers soins 
qu'une estafette apporta l'ordre d'emmener vers la France tous ceux qui étaient 
transportables. Il en revint d'autres dans la journée et petit à petit tous les lits se 
garnirent. 

A la suite des soldats, se présenta à la porte du monastère un lamentable 
cortège de fuyards éperdus venant du pays de Saint-Gérard et de la Sambre. Ils 
furent installés à la ferme et à l'école d'arts et métiers. Quand le bruit du canon 
se rapprocha, (combat de Saint-Gérard;, des centaines de personnes se réfugièrent 
dans la grande crypte de l'église. A la soirée et pendant toute la nuit, il passa, sans 
discontinuer, des soldats belges et français, fuyant dans la direction de Philippe- 

(1) Le 23, à 21 heures, un brancardier bJge, M. l'abbé Demolder, de Louuain, sonna au presbytère 
et annonça que le général Michel, le général Henrard et quinze officiers de l'Etat-Major de Namur, se 
trouvaient chez Jules Burlet. II3 songèrent d'abord à prendre quartier au presbytère; puis ils dirent qu'ils 
n'étaient pas en sûreté et gagnèrent Rosée. 

(2) Le carnet de route du sous-officier Butkhardt, du ioo e grenadiers de réserve, relate son passage à 
Maredsous. V. "Les Violations, o. c. p. 88. 



9 5 

ville. La croix-rouge de Namur (médecins, ambulanciers et infirmières) arriva vers 



minuit. 



Une colonne de plus de 200 ambulanciers (major Petit) vint le 24 août dans la 
matinée et ne réussit pas à échapper à l'encerclement. Une patrouille de 25 à 
3o hussards allemands parut bientôt devant l'abbaye et demanda à manger. 

A11 heures, on amena 71 blessés, dont quelques-uns du combat de Saint- 
Gérard. 

Nouvelle alerte pendant le dîner : une batterie allemande chercha à atteindre 
les fuyards, des hauteurs de Denée, et tira quelques obus dans la direction de 
l'Abbaye de Sainte-Scholastique. 

Le 26 et les jours suivants, on amena des blessés d'Ermeton ; le chiffre des 
soldats soignés à l'ambulance s'éleva à 174, dont 90 Belges et 84 Français (1). 

Les derniers blessés furent emmenés en Allemagne le 3o novembre, jour où 
fut fermée l'ambulance. 

55 9- Au hameau de Maredret, les premiers Français, des 84 e et 284 e , parurent 

le 2ù août, accueillis comme des sauveurs. Ils partirent le lendemain et furent rem- 
placés par des artilleurs, qui placèrent des batteries de réserve sur le terrain en 
déclivité qui sépare Denée de Maredret. 

Puis ce fut la retraite des civils et des troupes. La journée du 23 août fut très 
agitée. A l'issue de la messe basse, on courut vers la gare, où venait d'arriver 
un train qui avait essuyé, à Anhée, le feu des mitrailleuses allemandes et en 
portait les traces. 

Bientôt se croisent dans le village des soldats qui ont combattu vers Saint- 
Gérard, sur la Meuse, et à Namur. Des batteries sont postées sur les hauteurs du 
Chenoy. A la soirée, tout l'horizon est en feu et une odeur acre prend les habitants 
à la gorge. La retraite se poursuit pendant toute la nuit. 

Le 24 à 9 h. 3o, un groupe de uhlans traverse te village. A t5 h. 3o, le gros 
des troupes débouche par la route de Sosoye. La rue principale, dans la direction 
d'Ermeton, était remplie de troupes quand tout à coup éclatèrent des centaines de 
coups de feu. « On ne fusillera personne, déclara un officier à l'hôtel Gillaint- 
Marlet, mais l'ordre est donné d'inspirer la terreur aux habitants. » 

Les occupants de plusieurs maisons furent poussés au mur, pendant que les 
logis étaient fouiliés de la cave au grenier. 

Emile TATON, 38 ans, s'était hasardé dans Tavant-midi à la rencontre de sa 
sœur qui devait arriver de Biert-Flavion : on le retrouva vers 1 1 heures, la tête 
percée de balies. On pense qu'il a été abattu par des uhlans. 

Le 26 et le 27, une équipe d'hommes courageux parcourut les abords du village 
et donna la sépulture à quelques cadavres de soldats qui y furent découverts. 

^ (.) Moururent à Maredsous quatre Belge, : Ghislain Macaux, du ,3 e (le »3), François Mortier 
. ch a p.ed (le z 7 ), Arthur Tillot, capitaine-commandant du 1 3 e (le 27), Joseph Paty, du .3 e (le 3 sep.! 
tembre); également deux Français : Mathurin Lecornet, du 4. (le io), Louis Delille, du * e zouaves (le .8) 



9 6 

La Molignée prend sa source aux environs de Slave : c'est là 
que la 23 e division de réserve, quittant Sosoye et Maredret, atteignit 
le sommet du plateau, pour prendre la direction de Florennes. 

Nous renvoyons le lecteur, pour Stave (i) et Florennes, au cha- 
pitre II, p. 52. à 61, ces localités ayant été surtout traversées par les 
troupes de la Garde. 

C'est à Florennes que s'arrêta, au 24 août, l'avance de la 
23 e division; la tête de ses colonnes pénétra à la soirée dans cette 
petite ville, que terrorisait déjà, depuis 10 heures du matin, la Garde 
impériale. 

§ 5. — Philippeville. 

De Florennes, qu'elle quitta le 25 août au lever du jour, la 
23 e division de réserve se dirigea vers Philippeville. Le 100 e grena- 
diers, qui marchait en tête du défilé, pénétra dans cette ville à 
6 heures, bientôt suivi des autres régiments de la division. La 
coquette bourgade fut relativement respectée. Un commandant de 
bataillon, accédant aux instances du doyen et du bourgmestre, fit 
éteindre le feu qui était déjà mis à une maison. Un civil paya de sa 
vie quelques coups de fusil tirés par des soldats belges sur le chemin de 
Neuville-Mariembourg. 

Les renseignements que nous faisons suivre ont été obtenus de 
M- l'abbé Gosset, curé-doyen de la ville, et ont été complétés à une 
date ultérieure par des indications que fournirent les RR des Sœurs de 
Notre-Dame. 

N° 56o. ^- e couvent des Sœurs de Notre-Dame avait été transformé en un vaste 

hôpital. Le premier blessé français y fut amené le 16 août : c'était le lieutenant 
Thuillier, du 35 e , d'Arras. Il en vint tous les jours suivants et surtout à partir 
du 22 août (2). Le lendemain, non seulement les 82 lits étaient occupés, mais 
salles, corridors, cour, jardin, tout en était rempli. Le 24, ceux qui pouvaient 
marcher partirent à pied, et des voitures automobiles en transportèrent vers 
Mariembourg et Rocroi. Une soixantaine ne purent être évacués, à cause de la 

(1) Le 12 e chasseurs de réserve, qu'accompagnait Félix Marschner, traversa Stave en (eu à la soirée, 
fit halte en pleine nuit dans les campagnes et arriva, au matin du 25, à Florennes. Marschner, o. c, 
p. 22. Le pillage des caves de Florennes y est raconté. 

(2) Ils appartenaient notamment aux 35 e , 36 e , 39 e , 273 e , au 3 e tirailleurs algériens et au 3 e zouaves. 
Moururent à Philippeville : les soldats Claude Martin, de Saint-Fons; Manuel Paris Leclerc, de Nanterre; 
Laurent Cerveau, n° 55 1, Le Havre ; Eugène Galhauti n° 474, Rouen-Nord ; Corentin Waeslynck, 
n° 853, Dunkerque. 



97 

gravité de leurs blessures. On leur laissa un médecin français, M. Rigollot- 
Simonnet, chirurgien de l'hôpital Saint-Joseph de Paris, et trois infirmiers, qui 
furent faits prisonniers avec leurs malades. 

La nouvelle des crimes qui jalonnaient partout le passage des Allemands 
avait plongé la population dans un véritable effroi. On ne saurait se rappeler 
rien de plus lamentable que la panique causée par l'annonce de leur arrivée 
prochaine. L'attitude affolée des gens de Tamines et du voisinage qui s'en^ 
fuyaient au soir du 23 août, activa le départ des habitants. Pendant la nuit 
suivante et le lundi matin, il passa des bandes de soldats de la retraite de 
Namur: la 19 e division française (10 e corps) défila aussi, le 24 août, à travers 
la ville. A i3 heures, le 48 e ' régiment d'artillerie y fut arrêté pour mettre en 
état de défense les lisières nord de la ville et y résister, éventuellement, avec 
un bataillon du 3 e tirailleurs; cette résistance n'eut pas lieu et, dès 18 heures, 
ces unités rejoignirent la division. Le dernier millier de soldats français fut 
retiré de la ville à minuit, dans la nuit du 24 au 25 août. 

Il restait à Philippeville à peine cent habitants sur 1,200 quand l'ennemi 
y pénétra, sans coup férir, le 25, à 6 heures. C'était le I er bataillon du 
100 e régiment de réserve de Saxe. « Le maire et le curé! », demandèrent les 
premiers cavaliers qui débouchèrent sur la Grand'Place. M. Eugène Gérard, 
bourgmestre, arriva aussitôt, puis le doyen, qui achevait de célébrer la messe. 
« Vous êtes Monsieur le Maire? demanda le major baron von Miltitz, com- 
mandant du bataillon; cinq cents mille francs de contribution de guerre! » 
Après pourparlers, il se contenta de 25, 000 marks et se montra déférent envers 
les autorités locales, relâchant à leur demande les habitants arrêtés, sous divers 
prétextes, par ses soldats, et faisant même éteindre un incendie qu'ils avaient 
allumé. 

Entre-temps, les troupes qui continuaient leur route vers Mariembourg furent 
accueillies à Neuville, à 3 kilomètres de Philippeville, à coups de fusil, par des 
soldats belges qui battaient en retraite de Namur et étaient passés en ville une heure 
avant les Allemands. Ceux-ci commencèrent à incendier les maisons qui bordent la 
grand'route. L'un des cavaliers blessé rebroussa chemin jusqu'à la maison d'Eugène 
F002, à 20 minutes de la ville, et vint tomber de cheval à cet endroit : on trouva 
mort à côté de son cadavre un habitant de la ville, Jacques GENETELLI, 45 ans, 
et brûlée la maison Fooz, qu'il gardait. On suppose que les troupes en marche ont 
fusillé ce malheureux et incendié l'habitation, par représailles. 

Le lendemain, la maison de Désiré Bouillon, où des soldats avaient passé la 
nuit, flamba à son tour. 

Les soldats établis à Philippeville passèrent la journée du 25 août à piller ou à 
saccager les maisons abandonnées et à vider les caves. Les portes, les fenêtres et le 
mobilier gardèrent longtemps les traces de leur vandalisme : ils ouvraient les 
meubles à coups de hache et emportaient tout ce qui était à leur convenance. Maints 
coffres-forts furent fracturés, notamment à la gare et à la poste, mais les soldats 
s'attaquèrent vainement à ceux de la Banque, qui résistèrent. Ce furent partout des 
scènes d'orgie. La place offrait un curieux spectacle : les soudards y avaient amon- 
celé de la paille et installé des meubles enlevés dans les plus somptueuses maisons. 



9» 

On en voyait affublés d'habits de messieurs et de robes de dames et ils buvaient dans 
de larges coupes Champagne, vins et liqueurs. Il fallut des journées et des journées 
de travail pour déblayer les monceaux qui encombraient la place et les rues de la 
ville : débris de meubles, restes de victuailles, boîtes à conserves, tessons de 
bouteilles, paille et foin éparpillés, fumier et excréments, etc. (t). 

§ 6. — JVeuuille-Samart. 

Lorsque la 23 e division de réserve arriva à hauteur de Neuville el de 
Samarl, elle subit quelques coups de feu de la part de soldats belges 
surpris dans leur retraite. Par mesure de représailles, le feu fut mis à 
plusieurs maisons espacées le long de la route qui, à la lisière du bois de 
Senseilles, gagne Mariembourg. 

Le lendemain matin, 2.6 août, deux habitants du village et un 
malheureux soldat belge, quittant une retraite sûre qu'ils occupaient dans 
la forêt, furent surpris par les troupes qui continuaient à passer et furent 
fusillés. Le feu fut remis à plusieurs maisons qui bordent la grand'route; 
le chiffre total des incendies s'élève à seize. Voici le détail de ces faits, 
ainsi que nous l'ont transmis le bourgmestre de Neuville, M. Alexandre 
Mousty> et le curé, M. l'abbé Guyaux. 

N° 56i. Neuville reçut le 14 août les premiers Français, artilleurs, puis zouaves. Le 23 

et le 24 août, les routes et les campagnes furent encombrées de fuyards. Les derniers 
Français quittèrent Neuville et Samart dans la sinistre nuit du 24 au 25 août, durant 
laquelle le rougeoiement des incendies voisins augmenta la terreur des quatre 
familles restées au village. 

Les Allemands arrivèrent le 25 au matin. A 8 h. 3o, à la limite des paroisses de 
Philippeville et de Neuville, ils incendièrent la maison d'Eugène Fooz et tuèrent 
devant elle Jacques Genetelli, ainsi qu'il a été relaté plus haut (rapport n° 56o). 
A l'endroit où la grand'route est traversée par le chemin qui mène à Roly par le 
bois de Samart, ils mirent le feu à la maison d'Alfred Benoît, à 10 heures. Vingt" 
cinq maisons de la paroisse s'échelonnent ensuite le long de la grand'route de 
Mariembourg, sur une distance de 4 à 5 kilomètres. C'est là surtout qu'il y eut du 
désastre. Comme l'ennemi était arrivé au milieu de la côte de l'Haie Thomas, il se 
heurta à quelques soldats belges cachés dans le bois, qui tirèrent sur lui; deux de 
ces derniers tombèrent à l'endroit même (2), avec un soldat allemand. 

(1) Le lamentable état de la ville pillée, dans la journée du 25 août, est décrit dans Marsciiner, o. c, 
p. 22 et 23. 

(2) Ce sont Alphonse Verhaeven, du 23 l de ligne, et Joseph De Bruyn, du 28 e , 4 e bat., 4' comp. de 
Liller-Saint-Hubert (Limbourg), que AV. Mousty, bourgmestre de Neuville, conduisit au cimetière le 16 août. 
Le cadavre du soldat allemand fut mené à Philippeville. Six autres Belges furent blessés, dont Alphonse Borgers, 
du 8 e de ligne, de Lierre, et un nomm.- Dupont, de Salzinnes. A 17 heures, M. le bourgmestre, aidé d'un 
médecin allemand, les chargea sur un chariot et les conduisit à l'ambulance des Sœurs de Notre-Dame de 
Philippeville. 



99 

Arrivés au sommet de la côte, ils mitraillèrent la maison d'Octave Renauld. 
A 10 h. 3o. ils envahirent la ferme de Pierre Gobillon-Piette, au lieu dit « La 
Frisette »; ils y enlevèrent quatre chevaux, qu'ils attelèrent à un chariot chargé de 
céréales, et ils décapitèrent sur place trois veaux et un porc. Arrivés devant la 
maison de M. Baudoux-Patron, ils firent sortir Eugène Fooz et Ida Patron, 
prétendant que ceux-ci avaient tiré. A ce moment, brûlaient à proximité la ferme 
de M rae veuve Brogniet et les maisons Laffineur et Robert. Il était i3 h. Zo. 

Le 26 à 3 h. 3o du matin, Paulin GOBILLON (fig. 23), 3o ans, et Etienne 
PATRON (fig. 22), 20 ans, de Neuville, quittèrent le bois proche de la gare de 
Neuville-Sud où ils avaient passé la nuit, pour aller soigner leur bétail. Les 
troupes, dont le défilé se poursuivait sans répit, les surprirent, ainsi qu'un soldat 
belge qui les accompagnait, Emile LEFEBVRE, de Diest, du régiment des chasseurs. 
Quelques heures après, on les retrouva tués à 5o mètres au delà du pont de Grand- 
Mont. Paulin Gobillon avait reçu trois balles au front, une à l'eeil et cinq dans la 
poitrine ; Etienne Patron avait une balle à l'eeil, une à la joue, plusieurs dans 
la poitrine. Les réfugiés entendirent, du bois, la fusillade et virent incendier les 
maisons Julien Leroy, Antoine Simon, Paulin Gobillon (écurie et grange), Antoine 
Malherbe, Julien Demeure, Louis Baudoux, Aimé Gérard, Maloteaux, et Jamain 
(deux maisons). Pierre Villatte inhuma les trois victimes dans l'après-midi du 26. 



§ 7. — Le combat de Mariembourg. 

A Mariembourg, c'est le 127 e d'infanlerie française, i re brigade, 
i er corps, qui recul la mission d'arrêter, le 25 août, la trop brusque 
avance allemande, qui compromettait la retraite du i er corps. En ce qui 
concerne le seul front de marche de la 23 e division de réserve allemande, 
qu'on se rappelle que, dès 9 heures du matin, le too e grenadiers de 
réserve s'engageait dans les bois qui séparent Neuville et Roly de 
Mariembourg. 

Avec une bravoure admirable, les troupes françaises continrent 
l'ennemi aux portes de Mariembourg jusque 17 heures. 

Mais le village paya cher cette résistance. Sur 180 immeubles qu'il 
comptait, 65 maisons et 3o granges ou écuries furent incendiées (fig. 20 
et 21). La dévastation se continua pendant deux jours et c'est à grand'peine 
qu'on arrêta les incendiaires qui, dans leur rage de destruction, 
désignaient à tout moment de nouveaux immeubles, de nouvelles rues 
pour la destruction (1). 

Un habitant fut tué. Trois autres, emmenés par le to3 e de réserve, 

(1) D'après les bons de réquisition, les incendies du 25 août sont l'œuvre du i 00 e grenadiers de réserve, 
ceux du z6 août des ioi L , io3 e de réserve, du 11 e chasseurs de Marburg et du ï3 rég. de rés. d'art, de camp. 



100 

firent partie du célèbre groupe des fusillés d'Eteignères, dont nous 
raconterons plus loin l'histoire. (Voir rapport n° 563.) 

Ci-joint deux documents : l'un, extrait de notes puisées à la Section 
historique de l'Etat Major Général de l'armée, à Paris, dépeint le combat 
de Mariemboug (t) ; l'autre relève les incidents survenus au village. 

Un prisonnier allemand du iû3 e de réserve, 2 e bat. 8 e comp., 
Hermann Tscharne, a témoigné « que les maisons furent incendiées par 
ordre du capitaine, parce que des civils avaient, paraît-il, tiré sur 
nous » (z). 

Le prisonnier Emile Flachs, du ioo e de réserve, y e comp., a déposé : 
« L'officier adjoint au chef de mon bataillon a donné l'ordre d'incendier 
une demi-dousaine de maisons desquelles, affirmait— il , des soldais belges 
et français avaient tiré sur les nôtres » (3). 

Le 25 août, à 4 h. 3o, la t re division française (i er corps) — dont la queue 
avait été surprise la veille au soir à Romedenne — reçut l'ordre de couvrir, 
avec le 6 e chasseurs à cheval mis à sa disposition, le passage du reste du 
1 er corps d'armée par le défilé de Couvin. 

En exécution de cet ordre, le général commandant la i re division donna les 
ordres suivants. Le 6 e chasseurs se portera vers Fagnolles et couvrira dans la 
direction de Matagne-la-Grande ; la i ,e brigade, disposant de la compagnie 
divisionnaire du génie et d'un groupe de l'artillerie divisionnaire, tiendra sur 
le front Frasnes-Mariembourg; le 2 e brigade tiendra Nismes avec le i er régi- 
ment d'infanterie et une batterie, et organisera avec le z L régiment de la 
brigade et deux batteries une position de repli en arrière. 

Nous parlons seulement ici de l'action de la i re brigade. 

A Mariembourg, la défense fut assurée par le 127 e (4) (formant avec le 
43 e la l re brigade, 1 e1 corps), colonel de Fonclare. 

Dès 4 h. 3o, le régiment, qui quittait Matagne-la-Grandc, reçut l'ordre 
d'organiser le barrage du couloir de Mariembourg. Les unités prirent immé- 
diatement leurs positions de combat en avant de cette dernière localité. Le 
3 e bataillon occupait les haies en avant de Mariembourg, face à Philippeville 
et Matagne, la 11 e compagnie à l'extrême droite. 

A 8 h. Zo, puis à 10 heures, des taubes survolèrent la localité. L'attaque 

(1) Sur le combat de Mariembourg, cf. Hanotaux, Histoire illustrée de la guerre de 1914, VI, p. 26, 
VIII p. 77, VEnigme de Cbarleroi, p. 78; Pai.at, III, 333. L'incendie du village esl dépeint dans Masschnfr, 
o. c, p. 23-24. 

(2) Réponse du Gouvernement belge au Livre Blanc allemand, Paris. Berger-Levrault, 1917, p. i5i. 

(3) Id., p. 270. 

(4) Le 127'' était arrivé le 23, de bon matin, à Saint-Gérard, et y avait combattu, déployé le long de 
la route de Lesves, en soutien du 43 e , qui avait pris place plus en avant vers Fosses et la Sambre. Il te 
replia partiellement à midi, mais la 11 compagnie reçut l'ordre de tenir jusque 18 heures. Le régiment 
atteignit le 23, à minuit, Ermetou-sur-Bieit et le 24, au soir, Matagne-la-Grande. 



lot 

se déclancha à 9 heures par une vive fusillade entre les avant-postes de gauche 
et des groupes avancés de cavalerie et de cyclistes ennemis. L'artillerie 
allemande entra également en action, arrosant de shrapnells et d'obus explosifs 
le village, les abords et la route de Maricmbourg à Frasnes. 

Le combat se déroula en plusieurs phases successives, d'abord en avant du 
village, puis dans le village même. De 9 à 16 heures, l'infanterie allemande, 
malgré ses efforts opiniâtres, fut contenue au nord de Mariembourg. Le 
tir des mitrailleuses françaises paraissait très efficace sur les colonnes ennemies 
qui tentaient de sortir du bois. L'artillerie, très bien postée, et qui prenait la 
précaution de changer de position quand elle se voyait repérée, réussit à prendre 
sous son feu et à démonter au moins une batterie adverse. 

Vers 17 heures, le 12.7 e c l u '' grâce au commandement énergique de son 
colonel, avait résisté à toutes les attaques et maintenu sa position, reçut avis 
d'avoir à préparer son mouvement de retraite vers Frasnes, sa mission retar- 
datrice étant remplie; en effet, tous les éléments du corps d'armée avaient 
atteint sans encombre le défilé de Couvin. Le général de division donna l'ordre 
de rompre le combat sous la protection de l'artillerie. Le 84 e (2 e brigade, 
i re division, qui tenait Nismes) devait se replier le dernier. A 18 heures, le 
mouvement de repli des troupes de Mariembourg s'effectua, protégé par les 
feux d'une compagnie du génie et de deux bataillons du 43 e d'infanterie établis 
sur les hauteurs sud du village de Frasnes. Au prix de grands efforts, malgré 
les balles et les obus allemands, les éléments du 127 e passèrent l'Eau Blanche, 
à Mariembourg, et gagnèrent la route de Frasnes. Les dernières fractions, 
vivement pressées par l'ennemi, qui avait gagné les abords immédiats du 
village, se replièrent, sous les ordres directs du colonel, sur les hauteurs 
boisées de Nismes et Petigny, d'où elles gagnèrent Couvin. Ces troupes 
rallièrent, à 2-3 heures, leur cantonnement de Cul-des-Sarts, très fatiguées 
physiquement de ces efforts successifs, mais le moral intact. 

Le 127 e avait 7 hommes tués, 124 blessés, dont 3 officiers, et 2 disparus. 

Le 9 août arrive à Mariembourg un escadron du 4 e chasseurs d'Arras, 
lieutenant Vartel, suivi bientôt de troupes d'infanterie. La division d'Oran a ses 
effectifs renforcés ; nombre de vétérans des campagnes du Maroc portent des 
médailles; on a en eux toute confiance pour le grand choc. 

Commencée le 21, la bataille fait immédiatement sentir l'acharnement de la 
lutte. Les réfugiés affluent; tous les véhicules sont utilisés; un homme de Châteli- 
neau arrive avec une brouette, dans laquelle il transporte sa mère infirme; c'est 
navrant. L'église recueille les femmes portant des enfants, le reste envahit tout et 
dort même sur les trottoirs. La température heureusement est délicieuse. 

Le dimanche vers midi, plus d'illusion à se faire : c'est la retraite. La division 
de Namur arrive par petits groupes et une escadrille française reprend, à 16 heures, 
son vcl vers Mésières. L'artillerie, qui repasse le lendemain, 24, paraît intacte ; ce 
n'est pas un désastre, mais la belle division d'Afrique a bien souffert. Un caporal de 
Limoges aligne 12 hommes : c'est ce qui reste d'une compagnie. « On l'a fait, dit-il, 
charger à 1200 mètres, sans appui suffisant. » Un turco blessé a fait de son fusil une 



102 

béquille et il marche. Un lieutenant de réserve de la 20 e brigade, l'abbé Lefoul, 
vicaire de Rennes, relevé inanimé à Mettet, n'a plus idée de rien, et le dernier train 
de blessés, qui part à 17 heures, l'emmène vers Chimay. avec tous les uniformes 
bleu-clair des tirailleurs algériens. Le lieutenant-colonel Sibra meurt chez les 
religieuses de la rue Saint-Louis; son cadavre sera enterré dans le jardin, dans la 
nuit du 25 au 26, à la lueur des incendies. 

Le 25, le 1 er corps français livre un dur combat. L'artillerie s'établit sur la 
chaîne de collines qui va de Nismes à Dailly, tandis que les trois bataillons du 
127 e de Valenciennes prennent position dans le vallon sur une ligne qui s'étend de 
la route de Philippeville. cabane Minet, à la route de Fagnolles. 

La localité bondée se vide complètement et les dernières dispositions prises par 
le colonel, installé rue de France, sont exécutées dans un silence impressionnant, 
parfois troublé par le bourdonnement d'un taube ou le pas d'un cheval. Commencé 
vers midi, le combat devient acharné et extrêmement meurtrier. D'après un officier, 
les Allemands y auraient perdu 463 hommes. 

Le 100 e saxon pénètre par la route de Roly, incendiant les maisons sur son 
passage; l'Etat-Major s'établit à la gare, café Démasqué. Le io3 e , sortant du bois 
du Roi, perd beaucoup de monde dans le terrain découvert, terres du Roi, et avance 
péniblement le long de la route de Philippeville, où les Français, appuyés par 
le remblai du chemin de fer de Chimay (cabane Minet), puis par le mur du cimetière, 
le moulin blanc et l'école des garçons, se défendent avec héroïsme. Les Allemands 
ne prirent le moulin (fig. 20) qu'après la mort de ses derniers défenseurs. 
« Ne soyez pas nerveux, les gas, visez bien! » disait un chef (1). Un de ces héros, 
blessés, se débarrassa de sa capote ensanglantée et lira avec sa chemise rougie, 
jusqu'au coup de baïonnette final (2). Il était 18 heures. Quarante maisons brûlaient; 
les soldats allemands poussaient des hourrah terribles - puis, réunis devant l'usine 
Hecq-Lambinon, ils entonnèrent la « Wacht am Rhein ». Le pillage et les incendies 
continuèrent dans la nuit. Très peu de maisons échappèrent au pillage. 

Le bourgmestre, M. Grambras, et le curé intérimaire, M. Sainmonî, se trou- 
vaient dans la maison RosineTichon à 200 mètres du moulin bianc, avec 25 personnes, 
dont 9 religieuses venues la veille de Walcourt. On avait prié toute la nuit et il 
était 6 heures du matin, le 26 août, quand les soldats enfoncèrent d'un coup de 
hache la porte du grillage. Sans attendre que la porte de la maison subît le même 
sort, la sœur cuisinière vint ouvrir, et ses explications, données en allemand, 
semblaient satisfaire le feldwebel, quand quelques gouttes de sang découvertes sur 
les habits de Fernand Huon amènent l'accusation de « francs-tireurs » et les dispo- 
sitions pour la fusillade. Les explications sont données, elles sont péremptoires : 
Fernand Huon a découpé pour la sœur cuisinière les quartiers de bœuf abandonnés 
par les Français. Cette viande cuite pendant le combat fait plus que les discours 
pour apaiser les loups affamés. Ils dévorent le tout et se laissent servir comme des 
agneaux par les sœurs, parlant presque toutes l'allemand. 

(1) Parole entendue c!e la cave du moulin par Stanislas, garçon brasseur d'Achille Jalhay. 

(2) Témoignage de Al me veuve Deleuze qui vit la scène de sa maison, à quelques mètres Le soldat 
envoyait ses balles, agenouillé, en répétant souvent : " las de salauds! » 



io3 

Dans la matinée, le feu a éclaté à deux pas, rue de France et l'abbé Sainmont, 
aidé de Charles Hennequin et de son fils Jules, met en action la pompe com- 
munale; des femmes font la chaîne, des grenadiers prêtent main-forte, et l'incendie 
s'arrête après avoir dévoré les maisons Eggermont et Louis. 

Cependant l'abbé Sainmont avait été emmené devant le commandant de place, 
capitaine Leppin, du 100 e grenadiers. Un long entretien en anglais aboutit à un 
accord et à une proclamation, affichée à la porte de l'église, et publiée à la 
sonnette, selon la coutume, par Jules Desselle. Cette proclamation fut déchirée 
plus tard; quelques débris permettent d'en rétablir la première partie : 

L'abbé D r Sainmont est chargé par le commandant de la place, capitaine Leppin, de proclamer qu'un 
accord est intervenu entre eux pour ramener le calme et la tranquillité à la population, que les hommes devront 
se tenir chez eux, les (emmes pouvant sortir librement pour vaquer à leurs occupations... 

Jules Desselle venait d'assister à une scène terrible. Son oncle, Auguste 
DESSELLE, 47 ans, avait été tué à bout portant sur le seuil de sa porte. Jules se 
réfugia avec ses deux soeurs dans une citerne de la cave, où les Allemands les 
poursuivirent et explorèrent même la citerne avec leurs baïonnettes. Ces malheu- 
reux restèrent dans l'eau pendant six heures, puis quittèrent la maison en flammes 
pour se réfugier dans les jardins et manger des légumes crus, 

Edgar et Ernest Van Schoor (fig. 27 et 28), ainsi que Jules Nicolas, furent 
entraînés par des troupes de passage du io3 e de réserve et conduits à Eteignères, 
où ils furent fusillés le 28 août, tandis qu'Achille Agneau et Hubert Carpony, 
emmenés par les mêmes troupes, échappèrent à la mort, ainsi que le curé de 
Frasnes, après un douloureux calvaire. 

Quant aux habitants du village, surpris par l'ennemi, ils furent parqués dans 
une prairie, où ils furent forcés de s'agenouiller, de se relever, de s'étendre à 
plat, avec défense, sous peine de mort, de relever la tête. Ce manège dura toute 
une nuit. 

Le 27 août, ce fut encore un passage ininterrompu de soldats qui s'in- 
stallèrent en maîtres dans les maisons. 

Dans l'après-midi, le conseiller communal Ernest-Désiré Robe, 55 ans, 
tomba mort sur le boulevard de l'Est, en rentrant en ville, tant l'avait 
impressionné le spectacle de la ville incendiée et saccagée. 

§ 8. — Frasnes. 

Frasnes fui occupé sans résistance le 25 août, au soir, à l'issue 
du combat de Mariembourg. Après une première journée relativement 
calme, une soudaine sauvagerie s'empara des troupes de la 2.3 e divi- 
sion de réserve qui défilaient à travers le village. Alors les soldats 
se comportèrent comme des tortionnaires. Parmi les habitants, peu 
nombreux, qui avaient eu la confiance de ne pas fuir devant l'enva- 
hisseur, douze furent fusillés, Les autres eurent la vie sauve, [ mais 



to4 

endurèrent, au cours de langues heures de détention, un supplice 
aussi cruel que la mort. Qu'on lise surtout l'histoire du groupe 
d'Eteîgnères : quand le curé de l'endroit, accusé sans motif d' (( avoir 
fait des signaux aux Français et commandé le feu », fut relâché par 
ses bourreaux du to3 e et rentra dans sa paroisse, après un voyage 
de plusieurs jours, il était méconnaissable. Le village fut entièrement 
détruit : sur t55 maisons, dix seulement furent accidentellement 
préservées (voir fig. 34 à 37). 

N 563. L e village de Frasnes (1) est situé à l'extrémité de la colline qui sépare 

les vallées de l'Eau-Blanche et de l'Eau-Noire. 

Ce fut le 2.3 août que l'inquiétude commença à se manifester parmi les 
habitants, lorsque les avions français, quittant le camp d'aviation de Philippe- 
ville, regagnèrent la France par la voie de l'air, tandis que les camions qu'on 
avait vu passer la semaine précédente, chargés du matériel de l'armée, encom- 
braient de nouveau les grand'routes. Toute la soirée du 23, le 24 et la 
matinée du 25, ce fut un défilé ininterrompu de troupes mêlées à des civils de 
l'Entre-Sambre-et-Meuse, surtout de la région de Fosses. Bien qu'aucun de ces 
derniers n'eût vu d'Allemands, ils étaient terrifiés et racontaient sur l'attitude 
de ceux-ci les nouvelles les plus alarmantes. 

Puis, les Français firent eux-mêmes des préparatifs de combat : les maisons 
situées du côté de Mariembourg furent évacuées par ordre et l'infanterie y 
établit des mitrailleuses. 

En l'absence du bourgmestre et des administrateurs, qui avaient suivi les 
fugitifs, M. Moreaux, curé de Frasnes, prit toutes les mesures que réclamait la 
gravité de l'heure, placardant des affiches pour exhorter les habitants restés au 
village à ne pas poser le moindre acte réprchensible. 

Mardi, dans la matinée, le combat battait son plein dans la région de 
Fagnolles. Vers midi, quelques obus allemands atteignirent Frasnes, et il en 
tomba encore plusieurs dans l'après-midi. L'un d'eux éclata devant le pres- 
bytère, dont la façade et les fenêtres furent criblées d'éclats. La canonnade et 
la fusillade se poursuivirent jusque 19 heures. 

Vers le soir, les derniers canons français défilèrent dans la direction de 
Couvin et gagnèrent le parc de Saint-Roch. M. le curé parcourut le village, et 
constata que les dégâts causés par l'artillerie n'étaient pas considérables. Rares 
étaient les habitants qui n'avaient pas fui. Il se rendit au « trou Hannevart », 
à proximité de la route de Boussu, où un groupe de gens, plus morts que vifs, 
avaient fait un campement dans une grotte. Il les exhorta à rentrer chez eux 
avant l'arrivée de l'ennemi. 

Des uhlans parurent le soir même, vers 22 heures (2). Ils respectèrent 

(1) Ce document utilise surtout le récit recueilli de la bouche de M. l'abbé Moreaux, curé de la 
paroisse, le i cr décembre 1914. A consulter aussi : Léon Rf.my, Frasnes, la journée sanglante. Bruxelles, 
Société belge d'imprimerie, rue des Ateliers, 3, 1921. 

(2) La publication Dionanlensis prétend (n° 25, p. 87), que ce détachement appartenait au 72 e d'infanterie. 





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Fig. 37. — Frasnes. 
Ruines de la Rue Saint-Roch. 



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hier. 




Cotivin, 1 


• it> septem 


fc-e 1914. 

I ( omman*t<uU tfetaf* 

1 LACROIX. 





Fig. 38. — Frasnes. 

Proclamation du commandant Lacroix, ".annonçant 
l'exécution de 34 civils français. 




Photo 191? ) 



Fig. 39. 



Anthée. 



Maisons, de la place, incendiées par la 24 e division de réserve. 
(Sur la droite de la photographie, l'église ); 




(Photo novembre «914) 
Fig. 40. — Anthée. 
Hôtel Nénon, incendié. 




(Photo novembre 1914. 
Fig. 41 . — Anthée. 
Les ri'ines du presbytère. 




(Photo novembre 1914.) 

Fig. 42. — Anthée. 

Tabernacle en cuivre de l'autel 

majeur, portant les traces 

d effraction. 



105 

quelque peu les maisons occupées, mais ils saccagèrent avec sauvagerie les 
immeubles délaissés, enfonçant portes et fenêtres, brisant les meubles, emportant 
ou détruisant vivres, linges et literies. A leur départ, le village offrait déjà un 
spectacle écœurant. Un général, un colonel et un officier logèrent au presbytère. 
Le mercredi 2.6, les troupes défilèrent pendant toute la journée, et l'avant-midi 
se passa sans incident, sauf que le curé, ayant voulu aller à l'église à 7 heures pour 
dire la Sainte-Messe, fut mis en joue et dut rentrer en hâte au presbytère. On 
remarqua que des réchauds à pétrole étaient allumés en quelques endroits près des 
lits ou des couvertures, au milieu du désordre indescriptible des maisons mises à 
sac. Aimé Gravier fut sur le point d'être fusillé, parce qu'il avait ramassé quelques 
cartouches vides sur la route : il put être sauvé grâce à l'intervention pressante 
de M. le curé. Cela aurait dû inspirer des craintes, mais personne ne songeait 
encore à la possibilité d'actes de sauvagerie comme ceux qui furent posés dans 
l'après-midi. Un officier raconta aussi froidement à M. Adolphe Malter, professeur 
à l'école normale de Couvin, en présence de M. le curé, que, par ci par là, on 
abandonnait aux soldats l'un ou l'autre village pour le livrer aux flammes. « Les 
hommes avaient, ajouta-t-il, un plaisir extrême à contempler ces sortes de 
spectacles. » 

Vers midi, le village était cerné. Des cruchons de pétrole, de naphte et 
d'essence étaient déposés dans les rues. A 14 heures, des coups de feu retentirent, 
tirés par les soldats, mais attribués aux civils. Les troupes qui défilaient s'arrêtèrent 
et aussitôt fut donné le signal de l'incendie et du massacre. Le feu fut mis en un 
moment aux quatre coins du village, qui devint en moins d'une heure un immense 
brasier (t). 

Les soldats tirèrent sur les civils qu'ils aperçurent et en tuèrent plusieurs 
Joseph REMY, 42 ans, père de deux enfants, fut tué à bout portant dans les bras de 
sa femme, qui arrivait quelques instants après dans le village, affolée et les bras 
pleins de sang, en criant : « Ils ont tué Joseph! » Camille LECLERCQ (fig. 26), 
42 ans, père de 3 enfants, fut transpercé d'un coup de baïonnette, puis achevé par 
des balles. Son fils, Roger, parvint à fuir et vit la soldatesque s'acharner sur un 
prisonnier français, le faisant tomber par terre sous des coups de crosse répétés ; 
puis, sur ordre, on lia les mains à ce malheureux et on le précipita dans une ber- 
gerie en feu. Désiré BERTRAND, 56 ans, après avoir réussi à fuir d'une maison 
incendiée dans laquelle il avait été enfermé, fut tué d'une balle et jeté dans le bra- 
sier; sa femme dut ensevelir elle-même, le lendemain, le cadavre carbonisé. Emile 
MAWET, 5t ans, fut tué d'une balle au cceur, au moment où il sortait de sa 
maison. Sa femme, Marie DEWALQUE, 54 ans, avait été témoin du meurtre; 
comme elle exprimait par des cris ses protestations et sa douleur, elle fut emmenée 
à l extrémité du village, vers Mariembourg et comparut devant une sorte de conseil 
de guerre. La malheureuse y fut accusée d'avoir tué son mari et fut fusillée séance 
tenante en présence de la population captive. 

Gustave GRAVIER, vieillard manchot, -j-j ans, fut retrouvé contre un mur, le 
front percé d'une balle. Joseph GILLOT, percepteur des postes, 41 ans, Auguste 
ANCIAUX, 58 ans, garde-champêtre de la commune, et Arthur MANGEOT, 

(i) Le P. René de Nantes, dans Couvin pendant la guerre, p. 57, a décrit l'aspect du village détruit. 



io6 

ouvrier carrier, 42. ans, furent pris dans une cave et dirigés sur Couvin, où ils 
arrivèrent exténués, tant ils reçurent de mauvais traitements; arrivés près de l'usine 
« La Couvinoise », ils y furent fusillés, et leurs cadavres déchiquetés furent jetés 
dans le fossé qui longe le parc de Saint-Roch. Julien Gillot, fils du percepteur des 
postes, âgé de 12 ans, avait été renvoyé à mi-chemin; les soldats le rouèrent de 
coups et le firent tomber le long de la route, puis tirèrent dessus. Heureusement 
1 enfant, couché à plat, ne fut pas atteint. Célinie ANC1AUX, sœur d'Auguste, 
60 ans, périt asphyxiée dans la cave du presbytère. Félicien LEMOINE, 56 ans, et 
Achille Robert furent poursuivis de coups de feu et atteints l'un et l'autre; le second 
parvint à fuir, mais on n'a jamais été fixé sur le sort de Lemoine, qu'on n'a plus 
revu. Hortense ROBERT, jo ans, mourut de saisissement dans sa fuite. Plusieurs 
autres personnes furent blessées. Victorine Collin, épouse Edmond Gravier, reçut 
un projectile dans le bras. M" le Poucet, repoussée et enfermée dans sa maison en 
feu, fut poursuivie de balles dans la cave et parvint à fuir par une fenêtre qui 
s'ouvrait sur le jardin. 

Pendant ce temps, la soldatesque se précipitait dans les maisons en hurlant, 
arrêtait tous les civils qu'elle rencontrait et constituait plusieurs groupes de 
prisonniers. Les uns, au nombre de 34, furent conduits à la sortie du village du 
côté de Couvin, au lieu dit « Le Congo » ; c'étaient quelques habitants de Frasnes 
et des réfugiés de l'Entre-Sambre-et-Meuse. Une mitrailleuse fut placée devant 
eux et ils échappèrent on ne sait comment à la mort dont ils étaient menacés. Un 
second groupe, composé du curé, des quatre religieuses de la Providence et 
d'habitants restés au village, dont une partie s'étaient réfugiés au presbytère, n'eut 
pas moins à souffrir. Le curé, M. l'abbé Moreaux, fut frappé et couvert de crachats 
sur le talus de la route; on lui reprochait la mort de deux soldats allemands que, à 
ce moment même, on enterrait à peu de distance et qui, d'après une enquête faite 
par M. le bourgmestre, avaient été amenés de Mariembourg. Quand M. le curé eut 
rejoint, à la bifurcation de la route de Nismes et de celle de Mariembourg, ses 
paroissiens, qui étaient, eux aussi, menacés de la mort, il fit en leur faveur 
plusieurs démarches pressantes auprès des officiers. « Fusilles-moi, répétait-il, 
mais épargnes mes paroissiens innocents ! » Les religieuses s'offrirent aussi en 
victimes, mais en vain. Rien ne parvenait à calmer leurs féroces gardiens. 

Les prisonniers furent alors dirigés sur Mariembourg, où des soldats très 
excités les jetèrent dans une écurie, puis les brutalisèrent pendant plusieurs jours, 
pour leur faire enfin enterrer les cadavres. 

Quant à M. l'abbé Moreaux, qui était plus que tous les autres l'objet des 
insultes et des coups, il fut retenu. L'accusation proférée contre lui était la suivante: 
•< Nos soldats ont vu le pasteur au clocher, agitant le drapeau et faisant des 
signaux ; il a commandé le feu sur les troupes allemandes ! » Emmené vers Couvin 
à la nuit tombante, par des soldats du to3 e de réserve, il fut joint à un groupe 
d'une quinzaine d'hommes de Mariembourg et d'au delà, avec lesquels se trouvait 
un turco. Tous les prisonniers, sauf M. le curé, étaient ligotés. Pendant la nuit, 
— qu'ils passèrent près de la route de Chimay, non loin du couvent de Pesche, — 
ils étaient couchés sur le dos, pieds et mains liés par des cordes qui leur entraient 
dans les chairs. Leurs gardiens ne cessaient de les brutaliser, leur crachant au 



107 

visage, les accablant de coups de pied et de crosse. Il plut pendant une partie de 
cette nuit et, comme ils étaient incomplètement vêtus, ils se trouvèrent, le matin, 
dans un état si misérable que plusieurs étaient en proie à la fièvre. 

Jeudi 27 à 6 heures, on s'avança par de mauvais chemins de bois vers les 
« Fonds de l'Eau » et la chapelle Saint-Antoine; on traversa la rivière en passant 
dans l'eau jusqu'au genou et l'on arriva à Cul-des-Sarîs. Là, un peu de soupe 
fut distribuée aux prisonniers, pour la première fois, et ils y passèrent la nuit. 

Vendredi 28, le cortège se dirigea sur Regniowez et Eteignères. A proximité 
du chemin de fer de Hirson à Charleville, les soldats prétendirent qu'on avait tiré 
sur eux d'une maison — les prisonniers se rendirent nettement compte qu'il n'en 
était rien; — ils envahirent la maison et en arrachèrent six ou sept étrangers, La 
dame de la maison et un jeune homme furent joints aux prisonniers; on leur fit 
faire volte face, pour les ramener à Eteignères, où ils furent promenés à travers 
le village jusque 23 heures. M. l'abbé Moreaux s'attendait encore à être 
fusillé et il devait à tout moment se défendre de l'accusation qui était proférée 
contre lui. 

La sauvagerie des soldats n'avait fléchi en rien. Tandis que le curé de Frasnes 
était mis à part avec son confrère d'Eteignères, qui l'avait rejoint, ainsi que la 
dame et le jeune homme d'Eteignères et quelques autres, sept prisonniers du même 
groupe, dont les frères Ernest-Désiré VAN SCHOOR (fig. 28), âgé de Zo ans, et 
Edgard-Fernand-Ghislain VAN SCHOOR (fig. 27), âgé de 20 ans, et Jules 
NICOLAS, âgé de 42 ans, tous trois de Mariembourg subirent un interrogatoire 
sommaire et furent menés devant un banc, sur lequel on les fit asseoir. Ils furent, 
à l'instant même, fusillés dans cette position et leurs cadavres tombèrent en arrière. 
L'officier qui commandait le feu était catholique, ayant, déclara-t-il, un frère prêtre. 
Il envoya dans l'église les prisonniers qui avaient eu la vie sauve, échangea avec 
eux quelques paroles et les congédia. Muni d'un passeport, M. l'abbé Moreaux fut 
arrêté en route plus de cinquante fois, logea à l'Escallière et rentra à Frasnes dans 
l'après-midi du 3o (»). A ce moment, les forts passages de troupes étaient terminés 
et on ne rencontrait plus sur les grand'routes que des autos. Les traitements 
qu'avait subis le curé de Frasnes avaient eu pour effet de lui faire perdre presque 
totalement la vue. 

Dans la journée du 27 août, le feu avait été remis aux maisons qui avaient 
échappé à l'incendie de la veille, par des soldats de Mariembourg qui en avaient 
reçu spécialement mission du commandant Leppin. Ce jour-là brûlèrent les maisons 
de Jules Robert, ardoisier, de Jules Tumblez-Hennuy, bourgmestre, les maisons 
Fayt. Benoît Laurent et l'école catholique des garçons. 

Cent quarante-cinq maisons ont été détruites ; dix seulement ont été préservées 
au village même. 

Le 16 septembre à ît heures, une vive fusillade mit en émoi les habitants : 
34 civils français condamnés, avec une légèreté inouïe, par une cour martiale 
siégeant à Couvin, étaient fusillés à la carrière du Lion, payant de leur vie des 
crimes imaginaires. Cette exécution barbare fut portée à la connaissance de la 

(1 ) Les compagnons du curé de Frasnes reçurent un passeport sïg-né Frhr von Ompteda, dont l'original 
a été découvert par le parquet de Dinant et est déposé aux archives de la Commission d'Enquête, à Bruxelles. 



io8 

population, le lendemain par l'affiche que reproduit la figure 38 (voir rapport 
n° 56 4 ) (1). 

Au lendemain de la catastrophe, les soldats commencèrent un pillage métho- 
clique des caves, sous les maisons incendiées. Les familles s'étaient dispersées dans 
les environs, pour chercher un abri, et il ne restait plus dans la localité que 
quelques personnes habitant dans les caves ou dans de petites dépendances 
préservées, se lamentant à cause du manque de vêtements et des objets de première 
nécessité. En décembre suivant, i5o habitants étaient revenus, sur 600. 

Massacre de lrenle~qualre civils français à Frasnes. 

La défaite subie par les Allemands sur la Marne dans les premiers 
jours de septembre 1914 eut son épilogue à Frasnes le 16 septembre. 

Dès l'instant où les troupes de la III e armée, arrivées au delà de la 
Marne, dans la région de Montmiraiî, durent reculer, elles s'emparèrent 
— selon la méthode de guerre qui leur est couiumière — d'un groupe de 
38 civils, dont elles en amenèrent à Frasnes trente-quatre, qu'elles y 
fusillèrent. Aucun de ces hommes n'avait été ni interrogé, ni jugé. 
Toujours les mêmes accusations : « ils avaient fait des signaux, coupé les 
doigts aux blessés, dévalisé des cadavres, etc. » 

Par un surcroît de sauvagerie, les exécuteurs interdirent de faire 
l'identification des cadavres. Malgré de laborieuses recherches, nous 
n'avons pu, après huit années, dresser qu'une liste incertaine et incom- 
plète de ces malheureuses victimes, et le rapport ci-dessous, bien 
qu'il ne contienne que des données vérifiées, dont nous mentionnons 
l'origine, est loin de faire la pleine lumière sur cet horrible drame. 

«Le t6 septembre 1914, à 11 heures — a raconté M" e la comtesse de 
N° 564. Villermont, au château de Saint-Roch, à Couvin — les soldats cantonnés à 
Saint-Roch se précipitèrent, affairés, vers la grand'route, et j'aperçus par la fenêtre, 
au travers des arbres, une escorte militaire encadrant des civils. Mon domestique 
me dit que c'était « un détrousseur de cadavres » qu'on allait fusiller plus loin. 
Emue de la chose, j'en parlai au comte V/ilding de Koenigsbrùck, grand'maître de 
la Cour du Roi de Saxe et chef de la Croix-Rouge, logé à Saint-Roch : il répondit 
« que je n'avais pas à m'intéresser à ces individus — il y en avait donc plusieurs — , 
misérables apaches, honte de l'humanité, pris à dépouiller les cadavres, dont les 
poches étaient pleines de doigts coupés! » Deux heures après, le baron Philippe 
von Feilitzsch-Keigersgrùn, officier de la Croix-Rouge, entra au château, excité et 
jubilant. « Schrecklich ! » répétait-il avec de grands gestes; je compris qu'il avait 
dû commander le feu qui avait mis fin aux jours de ces malheureux. 

» Toute consternée, j'allai me renseigner à Couvin et j'appris que, derrière un 

(1) P. René de Nantes, Couvin pendant la guerre. Paris, Librairie Saint-François 4, rue Cassette, p. 80. 



1^9 

convoi de prisonniers français, se trouvaient 34 civils français, parmi lesquels des 
vieillards de 70 ans et des jeunes gens de t6 ans, venant par étapes de Montmirail, 
localité située au delà de la Marne à l'est de Paris, Meaux et Chàlons-sur-Marne, 
au sud de Château-Thierry et de Reims. Cette localité marque l'extrême pointe de 
l'avance allemande avant la défaite de la Marne. Ces pauvres gens étaient arrivés 
le matin à Couvin, exténués, les habits en loques, beaucoup pieds nus Un grand 
vieillard à tête blanche, dont la taille dépassait celle des autres, avait les yeux 
hagards et paraissait fou de terreur. On leur marqua sur le dos une grande croix à 
la craie blanche, comme à des victimes prêtes à être immolées et, après un arrêt 
d'une demi-heure devant la Place Verte, on les dirigea vers Frasnes. 

» Ils y furent alignés au pied de la « Carrière du Lion » et fusillés ». 

M. Jamme, commissaire de police de Couvin, songea à recueillir les papiers de 
ces malheureux, afin de les identifier. Il était au quatrième cadavre quand les 
bourreaux lui ordonnèrent de cesser. Il n'avait — est-il besoin de le dire — trouvé 
sur eux ni aucun instrument d apache, ni aucun doigt coupé. Le lendemain, l'affiche 
suivante (voir fig. 38) fut apposée sur les murs de Couvin : elle relatait un jugement 
fictif, qui n'avait pas été rendu; la date du 16 avait été biffée au crayon et remplacée 
par le chiffre 17. 

PROCLAMATION 

La cour martiale a condamné à mort 34 Français. 
Ils avaient commis des crimes différents. 

Les uns avaient essayé d'espionner les positions des troupes allemandes pour les trahir aux commandants 
français. 

D'autres avaient tenté d'enflammer un hôpital dans lequel se trouvaient des blessés allemands. 
Le reste avait pillé des soldats tombés sur le champ de bataille. 
L'exécution a eu lieu. 

Couvin, le 17 septembre 1914. le commandant d'étape, 

(S) Lacroix. 

Le 17 à i5 h. 3o, le commandant Lacroix pria M. Mauer, de Couvin, qui 
servait d'interprète à l'hôtel de ville, de signifier à la commune l'ordre de fournir 
12 bêches pour creuser la fosse. Comme M. Mauer demandait d'où venaient les 
morts, le commandant répondit « qu'il les avait fait fusiller, parce qu'ils détrous- 
saient les cadavres de leurs soldats ». 

On serait resté sans détails sur l'identité des victimes et sur leur odyssée si l'on 
n'avait appris, après l'armistice, qu'il existait un survivant, Alfred-Paulin Chevalier, 
âgé de 63 ans, instituteur retraité, demeurant à Etrechy, par Vertus, Marne. 
Interrogé, il a pu fournir de précis et intéressants renseignements. 

C'est le 6 septembre 1914 que les Allemands installèrent à Etrechy un parc 
d'artillerie et pillèrent le village. M. Chevalier fut arrêté le 6 septembre au matin, 
sur dénonciation d'un espion allemand, et accusé « d'avoir tinté trois fois la cloche 
pour avertir l'artillerie française », ou encore « d'avoir donné aux enfants la haine 
des Allemands », accusations fantaisistes et qui ne reposaient sur aucune preuve. 
Après avoir été lié pendant deux heures à un rouleau, il comparut devant le 
commandant du parc d'artillerie établi à Givry-les-Loisy, puis il fut ramené à 



1 10 



Etrcchy, et joint à un convoi de prisonniers militaires. Avec lui se trouvaient trois 
autres civils, un nommé Hugo, de Brugny, M. Vincent d'Olizy, de Violaine 
(Marne), et un troisième d'Avesnes (Nord). Ils restèrent à Etrechy jusqu'au 
9 septembre au soir, enfermés dans une grange où ils reçurent des coups de 
bâton. Hugo avait été parqué, seul, dans un infect trou à porcs, et chaque fois qu'il 
montrait la tête ou les mains pour regarder hors de son taudis ou pour respirer, il 
était frappé, à tel point que sa tête et ses mains ne formaient vraiment plus qu'une 
plaie, et que, avant le départ, il dut recevoir un pansement dans une ambulance. 

C'est le 9 septembre que la débâcle allemande s'esquissa : on se mit en route 
et on logea à Soulières. Le to, la marche par étapes forcées commença. Après une 
journée d'avance sous un soleil de plomb et sans nourriture, on arriva à Germaine 
(Marne), où la nuit se passa dans un hangar. Le 1 i au matin, le convoi prit la 
direction de Reims, où le groupe des quatre premiers prisonniers s'accrut d'autres 
civils, des cultivateurs, venant de Montmirail et environs : il y en avait onze de 
Corfélix, il y en avait cinq du Recoude (mairie de Le-Gault-La~Foret) ; il y en 
avait deux de Carrobert, un de Perthuis; il y en avait de Margny et autres pays. 
Ils étaient faussement accusés d' « avoir coupé les fils des téléphones, d'avoir 
renseigné les avions, d'avoir tiré sur l'ennemi »; d'autres avaient été requis de 
conduire des blessés et, à un moment donné, on les avait joints au groupe des 
prisonniers. Parmi eux, des septuagénaires, des hommes de quarante ans, des jeunes 
gens de vingt; en particulier un enfant de 14 ans, Robert Martin, son père Jules 
Martin, 42. ans, son grand-père Louis Martin, jo ans, de Corfélix. 

M me veuve Jules Martin a pu nous donner les détails suivants sur l'arrestation 
des siens. « C'est le 5 septembre à 8 heures du matin que les Allemands sont 
arrivés à Corfélix. Après trois jours de combat à travers la plaine, ils ont été 
obligés de reculer. Honteux de leur défaite, ils ont cherché des moyens barbares 
pour se venger et c'est à Corfélix qu'ils commencèrent. Emmenés une première 
fois hors de la cave de notre maison, nous pûmes y rentrer à la fin de la journée, 
poussés par la faim, et nous étions occupés à préparer un repas quand des soldats 
obligèrent nos hommes à les suivre. Ils emmenèrent même mon fils Robert, âgé de 
14 ans; seul échappa un de ses oncles qui s'était mis au lit et passa pour malade. 
« On les enfermait, nous déclara un Alsacien, pour la nuit seulement, parce qu'on 
craignait qu'ils fissent des signaux aux Français. » Le lendemain, au lieu de les 
libérer, les troupes les emmenèrent, au nombre de douze. Un peu plus loin, l'un 
deux, Paul-Louis-Numance JACQUET, domestique à Corfélix, âgé de 36 ans, qui 
ne pouvait plus marcher, fut fusillé. C'était le 8 septembre. 

La première étape les mena à Lacaure, la seconde à Epernay, la troisième à 
Reims, où le groupe complet fut constitué. » 

Au départ de Reims, sous une pluie battante, le cortège, comprenant un millier 
de militaires et 38 civils, gagna La Neuvillette, où il fut entassé pour la nuit dans 
une grange. 

Le 12, longue étape jusqu'à Bazincourt, où deux civils purent s'échapper; il en 
restait trente-six, Le >3 à Rethel, le 14 à Attigny, le i5 à Rocroy, où il fut question 
d'une exécution, mais leurs gardiens dirent « qu'ils n'avaient pas trouvé un endroit 
convenable ». 



1 1 1 

Tout ce voyage avait été un long martyre. Ces malheureux étaient frappés au 
moindre signe de fatigue. Ils devaient souvent porter les havresacs de leurs gardiens. 
Dans les villages, les Allemands s'échelonnaient le long des rues et se les renvoyaient 
de l'un à l'autre à coups de pied et de poing. Une seule parole revenait sur leurs 
lèvres : « ils allaient être fusillés ». Ces centaines de kilomètres furent parcourus 
sous une chaleur torride et dans la poussière, sans pour ainsi dire recevoir ni à 
boire, ni à manger. On avalait des pommes de terre, des betteraves ou des carottes 
trouvées le long des routes, des croûtes de pain moisi ramassées dans les fossés. 

Le \6, quand fut passée la frontière belge, un vieillard exténué s'affaissa sur 
la route et fut tué de deux coups de feu, puis enfoui au bord du chemin. 

A Couvin, dans une prairie, un officier allemand vint demander qui étaient ces 
gens : « Des francs-tireurs, des espions, des dévaliseurs de cadavres ! » lui fut-il 
répondu ; il prit sa cravache et se mit à les frapper. Alors les 35 civils furent 
séparés des soldats, M. Chevalier, grâce à un dolman de pompier que lui avait 
passé un sous-officier français, avait été rangé parmi les militaires et y resta. Les 
Allemands remarquèrent bientôt qu'il manquait un prisonnier, et vinrent faire une 
enquête à Mariembourg, parmi le groupe des militaires, mais leurs recherches 
furent vaines : M. Chevalier s'était fait inscrire comme G. V. C. et avait pris un 
faux nom (Hadot), qu'il conserva pendant de longs mois, jusqu'à ce qu'il put quitter 
le camp des prisonniers d'Alten-Grabow en Allemagne et gagner la Suisse, puis la 
France. C'est le 16 février 1916 qu'il rentra à Vertus. 

Tous les 34 autres furent fusillés : aucun d'eux n'avait eu à répondre, devant 
des juges, d'une accusation quelconque. 

Ce n'est que fin juillet 1920 que les cadavres ont été exhumés, par une équipe 
de soldats français, et transférés au cimetière de Frasnes. Ils y forment trois rangées: 
la première, comprenant les n° s t à 14, ne compte que des inconnus ; la seconde, 
n PS i5 à 20, comprend six corps identifiés, à savoir : n° i5 Grégoire Glau...t; n° 16 

Jules Martin; n° 17 Louis ot ; n° t8 Narcisse Prieur; n° 19 Elie Henriet ; 

n° 20 Lucien Achille Camus ; la troisième rangée, n os 21 à 34, ne compte non plus 
que des inconnus. 

D'autre part, les renseignements fournis par M. Alfred-Paulin Chevalier et par 
M me veuve Jules Martin ont permis de dresser des victimes la liste provisoire 
suivante : 

1. ADAM, Alfred-Désiré, 60 ans, cantonnier, à Corfélix. 

2. DESPEZELLE, Théodore-Edouard, 54 ans, journalier, id. 

3. HEBERT, Auguste-Gustave-Ernest, 67 ans, garde-champêtre, id. 

4. HENRIET, Louis-Elie-Théophile, 65 ans, sans profession, id. 

5. MARTIN, Louis-François-Gustave, 71 ans, rentier, id. 

6. MARTIN, Jules-Auguste, fils du précédent, 42 ans, cultivateur, id. 

7. MARTIN, Robert-Jules, fils du précédent, 14 ans, id. 

8. PHILIPPON, Léon-Gaston, 32 ans, poseur à la C ie des C. B. R., id. 

9. RENE, Auguste-Alexandre, 69 ans, journalier, id. 
10. TRUFFAUT, Louis-Paul, 65 ans, manouvrier, id. 
il. TRUFFAUT, Georges-Emile, 39 ans, cultivateur, id. 



t 12 

12. CAMUS, Lucien-Achille, 19 ans, ouvrier agricole à Désiré, habitant au 

Recoude, mairie de Le-Gault-La-Forêt. 
i3. CAMUS, Henri-Octave, 17 ans, ouvrier agricole à Désiré, habitant au 

Recoude, mairie de Le-Gault-La-Forêt. 
14. GARNIER, Louis, 60 ans, journalier au Recoude. 
i5. PRIEUR, Narcisse-Barthélémy, 55 ans, cultivateur au Recoude. 

16. SAVRY, Jules-Louis-Alexandre, 58 ans, manouvrier au Recoude. 

17. BEDEL, Alexandre-Omer, 48 ans, cultivateur à Carrobert, de passage au 

Recoude. 

18. BEDEL, Pierre, 16 ans, ouvrier agricole à Carrobert, de passage au Recoude. 

19. BROCHOT, Marie-François, 70 ans, manouvrier à Perthuis, parti de Tréfols 

le 7 septembre. 

2.0. LEFÈVE (1), Emile, 5o ans, de Talut-Saint-Prix. 

2t. COURGIBET, Alexandre, 70 ans, de Fromcntières. 

22. DOLIZY, Vincent, de Violaine. 

23. HUGO, de Brugny. 

24. LABARRE, .... d'Etrechy. 

25. ..., d'Avesnes. 



$9. — Vers la frontière française. 

Parlant de Frasnes au malin du 26 août, la 23 e division de réserve 
alleignit la France vers midi, par Cul-des-Sarts el L'Escaillière (2). Un 
combal d'arrière-garde se déroula à Rièzes, où le général d'artillerie 
von Kirchbach, commandant le XII e corps de réserve, fut légèrement 
blessé (3). 

Les rapports qui vont suivre (n os 565 à 572) relaient les faits, d'im- 
portance secondaire, qui se sont déroulés dans les villages frontières de 
Géronsart, Boussu-en-Fagne, Aublain, Dailly, Pesches, Gonrieux, 
Presgaux et Cul-des-Sarts- 

N° 565. A Géronsart, écrit l'instituteur, M. Paul Bauffet, quand les habitants virent 

arriver les émigrés de Moriaimé, d'Acoz et de Couillet, quand surtout ils enten- 
dirent les Français en retraite leur crier : « Sauvez-vous! », ce fut une fuite éperdue 

(1) Les données sur les n os 20 et suivants ne sont pas officielles, tandis que les précédentes ont été 
fournies par les mairies de Corfélix et de Le-Gault-La-Forêt. 

(2) L'ordre donné le 25 au soir pour le 26 précisait que la poursuite devait être continuée le 26, par la 
23 div. de réserve, sur Le Trembloy, au sud de Rocroi. Von Hausen, Erinnerungen, o. c. p. 146. 

Le général von Bûiow note de son côté que la III e armée avança le 26 août son flanc droit par Mariem- 
bourg-Gonrieux-Regniowe; sur Auvillers, s'écartant dans sa marche de la direction droit au sud-ouest 
qu'il était nécessaire de prendre et créant ainsi entre elle et la II armée un trou regrettable. Mon rapport, 
o. c, 67. 

(3) Vor; Hausen, ibid,, p. 147. 



ti3 

dans les bois, où des cachettes naturelles ne manquaient pas pour se dissimuler aux 
yeux de l'ennemi. 

Mardi 25 août, le bruit éloigné d'une fusillade venant de Philippeville tint 
tout le monde en haleine. Vers 10 heures, on signala les premiers Allemands 
aux confins de Senzeilles-Mariembourg. A midi, les derniers Français battaient 
en retraite, tout en combattant. A i3 heures, les Allemands s'avancèrent à travers 
bois, l'infanterie précédant l'artillerie. Un canon fut mis en place et tira un coup 
sur Frasnes, Deux aéros, un allemand et un français, combattaient au-dessus du 
bois. Cependant deux soldats français postés au lieu dit « Tienne Warisse « 
tiraient sur l'ennemi et lui tuaient plusieurs hommes, que leurs compagnons 
impassibles chargeaient aussitôt sur leurs canons et emportaient. Un officier 
allemand tomba raide mort. Plusieurs chevaux furent aussi tués. Les Allemands 
couvraient la forêt, au hasard, d'une grêle de balles, mais sans atteindre leurs 
adversaires invisibles. Bientôt Allemands et Français s'éloignèrent, se poursuivant 
l'un l'autre, et disparurent. Quant aux canons, au nombre de cinq, ils furent 
joints à quinze autres et postés dans les prairies ; vers le soir, ils partirent au galop 
vers Mariembourg. 

A Boussu~eri''Fagne, le 25 août au matin, les autorités militaires françaises 
conseillèrent aux habitants d'abandonner leurs maisons; bientôt il ne resta plus au 
village que deux ou trois vieillards. Les fugitifs se virent dépassés par l'ennemi aux 
environs de Cul-des-Sarts et purent revenir chez eux, à l'exception de quatre 
familles qui avaient pénétré plus avant en France. Ils trouvèrent, en rentrant, leurs 
maisons intactes, car il n'était passé que deux groupes de uhlans dans la matinée 
du 25 : les uns s'engagèrent dans le bois, les autres venaient d'Aublain et deman- 
dèrent le chemin de Cerfontaine. 

N° 567. Des Bretons — écrit M. l'instituteur Scaillet — prirent quartier à Aublain le 

17 août. Le 18, le général Bonnier, qui résidait au presbytère, passa la revue 
des troupes et dit ensuite à M. le curé avec un accent qui trahissait l'affection et le 
dévouement : « Pauvres enfants, ils ne savent pas où ils vont ! » La revue terminée, 
les troupes venues de Couvin par Dailly reprirent le même chemin, pour se diriger 
sur Tamines. 

Les fuyards qui passèrent ensuite au village étaient principalement de Tamines, 
d'Aiseau et de Mettet, 

Le 25 au matin, il vint plusieurs centaines de fantassins français démoralisés, 
qui battaient en retraite et ne voulaient pas dire d'où ils venaient. On en 
disposa dans les campagnes à l'est du village, en ordre de bataille; ils creu- 
sèrent des tranchées, aménagèrent des cachettes avec des gerbes d'avoine 
et établirent un poste d'observation au clocher. Un taube circula le long du 
chemin de fer. Vers midi, ce fut un aéro français, qui transmit sans doute l'ordre 
de la retraite, car les troupes prirent le chemin de Mariembourg, où la bataille 
s'engagea. 

Quand les gens virent, le soir, Mariembourg en feu, ils se réfugièrent « sous 
les Roches », dans la vallée de l'Eau Blanche. Les bois furent, pendant deux jours 



M4 

et deux nuits, leur refuge. Durant le jour, les femmes s'enhardissaient à aller 
traire le bétail. 

Quelques uhlans passèrent le 26 et le 27, se dirigeant vers Cerfontaine. 

Après cela, les gens revinrent dans leurs maisons, qui étaient respectées. 

N° 568. A partir du 22 août, la route de Boussu et la grand'route de Chimay, qui passe 

non loin du village de Bailly, offraient aux regards le plus navrant et le plus inou- 
bliable des spectacles. Des familles entières s'enfuyaient devant i'ennemi, allant au 
hasard chercher un refuge... Elles venaient surtout de Charleroi, Marcinelle et 
Mettet, les unes en voiture, les autres à pied, poussant des brouettes chargées de 
vivres et de couvertures. Ces fuyards, qui paraissaient hantés d'horribles visions, 
étaient harassés de fatigue et brisés de chagrin. 

Le 24 fut une journée de tristesse et d'angoisse, à cause de la retraite des 
troupes belges et françaises. Des pièces d'artiilerie prirent position aux environs 
du village. La première ligne de canons se trouvait « aux Longuigneuls », à « la 
Haie de Frasnes », et aux « Monts de Boussu » ; tandis que l'infanterie creusait des 
tranchées rudimentaires à « La Faligeotte » et « au Tienne de Pesches ». Les 
officiers, prévoyant un combat, engagèrent les habitants à fuir; ce qu'ils firent, 
vers Cul-des-Sarts ou dans le bois de Gonrieux. 

Le 26 au matin, quelques uhlans traversèrent le village. 

Le 27, des habitants revinrent dans leurs maisons, qu'ils trouvèrent pillées, et 
annoncèrent aux autres que le village était calme et qu'ils pouvaient rentrer. 

N° 569. Le 17 août, relate M. l'abbé J. Artus, prit quartier au village de Pescbe un 

détachement de turcos et de zouaves français, que la population reçut avec un 
enthousiasme délirant. Partis le 18 à midi, ils furent remplacés le même jour par 
des soldats de l'armée de Paris ; leur Etat-Major et 3oo militaires furent hébergés 
au pensionnat des Filles de Marie. Beaucoup d'entre eux se confessèrent et 
témoignèrent le désir de communier le lendemain, mais l'ordre de départ vint 
à minuit. 

Le 21, 180 chariots, chargés de mitraille, cartouches, grenades et autres 
explosifs, et traînés par 700 chevaux, campèrent à l'entrée du village. Ce défilé de 
lourds véhicules se dirigea le lendemain à 8 heures vers Mariembourg et Philippeville. 
« Venez avec nous ! Nous en avons assez pour faire sauter la tête de Guillaume ! » 
criaient plaisamment les conducteurs aux habitants postés le long des chemins pour 
les acclamer. 

Le 23, tandis que les vitres et les portes des maisons étaient secouées sans répit 
par les détonations d'une violente canonnade, la grand'route de Couvin-Chimay 
était sillonnée et le village envahi par des bandes de malheureux fuyards arrivant 
de Dinant, Tamines, Mettet et autres localités, et qui, affolés et harassés de fatigue, 
faisaient aux habitants le lugubre récit de l'horrible spectacle dont ils avaient été 
les témoins navrés. Vers 17 heures, une trentaine d'avions français abandonnèrent 
le camp de Philippeville et, se dirigeant sur Rocroi, survolèrent le village de 
Pesche. Témoins du vol effaré des grands oiseaux, les paysans ne perdaient pas 
confiance : « Ils vont chercher la « Turpinite », fameux gaz asphyxiant découvert 



115 

par Turpin et qui anéantira l'armée allemande! » Chacun, la nuit suivante, reposa 
paisiblement, appuyé sur cette ferme espérance. 

Le 24 à midi, comme je demandais à un sergent français, prêtre, qui venait de 
Tamines et requérait des logements, si l'armée reculait, il répondit encore : «Nous 
venons nous reposer un peu ». Deux heures après, un officier à quatre galons, 
littéralement recouvert, figure et habits, d'une épaisse couche de poussière et brisé 
de fatigue, me demanda un lit et me dit : « Vous êtes prêtre? — Oui. — Alors on 
peut vous confier quelque chose : nous reculons. Ou bien nous avons subi une 
lourde défaite, ou bien le plan du grand Etat-Major est de fortifier notre aile droite 
en Alsace et d'attirer l'ennemi en Belgique. Ce sont des barbares que nous avons 
devant nous. Ils brûlent et saccagent tout. Le spectacle de ces pauvres gens dont 
nous sommes les défenseurs et qui fuient éperdus devant l'ennemi me crève le cœur!» 

Le détachement français ramenait au couvent quelques blessés, parmi lesquels 
deux Algériens. Le colonel Maurice Taupan, qui avait commandé les Algériens à 
Tamines, mourut dans la nuit du 25 au 26, après avoir reçu avec piété les sacrements 
de l'Eglise et fut inhumé le 26 à 19 heures, dans le cimetière du couvent, sans 
chant ni cérémonie, pour ne pas attirer l'attention de l'ennemi quioccupait la localité. 

Les Français s'étaient préparés, le 25, à la résistance et avaient garni de 
canons la colline «la Butte» qui domine le village, pour refouler l'ennemi qui allait 
déboucher, disaient-ils, par la grand'route de Couvin-Chimay ; à midi, un ordre 
télégraphique leur enjoignit de se diriger sur Rocroi. Alors ce fut dans le village 
un affolement général. Les paysans alarmés chargèrent sur des chariots quelques 
provisions et objets de première nécessité et s'en allèrent dans la forêt, les uns 
chassant devant eux leur bétail, d'autres le laissant dans les prairies ou les écuries. 
A 19 heures, le village était désert et dans les ténèbres, l'on n'entendait que le 
beuglement de quelques vaches et le craquement des lourds véhicules emportant de 
« la Butte » les derniers canons français. L'ennemi était à quelques kilomètres, 
comme nous l'annonçait la sinistre lueur des incendies. 

Dans la soirée, quelques uhlans battaient déjà la campagne entre Pesche 
et Couvin. 

Le 26 à 5 h. 3o, une cinquantaine de uhlans, suivis de la masse compacte de 
l'infanterie saxonne, se présentèrent à l'entrée du village. Pendant toute la journée, 
jusque vers 16 heures, ce fut un défilé ininterrompu de soldats, de chevaux, de 
canons, voire même de camions de boulangerie et de lourds chariots de ferme 
enlevés à Dînant, Surice et autres localités incendiées. En tête du défilé, marchaient 
des civils, dont M. le curé de Frasnes. De temps en temps, ces masses serrées 
s'arrêtaient, et, tandis que le déluge d'uniformes gris couvrait les routes et les places 
publiques, les fiers soldats germains pénétraient dans les maisons l'arme au poing 
à l'instar de brigands, se faisaient ouvrir les armoires, emportaient pain, viande, 
lard, boissons et tout ce qui leur tombait sous la main. Si la maison était abandonnée, 
ils enfonçaient les portes et la dévalisaient totalement. 

Déjà de nombreux soldats escaladant les murs de clôture du couvent, s'étaient 
présentés aux portes, terribles et menaçants, tellement défiants qu'ils soupçonnaient 
qu'on pût leur présenter du pain empoisonné. C'est ce que me déclara l'un d'eux 
qui, en mangeant la tartine que je lui avais donnée, appuyait son arme sur mon côté 



m6 

gauche, prêta faire feu. Ils étaient des centaines : tous braquaient sur moi leur 
arme ou leur revolver. Avertie, la Révérende Mère se fit escorter de quelques 
soeurs allemandes et leur fit distribuer des tartines et du café avec tant de bonhomie 
qu'ils se montrèrent bientôt convenables. 

Le défilé des masses grises se continua pendant toute la journée du lendemain. 

N 570. Le 14, de grand matin, écrit M" e Elisa Rousseaux, institutrice, les premières 

troupes françaises défilent sur la grand'route Chimay-Mariembourg, qui coupe au 
nord le territoire de Gonrieux. Un brouillard épais enveloppe le village, on ne 
distingue rien, mais le bruit assourdissant des chariots réveille les habitants. On 
s'habille à la hâte, on court au pavé, on se relaie pour porter des rafraîchissements 
aux soldats. 

Le t5, un régiment algérien cantonne à Boutonville, village à i5 minutes d'ici. 
Une véritable procession s'organise dans l'après-midi, les Arabes reçoivent en 
abondance lait, œufs, sucre, chocolat. 

Le 17, le 125 e de Cherbourg arrive par la route de Cul-des-Sarts ; le lendemain 
il se dirige vers la Sambre et un jeune fermier conduit en chariot jusque Tongrinne 
les soldats dont les pieds sont endoloris par les marches forcées. 

A partir de ce jour jusqu'au 22, les régiments des garnisons côtières de 
Saint-Lô, Saint-Malo et Saint-Nazaire, composés en grande partie de réservistes, 
traversent Gonrieux sans s'arrêter. 

Le 20, nous arrive une colonne de ravitaillement (capitaine Holley; chef 
d'escadron, comte de Vaubert de Genlis ) ; le 21, elle reçoit l'ordre de rebrousser 
chemin et prend la route de Chimay. Presque en même temps la 9 e division d'ambu- 
lance entre par la route de Cul-des-Sarts : il y a 18 prêtres-soldats. Le 23, ils se 
succédèrent aux trois autels de l'église, offrant la divine victime pour la Patrie en 
danger. L'église ne désemplit pas de la journée et les offices furent émouvants. Ces 
soldats nous ont fort édifiés; un grand nombre s'approchaient chaque matin de la 
Sainte-Table et, le soir, ils restaient bien tard à l'église, récitant leur chapelet. 

Le 23, les routes de Couvin à Chimay offrent aux regards le plus navrant et le 
plus inoubliable des spectacles. Des familles entières de paysans s'enfuient devant 
l'ennemi ; elles viennent des bords de la Sambre, traînant derrière elles tout ce 
qu'elles ont pu rassembler. La plupart de ces malheureux voyagent à pied et poussent 
devant eux de petites charrettes; ils paraissent harassés de fatigue et brisés par le 
chagrin. Ils emportent avec eux l'horrible vision de leurs maisons saccagées et 
brûlées, de leurs parents ou amis lâchement fusillés. 

Les soldats passent une grande partie du 23 août dans les prés voisins de la 
rue Doaire, d'où l'on découvre Philippeville. Couchés à plat sur le sol, ils suivent 
les péripéties du combat et disent de fois à autre : « Comme ça chauffe là-bas ! » 
Vers 17 h. 3o, soldats et habitants, appuyés sur le mur de clôture du grand verger 
longeant l'école, regardent dans la direction de Philippeville, écoutant anxieusement 
la grande voix du canon. Tout à coup, dans le lointain, un gros oiseau semble surgir 
de terre, puis un 2 e , un 3 e ... on en compte 18. Après avoir plané un instant, tous 
prennent leur essor vers Rocroy. Ce sont les avions français qui abandonnent 
Philippeville : la retraite de nos braves défenseurs commence. 



t'7 

Le lendemain fut un jour plein de tristesse et d'angoisse. L'ambulance quitte 
Gonrieux dans la matinée. Vers midi, plusieurs milliers de soldats belges échappés 
de Namur passent sur la grand'route. Avertis par un cycliste, les parents courent 
embrasser leurs (ils, mais ceux-ci ne peuvent s'arrêter, ils doivent rejoindre le 
général Michel à Rièzes. La vue de ces soldats en déroute, débandés, abandonnés 
à eux-mêmes, ne fait qu'accroître la terreur qui règne au village. 

Dans l'après-midi, de nombreux fuyards remplissent les rues ; on les loge dans 
les granges, les fenils, les hangars, les classes A peine ces malheureux sont-ils 
installés que le 75 e d'infanterie française arrive. Il vient de Tirlemont. Les soldats 
sont exténués, ils marchent depuis cinq jours. A la nuit tombante, ce sont des 
troupes échappées à l'ennemi, elles ont quitté Rosée à 3 heures du matin. Noirs de 
poudre, harassés, ils se laissent tomber, sac au dos, le long des talus. « Impossible 
d'aller plus loin, disent-ils, si l'ennemi arrive cette nuit, nous n'échapperons plus! » 
On case les fuyards dans l'église et les soldats ont à leur disposition les locaux 
abandonnés par les premiers. Ils reposent tranquillement toute la nuit. Dans la 
matinée, un grand nombre viennent se faire masser les pieds et les genoux chez les 
sœurs. 

Comme les Allemands sont à quelques kilomètres de Mariembourg, les 
ambulances sont évacuées, les blessés transportés dans toutes les directions, à 
Couvin, au couvent de Pesche. Une charrette conduite par une femme et 
chargée d'un Algérien gravement blessé, arrive à Gonrieux au moment où 
le clairon sonne le départ des troupes en retraite. Le commandant confie le 
malheureux aux autorités locales ; il est déposé à l'école des garçons, en 
attendant qu'une voiture puisse le tranporter au couvent de Pesche, ce qui à 
lieu le soir même. 

Le bruit du canon se rapproche de plus en plus. La plupart des habitants, 
affolés, s'enfoncent dans les bois pour attendre les événements. 

Le lendemain, 26, les fuyards, cachés au « Fond de l'Eau », voient descendre 
une troupe de cavaliers avec lances et oriflammes. « Anglais? » demande-t-on. 
— « Allemands! » fut la réponse. Ces uhlans étaient suivis de près par des 
colonnes serrées et tout un matériel de campagne. Dans l'espace de deux jours, 
42,000 défilèrent par le chemin rocailleux du bois, allant sur Rocroi. Alors les 
habitants, rassurés, rentrèrent au village. 

Le 3o. pendant les vêpres, un officier en auto arrive chez le bourgmestre 
et l'emmène pour faire le tour du village. C'est le lieutenant Marquardt, de 
Leipzig, un grand boiteux, qui prend possession de Gonrieux au nom de 
l'Empereur. Il s'installe dans la belle habitation de M. Luc, qui a gagné la 
Bretagne. Le drapeau national est enlevé du clocher par un soldat, car le clerc 
a refusé d'aller le prendre. 

Pendant les semaines qui suivent, la commune dut fournir : lard, poules, 
vin, bougies, beurre, épiceries, farine, levure, lampes, pétrole, pommes de 
terre, produits pharmaceutiques, etc., et réparer les vélos. En même temps, 
on réquisitionne paille, avoine, fourrage, ti cochons, 26 bœufs, 6 chariots, 
14 chevaux pour le magasin de la 3 e armée et la boulangerie (inspecteur 
Herman) établie au couvent de Pesche. Sept fermiers sont réquisitionnés et 



n8 

partent en France avec attelages pour 5, 7, 9 et même 19 jours. L'un alla 
jusque Châlons et dut transporter des morts et des mourants. Trois revinrent 
sans chariots, ni chevaux. 

N°57i. Presgaux (paroisse de Gonrieux) ne (ut non plus visité par les Allemands 

que le 3o août : une auto venant de Cul-des-Sarts vint y réquisitionner des 
vivres. 

N° 572. Cul~des~Sarts (1), relate M. l'abbé Seron, curé, confine aux villages français 

de Regniowez et La Taillette et est à 6 kilomètres nord-ouest de Rocroi. 

Le 26 à 8 heures, les premiers uhlans apparurent au hameau de la Rièze et 
firent quelques patrouilles dans les environs. Ils furent suivis de troupes d'infan- 
terie et d'artillerie, qui se dirigèrent plutôt du côté de Petite-Chapelle et eurent à 
soutenir, du quartier « Les Plains », un combat contre les troupes françaises de 
Rocroi et des environs; trois soldats allemands succombèrent à cet endroit et 
furent pius tard inhumés au cimetière paroissial. 

A ce moment, les habitants s'étaient presque tous retirés dans les bois ; un 
certain nombre avait précédé les troupes françaises et resta exilé. 

Dans le centre du village, on ne vit de troupes que vers 11 heures, d'abord des 
cavaliers, puis des cyclistes. Une compagnie de ceux-ci était aux abords de l'église 
comme j'allais sonner l'Angelus; leur chef me dit qu'ils avaient dû forcer des 
portes pour se restaurer et me remit un bon pour ce que ses hommes avaient pris. 
Je pouvais, ajoutait-il, rassurer mes paroissiens. 

Le gros des troupes, infanterie et artillerie, n'arriva dans le centre du village 
que vers 17 heures. Deux patrouilles m'enlevèrent successivement, d'abord pour 
perquisitionner dans l'église, puis pour m'emmener au poste de commandement. 
La commune était, me dit l'interprète, très suspecte. On me prenait, me dit ensuite 
un officier, pour deux raisons : i° un des leurs avait été tué; j'avais en effet appris 
que vers i5 heures, un officier (2) en bicyclette avait été blessé par les Français 
aux environs du village et qu'il avait tiré un coup de revolver sur un villageois, 
M. Hubert-Arthur Collin, qui voulait lui porter secours et qui fut blessé griève- 
ment ; 2 des officiers avaient été empoisonnés par du vin. Le lendemain, je fus 
requis pour les conduire jusque près de Regniowez, puis je fus libéré et je pus 
encore, en rentrant, célébrer la Sainte-Messe, un peu avant midi. 

Le 28 août, un officier fit marcher plusieurs civils devant ses soldats, arme au 
poing, les forçant à crier : « Si vous tirez, nous sommes fusillés les premiers! » A 
Regniowez, ils furent relâchés. 



( i) Cf. Masschner, o. c, p. 25. 

(2) Le lieutenant Otto von Boyneburgh, de Wichmannshausen (Hesse), décédé le 26 août. 



ii 9 

2. — La 24 e division de réserve. 

La 24 e division de réserve (général von Ehrenthal) comprenait les 
47 e et 48 e brigades, formées des 104 e , 106 e , 107 e et 1 33 e régiments de 
réserve, appuyés d'un régiment de uhlans de réserve et du 24 e régiment 
d'artillerie de réserve. 

Partie de la région de Saint-Vith, la division s'est dirigée sur 
Vielsalm, la baraque de Fraiture, Erezée, Melreux, Heure, suivant pas 
à pas le XI e corps, et elle est arrivée le 22 août dans la région de Natoye. 
Nous la retrouvons ce jour-là et le lendemain terrorisant les villages de 
Crupet, Durnal et Spontin ; elle couvre de ruines et arrose de sang 
humain toutes les routes qui mènent à la Meuse. 

La division demeura le 24 août à Dinant et dans la vallée de la 
Meuse, pour couvrir les ponts et en assurer la sécurité (1); ses troupes 
ne furent pas étrangères aux cruautés et aux dévastations qui se conti- 
nuèrent, pendant cette journée, dans la ville martyre. 

La division commença à passer la Meuse dans la nuit du 24 au 
25 août, à minuit (2), au pont de Leffe devenu libre, et se dirigea sur 
Anthée, en partie par Sommière et Gérin (3), en partie par la grand'route 
de Philippeville (4). Le 25 août, elle fut chargée par le chef de la 
III e armée de l'attaque de la forteresse de Givet (5) et reçut à cette fin 
deux batteries et demi d'artillerie à pied et deux batteries de mortiers 
autrichiens de 3o.5 (6). Commencé le samedi 29, le bombardement se 
poursuivit jusque dans la nuit du 3o au 3i août. Avant que commençât le 
siège, toute la population civile avait été expulsée des villages de la 
région, dans lesquels les troupes s'établirent en maîtres. 

C'est le i er corps français qui les y avait précédées. Aussi convient-il 
d'étudier tout d'abord les incidents qui marquèrent sa retraite (7). 

Le 1 er corps français, comprenant la i re et la 2 e division, reçut dans la nuit du 
23 au 24 août l'ordre de retraite du général Lanrezac : « La 5 e armée, en marche 
avant le jour, le 24, se repliera sur la ligne générale Givet-Philippeville'-Beaumont- 
Maubeuge ». 

(t) Von Hausen, Erinnerungen, p. 140. 

(2) BAUrtGARTEN-CRUSIUS, O. C.» p. 35. 

(3) Id., p. 36. 

(4) Von Kausen, carte, Anlage 4. 

(5) Von Hausen, o. c, p. 146 ; Baumgarten.-Crusius, o. c, p. 45. 

(6) Baumgarten-Crusius, o. c, p. 41. 

(7) D'après les archives de la Section historique de l'armée française. A consulter aussi sur la retraite du 
t r corps st de la 5i® division de réserve, Hanotaux, Histoire illustrée de la guerre de 1914, VI, p. 22, et 
VIII, p. 76. 



i2o 

La t re division (i rc et 2 e brigades) s'est repliée à l'ouest de la 2 e ; la i rR brigade 
atteignit à la soirée le cantonnement des Matagne : le 43 e , Matagne-la-Grande ; 
le 127° Matagne-la-Petite ; la 2 e brigade ne réussit pas à dépasser Romerée et 
Romedenne, où elle fut surprise à la soirée, ainsi que nous le raconterons plus tard. 

A la 2 e division (3 e et 4 e brigades), c'est la 3 e brigade qui s'est repliée la 
première, dès 9 h. 3o, et est allée cantonner à l'arrière, le 73 e , à Gimnée, le 33 e , à 
Niverlée et Masée. 

La 4 e brigade (8 e et 110 e ) avait reçu l'ordre de couvrir la retraite, la route de 
Rosée à Gochenée et Agimont étant menacée dès l'avant-midi du 24 août par les 
troupes allemandes du XIX e corps qui avaient passé la Meuse la veille ou au matin 
à Hastière, à Waulsort et au Colèbi (Lenne). Le 1 10 e est resté à Miavoye le dernier, 
faisant fonction d'arrière-garde : le t er bataillon et la 10 e compagnie occupaient le 
hameau, le 3 e bataillon (moins la 10 e compagnie) était posté au château de Fontaine, 
le 2 e bataillon au sud-ouest de Miavoye. A 11 heures, le régiment reçut l'ordre de 
se replier : tandis qu'il se dirigeait vers Doische. où il cantonna à la soirée, les 
3 e et 1"* bataillons formèrent un repli sur le mamelon situé entre Omezée et Soulme. 
où le général Deligny, commandant la 2 e division, se trouvait en personne à i3 h. 40. 
Bien que l'artillerie ennemie fût signalée au nord-est de Soulme, les 3 e et 1 e1 batail- 
lons ne furent pas engagés et rejoignirent, le soir même, leurs unités. 

Quant au 8 e régiment, il arriva à 14 h. 3o dans la région de Vodelée, où le 
1 er bataillon prit les avant-postes au nord du village, se reliant à l'ouest avec le 
i er régiment (i re division), qui occupait alors Romedenne, et à l'est avec le 
2 e bataillon du 45 e , qui avait quitté Morville à 10 heures et s'était arrêté à Gochenée ; 
le 3 e bataillon du 8 e s'établit au nord-est de Vodelée en soutien d'artillerie et le 
2 e bataillon se porta vers Agimont, où il releva un bataillon du 3 10 e dans la 
surveillance du secteur Givet-Hermeton. Les 3 bataillons, formant l'arrière-garde 
de la 2 e division, quittèrent Vodelée le 25 août à 4 heures, pour gagner Gimnée, 
Mazée et Dourbes. 

La 8 e brigade (général Mangin) était réduite à deux bataillons : l'un du 45 e , 
l'autre du 148 e , qui avaient combattu la veille au soir à Onhaye. Nous verrons que 
ce sont eux encore qui soutinrent le combat d'Agimont, après lequel ils se retirèrent 
sur Treignes et Rocroi. 

Sur l'itinéraire suivi par la 24 e division, les villages d'Anlhée, de 
Maurenne et de Morville rediront longtemps la cruauté des réservistes 
saxons. 

Les autres localités furent relativement épargnées. Une maison fut 
brûlée à Agimont. Six civils furent tués à Soulme. Deux maisons furent 
brûlées à Vodelée. Un sourd-muet fut martyrisé à Doische. A Gimnée, 
la population, enfermée la nuit dans l'église illuminée, fut exposée à être 
exterminée par les obus du fort de Givet. 

Les rapports qui suivent vont nous relater le détail de ces 
cruautés. 



12.1 



$ t . — Gérin . 

Quand la 24 e division de réserve eut escaladé la côte qui borde 
la Meuse et pénétra dans Sommière, au matin du 25 août, elle y 
avait été précédée par les troupes du XII e corps; c'est pourquoi 
nous omettrons de parler ici de ce village (voir rapport n° 582, p. 137). 

La division gagna de là Gérin, où se trouvait déjà depuis la 
veille le commandement général de la III e armée (tj. Le village était 
presque désert. Un groupe d'habitants, qui y f ut surpris, fut malmené 
à l'extrême et cinq hommes tombèrent dans l'hécatombe de Surice. 

Gérin (2) est situé à 267 mètres d'altitude, à 8 kilomètres de Dinant. Ce 
village fut occupé avant le 23 août par les troupes françaises, qui édifièrent 
la paroisse par leurs sentiments chrétiens. Au salut de chaque soir, l'église 
était comble; ces braves récitaient le chapelet à haute voix et chantaient des 
cantiques. Après l'office, M. l'abbé Thibaut, aumônier militaire de Cambrai, 
se trouvait au confessionnal avec le curé de la paroisse; ensemble, ils prêtaient 
leur ministère à ceux qui le demandaient. Le lendemain, les troupiers français 
s'approchaient nombreux de la Sainte Table. 

Le 23 août, à \o heures, les premiers obus allemands, tirés des hauteurs 
de Blaimont, tombèrent au sud-est du village et, une heure après, ils le 
dépassèrent. A 12 h. 3o, Nicolas SIMON et son épouse Anna FERAILLE, 
d'Onhaye, après avoir traversé Gérin, se dirigeaient vers Anthée par le vieux 
chemin, lorsqu'ils y furent tués par des obus, à un kilomètre au-delà du village. 
A 19 h. 3o, des obus mirent le feu aux maisons voisines de François Piot et 
de Henri Colot. 

Les habitants avaient tous quitté leurs maisons à partir de 1 1 heures, à 
l'exception d'un vieillard, Désiré Colin. 

L'arrière-garde française quitta Gérin à l'aurore du lundi, 24 août. Les 
éclaireurs allemands arrivèrent par l'extrémité nord-ouest du village, en suivant 
le ravin situé entre Gérin et Weillen ; ils firent prisonniers cinq soldats français. 
D'autres cavaliers arrivaient au même moment par le chemin qui traverse le 
dessus du village et d'autres encore par le sud. 

Le presbytère et de nombreuses maisons furent pillées; un calice de l'église 
et les bijoux de la statue de la sainte Vierge furent emportés. 

Le 26 août, un groupe de gens qui s'étaient réfugiés à Gérin — après 

(1) Von Hausen, o. c, p. 141. M Ue Bertrand, qui hébergeait l'Etat-Major, reçut l'écrit suivant 
dont l'original, découvert par le parquet de Dinant, est déposé aux archives de la Commission d'enquête : 
Das Armée Oberkommando 3 bescbeinigt Mdm. Bertrand, dass es hier beste Aufnabme gefunden bal und 
bile um môgliscbste "Rùcksicblnabme und Schonung. Gérin, 35. 8. 14. A. B. 

Steiger, Oherleulnant d- "R. 

(*) Nos premiers renseignements sur Gérin ont été pris sur place le 10 septembre 1914; ils ont été 
ensuite complétés par M. le curé Boursoit. 



122 

avoir échappé aux massacres de Surice et assisté à la destruction d'Anthée (t), 
— furent surpris « à la Barrière de Gérin » ; un officier leur enleva et déchira 
le passeport qui leur avait été remis et, comme des criminels, les ramena à 
Surice, où il les mit en présence de l'horrible monceau des quarante cadavres 
de civils qui avaient été fusillés la veille. Parmi les victimes se trouvaient 
cinq notables de Gérin. L'officier se disposait encore à tuer tous ces hommes. 
« Sales francs-tireurs, leur dit-il, vous allez subir le même sort! » Lorsqu'il 
entendit proférer ce mot de francs-tireurs, un vieillard, Henri Tongleî, ne put 
contenir son indignation; il répliqua avec énergie à l'officier qui allait com- 
mander l'exécution : « Monsieur, nous ne sommes pas des francs-tireurs, car là 
où vous prétendez qu'il y a des francs-tireurs, vous massacrez les habitants et 
vous incendiez les villages; or, à Gérin, vous n'avez ni massacré, ni incendié! » 
Que se passa-t-il? L'officier libira les gens de Gérin. Comme un homme affolé 
avait la faiblesse de remercier l'Allemand, M. Tonglet ajouta : « Cesse ces 
remerciements et reviens avec nous! Pourquoi remercier? Tu es innocent, tout 
comme nous, de ce qu'on te reproche ! » 

§ 2. — Anthée et Maurenne. 

Le magnifique village d'Anlhée fut entièrement pillé, incendié et 
détruit pendant les deux journées du 25 et du 26 août, alors qu'il ne s'y 
était livré aucun combat et que l'ennemi l'occupait paisiblement depuis 
trente-six heures. 

ïl a fallu à l'ennemi une singulière impudeur pour affirmer qu'il y 
avait été attaqué par la population civile : il restait à Anthée en tout et 
pour tout neuf vieillards, dont nous donnons ci-dessous les noms. 

Les crimes que nous allons relater sont l'œuvre non seulement 
des 104 e et to6 e régiments de réserve, qui forment la 47 e brigade (24 e divi- 
sion de réserve) (2), mais aussi de la 23 e division active (XII e corps) qui a 
utilisé la route de Dinanî à Philippeville jusque Rosée, et surtout du train 
de la 32 e division active (XII e corps) qui est passée par Anthée pour 
rejoindre à Rosée l'itinéraire de sa division. C'est ce que nous apprend 
le Livre Blanc. 

Les gens d'Anthée et du voisinage qui tombèrent entre les mains de 
ces cruels Saxons endurèrent des sévices inouis. Les premiers habitants 
qui revinrent au milieu des ruines retrouvèrent les cadavres, laissés sans 

(1) Leur odyssée est racontée ci-dessous (Anthée, rapport n 11 574, p. 124). 

(1) Le 1 33 e de réserve, célèbre à Spontin, est aussi passé à Anthée. M. Libert a découvert en 1915, en 
bêchant le jardin des religieuses, un cadavre de soldat allemand ; on ne put l'identifier, mais les bottes en cuir 
portaient l'inscription suivante : « i33 R, 1 bat. 3 e corps ». Ce régiment forme, avec le 107 e , la 48 e brigade 
de réserve. 



123 

sépullure, de quatre de leurs concitoyens et de cinq inconnus, qu'à cette 
heure on n'a pas encore pu identifier. 

Douze hommes, dont le curé, le médecin, des jeunes gens de 19 et 
de 16 ans, périrent dans les massacres de Surice. 

Soixante-douze maisons furent brûlées à Anthée centre (fig. 09342): 
il ne resta debout que l'église et trois maisons. 

A Maurenne, hameau important delà paroisse, quarante-six maisons 
furent détruites sur cinquante-neuf. 

Miavoye, autre dépendance de la paroisse, fut préservé, mais 
plusieurs habitants périrent à Surice. 

Ce n'est pas sans labeur qu'a été reconstituée l'histoire d'Anthée, 
tant sont rares les témoins. Les vieillards, terrés dans leurs caves, 
n'avaient généralement rien vu; mais des gens du voisinage, entraînés 
par la soldatesque, ont stationné quelque temps à Anthée et y ont vu 
chacun l'une ou l'autre scène isolée de sauvagerie, dont ils nous 
ont fait le récit. C'est à l'aide de ces données qu'a été rédigé le rap- 
port n° 574. 

Anthée resta un désert pendant une bonne partie de l'occupation. 
Une impressionnante horreur se dégageait de ces maisons détruites et la 
plupart endeuillées. L'église, profanée par les troupes, fut rendue au culte 
à la fête de l'Ascension de 1915. 

Anthée occupe l'un des points culminants de l'Entre-Sambre~et-Meuse. La 
paroisse comprend les villages d'Anthée, de Maurenne et de Miavoye. 

Anthée fut occupé pendant dix jours par des troupes françaises, et le général 
Franchet d'Esperey y séjourna avec son Etat-Major. Les soldats creusèrent des 
tranchées du côté de Dinant et ouvrirent des meurtrières à la Villa Philippe, dans 
la même direction. Les débris d'un taube capturé à proximité séjournèrent quelque 
temps dans une cour de ferme. 

Les Français se retirèrent dans l'après-midi du zZ (1). Alors les habitants 
s'enfuirent épouvantés, parfois sans prendre avec eux ni vêtements ni vivres. Les 
uns se réfugièrent dans les grands bois situés derrière le château de Fontaine, 
d'autres vers Florennes, Couvin et la France, enfin un groupe de 35 personnes, 
celui qui fut le plus éprouvé, s'abrita à Surice. Il resta au village une arrière-garde 
française qui se retira dans la matinée du 24 août. 

Une poignée d'habitants restait au village quand l'ennemi y entra le 24 août 

(1) On lira dans Ginisty, Histoire de la guerre par les combattants, Paris, Garnier, p. 39 et ss., une 
crnouvan'e description de la cohue aux abords d'Anthée, dans l'après-midi du 23 août, à l'heure où se prépa- 
rait la retraite. 



«M 

à i5 h. t5 il), sans le moindre combat, car il ne s 1 y trouvait plus un seul combattant. 
La première journée ne fut guère marquée que par des pillages (2). 

« Vers 18 heures, raconte M me Scailteur, il vint des flots de soldats, à la 
fois de Dinant et d'Ermeton-sur-Biert. Ces derniers étaient assez humains, mais 
les Saxons, des fantassins, étaient de vrais lions. Ils avaient de petites haches, 
à l'aide desquelles ils enfonçaient portes et fenêtres, brisaient les meubles et 
cassaient les vaisselles. Ils grinçaient des dents, vous empoignaient à tort et 
à travers, vous battaient comme des gerbes, à coups de pied et de poing, 
même avec la crosse de fusil, en disant « Vous avez caché des sales 
Franzous ! » Ils tuaient les uns des poules, d'autres des cochons, des moutons, 
des vaches, ils n'épargnaient rien. « Le curé, prétendaient-ils, avait fait tirer les 
hommes sur les troupes, il avait dit aux femmes de jeter de l'eau bouillante ». 
alors que notre brave curé nous avait encore prêché le 23, à la messe, que 
l'ennemi allait arriver et que, s'il nous demandait quelque chose, nous devions 
faire un sacrifice, pour épargner les habitants. » 

L'incendie du village d'Anthée remonte au 25 août. Les premiers coupables 
du désastre se sont fait connaître dans le Livre Blanc (3). C'est le train de 
l'Etat-Major de la 32 e division (Rittmeister Heltzer, du 18 e huss. de réserve). 

En quittant Anthée, ils allèrent incendier Rosée. 

Un groupe de civils qui avaient échappé le matin au massacre de Surice 
et qui, faits prisonniers, subirent un martyre de plusieurs jours, furent amenés 
le 25 août à Anthée et y furent témoins de l'incendie du village. « Vers 
14 heures, raconte l'un d'eux, M. Debatty, curé de Morville, nous nous trouvions 
depuis midi parqués au fond du village, dans un verger appartenant à Joseph 
Burton, lorsqu'une bande d'incendiaires arriva par la route d'Hastière en 
hurlant, la même bande probablement qui avait incendié Maurenne (4). Elle 
mit le feu à la maison du garde Louis Renard, dépendance du château de 
Fontaine. En moins d'une heure, tout le village d'Anthée était en feu. Le 
presbytère et l'habitation du docteur Jacques ne flambèrent qu'après : sans 
doute leur fallut-il plus de temps pour les piller, car en avons-nous vu passer 
des chariots chargés de matelas, de meubles, de fauteuils, de chaises, etc ! 
Puis nous vîmes se consumer la maison des religieuses, l'école des filles, toute 
la rue : nous entendions tirer quelques coups de feu et les maisons flambaient 
comme des torches... Le feu commençait toujours par la toiture. Les maisons 

(1) C'étaient les frères Julien, Jacques et Lucien Hubert, Augustin Corbiau, frère du vétérinaire, 
François Dechambre père, Gustave Cleda, maréchal-ferrant, Maurice Collard, plafonneur et le vieux ménage 
Barbier (Félicien Barbier et son épouse Charlotte Sarto). Tels sont les francs-tireurs qui auraient pu s'attaquer 
à l'armée allemande I 

(2) On les attribue à des troupes que commandait le général von Morgenstein, qui passa la nuit du 
24 au 25 août au château de La Forge, à Anthée- 

(3) Anlage 38, p. 54. 

(4) Henri Laloux, cultivateur à Gérin, reçut dans la prairie Defacqz un bon de réquisition de trois 
chevaux, d'un nommé Scheffer ou Scheffler, qui accompagnait le convoi en question, venant d'Hastière, 
et qui annonça qu'on allait brûler le village. « L'incendie commença, confirme Henri Laloux, par la 
maison du garde Renard, puis l'officier mit lui-même le feu à la maison Burton, en tirant sur le toit de 
la grange- * 



125 

voisines de notre campement brûlèrent à leur tour, la chaleur devînt insuppor- 
table, on recula comme on put, on s'étendit sur le sol... 

» Mais voici qu'une nouvelle bande, venant toujours d'Hastière, nous avait 
aperçus et dirigeait sur nous une fusillade nourrie. La garde qui nous retenait 
prisonniers, officiers en tête, s'éclipsa derrière les murs et nous restâmes seuls 
au milieu de la fusillade... » 

En même temps que commençait l'incendie, les soldats s'acharnaient sur les 
quelques civils qu'ils découvrirent au village et sur ceux qu'ils retenaient 
prisonniers. Plusieurs furent tués et nous allons raconter leur martyre; les 
autres furent mis en joue, frappés, torturés, traînés d'un village à l'autre, pour 
être enfin, épuisés de faim et de fatigue, rendus à la liberté. 

Joseph Burton fut témoin du meurtre de son père. Il raconte que, rentré 
chez lui à 7 heures du matin, il dut, pendant toute la matinée, pomper de 
l'eau pour l'armée. Il entendit lui aussi les coups de feu tirés dans la direction 
d'Hastière et vit brûler la maison du garde et la salle de musique qui se trouve 
à peu de distance. La fusillade redoubla, puis ce furent l'école des filles, les 
maisons Lamarche et Botin qui prirent feu, et ainsi de suite jusqu'à la place. 
On n'entendit bientôt plus que des hurlements et de sauvages cris de fureur. 
Vers i5 heures, alors qu'il continuait à débiter de l'eau, il fut saisi à la gorge, 
collé contre un mur et menacé d'être fusillé si l'on trouvait chez lui des 
armes. La perquisition fut infructueuse. Jeté ensuite dans les rangs des soldats, 
il parcourut « comme un ballon de football », dit-il, une distance de 5o mètres; 
puis, couché sur une brouette, ies soldats lui déboutonnèrent la jaquette, faisant 
signe de le percer de leur baïonnette. Libéré par un officier qui passait et 
qu'il supplia de l'autoriser à se rendre dans la maison, toute voisine, de ses 
parents, il y trouva les siens terrifiés et blottis dans un réduit. Le feu venait 
d'être mis à la maison; on chercha à fuir par une fenêtre de derrière, donnant 
dans le verger de M. Defacqz. Au moment où son père, Adolphe BURTON (fig. 29), 
56 ans, escaladait la fenêtre, un soldat braqua sur lui son fusil. « Ne tirez pas, 
c'est mon père! », cria Joseph Burton; son père put encore atteindre une haie 
voisine, dans laquelle il se blottit. Peu de temps après, Joseph Burton, joint à 
un groupe de prisonniers civils, vit deux soldats quitter les rangs, entrer dans 
un champ attenant au verger où était son père, et tirer. Le vieillard se redressa, 
puis retomba en poussant un grand cri : il était mort. Le curé de Morville, 
put, à une distance de dix mètres, lui donner l'absolution. 

Joseph Burton et ses compagnons furent encore témoins d'un second meurtr». 
Un inconnu qui faisait partie de leur groupe chercha aussi à se cacher dans la haie du 
verger Defacqz ; mais il fut aperçu par des soldats, qui lui arrachèrent son paletot, 
lui lièrent les mains derrière le dos et le frappèrent violemment à l'aide de crosses 
de fusil; puis ils le poussèrent contre les fils de fer d'une clôture et lui tirèrent 
trois coups de fusil en pleine poitrine. Le malheureux s'affaissa sur les genoux, à 
demi retenu par la clôture métallique. On le vit encore faire un effort pour 
se redresser, le sang lui jaillit de la bouche et il retomba mort, le dos contre 
terre. Sous les yeux des prisonniers, deux porcs vinrent fouiller et retourner le 
cadavre. 



12Ô 

Félicien BAUDOIN (fig. 32), 5ç ans, arrêté au moment où il tâchait de rentrer 
dans sa maison, jusque là préservée, [ut mené à une extrémité du village et lié à une 
haie par une grosse corde, à côté d'un étranger âgé d'environtrente ans. Ils y furent 
tués. Joseph Libert aperçut leurs cadavres près de l'école des filles, le 26 août à 
4 heures du matin. Un autre civil inconnu gisait dans le fossé, la face contre terre, 
dans le vieux chemin de Gérin, au croisement de la route d'Hastière. 

Cinq cadavres non identifiés furent retrouvés à Anthée et nous n'avons réussi 
à obtenir de détails sur aucun d'eux. 

Xavier DELHAYE, ardoisier, 41 ans. et son épouse Céline CRÉPIN, 45 ans, 
voulurent revenir à la soirée dans leur maison ravagée (fig. 55); ils furent surpris et 
fusillés séance tenante. Deux enfants de 8 et de 6 ans qui les accompagnaient s'en- 
fuirent et purent se réfugier au château d'Anthée. 

Revenons au groupe des échappés de Surice dont nous avons parlé. Ils furent, 
eux aussi, bien près d'être mis à mort dans l'après-midi du 25 août. Des soldats 
s'élancèrent sur le curé de Gérin, en vociférant et en le menaçant de leur arme. Il 
passait pour le curé d'Anthée, car quelque temps après, un officier demanda à un 
civil : « Ce n'est donc pas le curé d'Anthée? » Vers 17 heures, les hommes furent 
séparés des femmes. On leur annonça qu' « ils allaient être fusillés parce qu'on 
avait tiré sur les troupes ». Ils furent emmenés à travers le village qui n'était plus 
qu'un immense brasier et alignés le long de la haie Defacqs. « On a tiré, criait 
un officier supérieur, nous allons vous juger et votre sort dépend de la sentence. » 
Il tint conseil avec deux subalternes, puis vint annoncer qu'ils pouvaient retourner 
à leur village. 

Ils regagnèrent le groupe des femmes au verger Burton, et croyaient venue la 
délivrance, lorsqu'ils furent repris au nombre de 17. par des soldats du ioo e régi- 
ment, qui arrivait à Anthée entre 17 et 18 heures et qui les emmena vers Rosée, 
ainsi que nous le raconterons plus loin. 

On vit se continuer le 26 août les mêmes scènes de sauvagerie. Joseph Aneuse 
passa à Anthée à 16 heures, regagnant Weillen. « Nous ne vîmes, écrit— il, aucun 
civil, mais des troupes passaient toujours à grande allure sur la route de Philippe- 
ville. Hommes et chevaux étaient fleuris. Nous fûmes invités avec ironie à saluer 
le mannequin en paille d'un soldat français, lié sur un canon. Bousculés par des 
officiers, nous dûmes escalader le talus qui longeait la route; puis nous fûmes 
rejetés sur la chaussée, avec menace d'être fusillés si nous quittions encore les 
grands chemins. Nous arrivâmes sur la grand'place exténués et nous nous laissâmes 
choir sur des chaises d'église que les soldats y avaient amenées. Le feu commen- 
çait à consumer les maisons de la place. Les Allemands assis sur la margelle d'un 
puits chantaient et jouaient des instruments, tandis que leurs camarades empor- 
taient des maisons un butin de toute espèce. A peine étaient-ils sortis d'un 
immeuble qu'il prenait feu. L'église, ouverte, présentait un aspect lamentable. Je 
crus bien que, elle aussi, était condamnée à périr, car j'y vis s'élever de grandes 
flammes ». On trouva une quarantaine de chaises brûlées dans la nef et il est 
permis de croire que les soldats allumèrent ce foyer pour faire disparaître, avec 
1 église incendiée, ies traces de ieurs saletés. Le bel idifice avait été transformé 
en écurie; les planchers du maître-autel et de la sacristie avaient été brûlés, ainsi 



12 7 

que quatre socles de statue et la porte d'un confessional ; les soldats avaient essayé 
de fracturer le tabernacle, où se trouvait la sainte réserve (fig. 42). Heureusement un 
aumônier catholique allemand avait transporté au château de la Forge, à la 
demande de M me la baronne de Rosée, l'ostensoir contenant le Saint Sacrement, qui 
était resté exposé dans le tabernacle, pendant la journée du zZ août. 

Après deux jours de sauvagerie incendiaire, il ne restait debout à Anthée que 
l'église et trois maisons dans le fond du village, à savoir la maison de Joseph Burton, 
qui fut respectée, parce qu'elle est proche de la cabine électrique contenant les 
accumulateurs; la maison de Gustave Toussaint, où il y eut un commencement 
d'incendie, et celie d'Alexandre Watrice. 

Les habitations furent toutes pillées avant d'être incendiées. 

Au presbytère (fig. 41) et à la maison des religieuses périrent les archives parois- 
siales, trois calices, un riche ostensoir et un matériel du culte considérable. La 
commune a aussi perdu les archives civiles. 

Les trois maisons sises « au Grand Bon Dieu » et la petite section de La Forge 
furent préservées. 

Le hameau de Maurenne, paroisse d'Anthée, fut presque complètement détruit 
par une poignée de soldats, dans la journée du 25 août, sous les yeux des habitants 
qui étaient restés dans leurs maisons et que les incendiaires parquèrent ensuite dans 
la chapelle. Sur 59 maisons, i3 restèrent indemnes (1). 

Miavoye seul fut respecté. 

Près de 400 blessés français furent soignés au château d'Anthée (2), où ils 
encombraient les appartements et la cour. Dans la journée du 25 août, la paille 
souillée sur laquelle gisaient ces malheureux fut brûlée dans une prairie. Quelques 
cartouches, tombées par mégarde des vêtements des blesses, vinrent à exploser, 
sans d'ailleurs atteindre personne. A ce moment passaient des batteries allemandes. 
Officiers et cavaliers sautèrent en bas de leur monture et, en un geste fou, déchar- 
gèrent fusils et revolvers sur le monceau de paille, en criant qu'il s'y cachait des 
francs-tireurs. Plusieurs canons furent braqués sur l'ambulance, comme pour la 
détruire, et on menaçait de fusiller les hommes, malgré toutes leurs protestations 
d'innocence. Il fallut des pourparlers de plus d'une heure pour calmer ces forcenés. 
Ils emmenèrent sur une 3uto du château les armes des blessés, avec un otage, qui 
put heureusement s'esquiver la nuit suivante et ramener l'auto. 

Le village d'Anthée a été particulièrement éprouvé à Surice dans la 
journée du 25 août. C'est là que furent surpris et fusillés M. l'abbé Oscar Piret, curé 

(1) A savoir les maisons Vital Roly, Louis Vandegiste, ferme Jules Lequeux (où écuries et granges furent 
biûlées), Félix Pierrard, l'école et l'habitation de l'instituteur, Félicien Bertrand, Maurice Bertrand, Germiat, 
Stampe, Martin et Vanderest. 

(2) Le 13^ bataillon de chasseurs séjourna huit jours au château, à partir du 25 août, chargé de la 
protection dis convois et de l'ambulance. Direction du Contentieux et de la Justice militaire, à Paris, dossier 317. 

Le 16 a_.it, s'établit, au château d'Anthée, le commandant de la 14° division (XII" corps de réserve), 
général von Ehrenthal. Il parut s'appliquer à faire oublier les ravages causés par ses troupes et qu'il ne pouvait 
ignorer. Il mit fin à l'ère de la terreur. Son corps sanitaire, composé d'une dizaine de médecins, prodigua des 
soins habiles aux blessés français, qui furent emmenés le 2 septembre. 

Aucun soldat français n'est tombé à Anthée. 



128 

d'Anthée, 40 ans; P\. Félix Jacques, docteur en médecine, 57 ans; Henri Jacques 
son fils, 16 ans; Olivier Delcour, 62 ans; ses deux fils, Arthur, 3o ans, et Léon, 
19 ans; Alphonse Nassaut, 63 ans, et son fils Fernand, 19 ans, tous d'Anthée; 
également trois habitants de Miavoye, André Libert, 46 ans; Jean-Baptiste Libert, 
40 ans, et Olivier Parmentier, 62 ans. Joseph Libert, 82 ans, de Maurenne, fut aussi 
tué à Surice au moment où il cherchait à fuir (voir Surice et fig. yy à 98). 

Quittant le village d'Anthée, la 2.4 e division de réserve se dirigea sur 
Morville, pour gagner de là les localités qui sont à la périphérie de 
Givet-Charlemont. Le chef de la III e armée raconte dans ses Mémoires 
que le 24 août, vers 14 ou i5 heures, lorsqu'ayant traversé le champ de 
bataille de Lenne-Onhaye, il se rendit à Anthée, un combat se déroulait 
sur la hauteur située au sud-ouest de Morville entre la tête de la 
24 e division et une arrière-garde française (1). 

§ 3. — Agimonl. 

Dans la journée du 24 août et à la soirée, les troupes de la 8 e brigade 
française (général Mangin) continrent au nord d'Agimont et refoulèrent 
sur la Meuse des éléments du XIX e corps allemand, notamment le 
2 e bataillon du 106 e qui, après s'être rendu coupable des massacres 
d'Hermeton-sur-Meuse, avait gagné la ferme des Onches. 

Le rapport ci-dessous fait le récit de ces combats, d'après les notes 
qu'ont bien voulu nous communiquer le général Cadoux et la Section 
historique de l'armée française ; il relate aussi les événements survenus 
au village. 

N° 575. Le 143 e d'infanterie (colonel Proie) s'installa à Agimont le 14 août. Les 

habitants vécurent rassurés jusqu'au 23, car les soldats affirmaient que l'ennemi ne 
passerait jamais la Meuse. Le 22, le 143 e partit pour Ermeton-sur-Biert et fut 
remplacé par des troupes de réserve, le 5 e bataillon (commandant Faugier) du 3io e 
(lieutenant-colonel Pigault). 

Ce bataillon détacha, le 23 août, la 19 e compagnie au « Bac-du-Prince » : c'est 
elle qui chassa les Allemands de la maison de léclusier d'Hermeton-sur-Meuse. 

Le 24 août, la 19 e compagnie fut relevée au « Bac-du-Prince » par les 17 e et 
20 e compagnies, qui firent le coup de feu toute la matinée contre l'ennemi qui 
passait à Hastière et Hermeton. Attaquées dans l'après-midi, elles se replièrent, 
recueillies par la t8 e compagnie. A ce moment, le bataillon recevait l'ordre de 
rallier la 5i e division de réserve à Mariembourg, où il arriva le lendemain matin à 
6 heures. Quant au restant de la division, il s'était replié, le matin, d'Onhaye et 
d'Anthée, sur Mariembourg et Frasnes, par Rosée. Vodecée et Sautour. 

(1) Von Hausen, o. c, p. i3g. 



129 

Le même 24 août à t3 h. 3o ou 14 heures, le colonel Cadoux, du 148 e , et son 
Etat-Major arrivèrent à Agimont, avec le 2 e bataillon du i48 c (commandant Graussaud) 
et la compagnie hors-rang (1). Le village était occupé par des cuirassiers, qui 
avaient disposé des vedettes sur les crêtes nord, dans les bois des Onches et de 
Vagne, et qui reçurent, à 16 heures, l'ordre de se replier dans la direction de 
Rocroi. Le i er bataillon du 148 e , commandant Vannière, qui venait aussi d'arriver 
de Hun-Rouillon, fut chargé de les remplacer et prit les avant-postes, s'établissant 
sur les hauteurs boisées au nord d'Agimont, depuis le ruisseau de Soulme à l'ouest, 
jusqu'à la Meuse. La liaison avec le 45 e , que commandait à Gochenée le général 
Mangin, chef de la brigade, se fit sur le ruisseau. A \g h. 3o, l'alerte fut donnée 
dans la direction du N. E. (gare de Heer-Agimont) ; des patrouilles allemandes 
s'étaient infiltrées dans le bois de Vagne et des Onches. A 21 heures, l'ennemi 
débordait de toutes parts dans les bois et la fusillade commença. A 22 heures, il 
atteignait les hauteurs qui dominent Agimont vers le N. O. On signala même un 
groupe de cavalerie et des cyclistes poussant leur reconnaissance jusqu'à Gochenée. 
L'ennemi vint bientôt à l'attaque, enfilant de ses feux la rue principale du village. 
D'autres troupes ennemies se glissaient vers le «Bac du Prince», le long de la rive 
gauche de la Meuse et commençaient à encercler tes Français. Ceux-ci, un moment 
surpris, s'étaient ressaisis et se défendirent courageusement. Deux blessés furent 
amenés à l'école des Religieuses et bientôt évacués par l'ambulance. Il y eut, à 
d'autres endroits, quelques blessés, mais aucun mort. A 22 h. 5o, le colonel Cadoux, 
averti d'une menace de débordement et incapable d'atteindre le général commandant 
la 8 e brigade, dut se résigner à abandonner Agimont sans ordre, tant il y courait 
de risque. Il dirigea les trains et le régiment sur Petit-Doische (Maison Blanche) 
et installa ses troupes dans les fossés de la route de Givet à Philippeville, tandis 
que le train gagnait Doische. La retraite se poursuivit le 25 août à 3 h. 3o sur 
Doische, qu'occupait le colonel Pétain avec le 1 10 e régiment (4 e brigade). A la suite 
de ce dernier régiment, les troupes du colonel Cadoux gagnèrent Vierves, qu'elles 
eurent la mission de défendre et où les rejoignit la section de Capellis, que la 
2 e compagnie avait laissée le 23 à Rivière. 

Dans la matinée du 25 août, des civils d'Agimont se rendirent sur les trieux 
avoisinant le village et y trouvèrent les cadavres de 7 soldats allemands, qu'ils 
enterrèrent sur place ; un huitième, atteint de deux balles, était presque mourant ; 
il fut transporté, avec tous les ménagements possibles, à l'hôpital de Givet. 

Cependant, il fallut attendre le vendredi 28 août à 10 heures avant que l'ennemi 
prît possession du village. Dix otages, dont le bourgmestre et le curé, furent conduits 

(1) Ces troupes avaient soutenu la veille le combat d'Onhaye et couvraient encore ce village, au matin 
du 24, dans les directions de Sommière, Bouvignes, Dinant, Waulsort et Hastière. Le bataillon Bourdieu, 
du 45", tenait les issues du village et campait sur la grand'place. Le départ (ut ordonné à 3 heures du matin. 
A 4 heures, le 2 e bataillon du 148 e se mit en route vers Maurenne et Miavoye, avee le 45 e comme avant-garde ; 
à 5 h. 3o, il organisa pour la défense la clairière au sud de Miavoye, où il (ut remplacé à 8 h. 3o, par le 
bataillon du 4s 9 . Il gagna de là, sans incident, le village d'Agimont, par le bois du Roi et Gochenée. Il [ut 
rejoint à Gochenée par le détachement du capitaine Boitel, venant de Namur, et à Agimont par le i cr bataillon 
du 148 . A ce moment, un bataillon du 3io e , qui gardait la route Givet-Hermeton, {ace au nord, avait déjà 
été attaqué par des forces ennemies venant d'Hermeton, et avait été remplacé par un bataillon du 8 e d'infanterie 
(brigade Pétain). 



i3o 

à Vodelée et mis en présence du major Kuchens, du i 33 e d'infanterie. «M. le curé, 
dit celui-ci à M. l'abbé Marloie, vous avez tort de vous allier aux Français! Ils sont 
en déroute. Moi, je dois porter la guerre en France ; après dans le Angleterre et 
puis peut-être dans le Russie ! » Les otages furent ramenés à Agimont, à la nuit 
tombante, et presque tous les hommes du village furent enfermés dans l'église, où 
ils passèrent la nuit gardés par deux soldats. 

Le 29 au matin, la population reçut l'ordre d'évacuer le village dans le délai 
d'un quart d'heure. Les gens gagnèrent Rosée et Florennes, pendant le bombarde- 
ment de Charlemont, et trouvèrent en rentrant, le i er septembre, leurs maisons 
pillées et prodigieusement souillées. Une maison avait été incendiée. Deux vieillards, 
Jean-Baptiste Cotiaux et Jules Caussin, et quelques hommes, qui n'avaient pas 
quitté leurs maisons, passèrent ces journées dans la terreur, molestés et menacés 
de mort par leurs féroces gardiens. 

§4. — Soulme. 

Sans les instantes supplications de quelques habitants restés à Soulme, 
le village eût été détruit par le feu : il était condamné et l'ordre de brûler 
fut donné le 25 août. Les Allemands se montrèrent sans doute vexés de 
ce que l'artillerie française, qui avait occupé le 24 août la localité, 
avait tiré dans la direction de la Meuse. 

Six civils furent massacrés sur le territoire de la commune. 

Nous annexons deux courts rapports sur les villages voisins de 
Gochenée et de Vodelée, où deux maisons furent détruites. 

N o 6 Des artilleurs d'Arras logèrent à Soulme (1) le 14 août et se dirigèrent 

le lendemain sur Onhaye. Un taube survola le village pendant qu'ils défilaient. 
Le i5 au soir, il vint 3oo pontonniers. 

Les Français en retraite commencèrent à passer le 24 à to heures du matin. 
Plusieurs milliers de soldats creusèrent des tranchées. Le 27 e régiment d'artillerie 
installa une douzaine de canons près de l'église. On croyait engager un combat 
contre les Allemands venant de Morville et protéger la retraite des régiments 
d'arrière-garde (8 e , 1 10 e , 148 e et 45 e ). L'avant-garde du XIX e corps allemand passa 
en effet, vers 17 heures, à proximité du village et prit la direction de Surice : 
quelques éclaireurs d'abord, suivis de troupes en rangs serrés. Les Français les 
laissèrent passer sans tirer un coup de fusil, mais leur artillerie était entrée en 
action à i3 heures dans la direction de Lenne et d'Hermeton-sur-Meuse (2). 

(1) Ce récit a été recueilli de la bouche du curé de la paroisse, M. l'abbé Rifflet, le 16 janvier 1915. 

(z) C'était tout au moins la i r6 batterie du 27 e d'artillerie, régiment divisionnaire de la s." division, et 
peut-être le r r groupe de ce régiment qui avaient pris place entre Gochenée et Soulme. Il est à croire que 
l'artillerie française n'a pas aperçu à temps la colonne allemande. Il ne faut pas oublier non plus que le rôle 
d'une arrière-garde n'est pas de rechercher le combat, quand sa mission a pris fil, car on ne sait pas en prin- 
cipe à quelle force on risque de rester accroché. 



i3t 

Dans la journée, toute la population avait fui, à l'exception de quelques 
personnes : M. et M llc Rigaux, M. Demareschal et la famille Dubois. 

Le 25 août, à 4 heures du matin, des troupes allemandes refluant de Surice 
arrivaient à Soulme, pour s'emparer de l'artillerie française, mais celle-ci avait 
gagné, dans la nuit, Vodelée et Gimnée. Ces soldats étaient de vrais forcenés, ils 
poussaient des hurlements et saccagèrent en un moment tout le village, brisant portes 
et fenêtres, pillant les maisons. MM. Dubois, Rigaux et Demareschal durent aider 
à charger le butin sur des camions qui furent dirigés sur Matagne. 

L'officier qui commandait ces bandits donna l'ordre d'incendier le village : on 
les vit, munis de récipients de pétrole et d'essence, allumer plusieurs foyers 
d'incendie. Une villageoise, M me Dubois, se jeta aux genoux de l'officier, deman- 
dant grâce. D'abord rebutée, elle insista tellement qu'elle obtint gain de cause : on 
éteignit le feu qui avait pris à plusieurs maisons. Déjà la fumée s'échappait des 
fenêtres brisées du presbytère : des membres des familles Dubois et Rigaux purent 
jeter au dehors les matelas enflammés et empêcher le désastre. 

Six civils avaient trouvé la mort à l'arrivée de l'ennemi. 

Adolphe LAMBOT, 24 ans, de Florennes, qui retournait chez lui en vélo, 
venant de Vireux, muni d'un passeport régulier, fut arrêté sur le côté du village 
et fusillé séance tenante. 

Trois villageois Ernest MARÉE (fig. 3o), 5o ans, Nestor COGNAUX (fig. 3t), 
29 ans et Joseph Dubois, qui étaient à la garde du bétail, s'avancèrent au milieu des 
champs pourvoir défiler les troupes. Voyant des cavaliers descendre de cheval et 
mettre le genou en terre, en épaulant leur fusil, Joseph Dubois se jeta sur le sol et 
s'enfuit en rampant. Ses deux compagnons essuyèrent la fusillade et tombèrent 
blessés; puis les cavaliers se précipitèrent sur eux et, malgré leurs supplications, 
les achevèrent à coups de crosse et de hachette. On les retrouva la tête fendue. 
Jean-François-DésiréGUISLAIN (fig. 12g), 71 ans, échappé de Surice, fut tué à l'orée 
du bois de Dave. 

Deux inconnus, âgés l'un d'environ 40 ans, l'autre d'environ 25 ans, furent 
fusillés le 25 août, près du moulin, au lieu dit « Dorélu » ; on retrouva leurs cadavres 
liés ensemble. 

Mercredi, 26 août, la plupart des habitants étaient rentrés lorsque, vers 
17 heures, le 1 33 e saxon occupa le village, jusqu'au lundi suivant. Des batteries de 
siège autrichiennes s'installèrent près de la scierie, entre Soulme et Gochenée, et 
se préparèrent au bombardement du fort de Charlemont. Celui-ci commença le 
samedi et cessa dans la nuit de dimanche à lundi. 

Le curé et le bourgmestre furent retenus tout le temps comme otages, au 
corps de garde. 

Le 27 août à 17 heures, on annonça l'arrivée de chasseurs français, qui firent, 
en effet, une courte démonstration dans la direction de Soulme, puis regagnèrent 
Charlemont. Craignant une débâcle, les soldats se préparèrent à fusiller les otages, 
et ceux-ci croyaient leur fin arrivée, quand un officier décommanda l'exécution. 

Samedi 29 août, les habitants durent évacuer le village, pour gagner Merlemont 
et Villers-le-Gambon ; ils revinrent le lendemain et les jours suivants. Lorsqu'ils 
traversèrent, le 2 septembre, le village de Surice, des cadavres de soldats français 
et de femmes gisaient encore sans sépulture. 



»32 

N° 577. Dans l'après-midi du 24, des uhlans voulurent pénétrer à Gocbenée, mais les 

Français, qui occupaient le village — leurs postes les plus avancés ne dépassaient 
probablement pas les jardins des deux maisons de « Butia » près de l'ancienne 
cure — tirèrent sur ces éclaireurs et en tuèrent deux (1); les autres rebroussèrent 
chemin. Pendant l'escarmouche, on entendit les balles siffler dans les rues et les 
habitants s'enfuirent vers Doische et Treignes, où les rejoignirent, le lendemain, 
les troupes allemandes. 

Les*Saxons avaient aussi essayé de passer le 24 août par la ferme des Onches, 
mais nous avons raconté ailleurs qu'ils avaient rebroussé chemin. 

Des uhlans arrivèrent le 24 août au soir à l'hôtel Dumont, sur l'Hermeton, 
entre Gochenée et Soulme. 

Le 2,5 de bon matin, des fantassins venant de Morville ou d'Insemont vinrent 
camper au-dessus de Soulme. 

Ce n'est que dans l'après-midi du 26 que les premiers Allemands occupèrent 
le village même : ils venaient de Spontin et appartenaient au 1 33 e de réserve. Le 
28, le père de l'instituteur fut arrêté et jeté, les mains liées, dans une écurie : on 
avait trouvé dans sa grange quelques cartouches abandonnées par les Français. Le 
soir, il fut mis en tête des troupes qui partaient vers Givet. Les émotions de cette 
arrestation le conduisirent au tombeau. 

Le 29, de lourdes pièces de siège, installées au village, entrèrent en action 
contre le fort de Charlemont et tirèrent jusqu'au mardi suivant. La population passa 
trois nuits dans les bois de Rosée. Au retour, elle trouva les maisons pillées. 

N° 578. Le 14 août, à 9 heures, Vodelée reçut avec enthousiasme les artilleurs 

français, qui partirent le lendemain à 4 heures. 

Dans l'après-midi du 24 août, des Français firent halte pour se ravitailler et 
annoncèrent que l'ennemi était proche. S'il ne vint pas le jour même, c'est qu'il fut 
repoussé à la carrière du « Rond Tienne », territoire d'Agimont. 

Dans la nuit suivante, presque tous les habitants s'enfuirent affolés par les 
clameurs qui venaient de Surice. 

Le 25 août à 8 heures, une avant-garde de uhlans traversa Vodelée. Elle fut 
suivie à 8 h. 3o d'une première colonne, et à 1 3 heures d'une seconde colonne de 
soldats appartenant au XIX e corps et venant de Surice. Vexés de trouver le village 
abandonné, ils brisèrent portes et fenêtres et pillèrent de nombreuses maisons. Le 
feu fut mis chez la veuve Joseph Dossart-Dumont et chez Joseph Bouty-Golinvaux, 
ainsi qu'à la grange du bourgmestre, M. Anatole Minet. 

Tout le village aurait péri si quelques habitants restés chez eux n'avaient réussi 
à parlementer. A 22 heures, les troupes s'étaient éloignées. 

Le 27 août à 4 heures, le major Kuchens, du i33 e de réserve de Chemnitz, 
obligea le curé, M. Sibille, à se lever, à rassembler la population dans l'église et à 
lui lire une proclamation sévère. 

Le 29, les gens se retirèrent dans des carrières ou gagnèrent la région de 
Florennes-Philippeville, jusqu'à la chute du fort de Givet. 

(1) L'un d'eux (ut inhumé au bois de La Croisette, l'autre près du bois Plantet. Les chevaux qu'ils 
montaient tombèrent à 5oo mètres de distance l'un de l'autre; on retrouva près d'un cheval les restes d'un 
petit (eu de papier, comme si le cavalier, d'abord blessé, avait eu le temps de brûler les documents qu'il portait. 



i33 
§ 5. — Gimnée. 

A Gimnée, ni massacres, ni incendies ; mais la population a gardé 
le souvenir d'une scène atroce. Dans la nuit du 26 au 27 août, l'église 
illuminée se signalait comme un phare au fort de Givet, qui se mit à la 
bombarder. Or les Allemands, dans un sentiment d'inexplicable cruauté, 
y avaient enfermé tous les hommes! Ils passèrent une nuit horrible, 
tandis que les obus sifflaient autour d'eux; ils n'attendaient que le 
moment où ils seraient écrasés sous les décombres de l'édifice. Le récit 
de ces faits a été obtenu, en 1915, de M, l'abbé Bouchât, curé à Gimnée. 

Les faits concernant Doische — où fut massacré un pauvre sourd- 
muet — et Vaucelles sont consignés dans les rapports n os 58o et 58 1. 

N° 579. Le 20 août, un convoi de ravitaillement et de munitions de l'armée française 

campa à Gimnée. Le i3 fut une journée de fièvre; des gens venant des régions 
envahies fuyaient devant les barbares et nous criaient leur horreur. Le 24 au 
matin, des soldats de la garnison de Namur arrivèrent, noirs de poussière et 
harassés de fatigue, se dirigeant vers Mariembourg et Couvin. Le soir, on vit 
refluer des troupes françaises qui arrivaient de Surice et Romedenne; elles 
passèrent la nuit au village, pour prendre un peu de repos. Vers 20 heures, on vit 
des flammes jaillir de Surice et de Romedenne. Durant toute la nuit, les gens se 
tinrent prêts à partir à la moindre alerte. La fuite s'acheva le 25, vers 4 heures du 
matin, « Sauvez-vous, criait un officier français en parcourant le village, les 
Allemands mettent tout à feu et à sang! » Une douzaine de civils, dont le bourg- 
mestre, restèrent chez eux 

Le 25 août à 8 heures, on vit venir les uhlans, bientôt suivis du gros des 
troupes. A midi le village était rempli d'artillerie. La journée se passa sans autres 
incidents que des bris de portes et de fenêtres et des faits de pillage. A la soirée, 
les habitants qui avaient fui dans les environs, apprenant que les soldats s'abste- 
naient de violences graves, revinrent peu à peu et assistèrent au départ des troupes 
qui s'en allaient, en chantant victoire, à la poursuite des Français. Ils veillèrent 
pendant toute la nuit suivante, Surice et Romedenne achevaient de se consumer et 
formaient encore deux immenses brasiers. On redoutait le même sort, car des 
officiers avaient dit que Gimnée serait brûlé. 

La matinée du 26 août fut calme. Vers 20 heures, la tranquillité cessa 
subitement, pour faire place à la terreur et à l'effroi. En quelques minutes, le 
village fut cerné et de nouvelles troupes l'envahirent à l'instar de bêtes féroces, 
défonçant les portes et les fenêtres à coups de hache, chassant les gens des 
maisons, rangeant les hommes le long des murs, comme pour les fusiller. Bientôt 
on mena les hommes — villageois et étrangers, au nombre de plus de quatre cents 
— dans l'église paroissiale. Les soldats firent allumer les lampes et tout le 
luminaire disponible. Il était 23 heures et l'église était illuminée comme pour la 
messe de minuit, au jour de la Noël, lorsque retentit soudain, dans le silence de la 



i 34 

nuit, le fracas d'un obus qui venait d'éclater dans les environs. Le fort de Charle- 
mont prenait comme objectif l'édifice éclatant de lumière. Alors ce fut une panique 
épouvantable. On s'étendit en dessous des bancs, le long des murailles et dans les 
coins. Tout le monde tremblait, priait, se préparait à la mort. Le point semblait bien 
repéré et on n'en pouvait clouter, l'édifice allait s'écrouler, ensevelissant la foule 
sous les ruines. Fuir était impossible, car des sentinelles, l'arme au poing, veillaient. 

L'émoi s'accrut quand, du jubé, des soldats se mirent à tirer des coups de feu. 
Enfin, ils firent éteindre les lumières. Mais le bombardement se poursuivit encore 
pendant quelque temps, jusqu'à ce que, a-t-on dit, un habitant de Vaucelles eut 
prévenu le commandant du fort de Givet. Plus de vingt obus vinrent, en sifflant, 
s'écraser aux alentours de l'église. 

Le lendemain, nouvel émoi. Le bruit s'était répandu qu'on précéderait les 
troupes à l'attaque du fort de Givet. De profondes tranchées avaient été creusées à 
l'est, le cimetière avait été converti en forteresse, des réseaux de fils de fer étaient 
tendus de tous côtés. 

Après avoir passé dans ce lamentable état deux jours et deux nuits, les hommes 
furent libérés. Ils avaient vieilli de plusieurs années. 

Le vendredi à midi, il fallut partir pour Matagne, Merlemont et Sautour, 
jusqu'au 1 er septembre. 

Quand les habitants revinrent, après la chute de Givet, ils trouvèrent les 
maisons saccagées. A l'église, les soldats avaUnt dormi dans les ornements sacer- 
dotaux, et utilisé les linges d'autel pour nettoyer leurs armes. Douze otages 
passèrent encore la nuit à l'église et accompagnèrent les troupes, le lendemain, 
dans la direction de Mazée. 

N° 58o. Doische est situé à cinq kilomètres de Givet. 

Quatre uhlans se présentèrent le 28 août à 10 heures, venant de Gimnée. En 
l'absence du bourgmestre, le curé, M. Pirmez, alla à leur rencontre. A 14 heures, 
une douzaine d'autres éclaireurs, venus aussi de Gimnée, se dirigèrent vers Foische 
(France). A 19 heures, plusieurs compagnies ayant avec elles de l'artillerie vinrent 
prendre position, en vue de l'attaque de Givet. 

Le 29 août, à 4 heures du matin, le bourgmestre fut requis de porter de maison 
en maison l'ordre d'évacuation. Celle-ci dura jusqu'au t er septembre. 

Un pauvre sourd-muet, Joseph DUMONCEAU, 44 ans, né à Opont, occupé à la 
ferme d'Hector Anceau, était resté à Doische. Quand les réservistes saxons entrèrent 
à la ferme, ils le harcelèrent de questions. Comme le malheureux ne répondait pas, 
ils le rouèrent de coups, le poussèrent brutalement au dehors et le fusillèrent en 
face de l'église, où il resta sans sépulture jusqu'au retour des habitants. 

Quand ceux-ci revinrent, le 2 septembre, les maisons étaient pillées et souillées, 
le linge emporté ou détérioré, les meubles enlevés. Au presbytère, les soldats 
avaient pris la coupe d'un calice et une pièce d'un riche ostensoir, ils avaient brisé 
le reliquaire de saint Georges. 

Cinquante personnes avaient gagné la France et ne revinrent qu'après 
l'armistice. 

En regagnant sa paroisse le 1 er septembre, le curé fut arrêté à Vodecée, conduit 
à Rosée et à Dinant, où il réussit à obtenir un passeport de libération. 



i35 

En ces journées, des troupes allemandes passèrent à Gimnée et à Niverlée, mais 
elles n'osèrent pénétrer à Vaucelles, que protégeait Charlemont. Ce n'est que le 
samedi 29 août, à 2 heures du matin, qu'une colonne d'infanterie, précédée d'un 
piquet de cavalerie, se répandit dans le village. Les soldats envahirent tout, non 
sans effrayer les habitants par le récit de leurs exploits à Spontin et à Dinant. 
« Moi, pastor Spontin, pan! », disait l'un d'eux à l'instituteur, M. Maistriaux. 
« Fouî! la belle Dinant, kapout! », criait un autre. A 10 heures, un officier donna 
l'ordre d'évacuer le village. On se rendit à Mazée, à Treignes, à Matagne et à 
Vil!ers~le-Gambon; et lorsqu'on revint, le mercredi suivant, on constata qu'aucune 
maison n'avait échappé au vandalisme de ces féroces saxons. Des soldats parcou- 
raient plaisamment les rues affublés des soutanes du desservant. 



II. — L'avance du XII e corps. 

Le XII e corps actif (général von Eisa) (1), III e armée allemande, 
atteignit la Meuse au matin du 23 août. « Sous la protection du feu 
de l'artillerie, écrit le général von Hausen, le XII e corps avança sa 
32 e division sur Houx et sa 23 e division sur Dinant (2). » «La 32 e division, 
écrit-il ensuite, réussit à prendre pied à Leffe et la 23 e aux Rivages, avec 
de faibles sections (3). » 

C'est plutôt dans la région de Houx-Leffe que la 32 e division avait 
atteint la vallée. Le 178 e était arrivé le premier à Leffe, s'avançant à la 
fois par les hauteurs et par le ravin dans lequel est situé le populeux 
faubourg ; c'est l'auteur des monstrueux massacres qui ensanglantèrent 
cette paroisse. Le io3 e quitta Lisogne à 16 h- 3o et vint prêter main-forte 
au 178 e : on le retrouve déjà à Bouvignes à 17 h. 3o, tuant les civils qui 
paraissent dans les rues. Quant aux 102 e et 177 e , qui avaient combattu 
du côté de Houx, ils arrivèrent à Leffe à 22 heures; le 177 e y fusilla 
encore des civils en pleine nuit et le 102 e s'y distingua par le massacre 
de deux religieux Prémontrés. 

Ces régiments passèrent la Meuse au pont de Leffe et se dirigèrent 
sur Rostenne, Sommière, Weillen, Falaën, Morville, Rosée. 

La 23 e division envahit la ville même de Dinant. Le to8 e et le 182 e , 
descendus dès 7 heures du matin par la rue Saint-Jacques, versèrent le 
sang des civils à la ferme de Malaise, à la rue des Tanneries et dans de 
nombreux massacres isolés du quartier Saint-Pierre. Le sinistre 100 e qui, 

(1) Voir tome IV, p. 12 et 81. 

(2) Von Hausbn, Erinnerungen, o. c, p. 126. 
'3) Ibid. , p. i3o. 



t36 

dès 6 heures du matin, dévalait en ville par la Montagne de la Croix et 
commençait la chasse à l'homme dans le faubourg Saint-Nicolas, et 
te 101 e , arrivé aux premières heures de l'après-midi par la route du 
Froidvau, sont les régiments dont les noms resteront attachés aux 
massacres du mur Tschoffen, du rocher Bayard et de l'aqueduc deNeffe. 

Les régiments 108 e et 182 e passèrent la Meuse au pont de Leffe, 
les 100 e et 101 e la traversèrent aux Rivages; ils rejoignirent la 32 e division 
à Rosée, par la route d'Onhaye, Gérin, Anthée (1). A partir de Rosée, 
leur itinéraire fut commun (2). 

Que fallait-il attendre de troupes qui s'étaient fait ainsi la main à 
tous les crimes? Telles elles avaient été à Dînant, telles elles furent dans 
l'Entre-Sambre-et-Meuse. Relevons entre autres que le 100 e et le io3 e 
ont saccagé Franchimont, le 100 e , le'ioi 6 et le 102 e Villers-en-Fagne ; 
le 108 e et le 182 e se sont distingués à Onhaye, à Flavion, à Couvin et y 
ont massacré l'abbé Gilles; le 178 e est l'auteur de la tuerie de Flun. Tous 
ont leur part dans les destructions et les meurtres que nous allons relever 
presque à chaque pas : à Sommière. à Weillen, à Onhaye, à Anthée, à 
Morville, à Rosée, à Villers-le-Gambon, à Nismes, à Petigny... 

Von Hausen écrit que, arrivant, le 25 au soir, au château de Merle- 
mont (voir fig. 58), « il apprit que les troupes, dans le courant de la 
journée, n'avaient pas seulement eu à briser la résistance d'arrière-gardes 
françaises, notamment à Samart, à Villers-en-Fagne et à Mariembourg, 
mais qu'elles avaient aussi eu fort à souffrir de l'hostilité de la population 
civile. En maint endroit, les habitants étaient sortis des maisons, 
combattant et soutenant les Français; mais, de préférence, ils laissaient 
les Allemands traverser tranquillement une localité et ils s'attaquaient 
alors de façon sournoise et par derrière aux Etats-Majors, aux trains 
d'arrière et même aux transports de blessés (3) ». 

C'est ainsi qu'un chef d'armée allemande écrit l'histoire! Il était là. 
en tête de ses troupes, et il a pu se rendre compte par lui-même que, 
partout, devant lui, les habitants avaient fui. Que pouvaient donc faire 
quelques vieillards, quelques infirmes, contre des troupes nombreuses 
et exercées ! 

(t) Bien que les villages d'Onhaye, Gérin et Anthée se trouvent sur l'itinéraire du XII P corps, nous avons 
été amenés à traiter ailleurs leur histoire. La première de ces localités intéresse le XIX e corps, qui y a soutenu 
le combat du 23 août, et les deux dernières ont aussi été traversées par la 24 e division de réserve. 

(2) A consulter sur cet itinéraire : von Hausen, Erinnerungen, o. c, p. 16; Die Schlachien und Gefecble, 
p. 16 ; de Dampierre, Carnels de route, o. c, p. 27 ; Les Violai ions, o. c, p. 89 et 114. 

(3) 'Erinnerungen, p. 145. 



i3 7 



i . — oommiere. 



Ce village, situé au sommet du plateau qui domine Bouvignes, fut 
violemment bombardé le 23 août et la population s'enfuit, à l'exception 
d'une femme et de trois hommes, dont un fut tué le lendemain. 

L'ennemi arriva le 24 août de bon matin. A en croire un témoin 
allemand qui est passé à Sommière, « le 178 e régiment avait déjà fait 
une marche de nuit sur la hauteur, par une route en lacets, vers 
Rostenne (t) » où il arriva à 5 heures. Il ajoute que, de Sommière, le 
178 e « fit un grand crochet en quittant la route de Philippeville, pour 
gagner Morville par Weillen et Falaën ». Arrivé à Morville le 24 à 
22 heures, il en partit le 25 à 9 heures pour gagner Rosée (2). 

Le rapport que nous faisons suivre est du curé de Sommière, 
M. l'abbé Gilles. 

N° 582. Du t5 au a3 août, le village fut occupé par plusieurs milliers de Français, du 

pays de Saint-Omer, qui ont laissé d'excellents souvenirs. Le capitaine About, com- 
mandant la 11 e compagnie du 8 e d'infanterie, occupa le presbytère. Les troupes et 
l'artillerie s'installèrent dans les fermes voisines de l'église, creusant des tranchées 
aux abords du village et surveillant l'activité de l'ennemi. Presque tous les soldats 
s'approchèrent des sacrements, bien qu'ils l'eussent déjà fait avant de quitter la 
France. Le i5 août, la grand'messe fut troublée par le son, tout proche, du canon 
et, à la sortie de l'office, vers 1 1 h Zo, un officier nous prévint que le village allait 
être bombardé. Beaucoup de familles partirent aussitôt pour Weillen, Falaën et 
Sosoye. Le curé se rendit jusqu'au lendemain à la ferme d'Hontoir. 

Le 23 août, le canon commença à gronder à 6 heures. On apercevait au-dessus 
des lignes allemandes un ballon captif. Une messe basse fut dite à 7 h. 3o et suivie 
par une vingtaine de personnes. A l'évangile, on vint crier que des obus allemands 
tombaient dans le village, venant de Gemmechenne, qui n'est guère distant à vol 
d'oiseau que de deux kilomètres; alors les derniers habitants, affolés déjà par les 
incendies qu'ils avaient aperçus sur l'autre rive, s'enfuirent; le curé emporta le 
Saint-Sacrement et se rendit à la ferme de Ftrout (Weillen). 

Dix-huit obus tombèrent autour de l'église et la tour fut atteinte à 9 h. Zo. Ce 
sont des obus qui mirent le feu à la ferme d'Alexis Gérard, à Rostenne, et à l'étable 
de la ferme Bouchât, à côté de l'église. 

Le 27 e d'artillerie français riposta de la drève des fermes d'Hontoir, de 
16 à 18 heures. 

Trois hommes et une femme (3) restaient au village quand le 178 e y pénétra 
dans la matinée du 24 août, en poussant des cris sauvages, qui les glacèrent 

(1) De Dampierre, Carne/s de roule, o. c, p. 24. 

(2) Ibid. , p. 26-27. 

(3) Joseph Rolin, Désiré Dave, Désiré Deleuse et Mathilde Jacquet, épouse Ferdinand Pierre. 



i38 

d'effroi. Les maisons furent pillées; les chevaux, le bétail, la volaille furent enlevés 
des étables. Treize chevaux furent pris, notamment à la ferme Jules Bouchât. 
La porte de l'église fut fracturée, les troncs violés, les bijoux de la statue de la 
Vierge enlevés. 

Désiré DELEUSE (fig. 46), 62. ans, ancien garde-champêtre et sous-officier de 
l'armée, fut tué le 2.5 à 10 heures, dans les circonstances suivantes. Des soldats 
lui demandèrent de leur renseigner, sur une carte, le chemin de Weillen. Comme 
il le leur indiquait, ajoutant quelques explications, ils se saisirent brusquement de 
lui et le fusillèrent dans la cour de sa maison, à laquelle ils mirent ensuite le feu. 

Cinq autres habitants furent fusillés à Flun, dans une métairie située sur la 
route de Falaën à Weillen (voir rapport n° 584 et planche n° 4) (fig. 43 à 49, 
53 et 54). 

Le drapeau national qui flottait à la tour de l'église fut abattu à coups de fusil 
et brûlé dans une écurie voisine. 

La terreur continuait à régner. Quelques hommes qui avaient voulu revenir 
furent mis au mur et on ne sait comment ils eurent la vie sauve; ils durent pendant 
des journées donner à boire aux hommes et aux chevaux. 

Environ joo prisonniers, belges et français, venant de Bioul, passèrent à 
Sommière le 25 août. 

Cependant les soldats recherchaient activement le curé. Prévenu à temps, 
celui-ci revêtit des habits civils et s'abrita d'abord à la ferme de Stroul, puis au 
presbytère de Falaën. Un mois se passa avant qu'il pût reprendre ses fonctions 
sans danger. 

§ 2 . _ Weillen. 

Le 23 août, pendant la messe de 10 heures, un cri retentit : « Ils 
ont passé la Meuse ! » Les assistants se précipitèrent au dehors et toute 
la population s'enfuit. 

Il restait quelques personnes seulement dans les maisons quand 
l'ennemi parut, le 24 août, à 6 heures du matin. 

Le village fut pillé (1) ; une maison fut incendiée (rapport n° 583). 

Un horrible drame se déroula à Flun, sur le chemin de Falaën, le 
24 août à 14 h. 3o. Cinq personnes de Sommière qui s'y étaient réfugiées 
dans la ferme d'Olivier Mathieu, y furent massacrées, avec le propriétaire 
et son fils, par les éclaireurs qui précédaient le 178 e (rapport n° 584 et 
fig. 43 à 49, 53 et 54). 

(1) Le sou.i-officier Hugo Hoppert, de la 3 e batt. du 2r/ rég. d'art, de camp, du XII e corps de réserve, 
prisonnier de guerre, a déposé ce qui suit. « Le 25 août, nous arrivâmes à 4 h. i5 du matin à Weillen. La cure 
et l'école furent pillées, parce que le curé avait promis 20 mks par tête d'Allemand. Il {ut pendu. » Allusion aux 
accusations proférées contre le curé de Dorinne, jugé à Weillen. Cf. tome IV, p. 137. "Direction du Contentieux 
ei de la Justice Militaire, à Paris, dossier io55. 



t3ç 

Le i5 août au matin, écrit M. Joseph Aneuse, de Weillen, dès avant 3 heures, 
arrivent des troupes françaises, le 8 e d'infanterie et le 27 e d'artillerie qui, après une 
longue marche de nuit, vont prendre part à la bataille de Dinant. Placés immédia- 
tement à l'arrière du front de combat, nous passons une journée très mouvementée. 
A un moment donné, un détachement se fortifie à l'est du village, sur la route 
Onhaye-Sommière, tandis qu'un autre s'établit au nord-ouest, sur la hauteur du 
Liez, qui domine Weillen. La population est, en même temps, avertie de se tenir 
prête à évacuer le village. Un peu plus tard, le 6 e escadron du 6 e chasseurs, qui 
restait ici en réserve, part pour Dinant, et l'ambulance n° 4 de la 2 e division du 
t €r corps se retire dans la direction de Florennes. 

A l'heure même où les habitants ont commencé à fuir, nous apprenons le recul 
de l'ennemi, la reprise de la citadelle et la victoire des troupes françaises. 

Comme les voitures d'ambulance ne doivent arriver qu'à la soirée, des 
villageois se rendent sur le champ de bataille avec des chariots de ferme, pour 
relever les blessés. Je les accompagne. Sur les hauteurs qui dominent la rive 
gauche, le château de Meez et la ferme Cézaire achèvent de se consumer. A cet 
endroit, environ yo Français sont tués. Les blessés sont très nombreux; nous les 
ramenons à l'ambulance installée au château du baron de Giey, à Weillen. Huit 
d'entre eux y moururent les jours suivants, un adjudant, six soldats du 8 e , un soldat 
inconnu du 73 e ; ils furent enterrés au cimetière paroissial (t). 

Pendant la semaine du 16 au 23 août, les paysans se remettent aux travaux des 
champs, persuadés que l'ennemi ne passera pas la Meuse. Les troupes françaises 
les édifièrent profondément par leur assiduité aux offices de l'église et par leurs 
communions fréquentes. 

Samedi 22, le canon se fait entendre de nouveau. Dès le matin du 23, la 
bataille fait rage. Toutes les troupes de réserve sont parties vers la Meuse. 

Pendant la grand'messe de io heures, on crie tout-à-coup du dehors de l'église : 
« Les Allemands sont passés! » Alors c'est la panique. La foule se précipite au 
dehors. Déjà des fuyards passent en courant et des blessés reviennent du champ de 
bataille. A midi, une batterie s'installe aux abords du village, sur le « tienne 
d'Onhaye » et ouvre le feu dans la direction d'Hastière. Une heure plus tard, des 
mitrailleuses s'établissent au même endroit. Des groupes se forment et prennent des 
directions diverses. 

Par la route de la gare arrivent bientôt des gardes-civiques et des soldats 
belges. Tous ces éléments se mêlent et prennent la direction de Rosée, par 
Flavion. La foule grossit à chaque croisement de route, formant bientôt une cohue 
indéfinissable, qui se continuera sur tous les chemins de l'Entre-Sambre-et-Meuse 
pendant les jours de la retraite. 

Auprès de « Belle-Vue », des soldats français dispersés parmi les civils tirent 
individuellement sur un taube allemand qui passe et repasse au-dessus de nos 
têtes. Plus loin, nous rencontrons un détachement d'une centaine d'hommes qu'un 
officier a groupés et qu'il dirige sur Weillen, dans le but d'entreprendre la défense 

(1) Voici leurs noms : Alphonse Busin, adjudant au 8 e ; Ernest Egels, Henri Wiels, Victor Brebion, 
Robert Maze, François Leroy et Lucien Delattre, soldats du 8°. Ils [urent transférés en 1916 à Anhée. 



140 

à outrance du village. Il y renonça, M. le curé lui ayant objecté qu'un combat 
isolé en cet endroit causerait la destruction du village, sans aboutir à un résultat 
certain. 

Durant la nuit suivante, nous contemplons avec effroi la chaîne de feu qui se 
développe le long de la Meuse et de la Sambre, d'Hastière à Namur et de Namur 
à Charleroi. 

Le 24 août à 6 heures, l'ennemi entre au village et commence par dévaliser 
le château. Il se montre grossier, exigeant, cruel, envers les quelques habitants 
restés dans leurs maisons ou surpris après leur retour. C'est ainsi que Gustave Petit 
et son épouse, qui ont passé la nuit dans les bois et viennent de rentrer, sont arrêtés 
vers u heures, avec la famille Storm, d'Onhaye, et celle d'Adelin Côme; les 
hommes sont emmenés sur la route de Sommière, où ils restent trois heures à côté 
d'un prisonnier français attaché à un arbre, puis vers Flavion; ils finissent par 
obtenir un passeport de libération. Paul Mathieu, qui est revenu pour soigner son 
bétail, doit accompagner les Allemands pendant deux jours entiers et leur 
procurer tout ce dont ils ont besoin ; le mardi soir, en rentrant chez lui, il tombe 
exténué et meurt. 

A 14 h. 3o, se déroule à Flun le massacre qui fait l'objet du rapport n° 584. 

Le 26 août, le bourgmestre, M. Louis Waha, est fait prisonnier à son tour et 
enfermé pendant quatre jours, sans nourriture, dans une annexe du château, 
menacé à tout moment de la mort. De là, il voit les soldats se promener affublés de 
chasubles et d'ornements sacerdotaux, et s'acharner à briser des crucifix et des 
emblèmes religieux. Le curé, qui a eu la prudence de revêtir les habits civils, est 
activement recherché. On n'entend que ces mots : « Où est le Pastor? Pastor 
Kapout ! » 

A mesure que les habitants reviennent, ils trouvent les maisons bouleversées, 
les meubles brisés ou emportés. Tout est couvert d'ordures. Le presbytère et la 
maison des Religieuses ont particulièrement souffert : portes, rampes, tables, lits, 
meubles, tout est brisé ou défoncé; mobilier, vaisselle et bibliothèque sont jetés 
dans le jardin. Un grand Christ a la tête brisée, des ornements d'église sont foulés 
aux pieds. 

A l'église, le désordre est grand : le tabernacle du maître-autel est ouvert; le 
coffre-fort placé derrière l'autel porte des traces d'effraction, les soldats emportent 
un calice et un reliquaire. Les linges d'autel servent à envelopper des quartiers 
de viande. Le jubé est couvert d'immondices. 

Dans les écoles, les images de nos Souverains sont brisét s, piétinées. Les 
encriers sont jetés violemment contre les murs. 

A plusieurs reprises le village est menacé d'être incendié. Parmi les habitants 
qui sont demeurés dans leurs maisons ou y sont revenus, il n'est personne qui n'ait 
enduré de grandes souffrances, morales et physiques. 

On relève la présence à Weillen en ces journées de la 24 e col. de munitions 
de réserve, du i3 e chasseurs de réserve, du 104 e d'inf., de la 4 e col. de munitions 
d'artillerie de réserve et de la 2 e batt. du 24 e rég. d'art, de camp, de réserve. 



VICTIMES DES MASSACRES DE FLUN, DE VILLERS-LE-G AMBON, DE VODECÉE ET DE VILLERS-EN-FAGNE 





Fig. 4 3. — Henri PIRLOT, 47 ans 
massacré à la ferme de Flun. 



F'g- 44- 

Olivier MATHIEU, 52 ans 

père de Gaston, blessé et carbonisé 

à la ferme de Flun. 




Fig. 45. — Gaston MATHIEU, 25 ans 
tué à la ferme de Flun. 







Fig. 46. 

Désiré DELEUZE, 62 ans 

fusillé à Sommière. 



F 'g- 47- 
Valentin MATHIEU, 29 ans 

carbonisé 
à la ferme de Flun. 



Fig. 48- 

Joseph PIETTE, 20 ans 

(à l'âge de 9 ans) 

carbonisé à la ferme de Flun. 



Fig. 49. 

Octave MATHIEU, 54 ans 

père de Valentin, 

tué à la ferme de Flun. 






Fig. 5o. — Nestor WIAME, 

46 ans, de Villers~le~Gambon, 

tué sur la route de Givet. 



Fig. 5 1 . — François PIERRE, 58 ans 

Echevin de Vodecée, 

y fusillé. 



Fig. 52. - Adelin WOïNE, 53 ans 

Instituteur à Villers^en-Fagne, 

fusillé aux abords du village. 




(Photo 1 9 1 5J 



Fia-. 53- — Flun. 



Corps de logis et grange de la ferme qui fut le théâtre du massacre 
(du côté de Falaën). 






(Photo 1915) 
Fig. 54. 
Ferme de Flun et chemin de Weillen. 




Phoîo 1 1 5) 



Fia;. 55. — Anthée. 



Maison Barbier, incendiée sur la route de Philippeville, 
où urent tués Xavier Delhaye et son épouse. 




(Photo 1915) 
Fig. 56. — Morville. 
Ecoles incendiées des Religieuses de la Providence, 
à Lassurance. 




(Photo novembre 1914) 
p;,, 5-,. — Dourbes. Panorama du village incendié par les troupes du XII corps. 



141 

Le 24 août, a déposé M. Oger Mathieu, un groupe de personnes de Sommière 
qui s'étaient réfugiées à Falaën pendant le bombardement de leur village et qui s'en 
retournaient chez eux, s'arrêtèrent dans la métairie nous appartenant, située à Flun, 
sur le chemin de Weillen à Falaën (fig. 53 et 54). 

Il était 14 h. 3o. Les hommes qui composaient notre groupe étaient assis sur le 
seuil de la grange quand douze uhlans arrivèrent près de la ferme. Deux d'entre 
eux se détachèrent, dépassèrent la ferme Pirson qui borde la route et se posèrent à 
l'autre entrée de la ferme située vers Falaën. Les autres pénétrèrent en courant 
dans la cour, par le chemin situé vers Weillen. Mon père et moi, nous allâmes à 
leur rencontre, pour leur offrir un rafraîchissement. « Que faites-vous ici? », 
demanda l'un d'eux en français. « Ce sont, répondit mon père, des parents de 
Sommière, qui sont ici à cause du bombardement du village. » Le soldat ajouta : 
« N'y a-t-il pas de Français? » Tous trois, nous répondîmes : «Non », leur faisant 
comprendre qu'ils pouvaient visiter la maison. Pendant ces courtes explications, un 
uhlan mettait déjà le feu à une charrée de foin qui se trouvait dans la cour, d'autres 
entraient en hurlant, se précipitant vers nous avec leurs baïonnettes et leurs 
revolvers. Le premier coup de lance m'était destiné : je l'évitai par un brusque 
écart et me glissai derrière la porte de la maison, jusqu'au seuil de la cave, d'où je 
pus voir toute la scène. M'ayant manqué, le soldat perça de son deuxième coup mon 
cousin Stanislas MILCAMPS, 53 ans, qui mourut sur le champ. Alors commença 
la fusillade. Je vis mon oncle, Henri PIRLOT (fig. 43), 47 ans, tomber sur la porte 
de la grange, atteint d'un coup de revolver. Mon père, Olivier MATHIEU (fig. 44), 
52 ans, blessé lui aussi par une balle, se traîna dans la grange et s'y cacha sous une 
voiture : nous l'y retrouvâmes carbonisé, ainsi que Henri Pirlot. Puis je vis mes 
deux cousins, Valentin MATHIEU (fig. 47), fils d'Octave Mathieu, 19 ans, et 
Joseph PIETTE (fig. 48), 20 ans, entrer en se sauvant dans l'écurie, où ils périrent 
carbonisés, sans même avoir été blessés. Les soldats tirèrent aussi sur mon cousin 
Octave MATHIEU (fig. 49), 54 ans, et sur mon frère Gaston MATHIEU (fig. 45), 
25 ans, qui tombèrent morts sur le seuil de la maison. 

De l'entrée de la cave, je rentrai par le corridor dans la maison, et en passant 
devant les fenêtres, je faillis être atteint par trois balles tirées du dehors. Je 
rejoignis les femmes et les enfants qui se trouvaient à l'intérieur, et tandis que nous 
montions à l'étage, nous pûmes examiner ces barbares qui s'amusaient à tirer des 
coups pour mettre le feu à la maison, à la grange et même au fumier. Ils contem- 
plèrent l'incendie qui faisait rage et lorsqu'ils furent persuadés qu'aucun de nous 
n'échapperait à la mort, ils partirent dans la direction de Falaën. Il était grand 
temps de fuir, car la fumée allait nous asphyxier. Enjambant les cadavres, nous 
pûmes fuir par la porte du jardin et gagner le bois voisin, où nous passâmes la nuit. 

§ 3. — Falaën. 

Plusieurs patrouilles de cavalerie ennemie sillonnaient déjà les 
abords de Falaën dans l'avant-midi du 24 août, ce qui donna lieu à de 
multiples rencontres avec les soldats belges et français qui poursuivaient 
leur retraite. 



i4i 

C'est peut-être en guise de représailles que deux soldats, un Belge 
et un Français, qui étaient tombés aux mains de l'ennemi, furent froidement 
fusillés à la ferme de Bellevue, vers 17 heures, en présence des habitants 
terrifiés, ainsi qu'il va être raconté dans le rapport suivant, qui résulte 
d'une minutieuse enquête faite auprès des témoins du drame. 

N° 585. Le 24 août dès 7 h. 3o du matin, dix uhlans pénétrèrent à Falaën. Jutes Lekeux 

les aperçut qui traquaient un soldat français sans armes, venu de Sommière. Quand 
ce soldat fut arrivé dans le jardin de la forge, les uhlans tirèrent sur lui et le 
blessèrent ; le malheureux put encore se traîner quelques mètres plus loin et fut 
achevé d'un coup de revolver par un cavalier descendu de sa monture. De Falaën 
les uhlans allèrent à Sosoye, où ils laissèrent plusieurs victimes. Un second soldat 
français fut tué à Falaën dans l'avant-midi, près de la maison de Désiré Demanet, 
qui l'enterra en même temps que le premier. 

De nombreux soldats belges se trouvaient encore à Falaën dans les premières 
heures de l'après-midi. Un groupe de quatre-vingts, sous les ordres du lieutenant 
Caussin, qui étaient arrivés à la ferme de Bellevue à g heures, purent s'évader à 
14 heures et gagner la France. Quatorze autres soldats belges se heurtèrent à des 
Allemands vers t5 heures au lieu dit « Boly » ; ils purent fuir à l'exception d'un 
seul, Arsène Pirson, de Sommière, qui se cacha derrière une haie, tira sur eux et 
y fut tué. 

Deux autres soldats belges furent retrouvés tués près du château de Beauchêne. 

Vers i5 heures, des cavaliers saxons passèrent à la ferme de Bellevue, et 
n'inquiétèrent pas les gens qui s'y trouvaient. Des fantassins (1). un officier 
supérieur en tête, s'y présentèrent à 17 heures et expulsèrent la famille du fermier, 
à savoir M. Sylvain Navaux père et son fils, M. Dételle, de Fosses, et sa dame née 
Navaux ; les frères Amaury et Joseph Hosselet, de Falaën, et deux ouvriers 
flamands qui faisaient la moisson. Menés dans un bosquet de sapins, à cinquante 
mètres de l'habitation, ils durent se mettre, tour à tour à genoux, puis se relever, etc., 
et crurent leur dernière heure arrivée, car les soldats semblaient vouloir les fusiller. 
Quand ce jeu eut duré une demi-heure, on amena un soldat belge en tenue militaire 
et sans arme et un soldat français, habillé en civil. Ils venaient, croit-on, de Bioul 
et avaient été pris dans le bois de Fayat. Officiers et soldats échangèrent quelques 
paroles qui décidèrent de leur sort, puis on leur lia les mains derrière le dos et 
dix soldats vinrent se poster devant eux, cinq à genoux et cinq debout. On fit 
approcher les membres de la famille Navaux, afin qu'ils vissent de très près la scène 
du massacre; puis sur un signal de l'officier, les exécuteurs tirèrent : les deux 
victimes s'affaissèrent sans pousser un cri. Les civils terrifiés furent reconduits à la 
ferme. Peu de temps après, ils reçurent l'ordre de prendre des outils et d'enterrer 
les cadavres. Quand la fosse fut creusée, M. me Dételle les y déposa et les recouvrit 
d'un peu de paille, puis on referma la tombe. « C'est moi, dit l'officier, qui ai fait 
détruire et fusiller Spontin et Dinant. » Il paraissait pressé de partir et il s'éloigna 

(1) Le ioo*" Grenadiers est signalé le 24 août près de Falaën. V. de Dampierre, o. c, p. 27. 



t43 

avec la troupe. Quelques semaines plus tard, les Allemands remplacèrent la croix 
de bois qu'y avait mise le fermier, par une autre croix qui portait l'inscription 
suivante (i) : « Ici reposent un soldat français et un soldat belge tués par une 
patrouille. » Les cadavres furent exhumés en 1917 et transférés au cimetière de 
Mont (2). 

§ 4. — Morville. 

Dans ce village, où bifurquent les grand'routes de Namur à Givel 
et de Dinanl à Philippeville, il passa des troupes considérables : celles 
de la 23 e et de la 3z e division allemande, se dirigeant vers Rosée; celles 
aussi de ta 24 e division de réserve, se rendant dans la périphérie de Givet, 
pour le siège de cette forteresse (voir p. 128). 

Les quelques habitants restés à Morville attestent que ce fut, pendant 
plusieurs jours, un enfer, tant était élevé le diapason de la férocité et de 
la sauvagerie. Le curé de l'endroit, après avoir été dix fois exposé à la 
mort, parvint à être libéré et resta pendant quinze jours caché au fond 
des bois, revêtu d'habits civils. Quarante-deux maisons furent incendiées 
(voir fig. 56), en dehors de tout combat; deux civils furent tués, dont 
un à Surice. 

N° 586. Les habitants délaissèrent Morville le 23 août, après le passage de la Meuse 

par l'armée allemande. Les Français avaient pris possession du presbytère vers 
19 heures et y avaient creusé des meurtrières dans les murs pour y installer des 
mitrailleuses. 

L'ennemi fit son entrée le 24 août, sans combat, et mit toutes les maisons à sac. 
Quarante-deux maisons furent brûlées par pure sauvagerie, dans la journée du 
25 août. Le curé de Morville, M. l'abbé Debatty, vit brûler le hameau de 
L'Assurance, d'Anthée, où il était retenu prisonnier : vers midi le feu y consumai! 
la maison des religieuses (fig. 56), l'école des soeurs, les maisons Braibant, Mottint, 
Galand et Jourdain. C'est devant ce brasier que fut fusillé un civil qui n'a pu être 
identifié, et dont le corps repose au cimetière d'Anthée. Une disaine de personnes, 
dont Lucien Roba, d'Anthée, y furent malmenées à l'extrême et contraintes à rester 
devant les flammes, à genoux et les bras en croix, pendant des heures. A 18 heures, 
le curé de Morville, emmené vers Rosée avec ses compagnons de captivité, longea 
de nouveau son village où la rue principale était en feu. «Vous, curés belges, tous 
crapules ! lui disait avec rage l'officier du too e saxon qui les brutalisait. Vous avez 
commandé à vos gens de tirer sur nos soldats! Vous viendrez en promenade avec 

(1) Cette mensongère inscription n'a malheureusement pu être conservée. 

(2) Il ne nous a pas été possible d'identifier sûrement les deux victimes. On connaît les noms de trois 
soldats tombés à Falaën : J.-B. Waegemans, belge, de Turr.hout ; Erveld, belge, i3 e de ligne, 24369; 
Edouard Alion, français, de Béthune. On croit que les deux Belges en question ont été tués près de Beauchêiie. 



144 

nous jusque Paris ! Vous nous servirez de sécurité ! » Les incendies se poursuivirent 
pendant toute la nuit suivante. 

L'église de Morville échappa à l'incendie, mais fut extraordinairement souillée 
et pillée. Chaises et bancs, jetés au dehors, furent mis en pièces et brûlés ; la lampe 
du Sainte-Sacrement fut brisée, les ornements sacerdotaux lacérés, un calice, les 
boîtes des saintes huiles, des coussins d'autel, des livres liturgiques, un costume de 
bedeau, des bannières furent enlevés, les nappes et linges d'autel emportés et 
déchirés, les troncs fracturés. 

Les archives civiles périrent dans l'incendie de la maison communale. 

On évaluait, en 1914, les dégâts causés en une journée dans la commune 
à 1, zoo, 000 francs. 

Hortense DELOBBE, 40 ans, fut tuée sur les escaliers de la cave, d'une balle 
en pleine poitrine, tirée de l'extérieur à travers la porte d'entrée. Les meurtriers 
s'opposèrent au transfert de la victime au cimetière. 

Emile Viscardy, yo ans, fut tué à Surice, en dehors de la fusillade collective 
(voir Surice). 

Outre les troupes venant d'Anîhée, le 1 33 e est passé à Morville. 

§ 5. — Flavion. 

Les premiers éléments du XII e corps entrèrent dans Flavion désert 
le 24 août à 17 h. 45. 

C'est le 108 e , 46 e brigade, 23 e division, qui mit le feu au village le 
25 août. On signale aussi la présence, le 26 août, du io3 e (32 e division). 

Les notes qu'on va lire ont été partiellement données, le 2 novem- 
bre 1915, par M. l'abbé Lambiotîe, curé de l'endroit au moment des 
événements, et complétées ensuite par son successeur, M. l'abbé Mauclet. 

|yjo 53.7 L'ambulance établie au château de M. Closon reçut, après le combat du 

i5 août, 32.5 blessés du 33 e de ligne, dont 75 l'étaient gravement ; il en mourut 
quatre (1). 

Le 23, le viilage entier s'ébranla vers le sud quand vint le flot de la Basse" 
Sambre, que suivit, le lendemain, une partie de l'armée belge coupée à Namur. 
Les derniers soldats se heurtèrent à l'armée allemande et neuf d'entre eux furent 
tués dans les Bierts (2). 

L'avant--garde ennemie pénétra dans Flavion désert le 24 août à 17 h. 45 ; le 
gros de l'armée, venant de Sosoye, Falaën et Weillen, vint à 22 heures. Un soldat 
français, Ernest Barrant, surpris dans le village, fut traqué chez Antoine François 
et se blottit en dessous d'un lit; il y fut tué par des balles tirées de l'étage 

(1) Dont Emile Coupart, de Lille, et Albert Ravaux, de Lille. 

(2) On connaît les noms de Pierre Noë, de Vi!lers--rÉvêque, du io r , d'Arthur Lemailleux, de Septon, et 
de J.-B. Charles, de Jemeppe-sur-Sambre, du ii'; un autre appartenait aux chasseurs. Deux furent inhumés 
sur la route d'Ermeton, un aux confins de Falaën, trois au " Fond Susset » et trois sur la route de Falaën. 



145 

inférieur, à travers le plancher. Les Allemands traînèrent ensuite son cadavre au 
dehors et le jetèrent dans le jardin. 

Le lendemain à 17 heures, ils mirent le feu à la maison de la veuve Mottint ; 
puis le 26 août aux maisons veuve Vassaux-Petit, veuve Collignon et veuve Robe. 
On en accuse les troupes du 108 e . Le 2.8 août, le feu fut remis au presbytère, mais 
il put être éteint Les ornements sacrés qui y avaient été déposés furent retrouvés 
lacérés. 

§ 6. — Rosée. 

Le 101 e saxon (23 e division) esl entré à Rosée sans combat au soir 
du 24 août ; il mit le feu le lendemain dans trois quartiers différents du 
village. Les incendies étaient déjà, semble-1-il, terminés quand parut le 
178 e (32 e division), dans l'après-midi du 25 août (t). 

Deux habitants du village furent tués à Fagnolles. 

Le Livre Blanc a désigné les incendiaires : c'est le train de l'Etat— 
Major de la 32 e division d'infanterie (rittmeister Heltzer). On reconnaît 
dans le rapport de ce dernier (Anlage 38, p. 54) le cliché habituel : 
« On a tiré par derrière, au signal donné ; i attaque était préparée » . 

Le curé, M. l'abbé Collard, fut déporté en Allemagne et y resta 
à la prison d'Ohrdruf jusqu'au 6 octobre (2) ; c'est à son retour 
d'Allemagne qu'a été reçu son témoignage, reproduit dans le rapport 
qui va suivre. 

De Rosée, le XII e corps se mit en marche au matin du 25 août, la 
23 e division en tête. Nous savons par le carnet d'un officier saxon du 
178 e que la 32 e division quitta Morville à midi, formant une colonne de 
marche de sept kilomètres de longueur. On fit un arrêt d'une demi-heure 
à la soirée. A Merlemont, deux civils furent empoignés et relâchés à 
Dourbes seulement, où la division arriva le 26 à 5 heures du matin. 
Quand elle traversa Villers-en-Fagne, ce village était déjà en feu (3). 

Nous annexons un court travail sur Omezée, village qui eut moins 
à souffrir de l'invasion. 

N° 588. Sur le territoire de 'Rosée se trouve le point culminant de l'Entre^Sambre'- 

et-Meuse, à 3i3 mètres d'altitude. 

Les Français y arrivèrent le 14 août et organisèrent plusieurs cérémonies 
religieuses, très impressionnantes par le nombre des soldats qui y assistèrent, autant 
que par leur ferveur dans la prière et dans les chants. 

(1) De Dampierre, Carnets de route, o. c, p. 28. Des bons relevés à Rosée accusent le passage du 178 
et aussi du 3 8 bataillon du io6 p de réserve, XII e corps de réserve, 

(i) Cf. à son sujet Van Langbnhove, Comment naît un cycle de légendes. Paris, Payot, p. 46. 
(i) De Dampierhe, Carnets de roule, p. 27. 

10 



»46 

La population, affolée par la retraite des troupes et des civils le 23 août, s'enfuit 
le lendemain de grand matin, à l'exception de quelques vieillards, d'une famille 
voisine de l'église et du personnel du presbytère. Des blessés français soignés dans 
la première maison du village craignaient d'être achevés : je leur promis de 
me trouver auprès d'eux au moment de l'arrivée de l'ennemi et d'aller à sa 
rencontre. 

Au soir, quand les premiers Allemands, une douzaine de uhlans, arrivèrent au 
galop de leurs chevaux, je me plaçai devant eux les bras levés, et leur dis quelques 
mots en allemand. Ils n'inquiétèrent pas les blessés. Un colonel et un capitaine 
soupèrent au presbytère, et me demandèrent « si les gens n'étaient pas cachés dans 
les caves pour tirer ». Comme je les rassurais, ils ripostèrent « qu'on disait la 
même chose à Dinant et qu'ils avaient vu une jeune fille tirer sur un de leurs 
officiers ». Ils rentrèrent à minuit, se faisant accompagner d'une quinzaine de 
grenadiers. 

Le 2.5 dans la matinée, les soldats se mirent à piller les maisons et à en incen- 
dier quinze. Une veuve, fort âgée, qui habitait « les ruelles », à l'est du village, et 
était revenue de bon matin, fut témoin de l'incendie de huit maisons de ce 
quartier (i). Le pillage étant terminé, les soldats tiraient des coups de feu sur les 
toits des maisons, qui bientôt prenaient feu. La dame éloigna sa vache, puis s'assit 
sur le seuil de sa demeure en pleurant; elle les supplia comme elle put d' « avoir 
pitié d'une pauvre femme qui n'avait fait de mal à personne ». Comme les soudards 
répondaient « qu'ils avaient reçu des ordres », elle se mit à pleurer de plus belle. 
Un officier mandé aussitôt lui dit : « On a tué nos frères, nos amis, nos camarades. 
Nous devons venger nos morts. Les bons pâtiront pour les mauvais ». Il lui 
permit d'emmener un veau et quelques vêtements, puis il mit le feu à la modeste 
habitation. 

Trois maisons situées sur la route de Philippeville avaient été touchées le 
24 août au soir par des obus, qui y avaient mis le feu. Deux maisons voisines, dont 
le local du patronage, furent encore incendiées, sans motif, dans l'après-midi du 
mardi (2). 

Enfin, le même jour à 14 heures, on vit des soldats tirer dans les toitures de 
deux belles habitations voisines de l'église, qui furent bientôt consumées (3). 

Une centaine de civils, rencontrés pendant la journée, furent emprisonnés à la 
ferme du bourgmestre. J'y fus mené aussi le soir, avec les religieuses, que j'avais 
reconduites chez elles. 

Mercredi 26 vers 1 1 heures, des officiers supérieurs me demandèrent dans la 
cour de la ferme. « On avait tué à Rosée un officier (4) et le meurtrier était 
probablement un villageois ; les curés étaient la cause que les soldats allemands 

(1) Maisons veuve Honoré André, Léon Collinet, Joseph Riffont, Albert Denis, Léandre Dubois, Benoni 
Gilliard, Dumont (rères et sœurs, Emile Cléda. 

(a) Maisons Félicien Riffont, Alexis Posset, Léopold Achez (occupée par Céline Fécherolle), Edouart Hubot 
et le patronage. 

(3) Maisons Zéphyr Gillain et Léon Moriamé. 

(4) Une enquête fut faite sur place par l'ennemi en juillet 1915. L'officier tué s'appelait, dit-on, le capi- 
taine von Eisa, fils d'un général qui se trouvait à Laon. Les recherches restèrent sans résultat. 



>47 

étaient attaqués par les civils; ils avaient une grande influence sur le peuple; pour 
cela je serais déporté en Allemagne ». Conduit dans une salle voisine, où se 
trouvaient deux officiers belges prisonniers, j'en sortis à t3 heures. « Le chariot 
était prêt, me dit-on, il fallait partir. » Je ne fus pas autorisé à faire mes adieux à 
ma famille et je dus avant le départ haranguer les prisonniers, leur recommandant 
le calme, dont ma vie dépendait. Puis je partis pour Dinant, accompagné d'officiers, 
d'ambulanciers et de quelques blessés montés avec moi sur le chariot; quant aux 
soldats non blessés, ils suivaient à pied. 

A Dinant, un capitaine me laissa entendre que je serais libéré le lendemain ; 
mais jeudi 27, je dus suivre la colonne, qui gagnait Leignon, Marche et Melreux. 

Là, on m'avait déclaré, de rechef, que je n'irais pas plus loin, lorsqu'un train 
entra en gare : j'y fut poussé en hâte à la suite des prisonniers et nous arrivâmes 
samedi à Coblence, puis à Ohrdruf, où je fus mis au cachot. 

Pendant tout le voyage, j'avais été copieusement insulté. A la prison, le com- 
mandant, baron von Moffling, n'avait reçu aucun dossier à mon sujet. Il me traita 
avec beaucoup d'égards. Quant aux subalternes, ils m'appelaient « franc-tireur ou 
espion » et me menacèrent souvent de la mort. Je fus bientôt associé à un groupe 
de civils de Neufchâteau, qui avaient été déportés comme moi, et je fus rendu à la 
liberté le 6 octobre. 

Armand ANTOINE, 20 ans, et Joseph GILLAIN, 44 ans, avaient fui et reve- 
naient en vélo le 26 au matin, devançant les membres de leur famille, lorsqu'ils 
tombèrent entre les mains des Allemands dans les environs de Fagnolle. Le curé et 
le bourgmestre de cette localité les aperçurent, ainsi qu'un troisième civil dont on 
ignore le nom, couchés par terre, les mains liées derrière le dos, violentés par des 
Allemands aux allures sinistres qui leur tenaient le genou sur la poitrine et leur 
faisaient subir un interrogatoire. D'après ce qu'ils purent saisir, il était question d'une 
convocation de garde civique trouvée sur eux. Vers t5 heures, ils furent emmenés 
dans la direction de Mariembourg et on est resté, depuis lors, sans nouvelles à 
leur sujet. 

Eugène VISÉE, 29 ans, né à Ghlin, garçon d'hôtel chez Adelin Henroteaux, à 
l'Hôtel des Voyageurs, à Dinant, avait quitté cette ville le 22 août. Le 2.5 août, il se 
trouvait dans les campagnes de Rosée, lorsqu'il fut aperçu par les Allemands qui 
passaient sur la grand'route et abattu comme un vulgaire gibier. Enterré d'abord 
sur place, les Allemands le transférèrent ensuite dans leur cimetière. 

N° 589. Un détachement français — écrit M. l'abbé Genin, curé — passa à Omezée la 

nuit du 23 au 24 août. Le 24 dans l'après-midi, d'autres Français, venant de 
Morville par les bois, gagnèrent Surice. A tô h. 3o, il en vint encore, par les 
campagnes de Soulme, qui engagèrent les habitants à fuir : « Les Allemands avaient, 
disaient-ils, fusillé le doyen de Dinant et d'autres prêtres ». 

Le 25 août à 4 heures du matin, les derniers civils restés au village, terrifiés 
par l'incendie de Surice, se dirigèrent vers Franchimont, sous la conduite de leur 
curé, et y arrivèrent au moulin une heure avant les Allemands. Ceux-ci passèrent 
à 7 heures, venant de Surice, où ils avaient enlevé un fils du jardinier Debuisson ; 
c'étaient des soldats du 101 e . Ils obligèrent les gens d'Omezée à donner à boire à 



148 

leurs chevaux, puis un capitaine remit à M. le curé un passeport collectif (») pour 
regagner Omezée, Il ajouta qu'il venait d'incendier le village, parce qu'on avait tiré 
de ce côté; en réalité, il avait, à 6 heures, de Lautenne, à une distance d'un kilo- 
mètre, bombardé le hameau de « Champelle ». La maison de la veuve Chaltin prit 
feu et trois autres maisons furent plus ou moins détériorées par des obus. Ces 
troupes passèrent à Franchimont à 7 heures, y enlevèrent Frédéric Delvaux, 
d'Omezée, pour le conduire à Merlemont et gagnèrent de là Villers-en-Fagne. 

A Omezée même, il passa le 25 août à 6 h, 3o environ 200 cavaliers allemands, 
qui contournèrent le village, venant de Soulme et se rendant à Surice. Le même 
jour au soir, deux autos traversèrent la localité. 

Jules Pirson (fig. 24), 53 ans, fut tué à Franchimont, le 25 août, vers 23 heures; 
Clémence Saint-Guillain, veuve Xavier Howet, 47 ans, fut tuée « au Piche », à 
Lautenne (Surice), le 26 août à 10 heures: elle était mère de sept enfants, qui sont 
orphelins (voir Surice). 

Le 28 août, sur l'ordre du commandant de Lautenne, le village fut évacué sur 
Florennes, en vue de l'attaque de Charlemont. Ces habitants furent reçus chez les 
Frères des Ecoles Chrétiennes. Lorsqu'ils revinrent, après quatre jours, ils 
trouvèrent leur village entièrement pillé. 



§ 7. — Franchimont. 

Elle est particulièrement émouvante l'histoire de Franchimont. Ce 
petit village était presque désert quand parurent les premières troupes, le 
25 août à 6 h. 3o. Elles passèrent sans s'arrêter; un faible détachement, 
laissé sur place, se borna à piller les maisons. 

D'autres troupes du XII e corps, excessivement sauvages, arrivèrent 
à 20 h. 3o et mirent le feu au village : cinquante-deux maisons, sur 83, 
furent détruites. Quatre civils furent massacrés. Une trentaine de civils, dont 
beaucoup d'étrangers, furent faits prisonniers; les soldats du to3 e infli- 
gèrent un vrai martyre à onze d'entre eux, et surtout à Emile Demeuldre, 
un brave jeune homme qui fut finalement assassiné par deux officiers, 
par pur plaisir de répandre le sang humain. On signale aussi la présence 
dans le village, aux heures des massacres, du 48 e d'artillerie. 

Le précis et intéressant rapport qu'on va lire est extrait des notes 
qu'a écrites, sous l'occupation, le curé de l'endroit, M. l'abbé Patron, et 
qu'on trouve consignées dans un registre de la fabrique d'église. 



(1) En voici la traduction «Franchimont, 25 août 1919. La commune de Franchimont s'est montrée 
pendant le passage des troupes très convenable et secourable. J'ai délivré au curé de la commune, sur sa 
demande, cette attestation, afin de le mettre en état de ramener les autres habitants de la localité. 
(s) von Zenbau (?), capitaine au 101 e régiment (XII e corps) ». 



149 
N° 590. La journée du 25 août. 

Nous pensions que notre petit village serait préservé des horreurs de la guerre, 
séparé qu'il est des grand'routes par des bois, des collines et des vallées profondes ; 
mais telle était la multitude envahissante qu'elle eut besoin de tous les chemins. 

Les habitants avaient fui le 24 août, entraînés par l'exemple de tant d'étrangers 
qui, pendant la journée, avaient, en une lamentable procession, traversé nos rues 
sans savoir où ils allaient, poussés en avant les uns par les autres comme les 
moutons d'un troupeau. Restaient au village, avec le curé et le garde-champêtre, 
quatre hommes et deux femmes pour le haut, trois familles pour le bas, dont deux 
quittèrent aussi leurs demeures l'après-midi du 25. 

L'ennemi parut le 25. Dès 7 heures, des chemins escarpés de Lautenne, Omezée 
et Surice dévalaient des troupes de toutes armes, usant, dans la traversée du village, 
des routes les plus étroites, les plus rocailleuses, les plus montueuses. Un contingent 
d'environ 3oo hommes bivouaqua dans la terre dénommée « Petite campagne », 
dont le grain déjà mis en gerbes fut livré aux chevaux, piétiné et gaspillé de toute 
façon. Ces soldats visitèrent les maisons, brisant les fenêtres et les portes qu'ils 
trouvaient fermées, enlevant les boissons, les vivres, surtout les jambons dont, après 
leur départ, on retrouva un grand nombre dans les fossés des chemins. Ils firent 
surtout de longues stations dans les cabarets, buvant, chantant, dansant, activant 
des « harmonica » et des « orgues de barbarie ». Ce qu'on vit dans la suite de 
bouteilles vides et de verres brisés! 

J'avais dû me rendre de grand matin à Villers-le-Gambon ; quand j'appris que 
les Allemands étaient à Franchimont, j'y retournai, et je fus témoin, dès mon 
arrivée, du pillage et du sac des maisons. Etant entré dans la cour de l'école, je 
rencontrai deux officiers, qui m'accompagnèrent à la cure en disant : « Wein, 
Wein! » Je leur servis du vin. « Nous avons tout le monde contre nous, me dit l'un 
d'eux, mais nous avons la volonté de vaincre et nous vaincrons tout le monde ! Déjà 
Liège tombé, Namur tombé ! » 

Le presbytère fut ensuite visité par des bandes de soldats, dignes descendants 
des Germains dont César fait le portrait dans ses Commentaires : ils emportèrent 
sur leur dos, comme des sacs de blé, des charges de bouteilles; dans la montée, 
celles-ci se brisaient et les sacs saignaient abondamment... Abusant de mon igno- 
rance de la langue allemande, l'officier Scheppel me remit en tout et pour tout deux 
bons, l'un de 5 bouteilles pour la 4 e batterie du 48 e , l'autre de 8 bouteilles pour la 
t re batterie. Une petite réserve que j'avais dissimulée dans les coins et recoins du 
presbytère, ainsi que la provision de vin de messe furent découvertes. « Plus de 
messe! », me dit en emportant ce dernier, un sergent, digne fils de Luther. 

Le soir, les pillards partirent et il vint une autre compagnie, celle qui incendia la 
localité(i).l v l.Piret-Leclercq rentrait au village en même temps que ces soldatsy arri- 
vaient et leur commandant lui dit : « Inutile d'aller plus loin, nous allons brûler! » 

J'avais accueilli au presbytère, pour la nuit, un voisin E. Defoin, et 
M. Jules Pirson, d'Omezée, avec sa fille Maria. A peine nous étions-nous retirés 

(1) Les incendiaires venaient de Lautennc-Omezée-Surice. Ils n'étaient guère qu'une cinquantaine, affirme 
le garde-champêtre du village, et étaient de vrais sauvages- 



t5o 

pour nous reposer que commencèrent la fusillade et l'incendie du village. Des coups 
de feu crépitèrent autour du presbytère, des balles y creusèrent des éclats dans la 
pierre. Un coup d'ccil jeté à la hâte par une fenêtre nous fit apercevoir en face, à 
quelque deux cents mètres, la grande ferme transformée en une immense fournaise, 
d'où jaillissaient d'énormes gerbes de flammes et d'épaisses colonnes de fumée. 

Thomas Demeuldre, de Lautenne, qui a été mêlé de si près au drame de 
Franchimont, me raconta plus tard comment procédaient les soldats. A la nuit 
tombante, il essayait de regagner son village avec sa famille et son attelage 
lorsqu'il arriva à Franchimont. Il y avait, me dit-il, des soldats « tout massif ». 
Quand il fut à mi-côte d'un chemin escarpé « à la Basse-Voie », des soldats du 
haut de la côte tirèrent sur eux, puis accoururent, prirent ses chevaux et les vivres 
qu'il emportait et le firent prisonnier avec les siens. Un officier le rudoya, le 
bouscula, le frappa d'un fort coup de crosse à la tête et força ce vieillard septua- 
génaire à parcourir à la course le village désert en criant : « Villageois, ne tirez 
pas! » En face du presbytère, l'officier épaula son fusil et allait tirer ses balles 
incendiaires lorsqu'une fenêtre s'éclaira : il laissa alors retomber la crosse du fusil 
et ne tira pas. Le tour du village fini, M. Demeuldre fut mené au camp « à la 
petite campagne », trébucha dans les fils de fer et reçut de l'officier un coup de 
revolver à bout portant, qui lui blessa la cuisse, puis il fut porté sur un tas de 
paille, où sa femme vint le rejoindre, puis bientôt après son fils Emile, pour y 
être assassiné, comme nous le verrons bientôt. 

La vue de l'incendie avait été au presbytère le signal du sauve-qui-peut. L'un 
de mes hôtes, Jules PIRSON (fig. 24), 53 ans, qui avait voulu retourner à la ferme 
Baudhuin pour ne pas laisser périr ses quatre chevaux dans le feu, fut retrouvé 
assassiné dans un étroit sentier; il portait une blessure à la poitrine et la tête 
était fendue verticalement au-dessus de la nuque. Sa fille fut emmenée au bivouac, 
où les soldats la ligotèrent, ainsi que Marthe Henrard. Quant à moi, je m'enfuis 
par l'enclos des poules, je dévalai les pentes du « Pachis du curé » et pareil à une 
bête fauve pourchassée, j'allai me blottir immobile, soufflant de chaud, dans les 
buissons du fond. M. Defoin était à côté de moi, sans me voir, ni m'entendre. 

Je n'avais pas en vue le village, mais le feu devait faire rage et l'incendie se 
propager, car le ciel étoile était tout assombri par des nuages de fumée se poussant 
et se succédant sans cesse. A travers le feuillage des grands arbres qui me 
couvraient, une pluie de flammèches et d'étincelles tombait tout autour de moi et 
jusque sur mes vêtements. Une odeur de paille, de foin et de bois brûlés emplissait 
l'air. Dans la clarté de l'incendie, je voyais seulement s'élever la masse de l'église 
et du clocher, et les fenêtres étincelaient d'un sinistre éclat. Si je ne pouvais rien 
voir, j'entendais le roulement d'un char et des décharges de fusil, le tout entremêlé 
de cris, de vociférations et de chants. Il me semblait que les incendiaires célé- 
braient à l'égal d'une victoire pour la puissante Allemagne chaque nouvelle maison 
qui prenait feu. Alors, le cœur gonflé d'indignation et de colère, je me jetai à 
genoux et je mis sur mes lèvres la prière du Psalmiste qui, dans ses psaumes 
imprécatoires, invoque les vengeances du Seigneur contre les ennemis de son 
pays : "Redde vicinis nostris sepluplum... Sicut ignis qui comburil silvam, ita perse" 
queris eos in tempeslate tua ! 



i5t 

Les incendiaires ne firent pas leur besogne à demi. Les quartiers auxquels ils 
mirent le feu à l'aide d'explosifs ou de grenades furent tout détruits. Pas une 
maison ne demeura debout. Cinquante-deux belles habitations devinrent la proie 
des flammes, avec les écuries et les granges adjacentes, remplies de foin et de 
grains nouvellement remisés, ainsi que Técole, la salle communale et les archives. 
Deux petits quartiers ont été épargnés : en tout une bonne vingtaine de maisons. 

Il était 23 heures, et les soldats s'étant éloignés, le silence commençait à se 
rétablir. Je me décidai à aller demander, par de grands détours, l'hospitalité à 
mon confrère de Villers-le-Gambon. 

Avant de poursuivre le récit, revenons au début de l'incendie, pour relater la 
mort de deux autres victimes, Jean Scieur et Alzir Anciaux, son beau-frère, telle 
que me l'ont racontée les survivants du drame. 

La famille Anciaux comprenait Julien Anciaux, ses enfants Elvire et Alzir, 
Jean Scieur, époux en secondes noces d'Elvire, Marthe Henrard, fille d'Elvire, d'un 
premier mariage. Cette famille avait été la dernière à fuir et fut la première à 
rentrer : le 25 août à la tombée du jour, elle arrivait au tilleul Sainte-Anne, à trois 
minutes du village. Les troupes qui campaient en cet endroit ne les inquiétèrent 
point et leur dirent de rentrer bien tranquilles. Ces gens purent revenir chez eux 
avant l'incendie du village, ils déchargèrent leur chariot, déposèrent caisses, 
matelas et vivres et lièrent le cheval fatigué à l'écurie. Tout à coup, ils entendirent 
une bande de soldats accourir et la frayeur les fit sursauter. Cinq soldats se 
précipitèrent vers eux en poussant des hurlements de bêtes fauves. L'un d'eux, la 
crosse du fusil en avant, s'élança sur Jean SCIEUR, 45 ans, en criant : Kapout ! 
Le malheureux se jeta à genoux, leva les bras en un geste de supplication et dit : 
« Grâce ! Pardon ! Ne nous faites pas de mal ! » Mais déjà un coup de crosse l'avait 
terrassé. Les soldats l'entraînèrent dehors, avec Alzir ANCIAUX (fig.25), 20 ans, et 
Marthe Henrard et le jetèrent à cent mètres de là, sur la place du village. Ils mirent 
aussi le feu à la maison, en jetant sur la toiture une grenade incendiaire. 

Cependant, le grand'père, Julien Anciaux, entendant cette horrible scène, sauta 
par la fenêtre, enjamba une haie et se blottit, avec sa fille Elvire, dans un fossé 
servant à l'écoulement des eaux, que masquaient d'épais buissons. 

Peu de temps après, en présence de Marthe, un soldat enfonça sa lance dans 
le ventre, puis dans le crâne de Jean Scieur, et un autre déchargea sur lui son 
revolver. « Tuez-moi aussi ! » criait sa fille. « Non, vous pas fusillée, mais autre 
chose! » Laissant là le cadavre, qui portait une plaie béante à la tête et était inondé 
de sang, ils emmenèrent Alzir et sa nièce et leur firent faire trois fois la même 
randonnée dans les alentours, assénant sans cesse à Alzir des coups de crosse, de 
pied et de poing. Lorsqu'ils furent arrivés auprès d'un champ de pommes de terre, 
ils séparèrent l'oncle de la nièce. Alzir suppliait Marthe, en lui prenant la main, 
de ne pas l'abandonner ; Marthe voulait le suivre, mais les soldats la retinrent sur 
la route, d'où elle entendit un officier, à peu de distance, redire au malheureux la 
sempiternelle et stupide accusation : « Vous avez tiré ! » puis retentirent quelques 
coups de revolver. Alzir n'était plus. La victime fut enfouie dans le champ de 
pommes de terre. Tandis que Marthe allait rejoindre M lle Pirson au campement, où 
elles passèrent une nuit atroce, liées, mises à genoux, menacées de la mort, les 



i5z 

soldats amenèrent table et chaises et s'amusèrent longtemps à boire à côté du 
cadavre encore chaud. Plus tard la famille explora vainement le champ à sa 
recherche : le sol avait été entièrement nivelé et le corps de la victime ne fut 
retrouvé qu'au moment de l'arrachage des pommes de terre. 

La journée du 26 août. Les deux groupes de prisonniers. Supplice des prisonniers 
du premier groupe et exécution de l'un d'entre eux. 

Dès le matin du 26 août, bien qu'on me le déconseillât comme une grave 
imprudence, je voulus revenir à Franchimont. Arrivé à mi-chemin du sentier de 
Sainte-Anne, j'aperçus un soldat qui me faisait de grands gestes d'appel. J'allai 
vers lui. Brusquement il m'empoigna au collet par derrière, et, me poussant devant 
lui, il me culbuta dans le fossé d'un champ où était le bivouac des troupes. Trois, cinq, 
dix soldats se ruèrent sur moi en hurlant, me rouèrent de coups et me mirent sur le 
cceur des cartouches en criant : fousiilé ! «Vraiment, me dit une de mes paroissiennes, 
j'ai cru assister à une scène de la Passion ! » Au centre du bivouac, se trouvaient déjà 
sur de la paille une disaine d'hommes, deux du village, les autres de Lautenne et 
de Surice, qui avaient été arrêtés le matin dans les rues ou sur les routes, et étaient 
étroitement gardés par deux sentinelles. De leur nombre Julien Anciaux, qui était 
revenu pleurer sur les ruines fumantes de sa maison. Ce fut le premier groupe de 
prisonniers, qui eut le plus à souffrir. 

Plus loin, avait pris place un second groupe de prisonniers, non gardés, ayant 
des chaises pour s'asseoir et des vivres à manger, dont Marthe Henrard, Maria 
Pirson, le garde-champêtre, la famille Z. Arnould, la seule qui ait passé la nuit 
dans son habitation, une petite et modeste maison, située à l'écart, qui ne fut pas 
non plus respectée. La famille de ce pauvre ouvrier comprenait le mari, sa jeune 
femme et trois petits enfants. La nuit de l'incendie, à 23 heures, une grosse pierre 
fut lancée avec violence à travers l'unique fenêtre. A 4 heures du matin, des 
soldats chassèrent les gens hors du lit, ils leur permirent seulement d'emporter les 
enfants endormis et quelques hardes, puis ils mirent le feu à la chaumière. Les 
derniers incendies furent allumés le 26, car, durant la première expédition incen- 
diaire, deux ou trois maisons n'avaient pas pris feu, d'autres n'avaient pas encore 
subi l'attaque des grenades, entre autres le magasin d'un négociant, qu'il fallait 
sans doute piller au préalable. Dans la matinée du mercredi, il sortit du campement 
un détachement de soldats qui vint achever la sinistre besogne. Quand les flammes 
nouvellement allumées montèrent dans les airs, comme nous les contemplions avec 
douleur, un officier nous dit : « La guerre ! C'est la guerre ! Ce sont les lois de 
la guerre ! » 

A ce second groupe on adjoignait, au fur et à mesure de leur capture, des 
Franchimontois et des gens des villages voisins arrêtés en revenant chez eux, 
auxquels les soldats commençaient par dire : « Pastor, fousiilé ! » au point qu'ils 
croyaient tous ma dernière heure arrivée. 

Peu après mon arrestation, l'officier qui surveillait le camp me fit subir un 
court interrogatoire, puis je fus l'objet de la curiosité malveillante et des sarcasmes 
des soldats. L'un d'eux me jeta à la tête, en ricanant, un chapelet de Lourdes à gros 



t53 

grains, un autre se frottait le ventre en disant : « Guter Wein, Pastor », un autre me 
montrait le linge qu'il avait pillé au presbytère. Comme j'avais exhorté mes 
paroissiens à penser à Dieu et que, étendu tout de mon long, j'étais absorbé dans 
l'accomplissement de mon ministère, un cavalier recula pour prendre son élan, 
puis lança à bride abattue sa monture sur notre groupe, en sorte que le sabot du 
cheval me frôla la tête, bien qu'un cri d'épouvante poussé par mes voisins me 
l'eût fait retirer. Un sergent, après m'avoir dit : Loquor paululum linguam latinam, 
audi me, s'assit solennellement derrière notre groupe et continua ainsi : Odio ego 
habeo ecclesiam romanam ; sacerdos romanus fur est et lalro! (i) 

Le plus à plaindre de nos compagnons d'infortune fut assurément le pauvre 
Emile DEMEULDRE, 3ù ans, de Lautenne. Fuyant les coups de feu, comme nous 
l'avons raconté, il parvint à regagner la maison paternelle. Elle était occupée par 
l'ennemi : il voulut s'en aller de nouveau et fut encore arrêté. Le voilà donc défini- 
tivement entre les mains des soldats, pauvre agneau tombé dans les griffes de loups 
furieux ! Il reçut d'abord une volée de coups de pied, de poing et de crosse, 
puis amené au campement de Franchimont, il y fut, en notre présence, renversé, 
roulé à terre, battu comme plâtre. Son père, Thomas Demeuldre, dont la jambe 
était déchirée et bandée, eut la force de se lever et s'avança au devant des tortion- 
naires, implorant pitié pour son fils : il fut brutalement repoussé. Les soldats firent 
asseoir Emile sur un coffre qu'ils avaient pris au village et lui lièrent les mains 
derrière le dos par une grosse et solide corde. Ils lui poussaient contre la poitrine 
leurs lances, leurs baïonnettes, ou le canon de leur revolver, comme pour lui faire 
entendre qu'il n'échapperait pas à la mort : « Vous, tiré, vous fusillé! » répétaient" 
ils; « Je n'ai rien fait », répondait chaque fois le jeune homme. Tout le long du 
jour, ce ne fut de la part d'Emile qu'une plainte, qu'un cri. Il se débattait, il faisait 
des efforts inouïs pour dégager ses mains, il pleurait, il suppliait qu'on lui rendît 
la liberté, il implorait miséricorde : « Pardon! répétait-il, je suis innocent! » Et 
les soldats de s'amuser, de rire, de se moquer de ses efforts, de le secouer 
violemment, de le battre pour l'obliger au repos, à un repos impossible : le pauvre 
garçon était dans la fièvre, le terrible fousillé retentissait sans cesse à ses oreilles, 
la pensée de la mort, d'une mort imméritée, ne le quittait plus. Dans l'après-midi, 
sa raison paraissait sombrer, ses propos devenaient incohérents. Chaque fois que 
paraissait l'officier, il redoublait ses larmes et ses prières. « Tais, tais », lui 
criait le brutal Allemand, dans son langage inculte ; et d'autres fois : « Taisez, 
taisez, ou bien fousillé de suite ! » Ce qui rendait cette scène encore plus navrante, 
c'est que son vieux père et sa vieille mère se faisaient aussi suppliants, protestaient 
de la douceur et de la bonté de leur enfant. Non seulement ces hommes cruels ne 
les écoutaient pas, mais ils leur refusèrent brutalement ce qu'ils finirent par 
demander comme une faveur, comme une grâce : être autorisés à rester au camp 
avec leur fils et ne pas être séparés de lui; car seules, leurs caresses parvenaient 
à le calmer. A \6 heures, la liberté fut rendue aux prisonniers ordinaires; 
M. et M me Demeuldre durent abandonnner leur pauvre enfant sans compagnie, 
entre les mains de ces tigres assoiffés de sang. 

(i) Traduction : " Je parle un peu le latin, écoutes-moi... Je hais l'Eglise romaine; le prêtre romain est 
un voleur et un larron. » 



i54 

Vers le milieu du jour, sa corde, à force d'être tirée, avait fini par se délier : 
vite les soldats reprirent la besogne, ils y mirent à eux trois toutes leurs forces, ils 
serrèrent le nœud si violemment, me dit un de nos compagnons placé tout près, 
qu'il semblait qu'on entendît craquer les os du patient, qui hurlait de douleur. 
Après sa mort, on trouva la corde profondément entrée dans les chairs et le 
couteau ne put couper l'une sans entamer les autres. 

La nuit s'avançait. Emile Demeuldre était toujours prisonnier avec les dix 
hommes du premier groupe, plus compromis aux yeux des Allemands, et qui 
formaient une catégorie à part. Pour moi, j'avais été en fin de compte mené au 
bout du camp, comme otage, et on avait mis à ma disposition une chaise, 
une couverture, un pot de crème pour ma nourriture et une sorte d'abri fait 
de paille. 

Vers le soir, on délia les mains à Emile Demeuldre. Etait-ce enfin la délivrance? 
Hélas! non... Des loups lâchent-ils leur proie? Au contraire, il allait être soumis 
pour la nuit à un ligotage plus douloureux, il allait être torturé non plus seul, mais 
avec ses dix compagnons, de façon à ne faire d'eux tous qu'une seule chaîne... 

Des soldats les lièrent les uns aux autres, bras contre bras, le bras droit de 
chacun étant attaché par plusieurs tours d'une corde solide au bras gauche de son 
voisin de droite, et le bras gauche étant fixé de même au bras droit du voisin de 
gauche. La corde enserrait fortement les deux bras depuis l'épaule jusqu'au poignet, 
puis faisait plusieurs tours autour du corps pour aller rejoindre les deux autres bras. 
« Malheureux, disais-je longtemps après, à une victime de ce ligotage odieux, 
Julien Anciaux, vous avez dû gémir toute la nuit. — Gémir, me répondit-il, dites 
donc hurler! Mes poignets étaient tout en sang; mes bras demeurèrent paralysés 
pendant plusieurs mois; il suffisait d'une légère poussée exercée contre l'un d'entre 
nous pour nous faire tomber tous avec lui à la renverse, sur le tas de paille. Nous 
sommes demeurés onze heures d'horloge dans cette position, couchés sur le dos, la 
figure en l'air, la tête sans appui. La nuit, il est tombé une forte averse : nous 
devions fermer les yeux pour les protéger de l'eau. — Mais, ajoutai-je, vous n'avez 
plus été gardés, c'était peine inutile. — Deux soldats se relayaient toutes les heures, 
l'un se mettait du côté des pieds, l'autre du côté des têtes. Et parce que nous 
hurlions comme des malheureux, et que nous remuions les jambes tant que nous 
pouvions, ils nous injuriaient, ils nous frappaient. Ce n'est pas pour cela que nous 
sommes demeurés tranquilles : ils pouvaient nous fusiller de suite, autant maintenant 
que plus tard, disions-nous. Finalement plusieurs étaient dans la fièvre, ils diva- 
guaient, ils battaient la campagne, ils disaient les choses les plus drôles, en sorte 
qu'il y avait à la fois à rire et à pleurer... Un tel disait ses Paler comme un saint, 
quand tout à coup, au milieu d'un Ave, il se mettait à blasphémer contre les Boches, 
à les traiter des plus sales noms d'animaux qui lui passaient par la bouche... » 

Jeudi 27, à 7 heures, il vint un officier supérieur. Il parut s'apitoyer sur le sort 
de ces malheureux et les fit délier. Les troupes s'éloignaient à ce moment et la fin 
de la tragédie approchait. 

Trois officiers, restés sur place, congédièrent l'un après l'autre les dix hommes. 
Julien Anciaux ne se hâta pas de partir, car il désirait savoir ce qui allait advenir 
d'Emile Demeuldre. 



155 

Bien qu'il eût été délié comme les autres, cet infortuné jeune homme ne s'était 
pas relevé. Il était tranquillement couché par terre, exténué, à bout de forces. Ce 
n'était plus qu'une loque humaine. Les indicibles souffrances qu'il avait endurées 
l'avaient rendu presque inconscient, fl Relevez-vous ! », commanda l'un des officiers. 
Il se leva lentement et, se retournant vers eux, il dit en pleurant : « Je ne saurais 
marcher... j'ai mal au bras... » A l'instant même, l'un d'eux lui mit le revolver sur 
la poitrine, et tira ; les deux autres en firent autant, et la victime s'affaissa à leurs 
pieds. Puis ils s'en allèrent en riant .. se hâtant pour rejoindre la troupe. La justice 
allemande était satisfaite. 

Pour la nuit du 26 au 27, je fus autorisé à rentrer au presbytère. En compagnie 
d'un officier et de six soldats, nous traversâmes notre pauvre village abandonné et 
désert, par le quartier sinistré, dont toutes les maisons, des deux côtés, étaient 
encore en pleine combustion. A l'église, deux soldats sonnèrent les cloches à toute 
volée pour convoquer la population et l'officier m'obligea à faire une proclamation, 
» pour engager les gens à ne pas tirer sur les troupes ». Il vint quatre personnes 
et je leur débitai ma harangue. Comme cet exercice oratoire me paraissait passa- 
blement ridicule, je terminai ainsi : « Du reste, tirez ou ne tire2 pas : votre curé 
est foulu ». 

Je devais rentrer au camp le lendemain à 7 heures, mais les troupes s'étaient 
éloignées et le village était vide. 



§ 8. — Villers~le~Gambon et Vodecée. 

Les éclaireurs du XII e corps entrèrent à Villers-le-Gambon 
(rapport n° 591) et à Vodecée (rapport n° 592) le 25 août à 8 heures et 
s'y conduisirent comme des bandits. Quatre habitants furent fusillés, deux 
maisons incendiées. 

Relevons spécialement que l'échevin de Vodecée, François Pierre, 
fut abattu pour venger la mort d'un uhlan tué, sous les yeux de l'ennemi, 
par des soldats français (1). 

C'est le 100 e grenadiers qui est entré le premier à Villers; le 182 e 
y est signalé le 26 août (2). 

De Villers-le-Gambon, une partie des troupes se dirigèrent sur 
Villers-en-Fagne, par Sautour (rapport n° 593), tandis que d'autres 
allaient par Merlemont (rapport n° 594) et Sart-en-Fagne (rapport n° 595). 
A Merlemont, vers 10 heures, les Allemands subirent un court arrêt, 
l'artillerie française, de Fagnolles, les ayant contenus pendant une heure. 

(1) Le chef de la III e armée, général von Hausen> a dû être témoin de cette scène, qu'il raconte dans ses 
Mémoires, p. 145. 

(2) O.i a retrouvé quelques bons de réquisition délivrés par la 1 î e comp. du 100 e Leib Grenadier 
(le a5 août), par la 8 e du t82 e (le 26 août), et par le 12 9 bat. de pionniers (le 26 août). 



156 



N°59i- La paroisse de VillerS"le~Gambon et Vodecée - écrit M. l'abbé Bouchât, 

curé (i) — est située sur la ligne de faîte de l'Entre-Sambre-et-Meuse, entre les 
routes de Philippeville à Dinant et de Philippeville à Givet. Elle est bordée au nord 
et à l'est par une forêt touffue, que traverse la première de ces routes. 

Il fut beau le départ de nos soldats rappelés sous les armes ! Ils étaient animés 
d'un grand enthousiasme et pleins de courage ; ils consolaient leurs familles éplorées 
et juraient de faire tout leur devoir. « Nous mourrons s'il le faut, disaient-ils, mais 
nous ne céderons pas ! » 

Les troupes françaises s'installèrent le 14 août dans la paroisse, suivies chaque 
jour d'autres colonnes. Lors de leur départ vers Dinant, la sainte communion leur 
fut distribuée à une heure du matin. 

Le 2.5 août à S heures, tous les chemins déversèrent des Allemands dans nos 
villages. Quand les habitants entendirent les hurlements de bêtes fauves, véritable- 
ment assoiffées de carnage, que poussaient ces soldats, ils furent pris d'une panique 
générale et la plupart des habitants qui n'avaient pas encore quitté leurs maisons 
les jours précédents allèrent se cacher dans les carrières et dans les bois. On ne 
pouvait pas comprendre, ni se faire une idée de cette façon de faire la guerre. Tous 
les habitants de Vodecée avaient aussi quitté leur village dès le lundi 24 août. 
A Villers-le-Gambon, j'étais resté avec une vingtaine de paroissiens, dont une 
douzaine s'étaient réfugiés au presbytère. En arrivant, les Allemands pillèrent 
quelques maisons, mais ils s'acharnèrent surtout sur quelques victimes qu'ils 
rencontrèrent à l'intérieur. 

Il arriva d'abord une colonne composée d'automobiles, qui descendit la 
grand'rue ; les soldats qui les montaient tenaient le fusil braqué sur les habitants 
et sur les émigrés qu'ils rencontraient et les terrorisèrent par leurs menaces. 
Le chemin de la gare déoersa ensuite une seconde colonne venant vraisemblable- 
ment de Franchimont et composée de vrais démons, qui poussaient des hurlements 
effrayants. Enfin des uhlans, suivis de près par de l'infanterie, vinrent du côté de 
Vodecée par la route de Philippeville. 

Ces fantassins firent prisonniers Edmond Dricot, Victor Masson, puis plus 
tard Lucien Mottuit, qui portait dans ses bras son petit enfant, ainsi que Emmanuel 
Defoin, de Franchimont. Ces quatre civils racontent de la façon suivante les scènes 
dont ils furent témoins. 

« La bande en tête de laquelle nous marchions pénétra d'abord chez Thomas. 
Un officier y tira à bout portant sur un jeune homme, Raoul Thomas : la balle 
lui traversa le soulier et le pied de part en part. 

» Puis, les soudards dépassèrent la gare, après avoir fouillé toutes les maisons; 
ils allèrent jusqu'aux usines des Dolomies et d'eaux gazeuses, puis revinrent par le 
même chemin : tout était vide. 

» En descendant, les uns escaladèrent le grenier d'Alfred Bayenet. d'autres se 
postèrent sur la route entre cette dernière maison et celle de Victor Masson, et de 
ces deux endroits à la fois, ils tinrent sous leurs fusils toute la place Verte. Celle-ci 
était déserte. Un seul homme la traversa, Jean-Baptiste BRISBOIS, 74 ans, qui 
allait à la recherche des siens. Une fusillade éclata aussitôt, il tomba criblé de 

(1) La plupart des données contenues dans ce rapport ont été recueillies le 19 juin 1915. 



i5 7 

balles, les bras étendus, la face contre terre. Alors on nous poussa en avant vers 
Vodecée. Quand nous fûmes à cinq cents mètres des premières maisons, sur la 
route de Philippeville, la colonne se divisa en trois groupes de vingt hommes. De 
chaque côté de la route, un groupe organisa une battue dans les champs d'avoine, 
tandis que les autres nous faisaient avancer. Soudain des coups de feu éclatèrent : 
c'étaient deux soldats français cachés dans les hautes herbes, derrière une meule, 
qui tiraient leurs dernières cartouches, mais les Allemands leur répondirent et ils 
tombèrent foudroyés (i). 

» Vis-à-vis de la maison d'Arthur L'Koest, on nous montra le cadavre d'un 
officier (2) et un cheval à côté de lui : c'était l'œuvre des deux Français qui 
venaient de tomber. « Civils, voilà votre œuvre ! » nous dit l'officier. A ce 
moment, un paisible habitant de Vodecée et échevin de la commune, François 
PIERRE (fig. 5i), 58 ans, venait de rentrer et regagnait sa maison à deux cents 
mètres plus loin. On l'appela, on le força à venir. Un officier le renversa d'un coup 
de pied dans les reins et, lorsqu'il se fut relevé, il le mit en présence du cadavre. 
« Qui a tiré? Sont-ce des civils? Sont-ce des militaires? » lui demanda-t-il. Le 
pauvre homme balbutiait, les mains jointes, implorait pardon. Après un court 
instant de délibération, on le fit mettre à genoux à deux mètres de nous et dix 
soldats le tuèrent à bout portant. Impossible de décrire cette scène d'horreur : 
nous vîmes les sursauts du cadavre, qui retomba inerte à nos pieds. 

» Les Allemands mirent ensuite le feu à trois maisons qui bordent la route. La 
maison Joseph Limborg-Bayot, la grange de Louise Luc, veuve Arthur L'Hoest, et 
la meule qui avait abrité les soldats français, furent incendiées ; le feu fut mis 
aussi à la maison de François Pierre, mais il s'éteignit. 

» Toujours en tête de ces monstres, qui nous maltraitaient de toute façon, 
nous revînmes à Villers et nous fûmes congédiés sur la route de Givet, aux abords 
des Sablonnières, à to h. 3o. Nous avions vécu deux heures atroces. » 

Pendant ce temps, à 9 h. 3o, sur le quai de la gare, Adolphine DUMONT, 
86 ans, de Florennes, revenait de Merlemont avec sa fille, son gendre Lefer et sa 
petite fille. Une patrouille passa sans les inquiéter, puis arrivée vers la fabrique 
des eaux gazeuses, à une distance de 3oo à 400 mètres, elle ouvrit le feu sur le 
groupe de civils : la fillette eut les vêtements troués de balles, sa mère eut la 
jambe brisée au-dessus du genou et Adolphine Dumont eut les deux cuisses 
fracassées; elle en mourut le 27 août. 

Nestor W1AME (fig. 5o), 46 ans, père de cinq enfants en bas-âge, voulut 
aller rejoindre sa famille réfugiée à Sart-en-Fagne ; à peine avait-il franchi deux 
kilomètres sur la roule de Givet, vers io h. 3o, qu'il tomba sous les balles, près 
des Sablonnières, dans le fossé du chemin. 

Le soir, avec l'aide du R. P. Amand, bénédictin de Maredsous, et de quelques 
habitants, je donnai la sépulture religieuse à J.-B. Brisbois. A peine avais-je déposé 
les ornements sacrés que des Allemands, qui me guettaient, me firent otage et 
m'emmenèrent dans une maison où je passai la nuit sous la garde de vrais bandits. 
Je ne raconterai pas les horreurs de cette nuit, ni ce que j'ai souffert, ni combien 

(1) L'un d'eux se nommait Auguste Montuit, 29 ans, le second était d'Oran. 
(1) Major-médecin, croit-on, qui a été inhumé à Philippeville. 



158 

de fois j'ai cru ma dernière heure arrivée! Pendant deux longues heures, je restai 
collé contre un mur sur la place Verte. 

Le 26 à 5 heures, je fus mis en tête de la colonne qui quittait le village, pour 
la conduire à Merlemont. 

A ma rentrée, je m'occupai des morts, que j'enterrai, ainsi que des malades 
et des blessés que j'avais recueillis chez moi. 

Quatre fois encore, il vint d'autres troupes et je fus chaque fois fait otage. 

N° 592. "Vodecée reçut, le 17 août, un détachement de soldats français du 20 e et un 

groupe d'artillerie, qui se dirigèrent le 20 sur Agimont, et furent remplacés par 
1,200 zouaves; ceux-ci partirent dans la nuit suivante pour Fosses. 

Ils revinrent le 23 en annonçant qu'ils avaient fait des pertes dans les bois de 
Biert; les chariots transportèrent leurs blessés vers Mariembourg. Le 24 à 
14 heures, toute la population avait fui, à la suite des gens de Tamines, Mettet, 
Stave, Morialmé, Hanzinne, etc., qui étaient passés depuis la veille. 

Le 25 août à 1 1 heures, une patrouille allemande de 20 hommes apparut sur 
la route de Givet et fut reçue par des coups de feu de deux Français. Ce fut 
l'occasion du meurtre de François Pierre, ainsi qu'il a été raconté au rapport 
précédent. 

Le même jour, deux fils du bourgmestre, arrêtés à Villers-en-Fagne, furent 
conduits, ligotés, à Merlemont, puis à Rosée et enfin à Dinant, où ils durent 
enterrer des cadavres. Ils rentrèrent méconnaissables, quelques jours plus tard. 

N° 5ç3. Saulour, site pittoresque, occupe en partie la colline où se trouvait l'ancienne 

place forte, en partie la vallée que traverse la roule de Philippeville à Villers-en-Fagne. 
Le village fut plongé dans l'épouvante lors de l'incendie de Villers-en-Fagne : 
on entendait distinctement les chants de joie des Allemands, mêlés au son des cris 
et des instruments. Les habitants attendaient, affolés, l'arrivée de ces troupes 
barbares, mais elles ne vinrent pas. Ce n'est que deux jours après qu'une douzaine 
de soldats traversèrent le village, se dirigeant vers Philippeville. 

N° 594. Merlemoni est situé en îlot sur une éminence, faisant face aux hauts plateaux 

des Fagnes (Niverlée, Romerée, Matagne-la-Grande, Matagne-la-Petite et 
Fagnolles), à proximité de la route de Philippeville à Givet. 

Des régiments français, troupes de combat et train de ravitaillement, arrivèrent 
au village à partir du 14 août à 5 heures. Des troupeaux de bestiaux furent 
abattus à Merlemont et les quartiers de boucherie étaient emportés dans toutes les 
directions par des autobus de Paris. 

Une ambulance fut établie par l'armée française au château de M. le baron 
Nothomb et dans le local des oeuvres paroissiales. Six cent quatre-vingt-sept 
blessés du combat de Dinant furent soignés au château du 16 au 20 août, puis 
dirigés sur la France. Un blessé, Arcadius Le Telle, instituteur à Auchel (Pas-de- 
Calais), succomba et fut inhumé au cimetière paroissial. 

Les premiers uhlans parurent le 25 août à 7 h. 20 venant de Villers-le-Gambon. 
De 10 à u heures, des batteries françaises établies à Fagnolles tirèrent sur 
Merlemont quelques obus, qui ralentirent un peu de temps l'allure de l'armée 



i5ç 



allemande à Merlemont, sans d'ailleurs faire de dégâts dans le village. Aussitôt 
après, l'avalanche allemande suivit son cours. Le général Freiherr von Hausen. 



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Fig. 58. — Billet délivré à Alertement par le général von Hausen, 
commandant la III e armée allemande. 

commandant la III e armée, et son état-major, comprenant 60 officiers, dont ie 
Kronprinz de Saxe, s'établirent au château le mardi à «5 heures (1) et le quittèrent 

(1) von Hausen relate dans ses mémoires, p. 147, sa rencontre avec M. le baron Nothoinb, auquel il 
délivra, le 27 août, l'écrit ci-dessus (fig. 58). Traduction. " Alerlemont, 27 août 1914. Aux troupes et postes 
de l'armée allemande. Le baron Eugène Nothomb, qui a hébergé le commandement supérieur delà III e armée, 
a reçu l'autorisation de se rendre à Bruxelles, par Namur. Tous les postes sont requis de le laisser passer sans 
ennui, lui et ses compagnons. Le baron Nothomb voyage en compagnie de son épouse, née Louise Craecker, 
ainsi que des personnes de service dont les noms suivent : Maria Klein, Joséphine Gervais, Rachel Gilles, 
(s.) Baron von Hausen, generaloberst. » Le général von Hausen eut aussi, le 27 août, une conférence avec le 
général von Ehrenthal, commandant la 24 e division de réserve, qui assiégeait Givet. 



i6o 

au matin du 27 août. Le prince Joachim, fils de l'Empereur, arriva mystérieusement 
le 28 au soir, exténué de fatigue. 

Un jeune homme, Sylvain SCIEUR, âgé de 3o ans, fut retrouvé tué dans un 
buisson, à quelques centaines de mètres de sa maison, et les circonstances de sa 
mort sont restées incertaines. 

Au presbytère, les soldats arrêtèrent M. l'abbé Faucomont, curé de Saint- 
Aubin, qui s'y était réfugié avec sa famille, et l'emmenèrent dans la direction de 
Villers-en-Fagne. 

Au soir du 25 août, quelques habitants restés au village purent contempler le 
sinistre spectaclede l'incendie des villages de Surice, Romedenne, Villers-en-Fagne 
et Franchimont. 

N° 595. Sart~en~Fagne, écrit M. l'abbé Péters, curé, est privé pour ainsi dire de 

communications avec l'extérieur, et n'est relié qu'avec Merlemont et Villers- 
en-Fagne par des chemins communaux. Le curé de la paroisse, M. Botte, partit à 
la mobilisation comme brancardier. 

Trois mille Français du 6 e tirailleurs algériens et de la compagnie d'Oran 
furent reçus le 16 août et transformèrent pour un jour le village en une vaste 
caserne. 

Les villageois portèrent, les jours suivants, des linges, des vêtements et des 
douceurs à l'ambulance de Merlemont. 

L'ennemi pénétra au village le 25 août. Trois uhlans vinrent dans l'avant-midi. 
A i3 heures, il passa un détachement d'artillerie de i5o hommes, allant vers 
Matagne, et à ij heures, un millier d'hommes, dont les deux tiers étaient des 
fantassins. Ces troupes furent correctes à l'égard des rares habitants qui avaient 
résisté à l'affolement général ; vers minuit ceux qui avaient logé continuèrent leur 
marche en avant. 

Un convoi de ravitaillement arriva le 26 vers \-j heures, pour partir à son tour 
le 27 à 6 heures du matin. Les gens rentrèrent aussitôt et tout redevint calme. 

§ 9. — Villers-en-Fagne . 

Village perdu au milieu des bois, à l'écart des grand'roules, Villers- 
en-Fagne comptait, en 1914, 185 habitants. 

Le too e grenadiers, 23 e division, XII e corps, venait d'y pénétrer le 
25 août vers 9 heures, quand l'artillerie française chargée d'arrêter 
l'avance allemande ouvrit le feu. A l'issue du combat, vers 14 heures, les 
grenadiers et les hussards s'acharnèrent sur le village presque désert : sur 
72 immeubles, 5i furent détruits à partir de 16 heures. Quand la 32 e divi- 
sion traversa la localité, dans la nuit suivante, elle était tout en feu (1). 

Un officier saxon du 178 e , qui passa à Villers-en-Fagne à la soirée, 

(1) de DA.npiERRE, Carnets de route, p. 28-29. 



tôt 

justifie ainsi ce désastre : « La population avait averti les Français de 
l'approche des grenadiers, par un signal fait du haut du clocher- 
L'artillerie ennemie avait tiré dessus quelques shrapnells et blessé ou tué 
des grenadiers. Là-dessus des hussards avaient mis le feu au village. Le 
curé et d'autres habitants ont été fusillés (i). » 

En réalité, cinq civils furent massacrés, mais le curé, qui était 
absent, eut la vie sauve. On verra dans le rapport ci-joint — dont les 
éléments essentiels ont été recueillis le 24 juin 1915 — ce qui a donné 
lieu à cette légende. 

Roly, village situé sur la route de Mariembourg, fut préservé (voir 
rapport n° 597). 

Du to au 24 août, Villers~en~Fagne fut occupé par des troupes françaises. 

Cinq uhlans arrivèrent le 25 août à 9 heures et furent suivis à 9 h. 3o 
du gros de ta troupe. Plusieurs taubes avaient déjà évolué au-dessus du village vers 
S heures. 

Le premier acte de l'ennemi fut de fusiller un soldat français. Celui-ci revenait 
de la direction de Fagnolles et se heurta, dans le bas du village, vers 9 heures, à 
un détachement ennemi. Il leva les bras et fut fait prisonnier, sans résistance. Séance 
tenante il fut fusillé, en présence d'Amour Haulin et de Joseph Wallon. Ce dernier 
fut tué lui-même peu de temps après. 

Un fort contingent de cavaliers, qui avait suivi les premiers uhlans, était 
parvenu au-dessus du village lorsqu'un obus français vint éclater dans leurs rangs 
et les mit en déroute ; on vit repasser à la hâte des Allemands blessés, des chevaux 
sans cavaliers et des soldats désarçonnés. Peu de temps après, de nombreuses 
batteries allemandes prirent place sur la côte dite «Tienne à Gahi », s'étendant sur 
une ligne d'environ un kilomètre et demi jusque près d'Ingremez. Elles entrèrent 
aussitôt en action et fonctionnèrent jusque 14 heures. Des obus français tombèrent 
en maints endroits du village, mais surtout au « Tienne à Gahi », où furent tués de 
nombreux chevaux et, croit-on, des soldats allemands (2). 

C'est à l'issue du combat que le village eut à souffrir, car les Allemands 
rendirent les habitants responsables de la défense française. 

Le feu fut mis en premier lieu au presbytère (3) vers 16 heures et se poursuivit 

(1) Ibid. p. 19. Le parquet de Dînant a relevé à Villers-en-Fagne un bon délivré par le 2 e bat. du loi et 
par le 28 e d'art.; une inscription découverte chez Joséphine Noël accuse la présence du 2 e bat.du io3 e ; le 
secrétaire communal a signalé une paire de chaussettes marquées au 101 e et Léontine Gerin, épouse Bour- 

mbourg, 2 chemises du 102 e rég. 2 bat. (Archives de la Commission d'enquête, à Bruxelles.) 

(2) On signale au village les tombes de 6 officiers- 

(3) Dans les jours qui suivirent, les soldats — notamment un officier saxon du nom de Rosbecq — se 
glorifièrent à plusieurs reprises d'avoir « brûlé le curé » dans la maison de cure, parce qu' « il avait fait des 
signaux aux Français à l'aide d'un drapeau » . Or, le curé était absent au moment de l'incendie du viltage, s'étant 
rendu à Roly, le 24 août, pour la fête de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement. Ce qui a pu donner 
occasion à cette rumeur et faire croire aux habitants eux-mêmes que le propos tenu par les Allemands était 
fondé, c'est qu'un aumônier volontaire de la 5i e division, le P. Zimmermann, religieux français de la Compagnie 



1Ô2 

pendant la nuit suivante et la matinée du 26 août (1). Camille Belvaux, d'Ermeton- 
sur-Biert, qui se trouvait en ce moment à Villers-en-Fagne, raconte ainsi les 
premiers incendies : « A i5 heures, comme il nous semblait que toute la troupe 
était passée, nous nous décidâmes à partir. A peine avions-nous fait quelques 
mètres que des uhlans qui sortaient du bois nous arrêtèrent, puis nous laissèrent 
continuer notre route. Quand nous fûmes un demi-kilomètre plus loin, nous vîmes 
qu'en un instant toutes les maisons étaient la proie des flammes. 

» Dans les rues, ce n'étaient plus que soldats et cavaliers, canons et fourgons, 
se rendant vers Mariembourg. Nous voulûmes rebrousser chemin, mais ce fut 
impossible, tant nous étions noyés dans la troupe. Au fond du village, une ferme, 
transformée en croix-rouge, était remplie de blessés. Un peu plus loin, nous vîmes 
couchés dans le fossé deux Allemands tués. Plus loin, on transportait dans un 
jardin le cadavre d'un capitaine. A ce moment nous vîmes des soldats tirer des 
coups de feu sur une maison et elle fut, en un instant, réduite en flammes. Une 
autre ferme qui était devant nous fut aussi incendiée, après que la troupe eut fait 
sortir le bétail des écuries et emporté les meubles sur un chariot, auquel peu de 
temps après, ils mirent aussi le feu. « Sales Belges, tué nos soldats ! » nous dit 
en nous mettant le revolver sur la poitrine un officier de cavalerie, qui précédait 
sa troupe. » 

Céli-JosephDUMONT,6o ans, qui habitait chez son frère, secrétaire communal, 
fut retrouvé carbonisé. 

Félix DEFOIN, 66 ans, fut arrêté après le combat, dans sa maison, où il était 
retourné pour chercher des vivres. Il fut emmené sur la route de Merlemont, à 
200 mètres du village, et fusillé. Les soldats avaient trouvé sur la cheminée de sa 
maison quelques cartouches abandonnées par les Français. 

Adelin WOINE(,fig. 52), 53 ans, instituteur communal, fut surpris et fouillé aux 
abords du village au moment où il y revenait; trouvé porteur d'un revolver non 
chargé, il fut arraché aux étreintes de son épouse et abattu à un détour du sentier, 
puis dépouillé de l'argent qu'il portait sur lui. 

Joseph-Constant WALLON, 57 ans, fut d'abord contraint à abreuver les 
chevaux sur la place, puis il fut conduit à la sortie du village, du côté de Merlemont, 
et fusillé le long d'un mur. 

Hubert NOËL, 34 ans, fut réquisitionné avec ses chevaux, au moment du 
combat, pour conduire des vivres à Fagnolles. Son cadavre fut retrouvé dans le 
bois, le long d'un fossé. 

de Jésus, se trouvait le 14 août après-midi à Villers~en-Fagne, ayant quitté Rosée dans la nuit précédente avec 
l'ambulance dirigée par le docteur Ernest Faucon. Il partit de Villers-en-Fagne à la soirée même du 24, afin 
de céder son lit au colonel de Riols de Fonclare, qui venait d'arriver à Villers-en-Fagne et y regroupait son 
régiment décimé. A Merlemont, où il se rendit en quittant Villers-en-Fagne, l'alerte (ut donnée dans la nuit 
même et le 2.5 au matin l'aumônier disait la messe à Petigny. Plusieurs habitants de Villers-en-Fagne, qui 
avaient aperçu le religieux la veille et le croyaient hébergé au presbytère, ont pu supposer qu'il avait été surpris 
dans l'incendie de la maison du curé et carbonisé. 

(1) Sur 71 maisons, les suivantes furent préservées : la ferme Noël et la maison Rihoux, dans lesquelles se 
trouvaient des blessés; les maisons François Haulin, Nicolas Demotte, Braibant, Auguste Defoin, Félicien Jomot, 
Théophile Gérin, Félix Jomot, Emile Lotin, Jules Gérin, Michel Dumont, Désiré Gérin, Arthur Colonval et 
l'école. 



i63 

La plupart des habitants restés au village (t) y endurèrent un vrai martyre, 
que partagèrent bientôt tous ceux qui y revinrent, après avoir fui vers Mariembourg. 
Plusieurs furent parqués à l'étage de la maison, non incendiée, de Théophile Gérin, 
où la soldatesque les terrorisait en leur montrant le pétrole qui allait servir à les 
brûler vifs. Le 26, à \j heures, ils furent emmenés à Sart-en-Fagne avec défense 
de revenir encore au village. 

N° 597. A Ro/y, écrit M" e G. Braibant, institutrice communale, le z3 août dans 

l'après-midi, un flot d'étrangers dont les visages reflètent l'épouvante, envahit les 
rues et les maisons. Ils viennent de Fosses, de Tamines, de Dinant. Ils racontent 
leur triste sort et nous prédisent le nôtre. 

Le 24 août, la journée est consacrée aux préparatifs du départ. Les chariots 
s'emplissent de provisions, les familles se groupent, on décide de partir ensemble. 
Les heures deviennent angoissantes. Bientôt fantassins et cavaliers belges arrivent 
et se confondent en un pêle-mêle affreux. Les locaux publics sont aménagés pour 
servir d'ambulance, et de pauvres blessés y sont déposés par centaines. Mais 
l'ennemi approche et la troupe doit partir. Les malheureux blessés sont de nouveau 
hissés sur des camions ou des autos et la retraite continue. 

Le 25 août va décider du sort du village. Partira-t-on ou restera-t-on ? La 
généralité opine pour cette dernière alternative. Quelques familles se réfugient 
dans les bois voisins, tandis que d'autres cherchent un abri dans leur cave. Vers 
i3 heures, le combat s'engage dans les environs. A 16 heures, les Allemands, l'arme 
au poing, l'air menaçant, font leur entrée au village. Les autorités vont à leur 
rencontre, elles satisfont à leurs exigences et... les loups s'apaisent. 

§ 10. — Matagne-la~Grande et Fagnolles. 

Le combat qui s'est livré sur le territoire de ces localités et aux 
environs, dans l'avant-midi du 25 août, se rattache à l'effort général 
tenté par les Français pour enrayer l'avance ennemie et permettre aux 
t er et 10 e corps français de s'écouler vers le sud. 

Le 25 août, à 4 h. 3o du matin, la i re division (i er corps) avait reçu 
l'ordre de couvrir le passage du i er corps par le défilé de Couvin. A 
cette fin, le 6 e chasseurs à cheval, mis à sa disposition, se porta vers 
Fagnolles, couvrant dans la direction de Matagne-la»-Grande. Tandis 
qu'il se portait vers Matagne-la-Petite, il tomba sous le feu d'une 
batterie ennemie installée en arrière du village. Les escadrons se 
replièrent en hâte et on les vit repasser à Dourbes, à 1 1 heures, au sein 

(t) Vingt hommes et un petit nombre de femmes et d'enfants- 

Joseph Bourtembourg a raconté dans la publication « Dionantensis " n" 23, p. S9, comment il échappa à 
la mort, dans la cave de sa maison en feu. M me Firmin Gérin et son mari, paralysé, furent mis au mur de 
l'école et menacés d'être bombardés à bout portant, (ibid., p. 60.) 



t64 

d'un nuage de poussière. Le lieutenant-colonel Sanson fut tué, le colonel 
de Gramont fut porté comme disparu, trois officiers furent blessés, plus 
de 5o hommes mis hors de combat. 

La t re brigade (43 e et 127 e régiments), avec la compagnie division- 
naire du génie et un groupe de l'artillerie divisionnaire, devait tenir sur 
le front Fagnolles-Mariembourg-Frasnes. 

Nous joignons deux rapports qui contiennent quelques détails sur 
ces opérations. 

N° 5o8. Dans la nuit du 24 au 25 août, écrit M. Pierre, instituteur, les maisons de 

Matagne~la~Grande regorgeaient de Français. Vers 1 heure du matin, des hommes 
vinrent frapper aux portes, prétendant qu'un uhlan, dont ils avaient reconnu la 
silhouette, avait traversé au galop la localité. Les lignards ne parurent pas accorder 
la moindre importance à ce bruit et achevèrent leur sommeil. Vers 5 heures, deux 
à trois cents dragons français poussèrent une reconnaissance jusqu'à la fabrique de 
dynamite et, à leur retour, engagèrent habitants et réfugiés à fuir. Le départ fut 
fort laborieux, tant était compacte l'armée française : canons, charrois, hommes 
couchés sur les chemins obstruaient tout passage. Il fallut quatre heures à certaines 
gens pour s'avancer d'un demi-kilomètre. A ce moment quelques centaines de 
fantassins prirent position au pied du grand « Tienne », qui domine le petit cime- 
tière. Sur la crête s'établirent plusieurs batteries. Vers 8 heures, le duel d'artillerie 
commença, sur les indications d'un colonel français, installé à quelques mètres du 
cimetière. Bientôt des uhlans apparurent aux portes de Matagne et se répandirent 
dans les prés, suivis d'autres cavaliers, toujours plus nombreux, que l'on voyait 
s'avancer en courant. Pendant une heure, ils furent tenus en échec par les canons 
et les mitrailleuses françaises. 

Mais leur masse croissait toujours, au point de pouvoir bientôt prendre de 
flanc les batteries françaises, qui occupaient les sommets de la même ligne de 
crête, tirant à la fois de Romerée, de la route de Bieure, et de « Gramemont ». 

Pendant que les pièces d'artillerie de Bieure, maintenant repérées, essayaient 
d'éviter les projectiles ennemis en se déplaçant sans cesse dans la campagne, 
l'interminable théorie des convois militaires et civils, émue par le son du canon 
et le bruit de la fusillade, poursuivait le plus rapidement possible sa marche tumul- 
tueuse et encombrée. Les Français durent les suivre à leur tour, laissant trois morts 
près du cimetière (1). 

Peu de temps après, les Allemands occupèrent le sommet du « Tienne ». 

Au village, une maison voisine de l'église avait été incendiée par des obus; 
l'église elle-même avait été plus ou moins endommagée par des éclats. 

N' 1 599. A Fagnolles, écrit M. l'abbé Derselle, curé de la paroisse en 1919, lorsque la 

population vit refluer les troupes françaises, elle fut prise d'affolement et gagna les 
forêts voisines. Seuls le curé, le clerc et quelques habitants attendirent l'ennemi. 

(1) Jules Delain et Alexandre Douly, de Saintr-Omer et Le Coester, de Dunkerque. Maurice Hallain, 
atteint au flanc, put se traîner dans un bois voisin, où on retrouva son cadavre. Un officier fut blessé. 



l65 

Un combat, qui marque la dernière résistance française, fut ouvert le 25 août, 
vers 7 heures du matin. Au village combattirent le 43 e de Lille et le 127 e 
de Dunkerque, appuyés par de l'artillerie. Un escadron français de chasseurs 
à cheval, muni de deux mitrailleuses, avait à peine commencé l'installation de 
celles-ci que déjà il était dépisté par un taube et couvert de grenades, qui 
firent plusieurs victimes. Tués et blessés furent enlevés séance tenante par les 
ambulanciers. 

La bataille battait son plein vers tu heures. Des batteries françaises tiraient 
à 200 mètres du presbytère, celles de l'ennemi occupaient les hauteurs de Villers- 
en-Fagne. Forcée de quitter les avant-postes par un tir nourri, l'infanterie 
française se retira à l'arrière. Une ligne de tranchées resta cependant garnie pour 
recevoir l'ennemi : c'est là que cinq soldats du 43 e furent tués par un shrapnel 
tombé à quelques mètres derrière eux(i). 

Les Allemands parurent à 14 h. 3o et défilèrent sans s'arrêter, pendant deux 
heures, dans la direction de Dourbes; on remarqua notamment des troupes du 
too e régiment. 

Le 26 août vers 7 heures, Casimir Seilleur fut sur le point d'être fusillé : on 
avait trouvé chez lui un fusil chargé et une caisse de cartouches à ballettes. Le 
curé, M. l'abbé Guyaux, parvint à le sauver. 

Dans la journée, le curé fut sommé d'accompagner un officier en auto à 
Mariembourg. 

Cinq soldats français et un Allemand furent tués à Fagnolles. Joseph Machelard, 
de Fagnolles, 48 ans, a été fusillé à Petigny. Deux civils de Rosée (voir p. 147) 
furent tués à Fagnolles. 

§11. — Dourbes. 

Dourbes, coquel village de 36o habilants, qu'arrose le Viroin, fui 
respecté par la 23 e division qui y passa le 25 août, et même par les 
premières troupes de la 32 e division qui le traversèrent le lendemain. 
C'est ce que nous croyons conclure du fait que le 178 e entra à Dourbes 
le 26 à 5 heures du matin et en partit à 8 h. 3o, croisant en gare de 
Nismes le 64 e d'artillerie et le 18 e hussards (32 e division) (2). Les 
incendies commencèrent dans la journée et se continuèrent le lendemain : 
58 maisons, soit les deux tiers, furent détruites (voir fig. 57). Cet 
inutile désastre devait punir quelques coups de feu tirés par l'arrière» 

(1) Ce sont le caporal Bourgain, de Lille, et les soldats Blanchat, de Roubaix, Bufquin, de Roubaix, 
Derudder, de Saint-Omer, et Bekaert, de Dunkerque. Un hussard allemand fut aussi retrouvé mort à 
100 mètres des Français. 

(z) de Dampiehrb, o. c- p. 29. Arrivé à Dourbes le i5 août, le lieutenant Reisland, du 177 e , écrit : 
« Encore de nombreux incendies- Un village haut perché flambait presque tout entier. A le regarder de loin, 
je pensai aussitôt à l'embrasement de la Walhalla dans le Crépuscule des "Dieux. Tableau merveilleux, mais 
émouvant. » Les Violations, o- o p. 114. 



i66 

garde française. Trois civils furent tués. On lira avec un vif intérêt le 
récit de M. le curé Husquin, témoin oculaire, récit qui a été recueilli 
dès le 28 octobre 1914. 

OUoy est l'un des rares villages qui ne connurent pas l'invasion 
(rapport n° 601). 

N" 600. Il passa à Dourbes, vers le 10 août, des troupes des 8 e , 73 e et iio' d'infanterie 

française (3 e et 4 e brigades, 2 e division, i cr corps). Le 127 e était à Pétigny. Le 21 août, 
il passa des convois de ravitaillement et d'ambulance. 

Le 23 et les deux jours suivants, les chemins furent encombrés par le triste 
défilé des gens du pays de Bioul, Fosses, Auvelais. ainsi que des chariots et 
charrettes qu'ils emmenaient avec eux. Des centaines d'étrangers logèrent dans les 
granges et à la belle étoile. 

Le 25 août à 7 heures, lorsque j'eus dit la messe, les trois quarts des habitants 
s'étaient enfuis à leur tour et les dernières troupes françaises se retiraient. Une 
douzaine de canons étaient restés près du village, au lieu dit : « Es valli », et purent 
tirer de 10 h. 3o à i3 h. 3o sans être repérés ; des obus allemands tombèrent dans 
les campagnes voisines, sans atteindre ni les artilleurs, ni le village. 

Vers 1 1 heures, une bande de chevaux sans cavaliers dévala de Matagne, dans 
un nuage de poussière ; ils étaient suivis d'un escadron du 6 e chasseurs à cheval 
français, qui venait d'être décimé près du cimetière de Matagne-la-Grande. A la 
demande d'un capitaine, je donnai quelques soins à un sous-lieutenant blessé, qui 
fut aussitôt remis sur la voiture d'ambulance, puis le capitaine conseilla aux quinze 
habitants qui restaient d'abandonner le village. 

Je rejoignis mes paroissiens qui, pour la plupart, s'étaient déjà abrités dans un 
taillis, entre deux rochers, dans la direction d'Olloy. 

A i3 h. 3o, les batteries françaises se retirèrent, abandonnant un canon dont 
le timon était brisé, et le combat prit fin. 

Nous rentrâmes à quelques-uns au village, mais nous dûmes nous retirer 
précipitamment, poursuivis par les éclaireurs allemands qui arrivaient par la route 
de Matagne. « Couchez-vous ! » me crièrent subitement mes compagnons, qui 
avaient aperçu l'ennemi tirer dans ma direction ; deux balles me frôlèrent la tête. 
Nous parvînmes à regagner notre abri. 

En ce moment les troupes ennemies envahissaient les rues et se livraient au 
pillage des maisons. Celles-ci furent pour la plupart non seulement dépouillées 
de ce qu'elles contenaient, mais saccagées. 

Dépassant le village, l'ennemi se trouva bientôt en contact avec les Français 
dans les campagnes qui séparent Dourbes de Nismes. L'après-midi, nous assistâmes 
de loin à leur rencontre le long du Viroin, dans les prairies voisines de la tannerie ; 
nous entendîmes pousser des clameurs et des cris. 

Nous passâmes la nuit suivante sur les pierres, à côté des rochers. 

Le 26 août, je revins au village avec une vingtaine d'hommes. A ce moment 
les troupes de la veille étaient parties dans la direction de Nismes et trois soldats 



,6 7 

français cachés dans les environs tiraient sur elles du lieu dit : « Hinry », à environ 
3oo mètres, tuant un major et blessant deux soldats (i). 

Cependant d'autres troupes avaient pris possession du village et s'attaquaient 
aux civils qui y avaient été surpris. Sortant du presbytère, j'aperçus plusieurs de 
mes paroissiens qui rampaient dans les fossés ou se glissaient contre les murailles. 
Trois hommes furent atteints. Palmyr TONGLET (fig. 66), 46 ans, eut les deux 
tempes percées d'une balle sur le « tienne Delvaux », un peu en dehors du village; 
sa femme et sa fille, qui s'étaient penchées sur lui, durent l'abandonner pour échapper 
à la mort. Clément COGNIAUX, 68 ans, fut atteint au dos d'une balle qui le 
transperça de part en part, devant l'école des religieuses ; Jules GODEFROID 
(fig. 67), de Somzée, 42 ans, reçut deux balles dans la poitrine et tomba hors du 
village, sur la route de Nismes. 

Un groupe de civils qui ne réussit pas à fuir fut arrêté et eut beaucoup à 
souffrir. Il comprenait Honorine Hurion, épouse Clément Gaye, son fils Désiré Gaye, 
Clément Hurion et sa fille Marthe. Le feu venait d'être mis au village vers t o heures ; 
ils durent le traverser et furent menés jusqu'à la maison du garde Cyprien Jacmart, 
où l'officier allemand avait été tué le matin ; ils furent sur le point d'y être fusillés. 
Honorine Hurion, sous la menace du revolver, dut visiter toute la maison pour 
s'assurer que personne n'y était caché. On leur fit retraverser le village et on les 
aligna au bord de la route de Nismes ; puis ils furent relâchés. 

Le 26 août furent incendiés le château et les maisons de « la cour », celles de 
la route de Nismes, de la place et de la route de Fagnolles. 

Le 27 août, les troupes continuèrent leur marche en avant. Il en vint d'autres, 
qui poursuivirent la destruction du village en incendiant la maison communale, où 
périrent les archives civiles, les maisons voisines et une partie de celles de la route 
de Matagne-la-Grande. Il ne resta de Dourbes que la rue conduisant à l'église, 
dans le bas du village, avec l'église, les écoles et le presbytère. 

Cinquante-huit maisons furent détruites, soit les deux tiers, au cours de ces 
deux journées. 

Le 25 août, après la retraite française et le passage des populations qui fuyaient, 
quelques obus allemands atteignirent Olloy vers i5 heures. Tirés des hauteurs de 
Maîagne-la-Petite, ils tombèrent aux environs de la ligne du chemin de fer et en 
deçà du bois qui s'étend jusqu'à Oignies. Une batterie française de 75 fut alors 
installée à Neviaux, non loin du cimetière, dans les prairies qui longent le Viroin ; 
découverte par un taube, elle eût été aussitôt couverte par les shrapnels qui furent 
envoyés vers elle si déjà elle ne s'était retirée vers Couvin, par Petigny. Au bruit 
de la canonnade, le petit nombre d'habitants qui étaient restés se rendirent dans 
les bois voisins, où ils passèrent la nuit. Les Allemands suivirent en partie la voie 
Dourbes, Nismes et Petigny, en partie celle de Vierves et Le Mesnil. Ainsi contour- 
nèrent-ils Olloy sans y entrer, et, le lendemain à 6 heures, la messe put être dite 

(1) C'est le fait qui a amené la destruction du village. Un officier a déclaré à plusieurs reprises, les jours 
suivants, qu' " à Dourbes, un civil a tiré trois coups à balleltes sur les Allemands ; un capitaine a été tué, deux 
soldats blessés ». 



t68 

comme de coutume. Un cycliste ennemi passa le 26 à 9 heures, et demanda le 
chemin de Saint-Joseph (Nismes) ; deux heures après, vingt-cinq fantassins 
demandèrent à boire, puis se dirigèrent vers Couvin. 

§ 12. — JSismes. 

C'est la 2 e brigade (i re division, i er corps français) qui reçut, au 
matin du 25 août, la mission de tenir Nismes, avec le t er régiment 
d'infanterie et une batterie, et d'organiser, avec le 2 e régiment de la 
brigade et deux batteries, une position de repli à l'arrière. 

Les défenseurs se comportèrent avec vaillance : l'ennemi, qui débou- 
chait déjà de Dourbes vers 14 heures, ne put entrer à Nismes qu'à 
18 h. 3o (1). 

Le lendemain, le feu fut mis à 3 maisons et sept civils furent 
massacrés. Voici ce qu'a écrit à ce sujet le curé de la paroisse, 
M. l'abbé Gruslin. 

N° 602 ^ e village de Nismes est traversé par l'Eau Noire, qui se réunit un kilomètre 

plus loin à l'Eau Blanche, au pied de la Roche à Lomme, pour former le Viroin. 

Le 25 août, au matin, les derniers habitants, quand ils virent que la retraite 
française était terminée et que l'arrière-garde effectuait sur les Tiennes quelques 
travaux de défense et barricadait les quatre ponts de l'Eau Noire, se réfugièrent 
dans les bois de Regniessart, à 4 kilomètres de la localité. Il ne resta que le curé 
et un petit nombre de personnes, la plupart des vieillards et des infirmes. 

Dans les premières heures de l'après-midi, l'ennemi se dirigeait en rangs 
serrés vers la tannerie Houben quand des Français embusqués dans un bosquet et 
le long de la rivière, au pied de la Roche à Lomme, ouvrirent le feu. Une vive 
fusillade se poursuivit de part et d'autre et des ouvriers qui se trouvaient à la 
gare de Nismes entendirent distinctement un capitaine français crier à quelque 
5o soldats qu'il avait sous ses ordres : « Courage, mes amis, tenons ferme! » Plus 
loin les Allemands vociféraient, poussaient des cris. 

L'artillerie ennemie vint à l'aide des fantassins et la poignée de défenseurs 
français dut battre en retraite, gagnant le village de Nismes (2). On vit encore un 

(t) Voir de Dampierre, o. c. p. 29. — M. Fettweis, substitut du procureur du Roi à Dinant, a relevé les 
tr?ces, le 25 au soir, du 102 e et de l'Etat--Major de la 23 e division, qui y a passé la nuit. 

(2) Un témoin oculaire, Auguste Deprez, habitant la " Montagne aux Buis », face à la gare, a fait le récit 
suivant du combat, auquel il a assisté de la montagne, à environ 3oo mètres de sa maison. « Les Français 
étaient placés le long du Viroin et de l'Eau Blanche, et sur les coteaux boisés qui séparent Nismes de Petigny ; 
le commandant se trouvait au « Tienne du Fourneau », face à la Roche à Lomme et à la gare. Les Allemands 
se présentèrent vers t6 heures, venant de Fagnolles et de Dourbes; ils disposèrent cinq canons entre la 
Montagne aux Buis et la Roche à Lomme, d'où ils tirèrent quelques coups seulement, ayant été repérés aussitôt 
par les Français. Une quinzaine de ceux-ci, commandés par un officier et formant arrière-garde, se repliaient 
tout en gardant contact avec l'ennemi. Arrivés derrière un tas de perches, je les vis encore ouvrir le feu. 
Trois de leurs officiers vinrent à leur aide et l'un d'eux fut fait prisonnier. Un soldat français qui se trouvait 



t6ç 

soldat, près d'être fait prisonnier, se jeter dans la rivière et chercher un abri sous 
de fortes racines. Un autre fit le dernier coup de feu, dissimulé dans un monceau 
de perches, près de la gare (t). 

Puis des Allemands s'avancèrent, les canons traversèrent la rivière, escala- 
dèrent le remblai du chemin de fer, franchirent les haies et gagnèrent la route. 

A 18 h. Zo, les premiers uhlans pénétrèrent à Nismes, venant de Matagne et 
de Dourbes et se dirigeant sur Petigny et Couvin. Le défilé dura jusque 2t h. 3o. 
En passant devant l'église, des soldats firent une large brèche à la porte d'entrée, 
forcèrent la porte du jubé et enlevèrent le drapeau qui flottait au clocher. 

Dans la nuit suivante et le lendemain, 26 août, les soudards s'acharnèrent sur 
les maisons, brisant portes et fenêtres, pillant tout ce qui était à leur convenance. 

Les troupes de passage commencèrent le pillage du château Licot, qui se 
poursuivit pendant des semaines (2). Meubles, tableaux, vaisselle et tout ce qui s'y 
trouvait furent brûlés et détruits ou emportés, au point que bientôt il ne resta plus 
que les murs. 

Le 26 août, vers 16 heures, les soldats mirent le feu, sans motif aucun, aux 
maisons de Victor Fichet et d'Agathan Danis, ainsi qu'aux deux maisons Magotaux- 
Danis, occupées par François Hallard et François Delvaux, enfin au chantier de 
bois d'Octave Danis, entrepreneur. Une tentative d'incendie chez la veuve Laurent 
resta sans suite. 

Le même jour, sept civils trouvèrent une mort atroce. 

Victor FICHET, vieillard de 72 ans, fut trouvé affreusement blessé et à moitié 
carbonisé sur un fumier, en face de sa maison incendiée. 

Emile PERLEAUX (fig. 69), 43 ans, père de trois enfants, Alfred GRÉGOIRE 
(fig. 72), 36 ans, Gaston LAPOTRE (fig. 71), 22 ans, et Achille COLLART (fig. 73), 
23 ans, furent arrêtés le 26 août sur la route de Petigny, en revenant du bois, avec 
le docteur Morren. Celui-ci put échapper en invoquant sa profession; mais les autres 
furent aussitôt garrottés. Emile Perleaux et Gaston Lapotre furent tués à coups de 
fusil ou de revolver à mi-chemin de Petigny. Alfred Grégoire et Achille Collart 
furent tués à l'entrée de Petigny. Ce dernier fut achevé par de nombreux coups de 
baïonnette, et des habitants de Petigny, cachés dans une cave voisine du lieu de 
l'exécution, furent les témoins épouvantés de son agonie, sans oser se porter à son 
secours, tant le danger était grand. 

seul sur la route de la gare y fut tué. Les soldats envahirent alors les environs de la gare, nous les entendîmes 
qui brisaient portes et fenêtres en hurlant et nous les vîmes ramasser les morts et tes blessés. Quand ces 
troupes — des grenadiers — partirent vers Nismes le lendemain, à 4 heures du matin, les prairies étaient 
couvertes de matelas, de tables, de chaises et de quartiers de viande. 

(1) Nous avons relevé les sépultures suivantes de soldats français du 127 e . A la gare, Florimond Tachery, 
1910, Lille, n° 552 ; sous Saint-Roch, François Pau, 1908, Lille, n° 2897, Albert Hennebert, 1910, Lille, 
n° 2464, et deux soldats non identifiés; à la Croix de Frasnes : Constant Vandeputte, 1910/ Lille, n° 818, 
Oscar Des Fontaines, 1910, Arras, n° 171, Jules Bray, 1910, Lille, n° 5950, Pierre Van Hove, Lille, 19131 
n° 5809 et un inconnu. 

Furent aussi inhumés : à la gare le major allemand Schrôdel, du i 02 e ; dans le parc de M me Moreau.- 
Philippe, le capitaine Walter von Eisa, fils d'un général, du 102 e ; dans le parc du château, un officier 
inconnu du 102 e . 

(2) Le 3o août s'y trouvait l'Etapp. Fuhrpark Kolonne 5 (XIX, 2 K. S. Armée Korps). 



170 

Jules NICOLAS (fig. 68), 56 ans, père de cinq enfants et Ernest MOREAU, 
i3 ans, deux voisins, furent fusillés en rentrant chez eux, alors qu'ils revenaient de 
la montagne aux buis. Quelques civils cachés à peu de distance les entendirent faire 
appel à grands cris, mais en vain, à la pitié de leurs bourreaux. 

A ces victimes, il faut ajouter un septuagénaire originaire d'Oignies, 
Joseph TIBAUT, qui fut abattu sur la voie ferrée, en cherchant à atteindre 
Mariembourg. 

Après les longues heures d'un séjour très pénible dans la forêt, les habitants 
revinrent au village et n'y trouvèrent plus qu'une poignée de soldats. 

Le prince Max de Saxe célébra la messe à l'église paroissiale le 27 août et fit 
remettre au curé un billet ainsi conçu : 

En passant par ici, je me suis permis de dire la messe à votre maître-autel avec les ornements et le calice 
que j'ai avec moi. 

Max, ptince de Saxe, 

D theol. etjuris., 

en ce moment aumônier militaire de la i3 e division (i re de Saxe) (1). 

Le 5 septembre, le curé et le secrétaire communal furent emmenés par une 
escorte de soldats, vrais léopards, qui les internèrent dans une maisonnette, à la 
sortie du village vers la gare. Ils y furent l'objet de menaces de la part d'un 
capitaine et furent libérés après quelques heures. 

§ t3. — Petigny. 

L'ennemi entra à Petigny sans la moindre résislance, au soir du 
2.5 août. Il restait dans ce village un moribond et quelques vieillards. Il 
n'empêche que le feu fut mis, le lendemain, à quatorze maisons. Quatre 
étrangers surpris aux abords de la localité y furent massacrés, ainsi qu'on 
le lira dans le récit de M. l'abbé Capelle, curé de Petigny. 

N" 6o3. Toute la population, sur te conseil du curé, s'enfuit dans les bois dans la journée 

du 25 août et y resta jusqu'au matin du 28. Lorsque le 25 au soir l'ennemi occupa 
le village, il y restait trois vieillards. 

Les troupes se livrèrent à un pillage complet. Bien qu'il n'y eût pas un soldat 
français pour les inquiéter, elles mirent le feu, sans autre motif que le plaisir de 
détruire et le souci de terroriser, à 14 maisons situées dans la rue principale du 
village, reliant Oiloy à Couvin. Ces bâtiments sont : une grange isolée appartenant 
au moulin; un pâté de quatre habitations, dont deux nouvellement construites. 
flanquées chacune de grange et écurie; une ancienne habitation avec écurie; le 
local du patronage, comprenant corps de logis et salle de concerts; une grange 
spacieuse, reliée à six habitations finissant la rue vers Couvin, qui avec une 
grange-remise intercalée furent la proie des flammes ; une habitation et une 
grange neuve. 

(1) L'original est conservé" à Bruxelles, aux archives de la Commission d'enquête ; également un billet signé 
d'un médecin du 3" bat du 102 e 



'7' 

Le 26 août à 5 heures, un vieillard, Désiré Chabot, fut aperçu par deux uhlans. 
au moment où il chassait du bétail dans une pâture. A quelques mètres de distance, 
ils tirèrent sur lui quatre coups de feu. « Kapout ! » cria l'un d'eux, et ils se 
retirèrent. M. Chabot resta sur place trente-neuf heures, baignant dans son sang. 
Deux civils de Couvin vinrent le charger sur une brouette. Il guérit après un mois 
de soins, mais resta infirme. 

Le même jour, les troupes rencontrèrent un groupe d'étrangers qui avaient 
commis l'imprudence de sortir du bois. Ils furent fusillés près du moulin, sous les 
yeux de Victor Masson. Ce sont Omer LOTHIER, 24 ans, de Mariembourg; 
Joseph MACHELARD, 48 ans, de Fagnolles ; Louis DERNIÉVOIX, 41 ans. et son 
fils Ernest, de Bouffioulx, et les quatre civils de Nismes dont nous avons déjà 
donné les noms (voir Nismes). 

Le 26 au malin, le XII e corps poursuivit son avance et entra de bon 
matin à Couvin, à Bruly-de-Pesche et autres villages voisins. La 
23 e division marchait en tête. La 3z e passa à Le Bruly, qui était déjà 
en feu, à 16 heures (t) ; le 178 e , qui fait partie de cette division, passa 
la frontière à 16 h. 45 (2) et arriva à 17 heures au Gué-d'Hossus, qui 
était aussi en flammes. Les pages qui vont suivre retraceront l'histoire de 
cette journée du 26 août. 

C'est seulement lorsqu'elle eut mis le pied sur le sol français que 
l'armée allemande semble s'être rendu compte de la sauvagerie dont elle 
avait fait preuve en traversant la Belgique. « La division, écrit alors un 
soldat allemand, intervient une bonne fois, Dieu merci, énergiquement, 
contre ce brûlage et ce massacre de civils. Le ravissant village du Gué- 
d'Hossus aurait été tout à fait innocemment livré aux flammes. Un 
bicycliste serait tombé, ce qui aurait fait partir son fusil. On a simple- 
ment jeté les habitants mâles dans les flammes. De pareilles horreurs ne 
se reproduiront plus, il faut l'espérer (3). » 

§ 14. — Couvin. 

Dans Couvin se réunissent trois grand'routes : celle de Philippeville, 
celle de Matagne et Fagnolles, celle de Nismes et Petigny; de la ville 
partent ensuite les voies qui mènent à Chimay et à Rocroi. 

Bien qu'il n'y restât pas un soldat français et seulement une poignée 
de civils, cette petite ville fut sérieusement exposée à une ruine totale. 
Le feu fut mis à deux reprises par le 102 e et huit maisons furent 
détruites. 

(1) de Dahmerbf, Carnets de roule, p. 3o 

U) n. 

(3) lb., P . Si. 



172 

Les troupes avaient défilé paisiblement pendant la journée du 26 
lorsqu'à la soirée, une fusillade menaça d'amener les plus grands 
malheurs. Un prêtre que toute la population estimait pour sa science et sa 
piété, sa bonté et sa douceur, et qu'elle vénère maintenant comme un 
martyr, M. l'abbé Paul Gilles (fig. 70), vicaire de Couvin, fut surpris 
par des soldats du 182 e au moment où il allait visiter un malade. Il fut 
cruellement massacré. Les soldats emportèrent son corps meurtri — 
peut-être son cadavre — sur un chariot et le déversèrent dans un ravin, 
en dehors de la ville (1). 

Un groupe de 21 prisonniers, dont plusieurs femmes et une fillette 
de dix ans, fut entraîné jusqu'au Gué-d'Hossus, village français de la 
frontière, lui aussi incendié; ces otages endurèrent des angoisses 
mortelles; un des leurs, Pierre Boutai (fig. 75), fut fusillé sous 
leurs yeux. 

Au rapport sur Couvin (n° 604), nous joignons un court travail 
sur Bruly-de-Pesche (n° 605). hameau perdu au sein de la forêt, dans 
la direction de Cul-des-Sarts. 

>^o *. Q . Vendredi 7 août, dans l'avant-midi, un escadron de chasseurs, commandé par 

le comte de Boisset, fit son entrée à Couvin; il partit pour Mariembourg le lende- 
main au soir. D'autres troupes se succédèrent les jours suivants jusqu'au 22 août. 

Le 23, d'interminables convois de fugitifs de l'Entre~Sambre-et-Meuse jetèrent 
les Couvinois dans une grande panique, qu'accrut bientôt le passage des avions 
français regagnant Rocroi (2). Le 24, ce fut la retraite des troupes françaises, qui 
s'effectua en un ordre parfait. Il n'en était pas de même des soldats belges qui 
avaient pu s'échapper de la place forte de Namur. « La vue de ces soldats en 
déroute, dépareillés et débandés, abandonnés entièrement à eux-mêmes, ne fit 
qu'accroître la terreur qui régnait déjà dans la ville (3). » 

En pleine nuit du lundi au mardi, le général Franchet d'Espérey, qui avait 
pris quartier chez le docteur Lambotte, fut prévenu que les Allemands avaient 
passé la Meuse à Revin. Il se leva et donna des ordres. 

Le 25 à 14 heures, combat de Mariembourg, que soutint le 127 e français. Les 

(1) On a notamment relevé à Couvin le passage des 108 e et i8i e et du 48 e d'art. (i3 e div. XII e corps), 
des ioi e , io3 e et 178 e et du 18 e hussards (3i e div- XII e corps), des chasseurs de M ar bourg (1 i e bat.), du 100 e 
de réserve (XII e de réserve). 

(2) M me la comtesse Henriette de Villermont décrit ainsi cette retraite: « Dans un nuage de poussière, un 
flot incessant d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards, passent harassés, la plupart chargés de valises, 
de paquets, au milieu de chariots, de voitures, de charrettes de toute espèce, traînées par des chevaux, des ânes, 
des chiens, et aussi par des hommes. Des piles de meubles, de matelas, d'objets de toute sorte y ont été entassés 
en hâte et se balancent comme pour s'écrouler. Une figure livide de malade en émerge quelquefois. Tout cela 
défile sans trêve, tandis que les fantastiques automobiles des aérostatiers, des autos de toute espèce, traversent 
en trombe cette foule qui s'ouvre, se déplace, se referme dans une soumission et un silence impressionnant. » 

(3) P. René de Nantes, Couvin. Librairie Saint--François, rue Cassette, à Paris. 



i 7 3 

derniers défenseurs repassèrent à la soirée, couverts de poussière et exténués de 
fatigue, et prirent le chemin de Rocroi. A ce moment il ne restait à Couvin qu'une 
poignée d'habitants pour recevoir l'ennemi, des femmes et des vieillards. 

Le 26 août, de bonne heure, on cria : « Voilà les Anglais ! » C'était l'avant- 
garde allemande, bientôt suivie de troupes plus considérables, qui défilèrent 
d'abord assez paisiblement à travers la ville, sans rencontrer d'ailleurs le moindre 
obstacle. Dès 4 h. 3o, Désiré Chabot fut blessé grièvement par des uhlans sur la 
route de Petigny. La maison voisine de la sienne, appartenant à M. Magotteaux- 
Poulain, fut incendiée à 5 h. 3o. Quelques hommes, surpris sur la rue, furent 
requis de conduire les premières colonnes jusqu'au village voisin. 

Vers 9 heures la situation empira. Une centaine de Saxons envahirent le 
château des comtesses de Villermont et le couvent des Pères Capucins, et y 
semèrent l'épouvante. « Nous étions assemblés, a écrit le P. René de Nantes, dans 
notre salle d'études, ne nous doutant pas de ce qui se passait autour de nous. 
Soudain, un grand bruit se fait entendre, la porte extérieure du couvent s'ouvre 
avec fracas, et les crosses de fusil résonnent dans le couloir. En même temps, des 
cris désespérés de femmes et d'enfants (fugitifs d Ermeton), mêlés aux cris féroces 
de la soldatesque, frappent nos oreilles et nous glacent d'effroi... « Heraus ! 
Sortez! », crient à tue-tête ces énergumènes; et le revolver braqué sur nous, les 
yeux menaçants, ils nous saisissent vivement par notre habit et nous forcent 
d'évacuer la place. La foule ahurie, ne comprenant rien au langage qu'elle 
entendait, pousse des cris de terreur et cherche à se répandre dans le 
couvent (1). Quelques-uns même de ces malheureux se rappelant le chemin 
de la cave, conçoivent l'idée de s'y réfugier; mais nous nous y opposons 
de toutes nos forces... » Les soldats procédèrent à une perquisition générale, 
aussi minutieuse que grotesque, durant laquelle ils commirent, à 9 h. 3o, leur 
premier crime. 

L'un des réfugiés, jardinier du château d'Ermeton, Vital BLAIMONT, 48 ans, 
trompant la surveillance des religieux, avait réussi à gagner la cave. Un soldat se 
mit à sa poursuite, l'aperçut blotti dans l'angle d'un escalier et déchargea trois fois 
sur lui son revolver. 

A ce moment, les Saxons s'étaient répandus dans toute la ville et saccageaient 
furieusement les maisons abandonnées. Le pillage se poursuivit pendant l'après- 
midi. Dès 8 h. 3o du matin, la ville avait été condamnée à fournir 20,000 rations de 
pain pour le lendemain. Toutes les femmes y travaillèrent, M. Pamelard courut 
chercher des levures à Nismes et les Allemands défoncèrent les portes de toutes les 
boulangeries. Mais on avait beau cuire des pains à tour de bras : les troupes qui 
passaient venaient les enlever au fur et à mesure. 

Vers 17 heures, on entendit une fusillade qui s'étendit de proche en proche. 
Beaucoup de soldats étaient remplis de vin et de liqueurs et tiraient. « Caché derrière 

(1) Au même moment, M me la comtesse H. de Villermont était entraînée dans la cour par un officier; 
devant elle se plaçait un double rang de soldats, le premier un genou en terre, le second debout, la tenant en 
joue. Les soldats criaient : « Feuer, Tod ! » et tiraient dar.s les moindres buissons. Deux femmes, dont une 
jeune fille de 16 ans, surprises dans un buisson où elles s'étaient cachées, furent amenées auprès de Al nie la 
comtesse- La jeune fille s'accrochait à elle, poussant des cris de terreur : « Sauvez-nous ! on va nous fusiller ! » 



'74 

l'une des fenêtres de la bibliothèque, écrit encore le P. René, je pus observer sans 
peine les mouvements désordonnés de cette bande furieuse. Les uns visent dans la 
direction du parc, comme s'ils venaient d'apercevoir l'ennemi au milieu des bois; 
d'autres dirigent leur tir vers l'usine Saint-Roch et sur l'épaisse charmille qui, 
longeant l'étang, conduit au cimetière. Ils tirent encore, ils tirent toujours, et leur 
visage et leurs gestes trahissent manifestement la surprise et l'effroi. » 

<( Nous allons tout brûler, et fusiller tous les civils comme à Dinant », dirent 
des soldats près de la maison Louis Antoine, en présence de M. Mauer, régent de 
langues modernes à l'école moyenne. Le feu fut mis, en effet, à ce moment « au Petit 
Village » à deux maisons appartenant aux comtesses de Villermont. Il y eut aussi 
plusieurs victimes. Trois hommes de Frasnes furent massacrés le long du parc de 
Saint-Roch (voir Frasnes, p. io3). Un ouvrier attardé dans une pâture fut grièvement 
blessé et un jeune homme de 25 ans, en manches de chemise, vêtu comme un 
cultivateur au travail, tomba mort, atteint de plusieurs balles. On retrouva son 
cadavre dans l'étang du parc de Saint-Roch. « Il n'en a plus pour longtemps à vivre », 
avait dit le matin à M. Pureur, vétérinaire à Couvin, un officier, qui se vantait 
d'avoir déjà tué quatorze civils ce jour-là. 

Dès le début de la fusillade, le doyen de la ville, M. Demanet, le Frère Léon, 
capucin âgé de 80 ans, et M. Pamelard, pharmacien et échevin — le bourgmestre 
et autres autorités avaient suivi les fugitifs et les troupes en retraite — furent arrêtés 
au moment où ils étaient à la recherche de cercueils pour enterrer les morts « Vous 
êtes nos garants! » leur dirent les sentinelles. Comme ils se trouvaient devant 
l'ambulance établie à l'école normale, un officier demanda à M. le doyen : 
« Connaissez-vous Karl Marx? — « Non », répondit-il. Le doyen et M. Pamelard 
furent mis le visage au mur. On amena le civil en question, puis M. le doyen fut 
invité à le regarder. « Le connaissez-vous? » Il l'avait précisément vu, le matin 
même, à l'église de Couvin, escorté de sa jeune fille; il répondit : « C'est le chef 
de gare intérimaire ». L'officier lui mit le revolver sur la tempe : « Pourquoi dites- 
vous que vous ne le connaissez pas, alors que vous le connaissez? — Je savais qu'il 
était chef de gare intérimaire, arrivé depuis quelques jours à Couvin, mais je ne 
connaissais pas son nom. » Charles-Augustin Marx avait la vie sauve; non reconnu, 
il eût été vraisemblablement fusillé comme espion. 

Les trois otages durent alors parcourir la ville, escortés d'un officier qui prévint 
le doyen « qu'il avait fusillé six de ses frères à Surice » ; précédés d'un tambour, 
ils devaient annoncer que « si quelqu'un tirait, ils seraient tous trois fusillés et la 
ville incendiée ». Après avoir fait le tour des rues, ils étaient revenus en face de 
l'école normale quand deux soldats amenèrent devant sept ou huit officiers 
supérieurs de toutes armes, à cheval, rangés à côté, un vieillard de jy ans, 
Alexandre BAUDAUX, qui avait été pris, lui aussi, comme suspect. Il ne pouvait pas 
marcher, parce que la culotte lui était tombée sur les pieds. « Le connaissez-vous?», 
demanda brusquement un officier à M. le doyen. Celui-ci ne le connaissait pas et 
le déclara à l'officier, sans se douter que la vie de ce malheureux fût pour cela en 
danger. Le pauvre vieillard fut conduit séance tenante dans une ruelle voisine et 
abattu. Il était 17 heures. M. le doyen entendit le coup de feu : « C'est le petit 
vieux, lui dit l'officier, vous pouvez l'enterrer demain ! » 



«75 

Le doyen et M. Pamelard passèrent la nuit comme otages à l'imprimerie Melin = 
où logeait une bande d'officiers supérieurs (t). 

C'est au moment de la fusillade générale que commença le martyre de 
M. l'abbé Paul GILLES (fig. jo), 3o ans, docteur en philosophie et en théologie de 
l'Université grégorienne, vicaire de Couvin (2). 

Appelé auprès d'une malade, M me Destrée, il fut surpris par la pétarade près 
de l'Harmonie et voulut rebrousser chemin, mais des soldats du 1 81 e d'infanterie 
qui l'aperçurent tirèrent sur lui. Il put gagner sans être blessé la maison du docteur 
Focquet et il s'y reposait de sa course, lorsque des énergumènes entrèrent préci- 
pitamment et 'l'emmenèrent au dehors, avec le docteur et M lle Focquet. 

Arrivés à l'entrée du Grand Pont, ces derniers furent relâchés, mais le jeune 
prêtre resta entre les mains des soldats, qui continuaient à tirer et proféraient des 
clameurs confuses. 

M. Mauer qui avait été requis d'accompagner des officiers à la gare et à l'hôtel 
de ville, passait à ce moment ; il vit le vicaire encadré de deux soldats, pâle et 
défait, agitant les bras pour [aire comprendre qu'il n'avait pas d'armes. M. Mauer 
se rendit compte aussitôt que sa vie était en danger, tant la fureur et la haine 
brillaient dans les yeux des soldats. Il s'avança pour expliquer que le jeune prêtre 
était l'homme le plus paisible du monde; mais un capitaine, intervenant, lui imposa 
silence et le saisissant lui-même par l'épaule, il lui cria, en le menaçant de son 
revolver : « Marche devant moi, chien, ou je te tue ! a 

Pendant ce temps, les bourreaux s'en prenaient plus violemment à leur victime, 
la frappant à coups redoublés avec la crosse du fusil, sur la tête et dans le dos. 
Lorsque le pauvre vicaire, déjà tout meurtri, passa devant l'atelier de M. Dunand, 
électricien de la ville, celui-ci se trouvait sur le seuil et vit l'un de ces forcenés lui 
asséner de son arme un tel coup dans le dos que, excité par la douleur, il fit en 
avant un bond désespéré et distança de plusieurs mètres ses assaillants. Puis, 
réunissant dans un suprême effort ce qui lui restait de forces, il poursuivit sa 
course jusqu'à la maison de M. Meunier, à une centaine de mètres du Grand Pont. 
Là une grêle de balles fut tirée sur lui. Il tomba, ses jambes étaient atteintes 
et le sang coulait. M. Dunand, pris de pitié, s'élança courageusement pour lui 
porter secours, mais il ne put l'approcher, car il fut tefoulé parmi les otages et 
emmené avec eux sur la route de Rocroi. 

Le pauvre martyr gisait donc sur le sol, en face de la maison de Jules Hosselet, 
appuyé sur le côté gauche, le bras droit levé vers les soldats en un geste de terreur 
et de supplication. Il restait là, impuissant à se relever et gémissant, tandis que 

(1) Parlant des religieux de Leffe qui avaient eu tant à souffrir, un aumônier protestant dit : Credo eos 
fuisse innocentes, allamen non habebamus iempus ad inquirendum. Avec l'aumônier se trouvait un officier : 
" A Couvin, dit-il, on a tiré sur nos troupes. '•> Le doyen répondit : « On a tire à la gare, mais une dame a 
désigné le coupable, un soldat allemand, qui a dû le reconnaître " . 

12) A ce moment se trouvaient en. ville, au témoignage du Livre Blanc Allemand (Anlage 41, p. 56), le 

train des 177 e et 178 e d'infanterie, ainsi que du 18 e rég. d'artillerie de campagne; enfin la 4* batterie du 

64*" rég. d'artillerie de campagne, que commandait l'officier Mackemehl. Ce dernier a dû jouer un rôle 

onsidéi-able dans les incidents de la journée, car il signe le rapport publié au Livre Blanc; mais il a soin de 

se taire sur le meurtre du vicaire. 



t 7 6 

défilait à côté de lui la troupe. A Auguste Jordan, qui passait vers ce moment, il 
dit encore en montrant sa blessure : « Que dois-je faire? », comme pour le prier 
délicatement de l'arracher à ses ennemis. M. Jordan tenta en effet de s'approcher 
de lui, mais un soldat accourut et le força brutalement à s'éloigner. 

Un officier voulut encore obliger le blessé à rentrer dans les rangs, mais il lui 
fit comprendre qu'il en était incapable. 

C'est alors que, au témoignage de deux enfants, derniers témoins du drame, un 
canonnier descendit de cheval et, s'approchant du blessé, lui déchargea un coup 
de revolver dans le dos. Des soldats hissèrent son corps pantelant sur un chariot 
de l'armée, couvert d'une bâche, qui l'emporta. On croit qu'il vivait encore et des 
personnes qui l'ont vu passer aux Fonds-de-1'Eau ont affirmé qu'on lui donnait des 
coups de crosse en pleine poitrine. 

Qu'arriva-t-il ensuite? Dans Couvin, la terreur était telle que les témoins 
eux-mêmes n'osaient parler. On ne parvenait pas à savoir ce qu'il était advenu du 
pauvre vicaire. M. le doyen poursuivait ses recherches : peut-être le blessé avait- 
il été emmené dans une ambulance... 

Huit jours plus tard, le cantonnier Jules Baudaux découvrit une sépulture dans 
un ravin bordant la route de Bruly-de-Couvin. Il l'ouvrit et revint en ville avec une 
bottine, un mouchoir, un crayon et un lambeau de soutane, car le cadaore était 
complètement méconnaissable. On fit appeler Elise, la servante de M. l'abbé, qui 
s'écria, après avoir examiné ces divers objets : « C'est bien lui! » Il fut inhumé sur 
place. 

Le 18 octobre suivant, nul n'osait encore aviser l'autorité allemande : fraudu- 
leusement, dans le mystère, à l'insu de l'ennemi, le cadavre fut exhumé et transféré 
au cimetière de Couvin. 

Quant à M. Mauer et aux autres otages au nombre de 21, dont cinq femmes et 
une fillette de dix ans (1), que la soldatesque avait péniblement ramassés, ils furent 
emmenés, derrière le véhicule qui emportait le vicaire blessé, jusqu'au Gué-d'Hossus 
et eurent beaucoup à souffrir. « Je ne trouve pas de mots, a témoigné M. Mauer, 
pour décrire les vociférations de bête sauvage que le capitaine du bataillon nous 
adressait. Vous devinez quelle était l'épouvante et la consternation des otages ! Il 
faut avoir vécu de pareilles minutes pour en concevoir toute l'horreur. Je vis, par 
exemple, le capitaine frapper comme une brute avec un gros revolver dans le dos de 
Louis Antoine, père, parce que ce vieillard malade et à peu près impotent, soutenu 
par son fils et sa femme, ne marchait pas aussi vite que le chef allemand le voulait ! » 

Quand les prisonniers partirent de Couvin, les maisons Emile Moreau, Marcel 
Moreau, Alcide Guislain et Jean Mélin, « à la Marcelle », étaient en feu et on 
pouvait craindre que ce fût, comme ailleurs, le commencement de l'incendie général 
de la ville. « Voilà les francs-tireurs! A mort! », criaient les soldats qu'ils croisaient 
sur la grand'route. 

Près de la chapelle des Fonds-de-1'Eau, on rebroussa chemin pour prendre 

(1) Voici les noms de plusieurs d'entre eux : Pierre Boutai, M- Antoine, Emile Bastin, Frédéric Dunand 
et ses fils, Maurice et Georges, M- et M lf|C Michel Gouttier et leur fille âgée de 10 ans, Louis Guérin, 
M. Mauer, M. et M me Emile Hollogne, Augustin Poulain, Elisa Galoux et deux étrangers. 



177 

l'ancienne route, très montueuse, de Rocroi, tandis qu'une partie du charroi entraî- 
nait sur la nouvelle route de Bruly le corps de M. l'abbé Gilles. C'est alors que 
sans le moindre motif ou prétexte, la soldatesque se complut encore une fois à 
verser, sous les yeux des otages saisis d'horreur, le sang innocent. Pierre BOUTAL 
(f»g- 7 5 )» 53 ans, fut placé contre le mur de la maison Rousseau, près de la chapelle 
des Fonds-de-l'Eau, et fusillé. Il était i5 heures. Le capitaine hurlait même qu'il 
allait en abattre trois, pour donner un exemple à la ville. Cet homme brutal se 
tourna alors vers M. Mauer qui parlait la langue allemande et servait d'interprète : 
« Proclame de suite devant mes troupes, lui dit-il, que j'ai eu raison de faire tuer 
ton curé, et que nous faisons bien de fusiller vos chiens de Belges, ou tu es mort ! » 
Pour éviter de nouveaux malheurs, le professeur dut répondre qu'il avait raison, 
s'il possédait la preuve que ces gens avaient commis des actes contraires aux lois 
de la guerre. Vers ce moment, Elisa Galoux et Mariette Gouttier — celle-ci âgée 
de dix ans — reçurent un passeport signé du baron Gregory, pour regagner 
Couvin (1). 

A l'entrée de la forêt, les otages furent disposés en bouclier, pour protéger 
les soldats contre toute attaque française, et on annonça qu ils seraient abattus au 
premier coup de feu tiré contre la troupe. 

Ils traversèrent, dans la nuit, le village du Gué-d'Hossus, qui était en feu. Dans 
une masure, où on les fit entrer, un officier procéda à 22 heures à une sorte 
d'interrogatoire. Après une nuit pleine d'angoisse, le capitaine Franck leur remit, 
à 5 heures, un passeport de libération (2). 

Dans les jours qui suivirent, la situation ne s'était guère améliorée. Chaque 
soir, des bandes de soldats envahissaient les maisons en hurlant, défonçaient des 
vitrines, pillaient ce qui t avait échappé à leurs devanciers, chargeaient et empor- 
taient des meubles. Il faut avoir vécu cette période pour en apprécier l'horreur: 
aucune plume n'est capable d'en donner seulement une faible idée. 

Une contribution de guerre de 20,000 francs a été exigée par le général de 
l'Etappen Inspektion der 3. Armée, logeant à Saint-Roch. 

A BrulydcPesche, écrit M. l'abbé Etienne, chapelain, il vint d'Eteignères, le 
17 août, un convoi français de ravitaillement, bientôt suivi de tout un régiment : 
c'étaient des soldats du Calvados (Granville et environs). Les voitures couvraient la 
place et les prairies voisines. Les soldats s'installèrent à l'école, dans les maisons 
et les granges, mais le nombre en était si grand qu'une partie dut camper dans le 
bois. Us partirent le lendemain pour Morialmé. 

Puis ce fut l'arrivée des civils de Philippeville, Berzée, Chastrès, etc., dans 
des conditions pitoyables. 

Le 26 août à 7 h. io, les Allemands apparurent sur la route de Couvin à 
Cul-des-Sarts, qui passe à côté de Bruly-de-Pesche. Il n'y eut pas plus d'une 
demi-heure d'intervalle entre le départ des Français qui lancèrent les premiers le 

(t) L'original de cet écrit est aux archives de la Commission d'enquête, à Bruxelles; il est ainsi conçu : 
« Madame E. Galoux mit Kind hat Erlaubniss nach Couvin auriickzukehren. Frhr v. GREGORY, Hptm. » 

U) « .8 Einwohner von Couvin, welche zur Sicherung als Geisze mitgenommen worden, sind èntlassen 
(s.) FRANCK, O'ocrst und Kdr. » 



11 



i 7 8 

cri d'alarme, et l'arrivée de l'ennemi. En un clin d'ceil, les habitants gagnèrent les 
bois. Quelques uhlans perquisitionnèrent dans le village abandonné entre 8 et 
9 heures. Après une nuit passée au dehors, les habitants revinrent chez eux. 



§ i5. — Le Bruly. 

L'ennemi poursuivait son avance sur la route de Rocroi. Un court 
combat d'artillerie s'engagea quand les éclaireurs parurent au Bruly, 
le 26 août, vers 6 heures du matin. Le gros des troupes ne pénétra dans 
le village qu'à 10 h. 3o et se vengea de la résistance qu'il avait ren- 
contrée, en mettant le feu à dix maisons et en tuant deux civils, ainsi 
que le relate M. l'abbé Hiernaux, curé de la paroisse. 

N° 606. Le t5 août, nous reçûmes des tirailleurs français. Le 22 août, commença 

l'exode des fuyards de Fosses et de Charleroi, de Walcourt et de Philippeville. 

Dans la nuit du 25 au 26, le village fut mis en état de défense. Ce que voyant, 
la plupart de mes paroissiens s'enfuirent vers la France; soixante ne rentrèrent 
qu'en 1919. Il ne resta que quelques familles, et encore elles s'étaient réfugiées 
dans les bois environnants, où plusieurs passèrent la nuit du 26 au 27 août et les 
jours suivants, pour rentrer à partir du 3o, 

Le colonel et le drapeau d'un régiment d'arrière-garde française passèrent au 
presbytère la nuit du 25 au 26 août. Dans la soirée, quelques soldats échappés du 
combat de Mariembourg vinrent dire que les Allemands approchaient, que le lende- 
main matin ils seraient ici. 

De fait, le 26 août, vers les 6 heures du matin, des uhlans apparurent sur les 
hauteurs de la ferme « du Capitaine », distante d'un kilomètre de l'église, à vol 
d'oiseau. Une batterie allemande postée aux environs de cette ferme bombarda 
Rocroi. Les canons français ripostèrent quelque temps. Le village, situé entre ces 
deux hauteurs, n'eut guère à souffrir du duel d'artillerie : la maison de Victor 
Dupont-Gautier, située au « Moulin-Manteau », fut fortement secouée par un obus 
qui éclata sur la toiture, et la maison habitée par Blin-Renelle, au lieu-dit : 
« Tauminerie » fut probablement incendiée par un obus. 

C'est le 26 août vers 10 h. 3o que les Allemands firent leur entrée à Bruly. 
Aussitôt les maisons sont livrées au pillage : les soldats boivent, mangent, 
volent ici un cheval, là une vache; leurs bouchers abattent le bétail sur place, 
emportent les plus beaux morceaux et abandonnent tout le reste sur le bord du 
chemin. A la salle communale, ils éventrent le coffre-fort et détruisent les 
armes qui y ont été déposées. A l'église, ils fracturent les troncs. Le presbytère 
échappa à l'incendie, bien que le feu eût été mis à une garniture de fenêtre et à 
une chaise cannelée. Neuf maisons furent incendiées (1). 

(1) L'une d'elles (Blin-Renelle) a pu être brûlée, comme nous l'avons dit, par explosion d'obus. La 
maison Leroy-Carra a été incendiée prétendument en guise de représailles. Les autres maisons incendiées 



'79 

A la dernière maison du village, les Allemands entrent, demandent des vivres 
et obligent un vieillard de 72 ans, Eugène LEROY, en ce moment alité, à se lever; 
ils sortent, pour entrer au bureau des douanes, qui est voisin, et où se trouvent 
Alphonse MILICHE, 44 ans, succursaliste, en fonctions depuis un mois, ainsi que 
sa femme et ses deux petits enfants, arrivés la veille. Tout à coup, M. Miliche 
entre en courant chez M. Leroy, poursuivi par les balles, tandis que sa femme fuit 
à travers champs, emportant son enfant, qui déjà est blessé. M. Miliche fut 
retrouvé derrière la maison, la poitrine percée de balles et complètement dévalisé. 
Entre-temps, M. Leroy debout sur la porte de la cave, est lui aussi mortellement 
atteint et tombe dans la cave. Sa femme, Léonie Carra, et sa belle-sœur l'y suivent 
pour lui porter aide, mais déjà la maison est en feu. Les dames, à demi-asphyxiées, 
poussent des appels au secours désespérés, auxquels les soldats répondent par des 
cris sauvages. Ils finissent pourtant par se laisser toucher. Ils démolissent le 
soupirail et aident les deux malheureuses à sortir, mais à aucun prix ils ne 
consentent à arracher aux flammes le cadavre de M. Leroy. On retrouva sous les 
décombres son squelette calciné. 

Les jours suivants, les troupes continuèrent à se déverser sur la France à flots 
pressés. Chaque fois qu'une colonne s'arrêtait au village, quelques hommes 
arrivaient au presbytère baïonnette au canon: « Si on tire, vous serez fusillé! 
Venez avec nous, il nous faut des poules, de l'avoine, etc. » 

§ 16. — Petite-Chapelle. 

En aoûl 1914 déjà, le feu fut mis au village, mais le dommage se 
limita à la destruction de deux maisons. 

La localité eut plus à souffrir un mois après. Le 26 septembre, 
des troupes appartenant aux 108 e et 1 8 i e saxons envahirent la commune. 
Le curé et les civils furent rendus responsables de quelques coups de feu 
tirés par des soldats installés à la gare. Une enquête fut ouverte et le com- 
mandant de Rocroi dut reconnaître que l'affaire était « ténébreuse », mais 
il était trop tard. Toute la population avait enduré, pendant trois jours, 
un vrai martyre, dont voici le bilan : une dame et quatre hommes 
massacrés, le feu mis à l'église, au couvent, à plusieurs immeubles, dont 
deux brûlèrent, le curé brutalisé pendant trente-six heures, les hommes 
tenus sous la menace de la mort. Nous donnons ci-dessous le fidèle 
récit de ces tragiques événements, dû à la révérende sœur supérieure du 
couvent- 

sont les suivantes : Alphonse Gallois-Dupont, isolée ; Adolphe Gallois-Bauduin, Emile Saquet-Jacques, 
Joseph Witmart-Collard, sous le même toit; Eugène Hubert-Goulard, isolée; Eugène Richoux-Druart et 
Richoux-Dacoin, réunies ; enfin la m.iison habitée par Eugène Leroy, dont l'annexe servait de bureau 
de douanes. 



i8o 

N° 607. Le 2 ^ août, les Français, reculant devant l'ennemi, avaient quitté Petite- 

Chapelle vers 9 h. 3o. Les premiers Allemands apparurent à 1 1 h. 3o. Déjà le 
village du Gué-d'Hossus, éloigné de 3 kilom. environ, était en fiammes et son 
église complètement détruite. La panique devint presque générale et, de tous 
côtés, on voyait des gens qui fuyaient. On me pressait d'en faire autant, mais j'avais 
vu la guerre de 1870 à Rcthel et j'espérais que les Allemands de 1914 auraient 
comme alors une conduite assez bénigne. La communauté resta calme, malgré 
l'arrivée matinale de seize sœurs de la Providence de Couvin. Les Allemands qui 
vinrent chez nous réclamèrent des vivres : nous donnâmes tout ce qu'il était 
possible de trouver et ils s'en montrèrent reconnaissants. 

Ils venaient de Cul-des-5arts par « Les Plains », où ils avaient été bombardes 
par des troupes françaises postées plus au sud, sur le plateau de « La Taillette ». Ils 
mirent le feu à la ferme de M me veuve Jules Robin-Draily, et formèrent un groupe 
de personnes dont il se firent précéder pour aller vers la maison curiale ; ils 
brisèrent des portes, des fenêtres et du mobilier, et pillèrent plusieurs maisons. 
Dans l'après-midi, ils mirent le feu à celle de M. Jacquet, louée aux familles 
Legros et Dumont. 

De nouvelles troupes succédèrent aux premières. Quand le flot de l'invasion 
fut passé, nous restâmes assez tranquilles. On arriva ainsi au 24 septembre. 

Depuis deux ou trois jours, les Allemands avaient organisé des chasses dans 
les bois voisins. Dans lavant-midi du 24, les soldats qui occupaient la gare se 
rendirent au café tenu par Elie Collet-Pierot et y tuèrent quatre poules à coups de 
fusil." Petite-Chapelle ailes kapout, Pastor und Bénédictines Kapout ! » disaient-ils à 
ce moment déjà. Vers 17 heures de l'après-midi, l'un d'eux, Paul Brocker, de 
Gesweilen (Saarbruck), qui remplissait les fonctions de chef de gare, et un second, 
qui était connu sous le nom de Joseph, tirèrent des coups de feu sur les fils 
téléphoniques, en présence de Rosa Collet. Des balles atteignirent déjà en ce 
moment le jardin du presbytère. 

Vers t8 h. 3o, je me trouvais à l'entrée du couvent quand une nombreuse 
troupe de soldats vint à passer le fusil sous le bras; ils côtoyaient la rue, glissant 
pour ainsi dire le long des maisons. Une seconde et une troisième bande passèrent 
de la même façon, à quelques minutes d'intervalle, et un soldat qui marchait en 
tête du dernier groupe tira un coup de fusil en l'air en criant : « Nicht schiessen ! 
Ne tirez pas! » Pourquoi dit-il cela, me demandai-je, puisqu'il tire? Puis, sur un 
commandement bref, les soldats se mirent sur deux rangs et tournèrent leur fusil 
contre l'établissement. « Rentrez, fermez les portes! » cria un officier en français. 
A peine avions-nous fermé la porte qu'il éclata une fusillade nourrie à laquelle 
prenaient part environ i5o soldats. Une mitrailleuse fut actionnée un peu plus loin 
contre le couvent et contre l'église, dont trois vitraux furent brisés. Les fenêtres 
volèrent en éclats, la toiture fut gravement endommagée, la façade fut criblée de 
balles. C'est miracle que, sur les dix-sept personnes qui circulaient dans la maison, 
aucune n'ait été atteinte. Je priai une sœur allemande d'aller donner des expli- 
cations ; elle sortit, mais mal lui en prit : ces énergumènes l'accusèrent d'être un 
homme déguisé en femme et la menacèrent de mort. 

Pendant ce temps, les soldats avaient fait irruption dans le presbytère. « J'avais 



i8t 

devant moi, raconte M. l'abbé Bastin, des mines effroyables. C'était chez eux de !a 
rage. Précipité violemment du haut de quelques marches dans le jardin, je me 
trouvai entouré de plus de 20 baïonnettes. Ce n'étaient que cris sauvages. Mon 
père subit le même sort. On me fit rentrer. Traqué à coups de poing et de pied, 
je les précédai au grenier et à la cave. 

A 19 heures, je fus mené dans la pâture d'Olivier Magniette, où je trouvai la 
sœur allemande. On voulait d'abord me tuer sur place, puis on ajourna l'exécution. 
« Es-tu vicaire?, me demanda un officier. — Non — Es-tu curé? — Oui. — 
curé français? — Non. — Curé belge? — Oui. — Ah! sale Belge! », et il me 
lança deux violents soufflets. « Tu es curé! Et moi aussi », ajouta un pasteur 
protestant et il me souffleta lui aussi. Puis plusieurs soldats, prenant une corde 
double munie de nœuds espacés de 6 à 7 centimètres, me la placèrent sur la 
bouche, la serrant si fortement que le menton m'entrait dans la gorge et qu'il 
m'était impossible de dire une parole. Bientôt, je reçus l'ordre de crier de toutes 
mes forces : « Je suis le curé de Petite-Chapelle ; si vous tirez, vous serez fusillés ! » 
Le bandeau me fut donc enlevé et servit à me lier les poignets sur le dos. Trois ou 
quatre fois de suite, je reçus des volées de coups de poing à en tomber assommé ; 
je défaillais et restais quelques instants sans connaissance. Les ordres étaient contra-* 
dictoires : tel officier, fatigué de mes cris, m'ordonnait de me taire; tel autre me 
forçait à crier plus fort. » 

Vingt minutes s'étaient écoulées lorsque, tout à coup, les cris redoublèrent. 
M. le curé fut poussé brutalement dans notre couvent, où les soldats voulaient, 
disaient-ils, tout saccager. A l'aide de haches et d'autres instruments, ils mirent 
en pièces les portes et fenêtres du rez-de-chaussée, en poussant des hurlements de 
bêtes fauves. Des pâtures situées derrière le couvent, vers lesquelles nous avions 
fui, nous entendions le fracas des meubles et objets brisés. Les soldats poussaient 
M. le curé devant eux, couraient à travers chambres et escaliers hurlant comme 
des démons, répandant du pétrole et y mettant le feu : bientôt nous vîmes l'incendie 
s'allumer à divers endroits. M. le curé vit rassembler à ses pieds et arroser de 
pétrole les balustres et la rampe d'escalier, brisés en morceaux, et y mettre le feu, 
si près de lui que les flammes léchaient ses vêtements. 

En même temps, le feu était mis dans le village. La maison d'Emile Goulard 
fut détruite et deux personnes risquèrent d'y être brûlées vives. A la maison 
communale et au logement contigu de l'instituteur, le feu fut mis, mais ne 
prit pas. La maison Barré-Magniette fut fortement endommagée. L'église elle- 
même ne fut pas respectée : quand M. le curé fut emmené du couvent, il vit les 
soldats enfoncer la porte et l'enduire de pétrole : « Regarde, cochon, criaient-ils, 
ton église va brûler! » La porte, bien encadrée d'une solide maçonnerie, fut seule 
à brûler. 

Quant au couvent, aussitôt après le départ des soldats, nous parvînmes à éteindre 
les 17 foyers d'incendie qui y avaient été préparés. Nous passâmes la nuit sur des 
chaises, dans une salle commune, à prier et à nous exciter au courage. 

M. le curé continue ainsi son récit : « Je fus ensuite mis en présence du 
cadavre d'ARMAND DUMONT (fig. 74), 44 ans, qui venait d'être tué près de l'église, 
devant sa femme et ses enfants, qui passèrent par d'inexprimables angoisses. 



182. 

Elie COLLET, 56 ans, gisait inanimé près du cimetière; il avait été frappé de 
cinq balles, au moment où il sortait de chez lui pour aller à la rencontre de sa 
fille aînée, qui tardait de rentrer. 

Je fus ensuite conduit à Rocroi, bousculé et insulté sur tout le trajet. Un grand 
brasier avait été allumé sur une place publique : je fus menacé d'y être jeté. Dans 
une petite habitation voisine de la prison où je fus mené, je retrouvai la religieuse 
allemande et Alcide Dumont, fils de la victime, à qui je vis asséner plusieurs 
formidables coups de poing à la nuque. Je reçus ensuite entre les épaules des coups 
de crosse tels qu'ils m'ébranlèrent la poitrine : j'avais l'impression que mes poumons 
se déchiraient et que le sang me montait à la gorge. 

J'arrivai enfin à la prison, où un officier supérieur me dit : « On a tué deux 
soldats dans votre village. Vous êtes responsable. Vous avez caché des francs- 
tireurs dans votre église. Des villageois ont tiré sur nos soldats. Demain vous serez 
fusillé. » Je réfutai ces accusations fantaisistes. Il était minuit quand je pus me 
retrouver seul, sur un peu de paille, dans un infect cachot, dont le sol était souillé 
d'un fumier nauséabond. Sans m'arrêter à un premier refus, j'insistai vivement pour 
qu'on mît fin à l'horrible souffrance que me causaient les liens et la tension des 
épaules : un soldat me passa une baïonnette entre les poignets et coupa les cordes. 
Je récitai mon chapelet, puis je m'endormis, tant j'étais anéanti. 

Vendredi 28 août, l'avant-midi se passa en insultes et en menaces. A 1 1 heures, 
nous fûmes interrogés tous trois, et on voulait nous faire avouer un complot. Puis 
on m'apporta un morceau de pain et de l'eau dans laquelle les gardiens avaient 
craché. 

Nous fûmes ensuite ramenés à Petite-Chapelle, par « La Taillette ». Les reli- 
gieuses furent encore expulsées du couvent et les soldats le pillèrent. 

Pendant que les soldats ramassaient tous les hommes du quartier « Verte-Place », 
pour leur faire subir un interrogatoire, j'appris que, à deux cents mètres d'une 
chapelle établie à la bifurcation des deux routes qui mènent au village, avaient été 
tués aussi, la veille, Arthur DUPONT, 49 ans et son épouse, Elisa DRAILY, 3ç ans, 
honnêtes et paisibles propriétaires qui, en rentrant des champs, avaient eu le 
malheur de rencontrer la sinistre bande saxonne. 

On amena à ce moment deux jeunes gens de Cul-des-Sarts, dont l'un avait 
assisté Jean-Baptiste MANISE (fig. 76), 5i ans, cinquième victime de la veille : 
il avait reçu une balle à la tête et n'expira que le vendredi au soir. » 

Quand l'enquête fut terminée, M. le curé fut reconduit à Rocroi. Je fus 
contrainte de m'y rendre aussi, mais je fis état de mes 70 ans pour refuser d'y aller 
à pied, et j'y fus menée en landau, en compagnie de trois officiers. 

Après un interrogatoire assez insidieux, je fus libérée. Je réclamai la sœur 
prisonnière et nous pûmes revenir en voiture. 

Quant à M. le curé, il passa encore à Rocroi une nuit très pénible, et fut délivré 
le samedi à 7 heures, après être resté 36 heures entre les mains de cruels bourreaux. 
Il n'accepta de rentrer que si son compagnon, Alcide Dumont, était lui aussi libéré. 
« L'affaire est ténébreuse ! », c'est tout ce que le juge avait trouvé à dire. Ce verdict 
proclamait clairement l'innocence des civils. Il eût dû, pour être complet, recon- 
naître l'injustice des mesures prises par les troupes et châtier leur cruauté. 



i83 



III. — L'avance du XIX e corps. 

Le XIX e corps (2 e saxon, de Leipzig) avait suivi, pour arriver 
à la Meuse, l'itinéraire : Clervaux, Tavigny, Ortho, Champion, 
Rochefort. 

Le chef de la III e armée raconte dans ses mémoires qu'il songea 
d'abord à pousser le XIX e corps tout entier au sud de Givet, pour 
séparer la 5 e armée française de la 4 e et même encercler les troupes 
françaises et anglaises qui luttaient à l'ouest de la Meuse. S'il renonça 
à ce dessein, c'est en raison des hésitations du chef de la II e armée, qu'il 
raconte longuement (1). 

Ainsi que nous l'avons vu au tome IV (p. 48 et ss.), une faible partie 
seulement de ce corps d'armée fut dirigée le 23 août sur Willerzie et 
Hargnies, à i5 kilomètres au sud de Givet. Ces troupes, que conduisait 
le général Gôtz von Olenhusen, perdirent les deux journées qui suivirent 
en cherchant à passer la Meuse dans cette région. A Fumay, le pont était 
détruit. On s'adressa en vain au VIII e corps, qui avait besoin de son 
matériel de pontonniers sur la Semois et sur la Meuse. Après s'être 
arrêtée le 25 à Haybes-Hargnies, la division gagna Revin qui, à vol 
d'oiseau, n'est distant que de 8 kilomètres, mais est en réalité difficilement 
accessible. Dès le 26 août, Fumay fut occupé par la partie du XIX e corps 
venue par la rive gauche, et c'est le 27 seulement que Gôtz von Olenhusen 
put passer le fleuve sur un pont jeté par lui à Revin (2). C'est ainsi que 
les hésitations de ces troupes firent totalement échouer le projet qui 
avait guidé leur avance (3). 

Quant à la majeure partie du XIX e corps, elle passa la Meuse, ainsi 
que nous l'avons raconté au tome IV (p. 42 et ss.) au pont du Colèbi, 
en regard de Lenne. 

L'ordre de l'armée n° 3, lancé à Dinant le 24 août à 9 h. 45, 
enjoignait à ces éléments du corps d'armée de s'avancer sur Romedenne, 
Romerée, Oignies et Fumay (4). 

(1) Von Hausen, Erinnerungen, p. 128 et ss. 

(2) Baumgarten-Crusius, o. c, p. 38; et von Hausen, o. c, p. 142. 

(3) Le 179 e , qui passa à Fumay, s'y rendit aussi coupable de crimes, qu'a consignés un réserviste 
saxon. Cf. Les Violations, o. c, p. tu. — Sur les régiments t34, 1 3ç et 179 qui se dirigèrent sur Willerzie.- 
Hargnies-Revin, voir le Journal d'un réserviste saxon du /79 e dans de Dampierre, carnets de route, o. c, 
p. 147 et ss. 

(4) BAUMOARTEN--CRUSIUS, O. C, p. 35- 



i8 4 

Nous avons consigné dans le rapport ci-dessous tout ce qu'on sait 
sur l'itinéraire suivi par les régiments n os 104, 106, 107, x 33 et 181 
pour atteindre les hauteurs à l'ouest de la Meuse, ainsi qu'il résulte 
surtout des minutieuses recherches faites en 1919 par le parquet de 
Dînant (1). 

Les premières troupes allemandes qui ont pénétré à Onhaye et y ont soutenu 
le combat du 23 août appartenaient au XIX e corps : c'étaient des éléments du 1 81 e 
et du 104 e , qui avaient passé la Meuse entre Anseremme et Hastière (2). 

Le lecteur se demandera ici pourquoi ces troupes se sont écartées de l'itinéraire 
qui était assigné au XIX e corps; pourquoi, au lieu de gagner Surice par Hastière- 
Insemont ou bien par Hermeton-Gochenée, elles se sont dirigées sur Onhaye. Cette 
manœuvre n'avait vraisemblablement d'autre but que de protéger le flanc du gros 
des troupes, engagé dans des chemins encaissés et périlleux, contre les attaques 
dont il pouvait être l'objet à sa droite. 

Ce qui confirme cette interprétation, c'est que, après avoir fait l'ascension du 
plateau et envahi Onhaye le 23 août au soir, ces troupes reprirent ensuite la route 
de Lenne et de la ferme Wilmer et redescendirent dans la gorge de Tahaut (route 
d'Hastière), pour reprendre de là la route d'Insemont, assignée au corps d'armée. 
Au matin du 24 août, ce sont des troupes du XII e corps qui, venant de Dinant, ont 
pénétré dans Onhaye et gagné Anthée. 

Revenons au XIX e corps. Une seconde partie du t8i e , de Waulsort, a gagné 

(1) Aux archives de la Commission d'enquête, à Bruxelles. 

(1) Il résulte des recherches faites par M. le juge Herbecq, à Dinant, et des renseignements fournis par 
M. G. Machuray, à Waulsort, que le passage s'effectua en trois endroits : i° entre Moniat et Freyr, à hauteur 
de la carrière (rive droite) et du passage à niveau (rive gauche), en regard d r un vallon qui gagne les hauteurs, 
en aval de la ferme de Lenne. C'est affirmé par M. Jules Remy, fermier à Waux (Falmignoul), par M. Rolin. 
fermier à Chaleux, et par M. G. Machuray. Des fantassins appartenant, croit-on, au to6 e , y passèrent la 
Meuse le 23 août avant l'aube, à la lueur de lampes prises à la gare de Walzin, au moyen de barques trouvées 
sur la Lesse à Walzin et transportées sur chariots. Ils se dirigèrent ensuite sur Lenne par les sentiers du 
bois de Freyr ; 2° à Waulsort. des fantassins des t e , 2 e et 3* comp. du 1 8i ° passèrent sur le barrage vers 
6 heures; puis des cavaliers, descendus de Falmignoul par le Chestia, le Drery, les Cascatelles, traversèrent le 
fleuve à la nage, de la rampe du Drery à la rampe des Hôtels, suivis de fantassins des t re et 2 e comp. du 104 e ; 
3° au Colèbi, les premiers pontons et les matériaux nécessaires à la construction du pont provisoire furent 
amenés de Falmignoul, par le chemin du Colèbi, et mis à la Meuse le 23 août à 10 heures, sous le feu d'une 
mitrailleuse française postée au K Paradis des Chevaux », à l'éperon qui commande la combe de la Meuse, 
au-delà du château de Waulsort. Cette mitrailleuse fit plusieurs victimes et c'est peut-être en guise de 
représailles que furent tués à cet endroit deux civils (voir tome IV, p. 47^. Les premiers fantassins ennemis 
qui purent traverser le fleuve en barquettes s'abritaient derrière le mur de soutènement de la voie du chemin 
de fer. En même temps des pionniers construisaient des radeaux pour passer les chariots du ravitaillement. 
A 1 1 heures, l'artillerie allemande postée sur la route de Falmignoul repéra la mitrailleuse, qui dut se retirer : 
la mule qui la traînait [ut tuée près de la ferme de Lenne. C'est vers i3 heures que les troupes commencèrent à 
passer le fleuve sur le pont de bateaux. Ces unités appartenaient au 181 e et au 104 e ; on signala notamment 
une compagnie du 104 e qui se trouvait encore le 23 août à 1 heurs du matin à Blaimont, descendit à la 
pointe du jour à Hastière-par-delà, où elle commença les massacres, puis, éprouvant de la résistance des 
Français, regagna Blaimont, de 'à Falmignoul, puis le Colèbi, pour y passer la Meuse- Cette compagnie avait 
été remplacée à Hastièie-par-deà rcar des éléments du 1 33 e , qui continuèrent l'incendie de ce village. 



t85 

Hastière-Lavaux. aussitôt après les éclaireurs de la cavalerie, puis a fait l'ascension 
d'Insemont. Les éclaireurs qui marchaient en tête atteignirent la ferme du bois de 
Lens dès 7 h. 3o du matin. Onze fantassins vinrent mettre le feu à cette ferme à 
î5 heures. Une demi-heure après vint le régiment, qui n'alla pas plus loin, campa 
à la ferme et partit le lendemain à 1 heure du matin (1). Il y fut dépassé par le 104 e , 
puis par le 106 e et le 107 e , ainsi que nous allons l'expliquer. 

Le 1 04 e — déduction faite de la compagnie ci-dessus — est monté sur le plateau 
par la route d'Insemont, suivi du 106 e . 

Le 106 e se trouvait le 24 à it heures du matin près de l'église de Hastière- 
Lavaux, venant probablement de Waulsort. Il réquisitionne chez Hasquin, arrête 
M. l'inspecteur Pierrard (c'est le 2 e bataillon), pille et brûle l'hôtel Brouet; dans 
les premières heures de l'après-midi, le même 2 e bataillon se rend à Hermeton, 
qu'il saccage, tandis que le reste du régiment (2) suit le 104 e sur le plateau pour 
gagner avec lui, et le 107 e , la route de Morville à Soulme et prendre part à la 
bataille, puis aux massacres de Surice. 

Une compagnie du 1 33 e s'était établie le il à Hermeton-sur-Meuse dans les 
bâtiments de l'éclusier (rive gauche) et s'y était maintenue dans la journée; mais la 
19 e compagnie (5 e bataillon) du 3to e d'infanterie 1 5 1 e division de réserve) lieutenant- 
colonel Pigault (3), en délogea l'ennemi à la soirée à l'aide d'une pièce de canon 
qu'elle avait amenée. 

Les massacres d'Hermeton-sur-Meuse ne sont pas toutefois l'œuvre du 1 33 e , 
mais bien, comme nous l'avons dit ci-dessus, du 2 e bataillon du 106 e , qui y arriva 
aux premières heures de l'après-midi, après avoir stationné jusqu'alors aux environs 
de la gare d'Hastière. Vers 17 heures, quand le massacre fut terminé, ce bataillon 
voulut gagner Gochenée, par « La Vieille-Justice », et s'y heurta, à 14 heures, 
près de la ferme des Onches (Agimont), à quelques Français. Il laissa sur le terrain 
plusieurs morts (4), qu'abrite une tombe collective près de la ferme. Puis il 
rebroussa chemin par où il était venu, redescendit dans la vallée et grimpa à 
Insemont pour rejoindre le reste du régiment. 

(1) Archives de la Commission d'enquête, rapport du fermier Félix Lespagne. 

(z) Auguste Demanet, cantonnier à Hastière-par~delà, reçut à midi l'ordre de mener la troupe à 
Insemont et à la ferme du bois de Lens. Il fut libéré à Insemont à i3 heures et reçut le passeport suivant : 
« Le porteur a montré le chemin au 1 06 e d'infanterie et peut regagner Hastière. ] s) Sch roter III / 106. B (Original 
aux archives de la Commission d'enquête). 

(3) Notes de la Section historique de l'F.tal-Major général de l'Armée française, à Paris. 

(4) Sept soldats de la 6 8 compagnie du to6 e , dont le lieutenant Gérard Vetter, tués sur le chemin de 
terre dit « des Onches », qui longe la carrière du « Rond-Tienne » et relie la métairie « des Onches » à la 
route Gochenée-Agimont. 

Voici quelques détails, recueillis sur place, de cet engagement. Plusieurs centaines de soldats du 106 e 
arrivèrent à la ferme des Onches, vers 18 heures. Un officier obligea le fermier, M. Arthur Masson, à les 
conduire vers Gochenée et Vodelée. Quinze hommes partis en avant-garde avaient eu à peine le temps de 
parcourir 100 mètres que les Français, masqués par des sapins et par la carrière du Rond-Tienne, ouvrirent 
sur eux un feu nourri. Les Allemands battirent aussitôt en retraite, protégés par sept des leurs qui en avaient 
reçu la mission et dont on retrouva les cadavres étendus dans la tranchée rudimentaire qu'ils s'étaient creusée. 
Parmi les autres i ept soldats seulement passèrent la nuit à la ferme des Onches et aucun n'atteignit ce jour-là 
Gochenée- Deux ou trois jours après, le fermier fut rendu responsable. Accusé d'avoir tiré, il fut enlevé avec 
son domestique; il passa une nuit lié à un chariot, puis fut conduite Agimont- Terrifié par les menaces 



i86 

Le XIX e corps atteignit le 24 août à 18 h. 5o Surice et Romedenne, 
où il se heurta aux Français qui n'avaient pu pousser plus loin leur 
retraite. Ces villages furent pour cela traités avec la dernière cruauté 
(voir p. 194 et ss.). 

Le 25 août à 8 heures, l'ennemi avait dépassé Romerée (rapport 
(n° 612 et se présentait devant Matagne-la-Petite (rapport n° 61 3). 

Dans l'après-midi, les derniers villages belges furent occupés et, le 
26 août, le corps d'armée atteignit la frontière, où fut engagé le combat 
dit du « Trou-du-Diable » (1). 

On pouvait croire que, en quittant, le 23 août, les rues de Waulsort, 
d'Hastière et d'Hermeton saccagés, le XIX e corps était saturé d'ivresse, 
de feu et de sang ; mais il n'en continua pas moins ses ravages dans 
l'Entre-Sambre-et-Meuse. Les villages d'Onhaye, de Surice et de 
Romedenne gardent les traces et le souvenir de ces cruels Saxons. 

Abordons maintenant le récit détaillé de ces événements. 

§ 1, — Onhaye 

L'antique paroisse d'Onhaye, célèbre par le pastorat de saint 
Walhère/dont elle possède le tombeau, est la première qui eut à souffrir 
de la sauvagerie du XIX e corps. 

Situé à 256 mètres d'altitude et à trois kilomètres seulement de la 
Meuse à vol d'oiseau, ce village est traversé par la route de Dinant à 
Philippeville et Beaumont, ainsi que par les routes qui mènent, au nord 
à Weillen et Gérin, au sud à Waulsort et Hastière. 

Des soldats du 181 e , du 104 e et du 106 e (2), 4 e division d'infanterie, 
auxquels la retraite des réservistes français avait fait la voie libre, firent 
dès le matin du 23 août l'ascension des crêtes qui bordent la Meuse entre 
Waulsort et Anseremme. A 9 heures, ils étaient aux abords de Lenne ; 

incessantes de mort et, notamment, parce que le domestique, qui comprenait l'allemand, lui apprenait « qu'on 
allait les faire périr à petit (eu », il tenta, dans un moment de désespoir, de s'ouvrir la gorge à l'aide d'un 
couteau de chasse. Laissé d'abord pour mort, sur place, il fut traîné par les soldats derrière une maison- Le 
lendemain, il revint à lui et put regagner sa métairie, tandis que le domestique et trois autres civils étaient 
entraînés jusque Melreux- 

(t) Sur l'itinéraire de la 24 e division, cf. Sack, Die SMachten und Gefecble, o. c, p. 16. On trouvera 
des données sur l'engagement du " Trou-du-Diable » dans A. Libermann, Ce qu'a vu un officier de chasseurs 
à pied, Paris, Pion, p. 47 et 48. 

(2) Le soldat Franz Dobratz, de la 9 e compagnie du to6 e . franchit la Meuse en barque le i3 et participa 
le aoir au combat d'Onhaye (Paris, Direction du Contentieux et de la Justice militaire, dossier to55, rapport^). 
Le parquet de Dinant a saisi à Onhaye la marque d'un vêtement militaire ainsi conçue : Soldat Rudolf 4 Kp 
7 Inf. Reg. Konig Georg n° 106. 



,8 7 

entre 17 et 18 heures, ils entraient dans Onhaye, où une poignée de 
réservistes de la 5i e division les retint à l'extrémité est du village jusqu'à 
ce que vinssent les renforts français. 

En effet le général Franchet d'Espérey avait été averti, vers midi, de 
l'avance allemande. Estimant qu'elle pouvait devenir gravement menaçante 
pour les opérations des troupes françaises et belges, il avait aussitôt dirigé 
sur Onhaye le 2 e bataillon du 148 e et le i er bataillon du 45 e , sous les 
ordres du général Mangin. Ces troupes, en un élan impétueux, refoulèrent 
l'ennemi hors du village, qu'elles réoccupèrent jusqu'au matin (1). 

Le 24 août, les soldats allemands du XIX e corps s'étaient retirés vers 
la Meuse; ils furent remplacés dès la première heure par des troupes du 
XII e corps (2), puis de la 24 e division de réserve, venues de Dinant. Ces 
troupes continuèrent à s'acharner sur cette localité vide de civils et que 
les Français avaient totalement évacuée dès l'aube du 24 août. Il fallut 
deux jours entiers à ces sauvages pour achever leur œuvre de destruction. 
Cent quatorze maisons furent brûlées sur 144; quelques-unes seulement 
avaient été légitimement détruites par l'artillerie. 

Les rares personnes qui avaient eu l'imprudence de rester eurent 
beaucoup à souffrir. Les éclaireurs du XII e corps firent marcher devant 
eux deux vieillards et un prêtre, et tirèrent sur eux quand ils aperçurent 
quelques Français. Six personnes trouvèrent la mort à Onhaye même, 
dont trois accidentellement. Le curé, M. l'abbé Ambroise, compte, avec 
son oncle, son beau-frère et trois de ses paroissiens, parmi les victimes 
de l'affreux massacre de Surice (voir p. 2o3). 

Dans le rapport que nous faisons suivre sont fusionnées les dépo- 
li) (< Nos soldats ont repris Onhaye avec un entrain superbe. Jamais au cours de la guerre, je n'ai assisté 
à une attaque aussi vivement menée et couronnée d'un tel succès! M Paroles dites à M. le juge Herbecq, à 
Dinant, par un officier qui avait participé à l'attaque. 

De son côté, le général von Hausen écrit : « La 24 e division d'infanterie réussit à gagner Lenne à la 
tombée du jour, puis chercha à se rendre maîtresse d'Onhaye. Repoussée par des forces supérieures, elle conserva 
cependant les bois de Freyr et de Lenne comme points d'appui pour le changement de rive de la III e armée au 
24 août », o. c, p. i3o. 

Sur le combat d'Onhaye, voir Lanrezac, o. c, p. t75; Isaac, o. c, p. 82 et 120; Hanotaux, Histoire 
illustrée de la guerre de 1914, V, p. 295 et VI, p. 23; I 1 'Enigme de Cbarleroi, p. 71, 79, 85; Général Mangin. 
Comment finit la guerre, p. 27; Engerand, o. c, p. 538 et 545; Ginisty, Histoire de la guerre par les com- 
battanls, p. t 39; Palat, o. c, III, p, 332; von Hausen, o. c, p. 1 3o ; Die Schlacbten und Gefechte, o, c, p. 14 ; 
Les Violations, o. c, p. 89. 

(2) On signale surtout les régiments appartenant à la 23 e division. Le soldat Biittner, du 100 e grenadiers, 
23 e division, qui a traversé la Meuse à Dinant le 26 août et est passé à Onhaye, écrit : « Tout est détruit, tout 
est pillé », Les Violations, o. c., p. 89, 

Les habitants ont gardé le souvenir d'un officier à cheval du 1 08 e fusiliers, roux, de haute taille, coiffé d'un 
shako à plumet : il fut le chef des incendiaires, le 24 août. Il partit le 25 au matin, passa à Morville et mit le 
feu à L'Assurance. (Rapport du parquet de Binant, aux Archives de la Commission d'Enquête, à Bruxelles.) 



i88 

sîtions d'une dizaine de témoins oculaires recueillies de 1915 à 1919, 
ainsi que les nombreux éclaircissements fournis par M. l'abbé Rousseau, 
qui succéda dès le mois d'octobre 1914 à M. Ambroise et administra la 
paroisse tout en résidant à Gérin, sa maison de cure étant incendiée. 

Les données militaires sont extraites, pour la plupart, du récit du 
combat que le général Cadoux a publié dans Vers l'Avenir, journal de 
Namur, 1920, n os 273 à 275. 

N c 608. Avant te 23 août, l'infanterie ei le génie français avaient mis la partie sud-est 

du village en état de défense, y creusant des tranchées dans les campagnes et 
des meurtrières dans les murs de plusieurs maisons. 

Dans la nuit du îî au 23, le 208 e de réserve, relevant des éléments du 
i er corps, occupa les emplacements qui lui avaient été assignés d'Hermeîon à 
Anseremme, par Hastière, Waulsort, Lenne et Freyr. Les réservistes, brisés de 
fatigue, — ils venaient de Vierves et Treignes — ne se savaient pas si proches de 
l'ennemi qui, à travers l'étroite vallée, put constater leur présence, suivre leurs 
mouvements et repérer leurs emplacements. Le 23 dès 2 heures du matin et surtout 
à partir de 6 heures, l'artillerie allemande commença à les couvrir de son feu, les 
pourchassant bientôt dans la direction de Lenne et d'Onhaye. Dès 9 heures, des 
soldats du 181 e saxon, venant de Waulsort, étaient repoussés aux abords des fermes 
de Lenne. A 10 heures, l'artillerie de la 5i e division de réserve (lieutenant-colonel 
Aillaud) arriva à Onhaye, mais à peine avait-elle, vers midi, ouvert le feu contre une 
batterie ennemie située à Grandchamp, direction de Freyr, qu'elle fut anéantie (1). 
Les premiers obus allemands atteignirent le village à 9 heures. Vers 1 1 heures, 
ce qui restait de la population s'enfuit vers Gérin, Fter, Serville, Weillen et 
Anthée. L'Etat-Major de la 102 e brigade (général Leleu) et le général de division 
Boutegourd se retirèrent vers Anthée, avec les batteries qui avaient été préservées. 

Vers midi, le général Franchet d'Esperey, chef du 1 er corps, dont une division 
était échelonnée de Sart-Saint-Laurent à Lesves, allait attaquer la Garde, qui 
constituait le flanc gauche de l'armée de von Bùlow, lorsqu'on l'informa du 
fléchissement, sur la Meuse, des réservistes de la 5i e division. On ajoutait, par 
erreur (2), que l'ennemi avait occupé Onhaye. Il retira aussitôt du front le gros de 
la division Deligny, qu'il dirigea sur Anthée, et donna l'ordre à deux bataillons de 
la 8 e brigade Mangin de se porter aux environs d'Ermeton sur Onhaye. Le général 
de brigade Mangin gagna lui-même Onhaye. et, découvrant l'artillerie Aillaud, en 
retraite, il la disposa au nord de la route d'Anthée, d'où on avait vue sur Onhaye. 

Le bombardement d'Onhaye par l'artillerie tirant deFalmignoul et d'Anseremme 
avait cessé à i5 heures. La maison de Norbert Fallay (plan 7). avait pris feu à 
14 heures, mais on out l'éteindre. L'école des filles (plan 9), l'étable de Joseph 

(1) Le capitaine Gouillard se fit tuer à ses pièces, en voulant les sauver- II tomba au fond de Foqueux. 
prè~ de la route de Philippeville, à 200 vnèîris du cimetière de Dinant et fut inhumé dans le caveau de 
M Herbecq, à Dinant. 

(2) Plusieurs historiens ont, à leur tour, accepté ce détail inexact. 



i«9 




Fig. 59. — Plan d'Onhaye (t). 



0- Légende du plan : N° 1. Presbytère; 2. Maison d'Adelin Frérotte, tué à Surice ; 3. Maison d'Adolphe 
Pochet, tué à Surice ; 4. Maison de Cyrille Colot, tué à Surice ; 5. Maison de Charles Laret. disparu ; 6. Maison 
de l'enfant Léa Collignon, tuée à Onhaye ; 7. Maison Norbert Fallay ; 8, Ecole des garçons ; 9. Ecole des fi lies; 
10. Etable de Joseph Dujardin; 11. Ferme de la Sicaille; 12. Le Forbot; i3. Maison du chevalier Diericx; 
14. Maison de Désiré Dujardin ; i5. Cimetière militaire actuel ; 16. Maison Barvaux, où trois Français se tinrent 
cachés; 17. Verger du docteur Cassart; 18. Poste; 19, Chapelle de Bon-Air. 

Les maisons incendiées du village sont en noir; celles qui sont en blanc ont été préservées. 



tço 

Dujardin (plan 10), le hangar de la veuve François Demaret (sur le chemin 
de la ferme de la Sicaille au Forbot), et la maison d'Anna Demoulin. épouse 
François Quoilin (en face de la chapelle de Bon-Air), avaient aussi été incendiés 
par des obus. 

Cependant des troupes toujours plus considérables de la 88 e brigade de 
Chemnitz (104 e et 181 e ) et quelques pièces du j8 e d'artillerie de campagne, avaient 
passé la Meuse tant au pont de bateaux du Colèbi, qu'à plusieurs barrages d'écluses 
et même en barquettes. La retraite des réservistes français leur avait fait le champ 
libre. Entre 16 et 17 heures, elles quittèrent Lenne et s'avancèrent vers Onhaye à 
la fois par le « Clavia » et par la ferme Wilmer. Aux extrémités est et sud-est du 
village, elles se heurtèrent à des réservistes français qui gardaient encore la localité. 
Ceux-ci firent feu sur elles et les empêchèrent de s'installer déjà à l'aise dans le 
village presque désert (1). 

Vers ce moment, avant que ne vinssent les renforts français, des troupes 
allemandes occupèrent déjà le hameau de Froidmont, la ferme de la Sicaille (plan 1 1), 
et le quartier est du village appelé Forbot (plan 12), quartier auquel elles mirent 
le feu dès les premiers coups de fusil tirés contre elle. Dans le village même, elles 
s'avancèrent jusqu'à la propriété de M. le chevalier Diericx (plan t3), où elles 

(t) Voici la liste exacte des habitants qui n'avaient pas (ui : Emile Frérotte, son épouse 
Caroline Dujardin, leur petite-fille Séraphine Frérotte, Félix François, son épouse Noimi Godfroid, Maria 
Bodson, Héloïse Bodson, épouse Julien Valtin, Léopoldine Guilmin, épouse Gillard, Adèle Thomas ; à la ferme 
de la Sicaille. Denis Biot, son épouse Julie Vany, leurs enfants Marie, Alphonse et Héloïse; Jules François, 
son épouse Ida Raiwez et leurs enfants Joseph et Jean, Alphonse Pochet-Frérotte, Louis Henrotte. 

La plupart de ces gens, terrés dans les caves, n'ont rien vu de ce qui s'est passé à Onhaye, dans 
l'après-midi du 23 août. Voici les seuls témoignages intéressants que nous ayons pu recueillir. 

Alphonse Pochet. au Forbot, reçut encore à 16 heures des Français qui se retiraient en courant. Un peu 
après 17 heures, il vit devant sa maison trois Allemands, qui lui demandèrent à boire. Il prit un seau d'eau, 
auquel ils le firent boire le premier ; puis ils allèrent frapper aux portes et aux fenêtres des maisons voisines. 
Un moment après, trois autres soldats les avaient rejoints. Quand ils arrivèrent devant la maison de Jules Noël 
(la dernière maison du Forbot à droite avant d'arriver au village), des Français cachés un peu plus loin tirèrent 
sur eux ; ils revinrent en arrière. Alphonse Pochet descendit alors dans sa cave et dix minutes plus tard, il vit 
des troupes allemandes, précédées cette fois d'un officier à cheval, qui traversaient le Forbot. Devant la maison 
de Jules Noël, nouveaux coups de feu et elles rebroussèrent chemin, mettant le feu, à ce moment même, à 
plusieurs maisons du Forbot (les maisons de Jules Noël, Jules Colot, veuve Clément Collard, Xavier Frérotte, 
Clément Collignon, Joseph Mathieu, la grange d'Alphonse Pochet, brûlèrent successivement; pour cette dernière, 
le propriétaire vit mettre le feu à l'aide d'allumettes). Il était 17 h. 3o ou 18 heures. Après s'être caché jusqu'à 
la nuit noire, M. Pochet parvint à gagner Freyr. 

A la ferme de la Sicaille, des Français réquisitionnèrent encore une voiture vers 17 heures pour emmener 
des blessés vers Gérin. A peine un quart-d'heure après, les Allemands arrivaient et buvaient le lait que les 
fermières étaient occupées à turbiner. Intimidée, Marie Biot, fille du fermier, s'enfuit vers 17 h- 4.5. Par le 
jardin du presbytère et la chapelle de Bon-Air, elle gagna le quartier de « L'Abbaye », au nord, direction de 
Weillen ; elle avait ainsi traversé une bonne partie du village, sans rencontrer âme qui vive. Cachée derrière 
un buisson, elle vit des Allemands s'approcher de deux Français qui faisaient le mort, mais qui, en réalité, 
n'étaient pas blessés et purent fuir ; puis elle se réfugia près de chez Alexandre François, à peu de distance du 
Forbot» dont elle vit brûler les maisons, tandis que les Allemands qui se trouvaient près d'elle et aux environs 
tiraient dans la direction de Gérin- C'était le combat. Entre 1 cet 20 heures, elle vit brûler la ferme de la Sicaille, 
puis elle gagna Weillen. 

De son côté, le colonel Cadoux a relaté que, à 17 heures, la brigade de cavalerie colonel Champvallier a 
traversé le village d'Ouhaye, qui était désert. L'ennemi n'y avait pas encore pénétré. 




Photo 1 9 1 5J 



Fig. 6o. — Onhaye. 

A l'extrémité du Forbot, 
où eut lieu le combat à l'arme Marche. 




Photo 1915) 



Fig. 61. -- Onhaye. 

Fropriété de M. le chevalier Diericx de ten Hamme, 

uù fut tuée Léa Collignou 

et où mourut Joseph Duboù-, de Lenne. 




(Photo 1915) 

Fig. 62. — Onhaye. Route du Forbot, 

(La maison marquée d'une croix 

est celle d'Adolphe Pochet, 

fusillé à Surice). 




(Photo 1Q15) 

Fig. 63. — Onhaye. 
Quartier incendié de Bonair. 




(Photo 1915) 

Fig. 64. — Onhaye. 

Ferme de Frcidinont, au sud-est du village, 

aux environs de laquelle se livrèrent plusieurs combats 

à l'arme blanche. 




Onhaye. 



(Photo 1915) 
Fig. 65. 
La chapelle de Bonair. 



VICTIMES DES MASSACRES DE DOURBES. DE NISMES, DE COUVIN, DE PETlTE-CHAPELLE ET DOIGN1ES. 




Fig. 66. — Palmyr TONGLET, 

46 ans, de Dourbes, 

tué au " Tienne Delvaux ". 




F ; g . 69. — Emile PEKLEAUX, 

43 ans, de Nismes, 

tué sur la route de Petigny. 




Fig. 72. — Alfred GREGOIRE, 

36 ans, de Nisnies, 

tué sur la route de Petigny. 





Fig. 67. — Jules GODEFROID, 

42 ans, de Somzée, 

tué entre Dourbes et Nisnies. 




Fig. 70. — Abbé Paul GILLES, 3o ans, 

docteur en Phil. et en Théol., 

massacré à Couvin 




Fig. 7 5. — Pierre BOUTAL, 53 ans, 

de Couvin, fusillé 
près de la'chapelle des Fonds de l'Eau. 




Fig. 68. — Jules NICOLAS, 
56 ans, tué à Nismes. 




Fi g . 71. _ Gaston LAPOTRE, 

22 ans, de Nismes, 

tue sur la route de Petigny. 




Fig. 7 3. — Achille COLLART, 

23 ans, de Nismes, 

tué sur la route de Petigny. 




Fig. 74. — Armand DUMONT, 
44 ans, tué à Petite-Chapelle. 



Fig. 76. — Jean-Baptiste MANISE, 
i5 ans, tué à Oignies. 



« 9 t 

vidèrent de nombreuses bouteilles de vin, que, avant de se retirer, elles prirent 
la peine de ranger tout autour du cadavre de Joseph Dubois, fermier de Lenne, 
qui venait d'y être apporté. 

Cependant, à 17 h. 45 précises, le groupe du colonel Cadoux quittait Anthée. 
A 18 h. 25, le 2 e bataillon du 148 e , commandant Graussaud, qui avait pris la tête 
de la formation de marche, fut accueilli par un feu de mousqueterie de l'ennemi, 
déployé à la lisière ouest du village. Deux compagnies furent disposées en première 
ligne, de part et d'autre de la route, et deux autres compagnies furent placées en 
soutien, à 400 mètres en arrière. Le I er bataillon du 45 e , commandant Bourdieu, se 
disposa en réserve à 600 mètres de la 2 e ligne. 

A ce moment, on put heureusement faire appel à l'artillerie divisionnaire, 
sous les ordres du lieutenant-colonel Aillaud, qui venait de se replier; des batteries 
furent mises en position, avec ordre de battre Onhaye par un tir progressif de 
fauchage et d'exécuter un tir de barrage en arrière du village, pour rendre impos- 
sible l'arrivée de renforts. Sous la protection de ce feu d'artillerie, qui empêchait 
l'ennemi de riposter, l'infanterie put progresser à bonne allure et, peu après 
19 heures, le 148 e , drapeau déployé, puis le 45 e , au son de la Marseillaise, 
réoccupèrent le village. Il y eut presque des corps-à-corps dans les rues, que les 
Allemands évacuèrent précipitamment. Déjà ils avaient mis le feu à toutes les 
maisons situées depuis la route qui descend à l'église, jusqu'au bout du Forbot, 
ainsi qu'à la ferme de la Sicaille, occupée par M. Biot, à la ferme de Froidmont, 
occupée par M. Navaux, et à la maison de Désiré Dujardin. A 20 heures, il y eut 
un essai de contre-attaque, une mitrailleuse ennemie ayant tiré de la pointe du 
village vers Waulsort : une section française pourchassa l'ennemi, baïonnette dans 
les reins, jusqu'au bout du Forbot, à l'extrémité est du village, près du cimetière 
militaire actuel ; le commandant Graussaud, du 148 e , et le capitaine Didier, de la 
6 e compagnie, tombèrent mortellement blessés, à quelques pas du lieutenant 
Woiry, qui venait d'être tué. A 21 heures, les Allemands, mis de tous les côtés en 
déroute, avaient fui vers Waulsort et Hastière. Le bataillon du 148 e s'établit en 
pleins champs et le bataillon du 45 e campa sur la place et garda les issues du 
village. A 22 heures, nouvelle manœuvre ennemie dans la direction de Lenne : une 
partie des Français, sortant du village, poursuivirent cette fois l'ennemi jusque 
Lenne même, où le lieutenant Legrand, de la 6 e compagnie, tomba à son tour. Il 
repose à Waulsort. 

Le 24, à 2 heures du matin, les Français se retirèrent, sur ordre, vers 
Agimont, par Miavoye et Gochenée. 

Les premiers Allemands, venant cette fois de Dinant. réapparurent au point 
du jour. Trois soldats français étaient restés chez Barvaux (plan 16) et y furent 
découverts : deux d'entre eux se rendirent, mais le troisième, Edouard Mirlier (1), 
refusa de se constituer prisonnier et répondit qu'il se défendrait jusqu'à la dernière 
cartouche; sortant de chez Barvaux, il se retira, pourchassé par les Allemands, 
vers l'église, contre laquelle plusieurs habitants le virent tuer. Il fut retrouvé 

(1) Classe 1903, de Lille, n° 1644. 



inhumé à quelques mètres de là, au sud de l'église, dans un verger appartenant 
à M. le docteur Gassart (plan 17) (1). 

Dès la première heure, des Saxons venant de Lenne par la ferme Froidmont 
se mirent à la recherche de civils pour se protéger contre les Français qui pouvaient 
encore se trouver dans les environs. A 4 heures du matin, Joseph Gillard et Julien 
Valtin, vieillards respectivement âgés de 72 et de 67 ans, furent pris dans la maison 
Gillard, voisine de l'église, et emmenés en face de la poste (plan 18), à l'extrémité 
ouest du village, où se trouvait l'armée allemande. « Moi fusiller vous, commandant 
l'a dit! », disait l'une des sentinelles. Un troisième civil vint les rejoindre : c'était 
M. l'abbé Gaspard, préfet de discipline au collège de Bellevue, à Dinant, qui s'était 
enfui la veille au moment où l'établissement prenait feu, en compagnie des religieuses 
et des domestiques attachés à l'établissement. Le groupe, après avoir erré toute la 
nuit, s'efforçant d échapper aux éclaireurs qui rôdaient dans les campagnes, 
rencontra une quarantaine de soldats français qui, se voyant cernés, décidèrent de 
se rendre. Civils et prisonniers français furent gardés à cet endroit, à l'exception 
de M. l'abbé Gaspard, qui fut sommé de précéder deux cavaliers dans leur marche 
en avant, jusqu'à ce qu'il rejoignit les deux vieillards d'Onhaye. 

Ils durent alors marcher tous les trois devant deux officiers et quelques 
éclaireurs, dans la direction de Gérin. « Ils devaient les conduire dans tout le pays 
et, si un soldat français ou un civil tirait, ils seraient fusillés. » S'il arrivait à 
1A. l'abbé de tourner la tête de côté, il était menacé aussitôt du fusil et un soldat 
l'interpellait : « Regarde avant toi, curé! » — « Français, ne tirez pas! », devait-il 
crier de temps en temps. 

Au delà de Gérin, en regard de Maurenne, on rencontra des soldats français, 
qui firent feu sur les uhlans. Ceux-ci ripostèrent et, exécutant la menace qu'ils 
avaient proférée, ils tirèrent aussi sur les civils, qui se trouvaient devant eux à une 
distance de quinze à vingt mètres. Joseph Gillard et Julien Valtin s'affaissèrent sur 
le chemin, gravement atteints : le premier avait reçu une balle dans le bras et une 
autre dans l'abdomen ; le second avait la jambe transpercée d'une balle de fusii, et 
1 épaule d'une balle de revolver. Après le départ des soldats, ils parvinrent à se 
traîner d'abord dans une meule de froment, puis au village de Maurenne, où ils se 
cachèrent dans la cave de la ferme Lekeux, jusqu à ce que, vers minuit de la nuit 
suivante, les Allemands y mirent le feu; alors ils furent transportés à l'école. Tous 
deux ont survécu à leurs blessures. 

(1) Environ 200 Allemands et 2.00 Français sont tombés à Onhaye. On on a pu identifier les Français 
dont les noms suivent : Jules Gillon, du 43", César Lefebvre, du 43 e , Emile Chaumette, du 243 e , René- 
Alphonse Fortier, du 148 e , Marcel-Eloi Hau, du 148 e , Aimé Drouet, du 148 e , Joseph Delattre, du 273 e , 
Alfred Vincent, du 148 e , Robert Dumenil, du 45 e , Auguste-Edmond Alidoux, Louis Lheur, du 148 e , Désiré- 
Auguste Berquint, du 233 e , Charles Pâté, du 148 e , Henri Cambay, du 148 e , Lipen Lannoy, du 243 e , 
Félix-Antoine Lovera, sergent du 48 e , Alphonse Gochey, du 43 , lieutenant Paul-Maurice Hubert, du 33 e , 
Adolphe Desrivières, du 33*% Prosper-Michd Coupatetz, du 243'', Léon-Lucien Malot, capitaine Gustave 
Didier, du 148 e , lieutenant Pol Woiry, du 148"', Eugène Lalliaux Baudhuin, du 208 e , Georges Murnaer, 
François Delannoy, Emile Joly, du 208 e , Eugène-Ovide Gressier, 8 R. 208, Léopold Larde, ~^y° d'A., 
Dekeyser (présumé), Mirlu (présumé), Molier (présumé), Paul Vansteene, adjudant du 33 r , Joseph Toussaint, 
sergent du 233"; enfin les suivants, qui sont dans le cimetière mais non identifiés : Léon Istace, du 148°, 
Alphonse Planquette, 1910, Lille, n° 1644, Gabriel Saget, 1912, Lille, n° 223o. 



iç3 

Les uhlans continuèrent dans la direction d'Anthée, avec M. l'abbé Gaspard. 
Un peu plus loin, cinq soldats français attaquèrent les uhlans qui, se voyant en 
nombre moindre, tournèrent bride, tout en faisant feu contre leur dernier prisonnier, 
qui déjà s'enfuyait et eut la soutane traversée par plusieurs balles. Il rejoignit 
bientôt un groupe d'officiers français, les instruisit de ce qui venait d'arriver et les 
suivit jusque Rosée. Après avoir pris un peu de lait dans une maison « au Gros 
Frâne », il gagna Surice où il put raconter les détails qu'on vient de lire à l'un de 
ses élèves, Léa Burniaux; il y fut fusillé le lendemain. 

Revenons au village d'Onhaye, le lundi matin. 

Les quelques habitants restés au village furent parqués, au fur et à mesure de 
leur arrestation, dans la serre de M. le Chevalier Diericx de ten Ham (plan t3) et 
dans la chapelle Saint-Walhère, de « Bon Air (plan tç) », avec un petit nombre de 
fugitifs de la veille qui s'étaient trop pressés de rentrer. 

A 1 1 heures, les hommes furent arrachés à leurs épouses et à leurs enfants et 
conduits à Rosée, où ils furent gardés à vue dans la ferme « de la Cour », occupée 
par le bourgmestre, M. Louis Valtin, et laissés sans nourriture jusqu'au vendredi. 

Il ne resta ainsi à Onhaye qu'une poignée de femmes, seuls témoins de la 
destruction de leur beau village. Cette destruction commença dans la journée de 
lundi. Au fur et à mesure que les maisons importantes étaient pillées, les soldats 
tiraient des coups de feu dans les fenêtres ou sur les toits et le feu se déclarait. 
Séraphine Frérotte, une enfant de i3 ans, chassée de sa maison vers 17 heures, vit 
des soldats charger sur un véhicule les meubles, les literies, la vaisselle et le linge 
de M. Leclef ; elle en vit d'autres monter sur un chariot qu'ils avaient mené dans 
une grange, et lancer à l'intérieur de l'immeuble une boule — sans doute une 
grenade — par le cordon qui y était attaché : aussitôt les flammes s'élevèrent des 
toitures. 

Une malheureuse infirme, âgée de 84 ans, Joséphine FASTREZ, veuve Hubert 
MERVEILLE, n'avait pu être emportée hors de sa maison, située sur la place : elle 
y fut brûlée vive. 

Sur 144 maisons, 1 1 4 furent détruites, dont le presbytère — où périrent deux 
ostensoirs, dont un de très grande valeur, un ciboire, un calice et les précieuses 
archives d'une antique paroisse — la maison communale, avec les archives civiles, 
et l'école des garçons. A l'école des filles, incendiée par des obus, avait été détruit 
un matériel du culte considérable. Il n'est resté du village qu'un petit nombre de 
maisons à côté de l'église et au hameau de Guelaipont, sur la route d'Hastière. 

Le 25 août est le jour où furent tués à Surice, où ils s'étaient réfugiés, 
M. l'abbé Alphonse Ambroise, 55 ans, curé d'Onhaye, avec deux de ses parents qui 
l'y avaient accompagné, Félix Ambroise, son frère, 54 ans, professeur à Vilvorde, 
et Gustave Copienne, 6y ans, son oncle, d'Evrehailles ; également trois autres 
habitants d'Onhaye : Hadelin Frérotte, 59 ans, Adolphe Pochet, 28 ans, et Cyrille 
Colot, 42 ans (voir Surice). 

Comme de nouvelles troupes de la 88 e brigade et de la 40 e division (XIX e corps), 
ne cessaient de défiler à travers le village, à tout moment recommençaient des 
scènes de sauvagerie. C'est ainsi que le mardi 25 août, une fillette de 6 ans, 
Lea COLLIGNON, fut tuée presque à bout portant par un officier. Sa mère, 

i3 



'94 

Constance Merveille, épouse Xavier Collignon, était rentrée à i3 h. i5 de Weillen 
et de Ftroul où elle s'était réfugiée la veille, et venait d'être internée avec ses enfants 
et un grand nombre d'autres personnes dans la serre de M. Diericx lorsque, à 
t3 h. 3o, un officier qui passait sur la route, en tête d'une compagnie, tira un coup 
de revolver dans leur direction. Léa fut atteinte à l'abdomen. Sa mère l'emporta 
dans la grotte du parc, puis dans un massif de buissons. Comme l'enfant réclamait 
à boire, elle lui humecta les lèvres avec sa propre salive et, dix minutes après, elle 
mourut. M me Collignon se cacha, dans l'après-midi, dans un parc de pois, tenant 
toujours sur les bras le corps de la petite, et ayant à côté d'elle ses autres enfants, 
Claire et Alice. Jeudi 27 août, elle entra dans le fournil de Clément Roba et déposa 
le cadavre dans un pétrin. Des soldats voulurent la contraindre à l'enterrer, mais 
elle s'y refusa. L'inhumation eut lieu à la soirée, par les soins de Henri Demoulin 
et d'Elisée Liégeois, aidés de quelques femmes. 

Charles LARET, 3o ans, après avoir fui, rentra au village le 25 août, pour se 
rendre compte de l'état de sa maison. Il fut repris par des soldats féroces qui le 
traquèrent devant eux au trot de leurs chevaux. Juliette Frérotte et Ida François le 
virent passer sur la route d'Onhaye à Anthée, près de Gérin, dans un état lamen- 
table. Le malheureux, qui allait à la mort, put encore crier à ces dames : « Je vais 
être fusillé. Prévenez ma femme. Ayez soin de mes deux enfants ! » On n'a plus eu 
depuis la moindre nouvelle à son sujet et on ne l'a retrouvé dans aucune des 
exhumations faites dans la région. 

Nicolas SIMON, 63 ans, et Anna FERRAILLE, son épouse, 57 ans, furent 
atteints par des éclats d'obus entre Gérin et Anthée. 

Albert LENGLET, \-j ans, blessé le 23 août à 9 h. 3o, à Lenne. par un éclat 
d'obus, fut emmené par Joseph Demoulin sur un chariot, avec Joseph Dubois, 
fermier de Lenne, blessé plus grièvement. On croit que Joseph Dubois était déjà 
mort quand il fut déposé chez M. Diericx ; quant à Albert Lenglet, il fut transporté 
à Rosée, où il mourut exsangue dans la nuit. 

Les journées qui suivirent furent encore marquées par des vexations conti- 
nuelles, car le passage des troupes se poursuivit pendant près d'un mois. 



§ 2. — Surice et "Romedenne . 

L'histoire de Surice el de Romedenne constitue en réalité un drame 
unique. Ces villages furent condamnés à une ruine totale pour venger les 
pertes, d'ailleurs peu considérables, qu'avaient subies les troupes du 
XIX e corps en entrant dans ces localités. 

C'est qu'en effet, le i er corps français, venant de la région de Sart- 
Saint-Laurent et Malonne, était loin d'atteindre, à la soirée du 24 août, la 
position Mariembourg-Vierves qui lui avait été assignée (1). L'arrière- 
garde de la i re division (t er régiment d'infanterie) était encore à Surice et 

(1) Section historique de l'État-Majorr-Général de l'armée, à Paris. 



195 

Romedenne à 20 h. 3o, quand le 104 e allemand se présenta à l'entrée du 
village de Surice. Il s'engagea alors un court combat, dont le lecteur 
pourra se faire une idée précise en prenant connaissance du rapport 
suivant, qui relate l'activité de la 8 e compagnie (2 e bataillon) française et 
d'une section de mitrailleuses qui se trouvaient aux avant-postes. 

Le 24 août à 16 heures, après une marche effectuée par une chaleur 
accablante, le i er régiment, venant des environs de Sart-Saint-Laurent, arriva à 
Romedenne. 

Le 2 e bataillon fut envoyé aux avant-postes. La 8 e compagnie fut postée à l'est 
du cimetière, la 7 e et la 6 e à l'ouest du chemin de Surice à Romedenne, la 5 e à l'est 
de ce même chemin; le t er et le 3 e bataillon et l'Etat-Major étaient à Romedenne. 

L'attaque du bivouac débuta vers 19 h. i5, par une fusillade, à laquelle succéda 
le canon vers 20 heures. Dès que le petit poste de la 8 e compagnie fut aux prises 
avec un groupe ennemi, comprenant cavalerie, auto-canon et auto-mitrailleuse, le 
capitaine Frère fit prendre les emplacements de combat et se porta sur les lieux. Il 
fut aussitôt blessé. Le lieutenant Delgore prit le commandement, mais le déplace- 
ment de la compagnie se faisait difficilement, car elle recevait le feu en avant, 
venant de l'ennemi, et en arrière, venant des unités de réserve et des mitrailleuses. 
La section de mitrailleuses du lieutenant Carbenay était installée à 5oo mètres au 
nord de Romedenne, sur la route de Surice et tira environ 2,000 cartouches. 

Le premier obus ennemi tomba contre le mur du cimetière, un autre en avant 
de la 3 e section, deux autres sur le village. Il était 20 h. i5. La 4 e section, qui se 
trouvait dans une zone particulièrement battue, fut très éprouvée. 

La 2 e et la 3 e section de la 8 e compagnie gagnèrent par bonds un emplacement 
situé au nord de la route, mais se trouvèrent bientôt isolées. La nuit était venue. 
Dans un moment d'accalmie, une partie des 4 e et i re sections rejoignit la compagnie, 
qui se replia dans la direction de Surice, contourna Romedenne bombardé et gagna 
le sud. Le lendemain matin, la compagnie rejoignit le régiment; elle comptait 
52 tués (x\ blessés et disparus; parmi les blessés, outre le capitaine, le lieutenant 
Delerne. 

A Romedenne, le bombardement commença à 20 heures. Au poste de police, 
situé près de l'église, plusieurs Français furent tués et blessés (2). 

(t) Les soldats dont les noms suivent ont été retrouvés inhumés sur le territoire de Surice : Léon Bayet, 
classe 1913, Péronnes 747 ; Maurice Bricourt, 1911, Cambrai i632 ; Constant Bourlet, 1912, Cambrai 2140; 
Fernand Dumont, 1912, Lille 62 1 8; Louis Delroque, 1910, Cambrai 1921 ; Désiré Debarge, 1 909, Béthune 6i5; 
Constant Duquenoi, 191 3, Lille 3373; Henri Guillaume, 1908, Cambrai 683; Anatole Orison, 1909, 
Béthune 2476; Henri Hetega, 1910, Lille 41 1 ; Gédéon Lorrioux, 19 1 1, Lille 5o6o ; Lucien Lebret, 1910, 
Béthune 1348; Henri Lemaitre 1 9 1 1, Béthune 2919; Emile Mast, 1910, Arras 735; Gaston Martel, 1911, 
Béthune 3838; Maurice Maronnier, 1913, Avesnes i3; Marcel Mayeur, 1913, Béthune 1687; 

Charles Mullier, 1913, Lille 4604; J. M poul, 1913, Cambrai 37; sse Monnot, 1911, Lille 61 56 ; 

Fernand Ollevier, 1909, Avesnes 764; Guislain Queva, 1910, Arras 809; Our Raditlt, 1908, Béthune 1816; 
Fernand Rousseau, 1913, Saint-Omer 3717 ; Marcel Taquet, 1909, Cambrai; Charles Verbreggen, 1910, 
Saint-Omer 906. 

(2) Ces données ont été obligeamment communiquées par les capitaines Carbonay et Lesaint, qui partici- 
pèrent comme sous-officiers à l'attaque de Suric;. 



iç6 

Dans la nuit qui suivit ce combat, le feu fut déjà mis par sauvagerie 
à quelques maisons et plusieurs habitants furent tués dans les rues. 

Le lendemain matin, un bruit étrange courut parmi la troupe : « Une 
jeune fille de 16 ans a tiré sur un officier . » Ce fait est faux et jamais 
les Allemands n'ont essayé d'en faire la preuve. 

Aussitôt furent décidés l'incendie des deux villages et le massacre 
général des hommes. A Surice, t3o maisons furent détruites sur 1 38 ; 
à Romedenne, 119 sur 198. 

A Surice, 69 personnes furent massacrés : 36 étaient du village 
même, 33 de l'étranger (1); 58 de ces victimes trouvèrent la mort à 
Surice même, 1 1 dans les villages voisins (2). Une seule fusillade 
collective, qui ne le cède en rien aux monstrueuses exécutions de Dinant, 
de Tamines et d'Andenne, faucha 38 existences, l'élite, peut-on dire, de 
la région. 

Romedenne, où un plus grand nombre d'habitants avaient fui, 
compte moins de victimes ; mais si la sauvagerie fut, de ce chef, limitée, 
elle trouva une compensation facile : ici, des femmes, des fillettes et de 
jeunes enfants furent massacrés à l'égal des hommes. Les familles Bastin 
et Penasse, de Surice, surprises à Romedenne, y furent exterminées, à 
l'exception d'une enfant de 7 ans, laissée parmi les victimes, mais qui 
revint à la vie : précieux témoin d'une scène particulièrement monstrueuse. 

Le drame de Surice est l'un des plus émouvants de l'invasion. 
L'univers en a lu le récit sous l'occupation même, et l'horreur qu'il a 
suscitée n'a pas peu contribué à soulever contre l'Allemagne les peuples 
qui étaient restés indifférents jusque là au déchaînement de la grande 
guerre. 

Le Livre Blanc a gardé le silence sur les événements de Surice; 
mais ils figurent au n° 16, sur la liste des 23 faits contraires au droit des 
gens que la Wilhemstrasse notifia en 1915 aux diplomates accrédités 
auprès des pays neutres ou alliés de l'Allemagne (3). 

(1) A savoir 1 1 d'Anthée, 5 de Gérin, 4 d'Onhaye, 4 d'Ermeton-sur-Biert, 2 de Dinant, 1 d'Evrehailles 
1 de Gerpinnes, 1 de Hastière, 1 de Le Roux, 1 de Morvilte, 1 de Vilvorde, t de Vitrival. 

(2) 9 à Romedenne, 1 à Franchimont, t à Soulme. 

(3) Direction du Contentieux et de la Justice militaire, à Paris, dossier 762. En voici le texte exact : « Le 
24 août au soir, commença à Surice une attaque des habitants contre les troupes allemandes, qui avaient 
devant elles l'ennemi et dans le dos les francs-tireurs. Un certain nombre de ceux-ci, dont trois prêtres, 
durent être fusillés, en conformité des lois de la guerre ». Les nombreux témoins de la fusillade sont là pour 
rappeler ce qu'a dit l'officier exécuteur : les victimes n'ont pas été accusées d'avoir tiré, on les savait 
innocentes, mais on les tuait en guise de représailles, « parce qu'une jeune fille avait tiré ». 



VICTIMES DE LA FUSILLADE COLLECTIVE DE SUKICE 




F'g- 77- 

Olivier RARMENTIER. 

62 ans, 

de Miavoye. 





André LIBERT, 46 ans, 
de Miavoye. 



Fi g- 79- 
Auguste DURDU, 5o ans, 

échevin de Surice. 




Fig. 80. 

Jecn-Bjptisle LIBERT, 

40 ansi 

de Miavoye. 




Fig. S 1 . 

L'abbé Gustave GASPARD, 34 ans, 

de Thon, professeur 

au Collège de Bellevue, à Dinant. 




Fig. 82. 

L'abbé Alphonse AMBROISE, 

55 ans. 

curé d'Onhave, 




Fig. 83. 

Félix AJHBROISE, 54 an;, 

professeur à l'Ecole d'horticulture de 

Vilvorde. 




Fig. 84. 
Gustave COP1ENNE, 67 ans, 

d'Evrehailles, 

oncle de M. l'abbé Ambroise, 

curé d'Onhaye. 




Fig. 85. 

Adelin FRÉROTTE, 

59 ans, 

d'Onhax e. 



VICTIMES DE LA FUSILLADE COLLECTIVE DE SURICE 




Fig. 86. 

Alphonse N ASSAUT, 63 ans, 

d'Anth;e. 




Fig. 89. 
Henri JACQUES, xG ans, 

fils de Félix Jacques, 

élève au collège de Bellevue 

à Dinant. 




Fig. 93. 

Edmond SCHMIT, 3 7 ans, 

Inspecteur de l'enseignement 

primaire à Gerpinnes. 




Fig. 87. 

Félix JACQUES, 5 7 ans, 

docteur en médecine à Anthée 





Fig. 88. 

Olivier DELCOUR, 62 ans, 

d'Authée, fusillé avec ses fils 

Arthur et Léon. 



Fig. 91. 

l'abbé Oscar PIRET, 40 ans, 

curé d'Anthée. 





Fig. 96. 

Jean QUOILIN, 18 ans, 

fils de Jean-Baptiste, 

de Gérin. 



Fig. 95. 

Jean-Baptiste QUOILIN, 

54 ans, de Gérin 




Fig. 92. 

l'abbé Marcellin POSKIN, 55 ans, 

curé de Surice. 




Fig- 97- 

Louis DELCOUR, 54 ans, 

gendre de J.-B. Ouoilin, 

de Gérin. 




Fig. 90. 
Arthur DELCOUR. 3o ans, 

d'Anthée, fusillé avec 
son père et son frère Léon. 




Fig. 94- 

Léon DELCOUR, 19 ans 

d'Anthée, fusillé avec 

son père et son frère Arthur. 




Fig. 98. 

Uismer DERAVET, 16 ans, 

de Gérin (à l'âge de|6 ans). 



«97 

Le soldat Franz Dobrats, de la 9 e compagnie du 106 e , a témoigné 
dans sa captivité qu' « il a participé, le 24 août, à l'incendie du village 
de Surice et qu'il y a fusillé des civils; le 25, à 7 heures, six hussards 
ramenèrent de la forêt Zj civils et 3 prêtres, ainsi que des femmes et 
des enfants. Les Z7 hommes et les prêtres furent passés par les armes 
sous les yeux des femmes et des enfants » (1). 

Ainsi se sont révélés les criminels dont il nous reste à raconter les 
tristes agissements. Nous publions deux travaux, l'un relatif à Surice, 
l'autre relatif à Romedenne. Ils fusionnent, en les résumant, une quaran- 
taine de dépositions, dont les plus importantes ont été enregistrées de 
bonne heure (celle de M me Jacques le i er octobre 1914, celle de M. le 
curé Baudine le t5 janvier 1915); d'autres récits de témoins oculaires, 
recueillis sur la fin de l'occupation et aussitôt après l'armistice, nous ont 
été fournis par MM. Dupiereux et Dautrebande, curés actuels de ces 
paroisses. 

L'alerte fut donnée à Surice dans l'après-midi du 23 août, lorsque des gens 
d'Anthée vinrent dire que des obus allemands étaient tombés dans le village et que 
les troupes françaises préparaient leur retraite. A t8 heures, à la sortie du salut, 
des militaires belges en auto racontèrent que « Namur était pris et qu'il fallait 
fuir ». A la soirée déjà, Surice était engorgé de gens de Falaën, Florennes, Roux, 
Oret, Vitrival, Anthée, etc., qui y passèrent la nuit. 

Le 24 août, cinq prêtres dirent la messe à l'église paroissiale. A to heures, on 
annonça que les Français, qui poursuivaient fiévreusement leur retraite, fortifiaient 
Romedenne et que beaucoup de gens s'en allaient. Des fugitifs de Soulme, de 
Gochenée, et de maintes autres localités continuaient à passer. Dans les premières 
heures de l'après-midi, arriva M. l'abbé Gaspard, surveillant au collège de 
Bellevue, à Dinant. Il avait pu fuir de la ville incendiée et échapper deux fois à la 
mort. Jusque 17 h. 3o, ce fut un défilé ininterrompu de troupes belges et françaises, 
où toutes les armes étaient mêlées. A la soirée, un bon nombre de familles avaient 
déjà fui ; la plupart cependant, ayant décidé de rester et ayant gardé, malgré tout, 
confiance dans la correction des troupes allemandes, ne quittèrent qu'au moment 
du combat ou sous les balles. 

Les Français s'étaient quelque peu organisés pour arrêter l'ennemi qui 
semblait proche Une mitrailleuse était installée sur une sorte de crête, « aux 
Fosses 9 (voir plan de Surice, en a), à mi-chemin de Romedenne, dominant de là 
le chemin de Soulme. Un autre groupe de Français avait pris place près du 
cimetière (plan, 3). 

(1) Ibid. dossier io55, rapport 184. Le 106 e serait, d'après cela, compromis dans le massacre. D'autre 
part, Honoré Marotte a retrouvé près du champ du carnage des débris de linge portant la marque du 104 e régi- 
ment (3 e bat. 2 e comp.). Arthur Burniaux a retrouvé des objets appartenant aux 104 e et 107 e . Des bons 
mentionnent les i e , 9 e , 10 e , 1 t e et 12 e comp. du 104 e , les 8 e , 9 e , 10 6 et 11 e comp. du 107 e , le 19 e hussards 
(4 e esc.) et la 3 P bat du 77 e rég. d'art de camp (Archives de la Commission d'enquête, à Bruxelles)- 



tçS 



^nAWfHIMOKT 







Fig. 99- — Plan de Surice. 
(Les maÎ3oi"s en noir ont été incendiées.) 

Légende. — i. Église de Surice; 2. Ancienne cure; 3. Cimetière; 4. École des garçons; 5. École des 
filles; 6. Château Diericx et parc; 7. Patronage; 8. Maison Penasse ; 9. Maison Canton; 10. Joseph Hubert; 
il. Olivier Dubuisson ; 12. Docteur Bouty; i3. Edouard Burniaux; 14. Grange Maron ; i5. Fermier Laloux ; 
16. Ern. Lebrun, percepteur des postée; 17- Charles Colot ; 18. Ferme du château; 19. Esther Mathieu; 
20. Henri Burniaux; 11.' Arthur Burniaux; 22- Auguste Durdu ; 23- Léopold Burniaux; 24. Elisée Pierard ; 
25. J.-B. Gérard Balbeur; 26- Adrien Maron; 27. Adèle Cogniaux; 28. Baijot; 29- Victor Cavillot ; 
3o. Camille Cuvelier; 3t (ou III). Soeurs françaises (maison Félicie Renson); 32. Veuve Laurent; 33. Monu- 
ment 34. Cimetière militaire; 35 Veuve Brassart ; 36. Pères de la Sainte Famille (maison Alice Renson); 
a. Endroit de la fusillade; o. Grotte. 

Maisons non incendiées : I Paulus Burniaux; II Alphonse Burniaux; III Maison Renson (Sœurs 
françaises, nouvelle cure); IV Poste; V Maison Colinet Ghislain ; VI Maison Canton; VII Maison Xavier 
Soumoy; VIII inoccupée, appartenant à Henri Burniaux, habitée en dernier lieu par Jacquemot. 



'99 

Il était exactement 18 h. 5o quand l'ennemi se présenta et que commença la 
fusillade. Les habitants gagnèrent les caves. Tandis que fonctionnaient canons et 
mitrailleuses, les Allemands se ruaient à l'assaut du village. Des autos blindées en 
amenèrent, vrais sauvages, qui saccagèrent plusieurs maisons et les incendièrent (1). 
Le feu des mitrailleuses ennemies avait surtout atteint les maisons situées au tour" 
nant, près du château Diericx (plan, 6), et la maison Penasse (plan, 8) qui se 
trouve dans un sentier voisin. 

« Vers 20 heures, écrit Arthur Burniaux, quatre uhlans arrivèrent près de 
l'école. Deux soldats français embusqués près du local du patronage, qui se trouve 
en face de chez moi, en tuèrent deux, puis se retirèrent, tandis que les deux 
uhlans restés en vie rebroussaient chemin. » 

« Vers 20 heures, raconte Joseph Hubert (plan, 10), un officier, revolver au 
poing, suivi d'une troupe de soldats, me somma de les conduire à Romedenne ; 
lorsque nous fûmes près de chez Canton (plan, 9), les Français ouvrirent le feu; je 
pus m'esquiver et gagner le chemin de Vodelée. Près du cimetière, je vis deux 
Français tués, et un peu plus loin huit autres. » 

On retrouva cinq cadavres de soldats allemands près de la maison de 
Jules Canton. 

Des civils furent tués dès la première heure. Lambertine Marchand, épouse 
d'Olivier Dubuisson (plan, 11), entendant le bruit du canon et apprenant que 
Romedenne était en feu, quitta sa maison située sur la place, pour fuir. « Tout à 
coup, raconte-t^elle, nous voyons arriver des soldats habillés tout en gris. Ma fille 
me dit : ce sont des Allemands, ils ont des casques à pointe! Effrayée, je fis un 
mouvement; et aussitôt ils s'élancèrent vers nous, les uns baïonnette au canon, les 
autres tirant des coups de feu. Nous sommes rentrés affolés. Uue grêle de balles 
pleuvait dans la maison. Nous nous sommes couchés à plat ventre. Ma fille est 
entrée dans une armoire de coin, autour d'elle des balles se figèrent dans les 
murailles. Alors nous nous sommes traînés dans la basse cuisine, hommes, femmes 
et enfants, priant à haute voix. Après être monté à l'étage, mon fils Charles en est 
redescendu, criant que le feu était au grenier. Affolée par la crainte d'être brûlée 
vive, Juliette GENARD (fig. 120), 22 ans, d'Ermeton^sur-Biert, voulut partir, en 
longeant le pignon. Mon fils l'avertit vainement que les Allemands étaient au coin. 
Elle n'avait pas fait deux mètres qu'elle était touchée; elle tourna sur elle-même en 
jetant un cri et tomba sur le bord d'un fumier Son mari, Alexandre ROUYRE 
(fig. 1 1 8), 26 ans, était parvenu à traverser la route; j'ai vu les Allemands qui le 
ligotaient avec des cordes et, le lendemain, il gisait tué près de la maison. Le 
père de Juliette, Arthur GENARD, 45 ans, sa mère, Elvire COPPÉE, 45 ans, 
sortirent à leur tour, et furent abattus. Le cadavre du père Genard gisait encore 
huit jours plus tard au coin de l'habitation du docteur Bouty (plan, 12), où l'on 
dut le brûler, à cause de l'état avancé de décomposition (2). 

(1) Les premières maisons qui brûlèrent furent celles du « Pauquis »» : la maison Brasseur, la ferme 
Diericx, la maison de L. Pingaut ; et dans le centre, celles d'Aimé Sagin et de Joseph Burniaux^Deroyer. 

(2) Ces quatre habitants d'Ermeton-sur.-Biert s'étaient d'abord réfugiés dans Is grange Maron (plan, 14?; 
quand le feu fut mis à cette dernière, ils réussirent à passer chez Dubuisson- 



zoo 

» Nous avons ensuite vu enfoncer les portes et les fenêtres à coups de hache, 
chez Edouard Burniaux (plan, i3). « Pardon ! grâce ! pitié ! Nous demandons la 
paix I criaient des civils ou des soldats français. » Le feu faisait rage dans tout le 
village. Jusque 1 h. 3o du matin, on entendit les coups de fusil et les détonations 
du canon ; les mitrailleuses résonnaient, les soldats poussaient des hourras, les 
bêtes à cornes rôties dans le feu hurlaient. Quelle nuit épouvantable ! 

» A i h. 3o, nous avons entendu les Allemands charger leurs morts et leurs 
blessés et s'éloigner. A 3 heures, le silence s'était fait. Mon fils Charles, étant 
sorti, aperçut le fermier M. Laloux (plan, i5), qui se disposait à partir avec chevaux 
et chariot. » 

Ernest Lebrun, percepteur des postes (plan, 16), fuyant l'incendie de sa maison, 
s'était réfugié avec son collègue d'Anthée et sa famille dans son jardin ; à quelques 
mètres de là fut tué Charles COLOT (plan, 17), clerc de l'église, âgé de 88 ans, et 
ils entendirent le coup de feu qui l'abattit sur le seuil de sa maison (1). Jules Mathieu 
en retrouva les restes calcinés le i er septembre; il fut inhumé dans la « terre du 
Gouverneur » avec les restes d'un soldat français. 

M. Ernest Diericx, fuyant la ferme du château en feu (plan, 18), passa la nuit 
avec sa famille dans une oseraie marécageuse située à proximité. Vers 4 heures du 
matin, tandis que sa fille Marguerite, son oncle et sa tante allaient, comme nous le 
raconterons plus loin, se cacher dans une grotte, au parc de M me Laurent, il se 
dirigea vers « La Caracole » et aperçut, à ce moment, sur la porte de l'étable le 
cadavre d'ANTOiNE WAUTELET, 70 ans, échevin de Le Roux (Fosses), qu'il 
retrouva plus tard dépouillé et carbonisé. 

Dix-neuf personnes, dont M. l'abbé Debatty, curé de Morville et M. l'abbé 
Lamort, passèrent la nuit dans une cave du village, chez M me Esther Mathieu, 
Vve Foulon (plan, 19 et fig. 104). Ils s'y étaient barricadés de leur mieux, fermant 
les soupiraux à l'aide de coussins. Quand l'ennemi pénétra sur la place déserte, 
vers 21 heures, ils entendirent une mêlée confuse, des cris gutturaux, le son de 
fifres et de tambours. Puis ce fut la ruée des soldats sur les maisons : ils enfonçaient 
les portes, brisaient fenêtres et volets, saccageaient les meubles et mettaient le 
feu. Tout à coup la maison elle-même où ils se trouvaient fut envahie et le bruit 
des talons résonna durement sur les parquets; heureusement la cave fut respectée. 
Puis un canon fut installé sur la place et bombarda la maison presque à bout 
portant (2). Il tira de même sur presque toutes les maisons de la place, qui 
gardèrent jusqu'à leur démolition les traces et les trous des obus. A 4 heures du 
matin, quand le calme se rétablit, le curé de Morville jeta, par le soupirail, 
un coup d'ceil sur la place et aperçut l'attelage du fermier Edouard Laloux 

(») Charles Colot était déjà blessé près de la porte de sa maison, quand Louis Bastin quitta sa demeure 
qui prenait feu, à 22 heures, et gagna son jardin par s'y cacher dans le ruisseau. 

(») On connaît l'auteur de cet exploit brutal : c'est le lieutenant Bischoff, de Vahr-bei-Bremen, de la 
3 e batterie du 77 e rég. d'art, de campagne, ainsi que l'a raconté tout au long l'ouvrage intitulé : Artillerie, 
Hermann Hillger Verlag, Berlin, p. 26. Détail significatif : l'officier a reçu, en récompense de ce fait d'éclat, 
la croix de fer de 2 e classe et la croix de chevalier de l'Ordre de Saint-Henri ! 



20 1 

qu'accompagnait aussi le curé de Gérin. Ils sortirent de leur cave (i) et gagnèrent 
Lautenne (a). 

M. Laloux raconte ainsi ses impressions de la nuit tragique. « Mon fils Moïse 
et mon neveu surveillaient, d'un fenil, les abords de la ferme. Ils virent arriver les 
monstres, qui jetèrent des bombes à la poste (plan 16, préservée) voisine de notre 
habitation. Informés par eux de ce qui se passait, nous allâmes nous blottir, à 
3o personnes, dans les arbustes du jardin de M. Henri Burniaux (plan 20). Terrifiés 
par les hurlements des soldats, nous retenions notre souffle, de crainte de nous 
signaler. Plusieurs fois, nous entendîmes des cris de femmes (3) : « Au secours, 

(1) A ce moment, les maisons de la place étaient encore intactes, sauf celles de Jules Hubert, Julien Maron 
et Dubuisson. Le (eu venait d'être mis chez Edouard Burniaux et l'habitation de M me veuve Laurent ne brûlait 
pas encore. 

(2) L'odyssée de ce groupe mérite d'être relaté. Quand ces gens, à peine sortis du cauchemar de la nuit 
précédente, eurent dépassé Lautenne, des hussards de la mort qui marchaient en tête d'un régiment d'artillerie 
leur firent lever les bras en l'air pendant un quart d'heure, puis les ramenèrent à Lautenne. Ils y assistèrent 
vers 5 heures au passage d'importantes troupes qui gagnaient Surice, puis ils poursuivirent leur route vers 
Rosée, Morville et Anthée, espérant toujours dépasser le flot de l'invasion. 

Faits prisonniers à leur arrivée à Anthée, et parqués dans le verger de Joseph Burton, ils assistèrent à de 
multiples scènes de sauvagerie et à la destruction du village. A 17 heures, les hommes, séparés des femmes, 
furent sur le point d'être fusillés, mais ils eurent finalement la vie fauve et furent congédiés. Aussitôt qu'ils 
eurent rejoint le groupe des dames, ils furent repris. Sous la conduite d'un jeune et brutal officier du 100 , ils 
reprirent la route de Rosée et longèrent Morville en feu. Quand ils eurent monté la côte, Gustave Cléda, 
maréchal-ferrant à Anthée, s'évanouit devant eux : alors le groupe fut licencié à l'exception des trois ecclé- 
siastiques. Ceux-ci, traqués à coups de cravache et de crosse, furent rangés près la grille de la propriété de 
M. le comte van den Stegen, à Rosée- Ils virent saccager et piller le château de fond en comble; puis, en 
compagnie de deux gardes, ils précédèrent la troupe pour la visite du parc. « Tous seraient fusillés, s'il y 
avait un seul Français dans le bois. " Ils traversèrent encore des angoisses mortelles, puis l'officier qui les 
avait pris les congédia à 20 heures. Un verre d'eau avait été leur seul aliment- 
Deux cents mètres plus loin, ils se heurtèrent à des soldats excessivement brutaux. L'un d'eux, sautant de 
son véhicule, saisit le curé de Morville à la gorge, le menaçant d'un énorme coutelas, et s'en prit de même au 
curé de Gérin Ils eussent été égorgés sans l'intervention d'un officier qui se montra bon pour eux et les 
ramena à la grille du château de Rosée. Ils passèrent la nuit chez un garde et le 26 août, à 2 h. 3o du matin, 
trompant la surveillance de leurs gardiens, ils s'enfoncèrent dans la forêt, vers Soulme, Agimont et Hermeton- 
sur-Meuse. Exposés à tout moment à se heurter à l'ennemi, ils déchirèrent les vêtements ecclésiastiques qu'ils 
portaient, de façon à paraître habillés en civils et vécurent, jusqu'au vendredi à midi, de feuilles et de racines- 
Exténués de fatigue, démoralisés et trempés jusqu'aux os, à la suite d'un orage et de deux nuits pluvieuses, ils 
arrivèrent le 28 août, après de multiples incidents, à une maison de garde sise à Crupet-Hastière, où 
Jules Léonard et Jules Tumson les abritèrent charitablement, dans le plus grand secret, pendant dix et quinze 
jours. Encore ces ecclésiastiques ne purent-ils rentrer aussitôt cIjiis leurs paroisses, car ils apprirent qu'à 
Morville les Allemands avaient fait, huit jours durant, des battues dans les bois à la recherche du curé. 

Revenons au groupe des civils. Quand ils eurent été séparés des prêtres, Henri Laloux, Honoré et Ernest 
Marotte, le percepteur des postes d'Anthée et son fils, M. Cléda et son fils se détachèrent de leurs compagnons 
et abordèrent des officiers, leur demandant un passeport pour regagner Gérin. Ils furent arrêtés et ramenés à 
Rosée, puis à Gérin, où ils passèrent la nuit dans l'écurie d'un café, en face de la ferme Laloux- Le lendemain, 
des troupes de cavalerie les ramenèrent à Surice, les faisant courir sur la voie du tramway vicinal au galop de 
leurs chevaux, puis les amenèrent « aux Fosses » , devant le tas des cadavres de civils dont nous allons raconter 
le massacre. Tirant solennellement son sabre, un officier leur dit : " Voilà les francs-tireurs de Surice! Vous 
allez subir le même sort! " Après un simulacre de jugement chez Canton, et une mise en scène d'exécution, ils 
furent remis en liberté. 

(3) C'étaient probablement les membres de la famille Genart, d'Ermeton-sur-Biert. 



202 

grâce, pitié ! » puis un coup de feu éclatait et les cris cessaient. A cinq mètres de 
nous, l'usine Burniaux brûlait. Nous entendions pousser des hourrahs chaque fois 
qu'une nouvelle maison flambait ; puis c'étaient des coups de sifflet, des galops 
de chevaux, des hurlements de bestiaux restés dans les étables en feu : tout cela 
était terrifiant. 

» Quand le jour commença à poindre, nous sortîmes du jardin. Notre maison 
commençait seulement à brûler et nous pûmes sauver le bétail ainsi que les chevaux 
de mon frère de Gérin. Nous attelâmes deux chariots, et toute la famille y prit place. 
A ce moment, l'artillerie descendait ie village et les soldats nous firent signe de les 
laisser passer. Ayant pris la direction de Lautenne, nous rencontrâmes bientôt des 
uhlans, qui nous firent lever les bras, jusqu'à ce que nous ayons rejoint l'armée qui 
suivait. A Lautenne, l'officier supérieur qui marchait en tête des troupes, après 
nous avoir questionnés, dit : « S'il y a un seul soldat français dans votre village, 
vous serez tous fusillés sans pitié ! » Ils tirèrent quelques coups de canon dans la 
direction de Surice, Omezée et Franchimont, et comme les Français ne répondaient 
pas, ils nous laissèrent partir. » 

Revenons à Surice. Dans la seconde partie de la nuit, le village parut désert, 
mais vers 6 heures du matin, des troupes réapparurent. Sans doute s'étaient-elles 
cachées jusque-là dans des jardins. Les soldats, de vrais tigres, se mirent à 
grouper les hommes, dont ils avaient décidé l'exécution en masse. 

Les premiers qui tombèrent entre leurs mains étaient des gens de Miavoye qui 
avaient passé la nuit dans une dépendance des dames Diericx et s'étaient enfuis sur 
le matin, quand le feu vint les menacer. Menés une première fois « aux Fosses » 
(plan a), à l'endroit où eut lieu plus tard la grande fusillade, ils réussirent, à force 
de supplications, à être libérés ; mais revenus au village, ils furent aussitôt repris. 
André LîBERT (fig. j&), 46 ans, eut les mains liées derrière le dos ; Olivier 
PARMENTIER (fig. 77), 42 ans, et Jean-Baptiste LIBERT (fig. 80), 40 ans, furent 
liés ensemble par le poignet. Une jeune fille de 16 ans eut aussi les mains liées. 
Une autre demoiselle fut fouillée à deux reprises, parce que, disaient les soldats, 
une jeune fille de 16 ans avait tiré sur eux. Ils furent menés sur la place de l'église 
(plan 1), où on les fit arrêter. 

Vers ce moment arrivait devant l'église le groupe pris au presbytère (plan, 2) 
il comprenait M. l'abbé Marcellin POSKIN (fig. 92), 55 ans, curé de Surice, sa 
mère âgée de 80 ans, sa sœur, son beau-frère, M.. Edmond SCHAIT (fig. 93), 
37 ans, inspecteur de l'enseignement à Gerpinnes, son épouse et leurs quatre 
enfants. Avec eux se trouvait Edmond GUILMIN, 24 ans, de Vitrival, qui fut sur 
le point d'échapper, avec la famille d'Arthur Burniaux (plan, 21), chez laquelle il 
avait passé la nuit; pendant que M. Burniaux regagnait son chariot qu'il avait 
préparé au milieu du village, M. Guilmin échangea quelques paroles, sur les 
horreurs de la nuit écoulée, avec M. l'inspecteur Schmit, et fut capturé avec lui et 
le personnel du presbytère, quelques moments après. 

On amena ensuite tous ceux qui avaient été pris au château fplan, 6), à savoir 
M. l'abbé Oscar PIRET (fig. 91). 40 ans, curé d'Anthée; M. l'abbé Gustave 
GASPARD (fig. 81), 34 ans, surveillant au collège de Dinant, dont nous avons déjà 



203 

parlé ; M. l'abbé Alphonse AMBR01SE (fig. 83), 55 ans, curé d'Onhaye, son oncle 
Gustave COPIENNE (fig. 84), 67 ans, d'Evrehailles, son frère Félix AMBROISE 
(fig. 83), 54 ans, professeur à l'école d'horticulture de Vilvorde, Adelin FREROTTE 
(fig. 85), 59 ans et son neveu Adolphe POCHET, 28 ans, tous deux d'Onhaye, et 
d'autres membres de leur famille; M. Félix JACQUES (fig. 87), 5j ans, docteur en 
médecine, à Anthée, sa femme et son fils Henri JACQUES (fig. 89), âgé de 16 ans; 
Olivier DELCOUR (fig. 88), 62 ans, d'Anthée, et ses deux fils, Arthur DELCOUR 
(fig. 90), 3o ans, et Léon DELCOUR (fig. 94), 19 ans ; Alphonse NASSAUT(fig. 86). 
63 ans, d'Anthée, son fils Fernand NASSAUT, 19 ans. 

Voici comment M me Jacques raconte leur arrestation. 

« Le 25 août au matin, mon mari remarqua que des officiers, revolver au 
poing, fouillaient les bosquets du jardin, pour y découvrir ceux qui auraient pu 
s'y cacher. 

» Tout à coup, vers 6 heures, des soldats crièrent : « Ouvrez! »; mais avant 
qu'on ait pu ouvrir, les portes avaient volé en éclats. Une frayeur profonde 
s'empara de nous tous. Chacun recommanda son âme à Dieu. M. le curé d'Anthée 
donna l'absolution à ceux qui étaient avec lui. M. l'abbé Gaspard la donna à ceux 
qui étaient dans le vestibule, puis il se mit lui-même à genoux devant Al. le curé 
d'Anthée. Les soldats entrèrent en hurlant comme des sauvages, nous mettant le 
revolver sur la poitrine. Tous instinctivement levèrent les bras. Les dames Diericx, 
pour bien montrer qu'on était animé de dispositions bienveillantes, leur offrirent 
des rafraîchissements et des vivres : rien ne les calma; un soldat prit des œufs et se 
mit à jouer avec eux sur la pelouse. Brutalement ils nous obligèrent tous à sortir, 
sans excepter la dame Nassaut, très âgée, des petits enfants, dont un bébé d'Onhaye. 
Quand parurent les trois prêtres, les soldats grincèrent des dents, leur montrèrent 
le poing et leur appuyèrent la baïonnette à l'endroit du coeur. Une dame Diericx 
voulut prendre une petite valise; un soldat la frappa sur le bras pour l'en 
empêcher; sa sœur fut bousculée et eut sa robe lardée de coups de baïonnette. 
Nous stationnâmes devant le perron, pendant que les soudards faisaient le tour de 
la maison et brisaient les fenêtres à coups de crosse, 

» Puis un officier cria : « Quatre par quatre! » ; après nous avoir mis en rang, 
il cria : « En route, dépêcher! » 

» On s'avançait sans penser à rien, et nous disions notre chapelet. Les prêtres, 
qui nous avaient soutenus pendant toute la nuit, continuaient à nous réconforter, à 
nous inspirer confiance. M. Olivier Delcour (fig. 88), père, ne marchait que 
péniblement, appuyé sur son bâton : on le lui enleva. Ma fillette de quatre ans, qui 
me donnait la main, ne marchait pas assez vite : elle était poussée en avant à coups 
de pied. » 

Au moment où cet important groupe allait à la mort, il fut rejoint sur la 
place de l'église par tous ceux qui avaient été pris chez Durdu (plan, 22) et qui 
étaient amenés par « les ruelles » et la rue du presbytère. L'un d'eux, Léonard 
SOUMOY, 69 ans, en passant à côté de M" e A. Diericx de Tenham, lui glissa à 
mi-voix : « Cette fois-ci, nous y sommes ». Avec lui se trouvaient son épouse 
Célestine Mathieu, leur gendre Auguste DURDU (fig. 79), 5o ans, premier échevin 
de la commune, et l'épouse de ce dernier, Marie Soumoy, avec leurs quatre petits 



204 

enfants âgés de 4 à 9 ans ; un voisin Camille SOUMOY, 32 ans, sa femme, son 
enfant âgé de 8 ans et sa belle-mère, Gustavine Marotte; enfin quatre hommes de 
Gérin : Alexandre QUOILIN, 78 ans, son fils Jean-Baptiste QUOILIN (fig. 95), 
54 ans, son petit-fils, Jean QUOILIN (fig. 96), 18 ans, son gendre Louis DELCOUR 
(fig. 97), époux de Stéphanie Quoilin, 54 ans, et Ursmer DERAVET (fig. 98), 16 ans, 
et quatre dames de Gérin. Ces gens, pendant l'incendie de la maison Durdu, 
s'étaient réfugiés dans le jardin, puis étaient rentrés dans une cave située sous la 
grange et donnant accès au jardin, où ils furent surpris. 

Un horrible massacre ensanglantait à l'heure même la maison du facteur des 
postes (plan, 23) Léopold BURNIAUX (fig. 110), 53 ans. « Quand nous arrivâmes 
devant cette maison, raconte M" e Aline Diericx, nous entendîmes des cris déchirants. 
La femme du facteur, Eléonore Hubert, demandait grâce. Son mari, son fils aîné, 
l'abbé Armand BURNIAUX (fig. 112), 25 ans, professeur au collège Saint-Louis à 
Namur, et son fils cadet, Albert BURNIAUX (fig. 117), âgé de 14 ans — qui 
reposait sur son matelas, parce qu'il s'était cassé la jambe la veille — venaient 
d'être fusillés à bout portant dans la cuisine-cave où ils avaient passé déjà une nuit 
horrible, tandis que les soldats allaient et venaient au-dessus d'eux, au rez-de- 
chaussée et à l'étage. M. Burniaux père avait reçu un coup de feu dans ie côté, 
l'abbé dans le genou, Albert dans la jambe qui n'était pas brisée. La pauvre mère et 
son dernier fils, Gaston BURNIAUX (fig. 11 5), 21 ans, furent séparés de force des 
trois blessés, et grossirent le triste cortège de ceux qui étaient emmenés vers le 
lieu d'exécution, où Gaston devait périr à son tour. Ce n'est que jeudi, 27 août, 
que T\ me Burniaux put rentrer chez elle : le cadavre de son mari gisait près de la 
porte de la cuisine, ceux de ses deux fils un peu plus loin. Outre le premier coup 
de feu, chacun en avait reçu un second dans la gorge, en sorte qu'ils avaient été 
achevés. Les Allemands avaient, de plus, enlevé le calice de l'abbé et une somme 
importante qui avait été placée dans un écrin, avec le calice, sous le matelas du 
petit blessé. » 

Quittant la place de l'église. — seules celle-ci, ainsi que les écoles et la 
maison communale étaient encore debout — tout ce cortège d'hommes, de vieillards, 
de femmes et d'enfants avait donc été dirigé vers Romedenne. 

Entre Surice et Romedenne, au lieu dit : « aux Fosses » (plan, a et fig. 106), 
on s'arrêta. Il était 7 h. 1 5. Dans les fossés qui longent la route, il y avait des cadavres 
de Français et de chevaux. Le groupe, encadré de sentinelles, fut placé dans une 
pâture appartenant à Paul Burniaux; à côté, des soldats avec des mitrailleuses 
montraient le poing, menaçaient du revolver. 

Vers ce moment, d'autres civils furent joints à toutes les victimes que nous 
avons déjà citées. Elie PIEROT (fig. 11 3), 54 ans, avait été aperçu à la lisière 
d'un bois où, accompagné de sa femme Alphonsine Pétrizot et de son fils, il avait 
transporté sur un fauteuil sa belle-mère impotente, Ursémie Béroudiaux. veuve 
Pétrizot; ceux qui l'arrêtèrent avaient tiré sur eux, mais sans les atteindre. 

Alexis THIRY fils (fig. 114), 3i ans, se trouvait sur la place avec le groupe 
d'Arthur Burniaux ; il était revenu au village pour emmener la veuve Pétrizot, qui 
habitait chez son gendre, Elie Piérot, près du facteur des postes, M. Burniaux. 






205 

Elisée PIERARD (fig. 1 1 6), 71 ans, n'avait pas fui avec ses enfants et fut pris 
dans "les ruelles », au moment où il revenait de la campagne pour soigner 
le bétail. 

On amena aussi trois hommes de Surice qui avaient été pris dans la cave de la 
maison (plan, 25) située près des écoles, au delà d'une drève d'arbres, à savoir : 
Jean-Baptiste GÉRARD, dit BALBEUR, 54 ans, Henri BILLY, 48 ans, et son fils 
Erasme BILLY, âgé de t8 ans; enfin Adrien MARON, un vieillard âgé de 85 ans, 
avait été découvert dans sa demeure (plan, 26) sur la place, et joint au groupe venant 
du château et de la cure. 

« On ne formait jusque là, raconte M me Jacques, qu'un groupe compact. Tout à 
coup on sépara les hommes des femmes et des enfants (\ s . Eut-on alors un pressen- 
timent : on fondit en larmes, on s'embrassa, on se dit au revoir. Mon fils Henri 
me dit : « Maman, nous nous reverrons au ciel ! » M. le curé d'Anthée nous 
recommanda encore d'être courageux et nous donna la bénédiction. Comme l'une 
de mes jeunes filles lui offrait un biscuit, — on n'avait plus rien mangé depuis la 
veille à 16 heures — il répondit : « Non, tantôt je pourrai peut-être dire la messe ! » 
Il espérait donc encore avoir la vie sauve. 

» Les hommes furent conduits à environ 5o mètres, près des soldats qui 
tiraient les mitrailleuses. Ils y furent prestement mis par rangs de quatre, aux 
bords du chemin creux qui va de la maison Canton (plan, 9) au groupe de maisons 
appelé « Pauquis » (plan, VII), En avant les quatre prêtres, mon mari et mon 
fils. Maurice Schmit, âgé de 14 ans, allait être mis avec eux, quand un soldat le 
repoussa parmi les femmes. 

» Un officier s'approcha de nous et dit : « Aux femmes et aux enfants, on ne 
fera rien; mais les hommes vont être fusillés, parce qu'une jeune fille de 16 ans a 
tiré sur un de nos chefs ». 

» Ce qui se passa alors n'est pas à décrire. Femmes et enfants se mirent à 
crier, à implorer grâce et pitié; elles se jetèrent à genoux, elles demandèrent à 
être fusillées. Un soldat allemand pleurait avec elles. L'officier, impassible, avait 
tourné les talons et préparait activement la fusillade. 

» Pendant ce temps, un nouveau groupe arrivait à travers champs, par le 
sentier venant du «Pauquis». Il comprenait Armand VAN DURME (fig. ni)» 
43 ans, de Dinant, sa nièce Marguerite Diericx, la mère de celle-ci, M me Ernest 
Diericx et Julia Hubert. Ces gens avaient été surpris dans une grotte (plan, o) 
derrière le parc de M me Laurent-Mineur. M. Ernest Diericx, avait pu, comme nous 
l'avons dit, se cacher dans une oseraie, puis gagner les bois. Quand les soldats les 
découvrirent, ils tirèrent dans la grotte, blessant au pied Marguerite Diericx et au 
bras Julia Hubert — qui venait déjà d'être atteinte par une balle à la cuisse au 
tournant d'une rue, au moment même de l'arrestation de M. le curé, chez lequel 
elle avait passé la nuit. Un domestique, Gustave Bernet, de Villers-le-Gambon, 
qui s'y trouvait aussi, ne fut pas vu et eut ainsi la vie sauve. Tous les autres furent 

(1) Avant que s'opérât cette réparation, M ,tie veuve Durdu entendit M. l'abbé Poskin, curé de Surice, 
dire à des officiers : « Je jure qu'il n'y avait plus une seule arme dans la commune. Epargnez mes paroissiens ! 
Prenei-moi à leur place ! " Un Allemand blessé — il avait la tête bandée — vint le menacer de son revolver. 
M lle Thérèse Poskin pria son frère de ne plus insister, voyant que c'était inutile. 



206 

dirigés vers « les Fosses » (i). Quand M l,e Diericx parvint sur le champ du massacre» 
un médecin allemand examina le pied blessé : « Balle française, mademoiselle ! » 
dit-il. « Non, monsieur, balle allemande ! » répondit-elle avec fermeté. 

» Cependant une troupe de soldats armés se disposait devant les hommes. 
Ceux-ci étaient trop loin pour pouvoir nous adresser une seule parole. Mon fils 
s'appuyait sur l'un des prêtres, comme pour trouver refuge auprès de lui et on 
l'entendit dire : « Je suis trop jeune, je n'ai pas le courage de mourir ! » Alors 
nous les vîmes agiter les mains ou le chapeau, en un suprême adieu, pendant 
qu'éclataient les coups de feu et que ces pauvres et innocentes victimes s'affaissaient 
les unes sur les autres. 

» Des officiers s'en approchèrent ensuite et donnèrent des coups de revolver 
dans la tête à ceux qui vivaient encore. » 

A ce moment, on amena un dernier civil, Victor CAVILLOT, 57 ans; il était 
sur le point de fuir avec son beau-frère. Jules Canton, quand il songea à rentrer 
un moment chez lui; il y fut découvert, amené auprès des victimes et tué isolément. 

Un nommé Emile Prangey, de Sart-en-Fagne, qui devait être aussi fusillé, dut 
son salut à ce qu'il fut reconnu par un officier allemand qui l'avait rencontré avant 
la guerre aux usines d'Aubrives. 

Heureusement un bon nombre d'hommes parvinrent à se cacher, tel Louis 
Bastin, qui se blottit sans bouger dans un jardin jusqu'au mercredi, témoin ignoré 
de toutes les horreurs qui se commirent dans son voisinage. Joseph Martin, son fils 
Emile et sa soeur Lucie s'enfoncèrent dans le ruisseau, au fond de leur jardin. 
L'instituteur, M. Delobbe, sa femme et ses trois filles, se cachèrent au « Fond 
des Vaux ». 

Pendant que coulait ainsi à flots le sang innocent, tout ce qui restait de Surice 
brûlait. On apercevait maintenant les flammes de l'église (fig. loi et 102), du 
château, des écoles, de la maison communale et des maisons qui avaient échappé la 
veille. Des i38 maisons que comptait le village, huit furent préservées : celles des 
religieuses françaises, de Ghislain Colinet, d'Alphonse Burniaux et de son voisin 
Gillain Burniaux, de Xavier Soumoy, le bureau des postes et deux maisons situées 
aux extrémités du village, l'une près du cimetière, qu'habitait ci-devant Victor 
Jacquemot, l'autre près du lieu du massacre, occupée par Jules Canton. Encore le 
feu fut-il mis chez Ghislain Colinet, chez Xavier Soumoy, à la poste et à la maison 
des religieuses. 

Revenons à la scène du massacre et écoutons la fin du récit de M me Jacques. 
« Ce n'était pas encore assez de cruauté. « Partons, allons-nous en d'ici ! » ne cessait 
de redire M me Léopold Burniaux, qui venait de perdre son troisième fils. On vint 

(1) A l'exception de Julia Hubert, à laquelle ils firent faire trois fois le tour de la place, avant de 
s 'éloigner. Laissée seule en face du couvent des Pères de la Sainte-Famille, elle voulut traverser une maison 
qui achevait de se consumer, tomba dans les décombres incandescents et se brûla gravement les bras. Elle resta 
quatre jours cachée soit dans les jardins, soit dans une écurie de porcs, où elle s'abritait contre la pluie, san« 
prendre pendant ce temps aucune nourriture. Un Allemand étant passé à côté d'elle, alors qu'elle gisait, couverte 
de sang, sur le sol, la crut morte et passa outre. 



10J 

demander que six femmes allassent chercher des bêches, afin de creuser un trou et 
d'y jeter les victimes C'en était trop. Personne n'accepta. Nous demandâmes à 
prendre sur les morts les souvenirs et les valeurs qu'ils portaient : cela nous fut 
refusé. Les soldats se chargèrent eux-mêmes de dépouiller la plupart des cadavres. 

» Les troupes continuaient à défiler sur le chemin. Nous cherchions à passer, 
pour nous éloigner de l'horrible et douloureux tableau qui s'offrait à nous : les 
soldats nous rebutaient, en nous menaçant du sabre. Il fallut attendre l'heure de 
midi ; alors seulement nous pûmes nous disperser Tune d'un côté, l'une de l'autre. 
Un groupe important passa la journée, la nuit suivante et le lendemain au bord d'un 
ruisseau, dans le bois qui se trouve entre Morville et Omezée. » 

Les religieuses, qui étaient restées pendant la nuit cachées dans leur propriété 
et étaient rentrées de grand matin dans leur couvent, en furent expulsées mardi 
matin à 6 heures. D'abord alignées au mur de la cour, elles furent ensuite poussées 
vers l'ambulance de la place et plus tard sur le chemin de Florennes. Une religieuse 
impotente resta au couvent, avec une consœur infirmière, qui fut prise à la gorge et 
menacée du revolver. 

Entre les faits isolés de sauvagerie dont nous pourrions remplir de multiples 
pages, nous relèverons le suivant. 

Maurice Galant, de Maurenne, son épouse Marie Libert, leurs trois enfants et 
un vieillard de 80 ans, de Miavoye, Joseph Libert, après avoir passé le lundi dans 
les bois, gagnèrent Surice, où ils se réfugièrent dans une dépendance du château 
de M me de Gaiffier. Le 25, à 6 heures, les Allemands tirèrent un coup de feu, par le 
soupirail, dans la cave où ils étaient et mirent le feu à la maison. Obligés de sortir, 
ils furent emmenés vers Romedenne, à l'endroit où eut lieu, peu après, le massacre 
général des hommes. Avec eux se trouvait Cyrille COLOT, d'Onhaye, 42 ans. 
Comme il était retourné sur ses pas pour prendre des papiers qu'il avait oubliés, ils 
le virent à genoux, les mains jointes, suppliant ses bourreaux d'avoir pitié de ses 
quatre petits enfants, qu'il avait à côté de lui. Ils répondirent : « Pas de pitié ! 
C'est la Belgique qui nous a déclaré la guerre ! » Il fut tué sur le champ, tout près 
de la propriété Diericx. 

Maurice Galant, son épouse et leurs enfants, arrivés «aux Fosses», parvinrent 
à obtenir leur liberté et s'engagèrent dans une ruelle qui conduit au village par les 
jardins. Ils y furent aperçus par des soldats qui tirèrent sur eux : Marie Libert fut 
atteinte de plusieurs balles et s'affaissa dans le fossé. Un projectile, entré par la 
clavicule droite, était sorti par l'omoplate, un autre avait traversé le bras droit 
au-dessus du coude, un troisième le poignet gauche ; de plus, un soldat bondissant 
sur elle, lui fendit d'un coup de baïonnette le sein droit. Son père et son mari 
voulurent la relever, mats on les obligea brutalement à s'éloigner. Deux fillettes 
âgées de cinq ans ne voulurent point quitter leur mère et purent rester auprès 
d'elle. Dans l'après-midi, deux civils de Surice chargèrent la blessée sur une 
brouette et la conduisirent sur la prairie du massacre, où étaient groupés des blessés. 
C'est alors qu'un soldat, passant à côté d'elle, lui offrit de l'achever et de tuer ses 
deux enfants. La mère demanda pitié, cet homme sauvage n'insista pas et s'éloigna. 
Un p«u plus tard, elle fut transportée à la Croix-Rouge établie chez Canton et 



208 

fut étendue sur une botte de paille. Le lendemain, M. le curé de Serville vint à passer 
et lui conféra les derniers sacrements. Le 27, comme on annonçait que le fort de 
Charlemont pouvait bombarder Surice, elle fut évacuée sur Waulsort, où elle se 
rétablit de ses blessures. 

Quant à Maurice Galant et son beau-père Joseph LIBERT (fig. 124), 80 ans, 
ils avaient pu s'esquiver et fuir vers Lautenne. Des soldats tirèrent sur eux, 
tuèrent le vieillard et emmenèrent son gendre à la ferme de Rosée. 

D'autres victimes encore tombèrent isolément dans cette affreuse journée 
du 28 août. 

Adèle COGNIAUX, 70 ans, dame impotente, ne put fuir comme on le lui 
proposait et fut brûlée vive dans sa maison (plan, 27); on n'a retrouvé d'elle que 
quelques ossements. 

Le 25 août à i3 heures, Joseph BURNIAUX (fig. 125), 41 ans, revenait de 
Roly, où il avait fui; il conduisait sur un chariot sa femme, Hélène Deroyer, 
Céline Grégoire épouse Sagin et Rosalie PÎÉRARD (fig. 128), 70 ans; celle-ci 
portait sur ses genoux son petit-fils âgé de 2 ans. Comme ils arrivaient en vue de 
Surice, les soldats tirèrent sur eux. Joseph Burniaux et Rosalie Piérard furent tués, 
Hélène Deroyer reçut une balle dans la jambe droite et resta sur place, abandonnée, 
jusqu'au soir; sa compagne, affolée, avait fui avec l'enfant. 

Tous les gens qui eurent à circuler ce jour-là aux abords du village peuvent 
témoigner qu'on ne cessait de tirer sur les civils, à la mitrailleuse et au fusil. 

Jules Bastin, organiste de l'église de Surice (fig. 119), 3o. ans, sa femme 
(fig. t2t), 3t ans et leur enfant, i5 mois, ont été tués à Romedenne le 25 août, 
aux environs de la station. (Voir Romedenne.) 

René BAIJOT, 38 ans, négociant, son épouse Marie-Céline JACQUEMIN, 
38 ans, leurs enfants NOEMIE, t2 ans, et CHARLES, 1 an, étaient restés chez 
eux le 24 août, mais avaient disparu depuis. Leurs corps furent retrouvés le 
7 juillet 1915, dans la citerne de leur maison incendiée (plan, 28), par des 
plafonneurs qui avaient besoin d'eau. La pierre qui fermait l'orifice avait été 
placée incomplètement pour permettre à l'air d'y pénétrer, mais elle était recouverte 
d'une légère couche de déblais. 

Le 26 août ne ramena pas encore le calme à Surice. Clémence SAINT- 
GUILLAIN, veuve Xavier HOWET, 47 ans, d'Omezée, revenait ce jour-là de 
Roly, regagnant son village. Lorsqu'elle arriva au Piche (Lautenne), vers 10 heures, 
accompagnée de ses sept enfants et d'autres personnes de son village, des soldats 
tirèrent sur elle : elle fut tuée sur le coup. Ses enfants ne furent pas autorisés à 
reprendre l'argent qu'elle portait sur elle, ni à emporter son cadavre. 

Désiré-François Guislain, de Surice (fig. 129), a été fusillé à Soulme le 26 août, 
sur le chemin de Rosée, au moment où il sortait du bois. 

Emile VISCARDY, 70 ans, de Morville, a été tué à Surice dans des circon- 
stances qu'on ignore. Il a été vu au café Maron le 24 août au soir et ses enfants 
ont ensuite reconnu son cadavre aux chaussures et aux restes d'habits qu'il portait; 
il avait été jeté dans la fosse commune avec les victimes de la fusillade collective, 
bien qu'il ne fût pas du nombre de celles-ci. 









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iPhoto 1915) 
Fig. 100. — Vue générale de Surice, prise de la route de Romederme à Franchimont. 
(sur la droite, l'école; au centre, l'église; à gauche, la maison des Pères de la Sainte-Famille.) 




(Photo novembre 1914) 
Fis>. 101, — Surice. L'église en ruines. 

(A gauche, maison Baijot, où quatre personnes périren 
dans la citerne.) 




(Photo 1916) 
Fig. 102. — Surice. 
Inttrieut de l'église incendiée. 




(Photo (in 1914) 

Fig. io3. — Surice. 

Place située en haut du village. 
La chapelle, épargnée, de Notre-Dame de Lourdes. 






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(Photo 1915) 

Fig. 104. — Place de Surice. 

(La maison marquée d'une croix est cell dans laquelle se 
tinrent cachés, pendant la nuit du 24 au 25 août, 
le curé de Morville et ses compagnons.) 



20Ç 

Des témoins de la grande fusillade, Rose Nassaut, épouse Joseph Burton et sa 
grand'mère âgée de 83 ans, après avoir passé la nuit du 25 au 26 dans le bois, 
furent traquées à coups de feu le lendemain, dans la campagne de Morville, par 
des soldats qui passaient sur la route de Soulme. 

Les auteurs des massacres ne se préoccupèrent même pas d'inhumer leurs 
victimes. Ils avaient mis en terre, dès la première heure, les corps des Allemands 
tombés dans la bataille, mais ils négligeaient systématiquement les cadavres des 
Français et des civils. Le 26 août, ils arrêtèrent Léon Pierrard, Ernest Péters, 
Léon Goffinet et Paul Toussaint, qu'ils avaient surpris à leur rentrée au village. 
Ils attelèrent d'abord ces hommes a un chariot chargé d'épiceries pillées chez 
Alphonse Burniaux, puis ils leur firent enterrer des chevaux dans une terre 
voisine, enfin ils les amenèrent auprès du monceau des fusillés, avec un jeune 
homme de Bambois (Fosses). « Voilà les francs-tireurs! » leur dirent-ils. « Non, 
répondirent les hommes. Toutes les armes ont été remises et nous pouvons vous 
montrer où elles ont été brûlées; et notre curé, dans ses sermons, nous a exhortés 
à bien vous recevoir. » Sur l'ordre des soldats, ils creusèrent une vaste fosse et ils 
étaient occupés à ranger convenablement les premiers cadavres, lorsque ces brutes 
les obligèrent à les jeter les uns sur les autres, pêle-mêle, sans respect et sans soin. 
Cinquante fois, assurent ces malheureux, ils durent, sous la menace de coups ou 
d'une balle, se mettre à genoux, ou demander pardon, ou crier « Vive l'Alle- 
magne ! » Peu après ils virent ramener sur des autobus les blessés qui avaient été 
déposés chez Canton. 

Cependant les soldats ne négligeaient pas le butin qui avait échappé à l'incendie. 
Le pillage se poursuivit, sans honte ni retenue, pendant plusieurs jours. Ils 
emportaient tout, même des pots de confitures. M. Burniaux, fabricant de tabacs, 
vit charger sur des autos jusqu'à des bronzes qui avaient été préservés chez lui. 
Les soldats s'essayèrent à fracturer le coffre-fort de la poste, mais sans réussir. 
Le coffre-fort de M 006 Laurent fut dynamité et on y déroba des pièces d'argenterie 
tordues, avec des titres et valeurs. 

L'ordre d'évacuer fut donné à Surice, comme dans les villages voisins, le 
28 août, à cause du fort de Charlemont. En l'absence des quelques habitants qui 
étaient revenus jusque là dans le village détruit, les Allemands jetèrent des matières 
inflammables sur les cadavres d'hommes et de chevaux qui traînaient encore dans 
les rues et y mirent le feu ; mais ils n'avaient fait les choses qu'à moitié. Les civils 
durent, à leur retour, le i er septembre, s'en occuper de nouveau et inhumer aussi 
les cadavres des soldats français, qui gisaient encore dans les chemins. 

Bien plus, il devenait urgent d'assurer aux victimes du massacre une 
sépulture convenable et définitive. De la fosse, trop peu profonde et mal recouverte, 
dépassaient ici un pied, là un bras, dans un état de décomposition très avancée. Il 
s'en dégageait une odeur nauséabonde. C'est le 8 septembre qu'à l'intervention de 
M. le juge Allard, de Florennes, on ouvrit la fosse collective. Les cadavres, 
identifiés, furent alignés dans une nouvelle tombe, en deux rangs superposés, à 
l'exception des corps de M. l'abbé Poskin et de son beau-frère, qui furent transférés 
au cimetière, et de Gaston Burniaux, qui fut inhumé dans le jardin de ses parents, 

»4 



210 

à côté de son père et de ses deux frères. Le io septembre, la famille de M.. Piret, 
curé d'Anthée, insista pour obtenir le corps du défunt : on crut devoir accéder à 
sa demande. Pareille demande fut renouvelée le lendemain pour M. l'abbé Gaspard, 
mais les fossoyeurs n'acceptèrent plus à aucun prix. 

Le charnier fut cependant encore ouvert à des dates ultérieures, d'abord pour 
M. l'abbé Ambroise, curé d'Onhaye, puis le 8 décembre pour M. l'abbé Gaspard. 

N° 610. A Lautenne, les maisons de Félicien Defoy et de la veuve Donat Dehaibe furent 

incendiées mercredi 26 août à 6 heures du matin. De nombreux habitants de ce 
hameau eurent beaucoup à souffrir. Plusieurs furent emmenés à Rosée et 
entassés dans une grange de la ferme ; d'autres furent liés dans les campagnes 
voisines du village, à l'aide de grosses cordes et leurs bourreaux s'amusaient à 
les culbuter. 

Nous avons relaté à Franchimont (page 153 et ss.) le martyre d'Emile Demeuldre, 
de Lautenne ; son père échappa avec une balle dans la jambe. 

N°6ii. Le 14 août à 3 heures du matin, les avant-gardes françaises entrèrent à 

Komedenne. Un défilé de troupes se continua pendant la journée et un bon millier 
de soldats, de la région de Cambrai, cantonnèrent au village la nuit suivante, pour 
partir les uns vers minuit, les autres le lendemain. 

Le 23 août, dès le matin, on vit arriver beaucoup de civils fuyant devant 
l'ennemi, à la fois du pays de Falisolles-Mettet et de Hastière-Dinant. 

Le 24 août, ce fut le tour des soldats belges et français. Ceux-là seuls qui en 
ont été témoins peuvent se faire une idée exacte de ce que furent et cette panique 
et cet exode. Pris dans le mouvement général, les gens de Romedenne s'enfuirent 
eux aussi les uns après les autres. 

A 16 heures, on annonça que les Français avaient installé des batteries à 
Soulme, pour couvrir leur retraite. On croyait à un combat prochain. A 17 heures. 
M. le baron de Fontbaré passa à pied, avec son jardinier, se rendant à Couvin : les 
Allemands, dit-il, arrivaient à Rosée. Cependant des Français annonçaient que 
l'ennemi était encore à une journée de marche. A l'église (plan, 1), M. l'abbé 
Ph. Thibaut, aumônier militaire de Cambrai, faisait transporter des gerbes de 
paille pour la nuit. 

Les Français qui devaient loger au village étaient exténués, à la suite d'une 
marche forcée : beaucoup venaient d'une position située au nord de Malonne. Ils 
avaient faim et le service du ravitaillement était désorganisé. 

A 19 h. 3o, tandis qu'au presbytère (plan, 2), un capitaine, quatre lieutenants 
et un aumônier étaient à table, on entendit des coups de feu. Les officiers sortirent, 
donnèrent des ordres, puis se remirent à table. « C'était, dirent-ils, une regrettable 
méprise : les hommes avaient tiré sur leurs camarades, un capitaine était blessé. » 
Un moment après, retentit un coup de canon. « Les Allemands, leur dit le curé, ne 
vous suivent pourtant pas de si près! » Puis la servante vint dire que la pharmacie 
Debin (plan, to) était en feu. L'Etat-Major constata, en effet, qu'un obus venait 
d'embraser la toiture: on ne revit plus aucun de ces officiers et les derniers soldats 
restés au village s'ébranlèrent prestement vers le sud. Quelque temps après, les 



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maisons Goffin (plan, 11) et Xavier Burniaux (plan, 12) brûlaient aussi, allumées 
par des obus incendiaires. 

M. Baudine, curé de Romedenne, raconte ainsi l'évacuation du village, au 
début du combat, et son voyage à Matagne-la-Petite. 




Fig. 109. — Plan de Romedenne. 
(Les maisons en noir ont été incendiées.) 

Légende. — 1. Eglise de Romedenne; 2. Presbytère; 3. Ecoles; 4. Cimetière; 5. Gare; 6- Endroit 
proche de la gare où [ut tué Emile Collard ; 7. Endroit sur la route où fut tué Arthur Poncelet ; 8. Prairie 
où furent massacrés des membres des familles Penasse et Bastin ; 9. Ruisseau de Chinelle ; 10. Pharmacie 
Debin ; 11. Maison Goffin; 12- Maison Xavier Burniaux; i3. Maison Jules Bastin; 14. Maison veuve 
Leclercq ; i5. Maison Jallet ; 16. Endroit où fut tué Jules Bastin. 



« M. Demeuldre, voisin du presbytère, m'annonça que son chariot était attelé 
et je me décidai à partir avec lui. La nuit tombait. Comme je me rendais à l'église 
pour emporter le Saint-Sacrement, arrivé sur la place, j'entendis des Français, 
cachés derrière des murailles, crier : « Ne passez pas, il y a du danger! » Sortant 
de l'église, je suivis d'abord la route de Franchimont; mais elle était tellement 



212 



encombrée que les Français me firent faire volte-face. Je revins à l'église, où l'on 
venait de transporter des blessés, puis je partis vers Romerée. 

« La route qui mène à cette localité était encombrée de troupes françaises qui 
s'avançaient fiévreusement, au pas de course. Attelages et piétons étaient souvent 
obligés de se garer. Le chariot de M. Demeuldre seul était respecté, parce qu'on y 
avait installé le capitaine blessé. Près de l'école des garçons (plan, 7) on cria : 
« Couchez-vous ! » des balles sifflaient à nos oreilles. A partir de ce moment, tout 
danger cessa. 

« A Romerée, à 21 h. 3o, à Matagne-la-Petite, à 22 h. 3o, village et chemins 
regorgeaient de troupes et de fuyards. Je passai la nuit au presbytère de Matagne, 
avec les curés de Serville et de Soulme, j'y fus témoin le lendemain de l'arrivée des 
Allemands et je rentrai à Romedenne le 26, dans l'avant-midi. 

« Dans ce village vide et abandonné, quel désastre ! Au presbytère — comme 
d'ailleurs dans toutes les maisons — les vitres étaient brisées, les portes enfoncées, 
la vaisselle jetée par terre, les suspensions arrachées, les tableaux lacérés. Après 
un premier pillage, assez superficiel, celui des boissons et des vivres, il s'en était 
fait un second : des autos et des voitures avaient emporté denrées, literies, linges, 
meubles, tout ce qui pouvait convenir à l'armée ou à l'Allemagne. » 

Quelques familles seulement, plus confiantes que les autres, avaient attendu 
l'ennemi : combien elles eurent à le regretter ! 

Les Allemands entrèrent à Romedenne le 25 août vers 5 heures du matin. 
Désirée Marotte, qui était restée avec son père et sa sœur, pour soigner sa mère 
malade, en fut témoin. Ces gens avaient passé la nuit avec la famille Debin- 
Cogniat et Arthur Poncelet, jardinier à Hastière-Lavaux, dans la cave de la famille 
Debin. Le 25 août au lever du jour — il pouvait être 5 heures — en ouvrant la 
porte de la rue, ils virent M. et M" 1 '' Penasse et leurs enfants, de Surice — dont 
nous raconterons bientôt la fin tragique — se diriger vers une ruelle voisine, pour 
gagner le chemin de la gare (plan, 5); Auguste Poncelet, qui devait partager leur 
triste sort, les suivit. A peine s'étaient-ils éloignés que huit Prussiens débouchèrent 
du chemin de Surice, deux à deux, le fusil sous le bras et dirigé vers le sol, par 
groupes distants de quelques mètres, tirant des coups de feu. M. Marotte, voyant 
qu'un soldat allait détruire les volets de sa maison à coups de hache, s'avança pour 
lui en offrir la clef. Une autre troupe plus considérable s'avança alors vers eux, 
du chemin de Surice : ces soldats, revolver au poing, gesticulaient comme des 
sauvages; ils foncèrent dans les maisons, firent main basse sur tout ce qu'ils 
trouvèrent, et en chargèrent le chariot d'Emile Gilbert, qui était prêt à partir avec 
le groupe des civils dont nous avons parlé. L'épicerie Bastin, la maison Debin et 
plusieurs voisines furent pillées en un moment. Un soldat enleva même le panier 
de M" e Marotte, contenant des provisions de bouche, et elle ne réussit, à force de 
supplications, à y reprendre que les médicaments destinés à sa mère. Ce pillage 
était dirigé par l'officier Haas, de la 2 e compagnie du 104 e . 

Avant de se diriger vers « Moirmont », où ils vécurent jusqu'au 27 de 
mûres et de prunelles, ces gens furent encore témoins de l'incendie du village. 
«Tout-à-coup, a rapporté M Ue Marotte, il s'est formé deux pelotons d'une vingtaine 
d'hommes chacun, l'un placé sous l'acacia, l'autre à côté du tilleul, tous deux en 



2l3 

face de notre demeure. Aussitôt une fusillade éclata, partant des deux pelotons, 
dans la direction de l'église et des maisons voisines. Les ardoises volèrent dans tous 
les sens, telle une nuée de grêle s'abattant sur le village. Quelques instants après, 
mon père vit la fumée sortir du clocher, près de la croix, et un membre de la 
famille Debin me fit remarquer que notre maison brûlait » A to heures, l'église 
tout entière était en feu. 

Revenons à la famille Penasse. 

Xavier PENASSE, 44 ans, Marie SAUDMONT, son épouse, 40 ans, et leurs 
enfants Bertha, 17 ans, Léon (fig. 127), i3 ans, Jeanne (fig. 126), 7 ans, Marie- 
Louise (fig. 122), 7 ans, Emilia, i5 mois, avaient quitté Surice, leur village, le 
24 août à 18 heures, au moment où arrivaient les Allemands et avaient passé la nuit 
chez Jules BASTÎN (fig. 1 1 9), 3ç ans, négociant (plan, i3). Le 25 août à 5 heures 
du matin, Jules Bastin, son épouse née Rosalie-Marie GOBRON (fig. t2t), 3o ans, 
et un de leurs enfants, Robert-Louis, âgé de i5 mois, se mirent en route avec tous 
les membres de la famille Penasse. Sur le chemin de la gare, près de l'école des 
garçons, ils rencontrèrent des Allemands, qui les fouillèrent M. Bastin avait 
emporté, avec d'autres effets, un revolver, qui était dans sa gaine, muni d'une 
baguette de sûreté : sans qu'il lui fût possible de donner aucune explication, il fut 
poussé séance tenante contre la haie et fusillé à bout portant. Les balles lui avaient 
fait une large plaie sous le menton. 

Le restant du groupe fut conduit à la gare, près de la maison veuve Leclercq 
(plan, 14). Les Allemands se montrèrent d'abord bienveillants à leur égard, distri- 
buant aux enfants des bonbons, à M. Penasse, père, du tabac. Que se passa-t-il 
ensuite ? Les soldats apprirent-ils le massacre de Surice ? Leur parla-t-on de 
francs-tireurs ou de la prétendue jeune fille ayant tiré ? Brusquement leurs 
dispositions changèrent : ils décidèrent le massacre de tous les malheureux, sans 
distinction d'âge et de sexe, qu'ils retenaient. 

La première victime fut Arthur PONCELET (fig. 28 du T. IV), 28 ans, de 
Hastière-Lavaux, qui n'était déjà plus en leur compagnie, ayant été retenu et lié à 
un arbre de la route; il fut fusillé à l'endroit même (plan, 7). 

A ce moment, un autre civil, Hubert Grégoire, né à Soulme, mais résidant à 
Romedenne, — qui avait été arrêté le matin dans une écurie, où il s'occupait du 
bétail, puis conduit à Matagne-la-Petite et ramené aussitôt à Romedenne, — se 
trouvait devant l'estaminet de Léonard Burniaux. Quand il vit tuer son voisin 
Arthur Poncelet. il s'élança dans la pâture de M me Valère Leclercq ; une grêle de 
balles le poursuivit, sans l'atteindre. 

A la même minute, M me veuve Jules Bastin, avec son enfant de i5 mois, et les 
sept membres de la famille Penasse poussés à coups de crosse dans la prairie 
(plan, 8), étaient mis en ligne et un peloton d'exécution, posté devant, tirait sur eux. 
M me Bastin et son bébé, M. Penasse et trois de ses enfants, eurent à peine le temps 
d'exprimer leur émoi, ils s'affaissèrent ensemble, tués sur le coup. M me Penasse, 
quand elle comprit le sort qui l'attendait, saisie d'horreur, leva les bras vers le ciel 
et s'enfuit en criant, à l'instant même où allaient retentir les coups de feu. Elle fut 
suivie par l'une de ses enfants, Marie-Louise. Peut-être aperçurent-elles Hubert 
Grégoire, qui venait de se jeter dans le ruisseau de Chinelle, à 3oo mètres de la 



214 

route. Marie-Louise tomba elle aussi, ou se jeta dans le ruisseau. Hubert Grégoire 
put encore la saisir et la déposer sur la berge opposée, puis il l'entendit crier 
plusieurs fois : « Maman ! » jusqu'à ce qu'une balle vint achever la fillette. Quant à 
M m£ Penasse, elle ne courut pas loin : les exécuteurs eurent vite dirigé sur elle 
leurs armes et elle fut touchée à 75 mètres du groupe des fusillés. Hubert Grégoire, 
que toutes les balles avaient épargné, put se blottir sous des racines d'arbustes 
qui bordent le ruisseau, plongé dans l'eau jusqu'au cou; il y était si bien caché 
qu'il défia les recherches des exécuteurs. Le soir venu, il gagna le cimetière de 
Romedenne (plan, 4) où il passa la nuit et se dirigea le 26 vers Soulme. Repris 
bientôt près de chez Canton, à Surice, il fut attaché à une roue de canon pendant 
une heure, puis libéré. 

Les soldats, leur besogne accomplie, ne se soucièrent plus du groupe des 
fusillés. L'un de ceux-ci était Jeanne Penasse (fig. 126), qui avait été blessée 
au-dessus de la hanche. Laissée pour morte dans la prairie, elle fut relevée le 
26 août et conduite à l'ambulance de Romerée, où elle se rétablit. Grâce au récit de 
cette enfant et au témoignage d'Hubert Grégoire, la vérité a pu se faire sur cet 
affreux massacre. Ainsi fut déjouée la malice des bourreaux, qui pensaient avoir 
supprimé tout témoin de leur cruauté. 

Joseph Boidron, de Romedenne, a relevé la position des cadavres sur le terrain 
d'exécution. M me Bastin et son enfant, le père Penasse, sa fille aînée, sa cadette et 
son garçon gisaient sur la même ligne, à 25 mètres du chemin de Romerée, dans la 
pâture de M me veuve Leclercq, au coin du jardin de Désiré Triffoy ; M m,: Penasse 
était à peu de distance du groupe, plus au nord dans la direction de la rivière ; 
Marie-Louise gisait de l'autre côté de la berge. 

Emile COLLARD, 76 ans, fut pris chez lui le 25 au matin, malgré les cris 
et les supplications de son épouse, conduit à la gare (plan, 6) et tué à coups de 
baïonnette. On prétend que l'occasion de sa mort a été une photographie de son 
fils. Louis Collard, officier de l'armée belge et aide-de-camp du général Léman, 
photographie que les soldats avaient découverte sur une cheminée de la maison. 

Le même jour à g heures du matin, un blessé français fut achevé dans la 
maison d'Alfred Jallet, voisine de l'église, sous les yeux de treize personnes 
d'Hastière, dont Hubert Collignon et le docteur Maurice Guillemin, qui s'y étaient 
réfugiées. Ce soldat s'appelait Georges Lévêque, du 127 e , de Maubeuge; il avait 
passé la nuit à l'église. Bien qu'il eût reçu une balle à la cuisse et qu'il eût l'avant- 
bras fracturé, il avait réussi à se traîner chez Jallet à 4 heures du matin, pour 
demander à boire. Des troupes allemandes défilèrent d'abord devant la maison 
pendant plusieurs heures, sans entrer. A 8 h. 3o, il vint un officier, escorté de 
deux sous-officiers, qui voulurent emmener le blessé; mais celui-ci expliqua qu'il 
était incapable de se mouvoir, et il fut autorisé à rester. Un quart-d'heure après, 
la porte s'ouvrit tout à coup avec fracas. Des soldats entrèrent en poussant des cris 
sauvages dans l'appartement où le blessé était assis sur une chaise, et l'un d'eux le 
mit en joue, en criant : « Kapout, Françous! » Le malheureux n'eut même pas le 
temps de faire appel à la pitié de ses agresseurs : deux coups de feu lui avaient 
transpercé le crâne. La mort fut instantanée. Le cadavre resta sur la chaise, et y 
fut bientôt carbonisé. Car les sous-officiers avaient visité l'habitation et mis le feu 



VICTIMES DES MASSACRES DE SURICE 





Fig. t i i ■ 

Armand VAN DL1RME, 43 ans, 

de Dînant, tué a la grande fusillade. 



Fig. 1 1 o. 
Léopold BURNIAUX, 53 ans, 

massacré à Surice 
avec ses fils Armand et Albert. 




Fig. 112. 

L'abbi Armand BURNIAUX, 25 ans. 

massacré à Surice 

avec son père et son frère Albert. 




Fig. 1 1 3. 

Elie PIÉROT, 54 ans, 

de Surice, tué à la grande fusillade. 




Fig. 1 14- 

Alexis THIRY, 54 ans, 

de Surice, tué à la grande fusillade. 






Fig. 1 1 5 

Gaston BURNIAUX, 21 ans, 

de Surice, fils de Léopold Burniaux 

tué à la grande fusillade. 



Fig. 116 

Elisée P1ÉRARD, 71 ans, 

de Surice, tué à la grande fusillade. 



Fig. 1 1 y . 
Albert BURNIAUX, 143ns, 

massacré à Surice avec 
son père et son frère Armand. 



VICTIMES DES MASSACRES DE SURICE ET DE ROMEDENNE- 




Fig. 120. — Juliette GENARD 

26 ans, ép. d'Al- Rouyre. 

d'Ermeton~sur--Biert, tuée à Surice. 




Fig. 124- — Joseph LIBERT, 

82 ans. de Maureune, 

tué à Surice. 





Fig. 118 Alexandre ROUYRE, Fig. 119. — Jules BASTIN, 3c; ans, 

27 ans, d'Ermeton^-sur-Biert, organiste de l'église de Surice, 

tué à Surice. fusillé à Romedenne avec sa femme, 

et son enfant de quinze mois. 





Fig. 122- 

Marie-Louise PENASSE, 

7 ans, 

fusillée à Romedenne. 




Fig. 126- 

Jeanne PENASSE, 

7 ans, 

seule survivante de la famille. 




Fig. 123. 
Bertha PENASSE, 

17 ans, 
fusillée à Romedenne. 




Fig. 127. 

Léon PENASSE, 

1 3 ans, 

fusillé à Romedenne. 



Fig. 121. — Rosalie GOBRON, 

3o ans, épouse Jules Bastin. 

fusillée à Romedenne. 




Fig. 125. — Joseph BURNIAUX. 

41 ans, tué en vue de Surice, 

avec Rosalie Piérard. 




Fig- 128- — Rosalie PIÉRARD, 

70 ans, de Surice, 

tuée avec Joseph Burniaux. 



Fig. ,19. —Désiré GUISLAIN, 

72 ans, de Surice. 

lue près de Soulme. 



2l5 

à l'étage. Les treize civils sortirent alors de la maison qui brûlait et un commandant 
à cheval, qui passait, les accusa « d'y avoir mis le feu, pour faire périr des chevaux 
allemands qui étaient à l'écurie ». Le docteur Guillemin s'avança pour protester 
et exhiba sa carte de médecin de la Croix-Rouge, sur laquelle l'officier inscrivit 
« Kônnen hier bleiben. I/104 ». Peu de temps après, ils furent sur le point d'être 
fusillés. Au moment où les soldats se rangeaient déjà devant eux pour les abattre, 
il se produisit une alerte. On entendit quelques coups de feu, que les civils 
attribuent à une contre-attaque de soldats français. Par un passage situé entre 
deux maisons et donnant sur un jardin, ils purent, à la faveur du tumulte, gagner 
les campagnes et se coucher à plat ventre, pendant l'engagement, dans une épaisse 
haie; de là, guidés par M- Collignon, ils gagnèrent le moulin de Vodelée. 

Un certain nombre d'autres civils, surpris par l'ennemi, eurent beaucoup à 
souffrir, mais eurent la vie sauve (t). 

Les incendies se poursuivirent dans la journée du 26 août : sur 198 habitations 
que comptait le village, 119 maisons, dont l'église (fig. 107), l'école des garçons 
et la gendarmerie (fig. to8) furent brûlées. Le feu fut mis au presbytère par un 
amoncellement de paille sous une poutre, mais il s'éteignit. Les soldats firent 
sauter le tabernacle de l'autel majeur, qui heureusement était vide. La sacristie de 
l'église, qui avait échappé à l'incendie, fut pillée par les Allemands vers le 
i er septembre. 

Le 26 août, alors que les mauvaises heures semblaient passées, la situation 
empira de nouveau. Le commandant local, en proie à une violente colère, prévint 
M. le curé « qu'il allait être fusillé, parce que l'on avait trouvé à côté de sa maison 
le dépôt des armes destinées au civil » ; des soldats l'emmenèrent aussitôt et le 
placèrent dans un convoi militaire, derrière un fourgon. Il eut beau leur expliquer 
qu'il s'agissait d'armes soustraites aux civils et consignées précisément pour 
s'assurer qu'ils n'en feraient pas usage; que la liste des propriétaires était jointe au 
dépôt; que le groupement des armes, loin d'être suspect aux Allemands, devait 
être apprécié d'eux, puisqu'il était fait en leur faveur ; il ne reçut pour toute 
réponse que des injures, qu'accompagnait la menace : « Fusiliert, Fusiliert! » A 
ce moment M. le curé, souffrant depuis quelques jours et brisé par une série de 
veilles, sentit ses forces l'abandonner et perdit connaissance, ce qui ne lui valut 
pas, loin de là, la pitié de ses gardiens. Une seconde syncope, plus longue que la 
première, fit craindre pour sa vie. A t3 heures, Paul Sohet, Orner Agnaux et Henri 
Dive furent placés en tête d'une colonne. M. le curé fut hissé sur un véhicule, 
jusque Romerée, où il réussit à se soutenir. Paul Sohet fut libéré à Matagne-la- 
Petite et les autres arrivèrent au campement de Nismes à 19 heures, après avoir 
enduré un vrai supplice moral, tant ils reçurent pendant le trajet de propos grossiers 
et de menaces. Le village de Dourbes, qu'ils traversèrent, était en feu. A Nismes, 
ils comparurent devant un officier supérieur, qui entendit leur exposé et se montra 
bon; il leur remit un passeport (2) de libération. 

(1) Le récit en est consigné dans la publication Dionantemis, II Romedenne, p. 17 et ss. 

(2) En voici le texte . « Drei Einwohner (darunter der Pfarrer) aus Romedenne, sind, nach angestellten 
Verhôre, als unschuldig in ihre Heimat entlassen worden und dùrfen den Weg dahin ungehindert passieren. 
Dourbes, 26. VIII. 14 (s) FRIEDRICH, leutnant II 101. » 



2t6 

Vendredi 28 août, M. le curé procéda à l'inhumation des nombreux cadavres 
qui gisaient encore ci et là sans sépulture : 14 soldats français et les civils dont 
nous avons donné les noms. A ce moment se trouvait au village la 3 e batterie de 
feldartillerie reg. n° 48, 

Le 29, le village fut évacué et les habitants revenus campèrent deux nuits dans 
les bois voisins de Franchimont. 



§ 3. — 'Romerée. 

Les troupes du XIX e corps — nolammenl des 104 e , to6 e et 107 e (i) — 
entrèrent à Romerée le 25 août à 8 heures. Leur premier geste fut d'y 
tuer à 9 heures deux étrangers surpris aux environs de la gare. Elles ne 
purent poursuivre leur avance, car elles furent retenues pendant tout 
l'avant-midi par le feu du 27 e d'artillerie français (2). 

Le village de Matagne-la-Petite (rapport n° 6t3) se trouva pendant 
le combat entre deux feux et ne fut occupé qu'à i3 heures par le 104 e 
et le 106 e (3). 

Deux heures après le combat, les Allemands mettaient le feu au 
village de Romerée, où restaient quatre hommes, seuls témoins de 
l'incendie : douze maisons furent détruites. 

N° 612 A "Romerée — relate IA. l'abbé Leprince, curé — il passa d'abord des 

territoriaux français, se rendant vers Namur, dont le défilé dura deux jours ; puis 
une colonne de ravitaillement d'environ i5o hommes s'établit au village. 

Au soir du 23 août, apparurent les premiers véhicules des gens effrayés qui 
fuyaient devant l'ennemi. Pendant toute la journée du lendemain se poursuivit le 
défilé des réfugiés du pays de Dinant, Hastière, Onhaye, Fosses, Mettet, Charleroi, 
qui vinrent jeter la consternation dans la commune. Ces pauvres gens nous arrivaient 
exténués, les vêtements poussiéreux, mourant de faim et de soif, accablés par la 
chaleur. Les uns transportaient à dos leur maigre butin, ou sur une brouette; 
d'autres étaient attelés à de petites charrettes, des plus disparates, dans lesquelles 
reposaient les enfants, au milieu de paquets de linges et de vêtements. La retraite 
précipitée des troupes françaises et des troupes de Namur en débandade ne fit 
qu'augmenter la terreur. 

Tous mes efforts à maintenir mes paroissiens dans le calme et à les rassurer 

(1) Le parquet de Dinant a relevé chez M. Delobbe un bon délivré le 25 août par le 104 e kronprinz et 
par le 3 e bat. du 107 e ; un caleçon abandonné par l'ennemi porte aussi la marque de III/107. 

(2) Ce régiment (divisionnaire de la 2 e division d'infanterie) avait appuyé les arrière-gardes la veille, à 
Miavoye et Morville, et après avjir cantonné la nuit suivante à Doische, Gimnée et Niverlée, avait été chargé 
le 25 de protéger la retraite à Matagne-la-Grande et Vierves. 

(3) Le soldat Franz Dobratz, 9 e comp. du to6 e , a témoigné qu'il a participé le 25 août à 1' « Assaut du 
village de Matagne-la-Petite ». Direction du Coni- et de la Just. Mil-, à Paris, rapport 184, dossier io55. 



217 

devinrent stériles. On n'entendait parler que de fuite et d'atrocités. Et lorsque, au 
soir du 24, Surice, puis Romedenne flambèrent, ce fut le signal du sauve-qui-peut. 
Je dus me résigner à suivre mes paroissiens, malgré la résistance que j'avais 
opposée jusque-là aux instances d'un officier français. 

Lorsque, le 25 août, à 8 heures du matin, après quelques fusillades d'arrière- 
garde, les Allemands entrèrent dans le village, gorgés des vins du sénateur Focquet. 
qu'ils avaient pillés à Romedenne, et poussant des hurlements sauvages. Il restait 
à Romerée quatre hommes : Emile Nenquin, M. Lacourte, Jules Machurot et 
Albéric Sturbois. Ils furent enfermés dans l'église et la soldatesque put piller tout 
à son aise. Des habitants qui s'étaient abrités dans les bois voisins voulurent revenir 
dans la journée : les uns furent joints aux premiers otages dans l'église, les autres 
furent parqués au-dessus du village, dans un champ. Tous furent abreuvés d'insultes, 
collés au mur et mis en joue, menacés cent fois de la mort. A l'église, les soldats 
fracturèrent les troncs, comme des voleurs. 

Dans l'avant-midi du 25 août, un court combat d'artillerie avait été engagé 
entre les troupes françaises postées sur la hauteur de Bieur (entre Matagne-la- 
Petite et Matagne-la-Grande) et les troupes allemandes arrivées à Romerée. 
L'artillerie allemande donna peu ; quant à la pièce française de Bieur, elle fut 
détruite par des obus ennemis tirés du côté de Merlemont et de Villers-en-Fagne. 
Des mitrailleuses françaises couvraient de leur feu la vallée située entre Romerée 
et Matagne-la-Petite. Le combat se termina vers midi. 

Les pertes allemandes furent assez élevées. Henri Burniaux, de Surice, 
prisonnier à l'église de Romerée, fut requis de conduire en auto des officiers à 
Fagnolles, et aperçut le long de la route des cadavres et des blessés. A la soirée, 
un monceau de cadavres se trouvait sur la place de l'église, recouvert d'une bâche, 
et 6o blessés furent amenés à l'église pour la nuit. Le lendemain, à 6 heures, les uns 
et les autres avaient disparu. 

Deux étrangers que la troupe amenait avec elle, furent fusillés aux abords de 
la gare le 25 août, vers 9 heures du matin, et restèrent sans sépulture pendant de 
longues journées. Il fut impossible d'établir leur identité. L'un d'eux, de forte 
constitution, aux cheveux noirs et crépus, paraissait âgé de 40 ans ; l'autre, 
frêle et de petite taille, semblait avoir 18 ou 20 ans ; leurs poches avaient été 
retournées. 

Le 25 à 14 heures, quand Léon Delobbe rentrait au village, la maison du garde 
de M. Focquet et la gare brûlaient. Vers 16 heures, ce fut le tour des maisons 
Adolphe Buchet, Félicie Gérard, Adonis Gilles (deux immeubles), Sidonie Guilmin, 
Arthur Gillain, Virginie Gilles, Auguste Mouchet, Auguste Buchet, Alexandre 
Preillon (grange). Des foyers d'incendie furent aussi allumés chez M me Van den Halle, 
veuve Minet, Joseph Chaltin et Léon Delobbe. Pillage et incendie furent l'œuvre 
notamment du 104 e (dont le 3 e bataillon) et du 107 e . « Nous avons fusillé à Surice, 
dit un officier à Emile Nenquin ; si on tire, vous serez aussi fusillés ! » Romerée 
devait être incendié, lui dit-il encore, et il montra, sur une carte, le nom de la 
localité souligné d'un trait rouge. Des déclarations identiques furent faites à Vireux, 
à Auguste Nenquin, et à Matagne-la-Petite, à Jules Chayet. 



il8 

Les prisonniers restèrent enfermés dans l'église pendant deux jours et deux 
nuits. Ils furent ensuite dirigés sur Sart-en-Fagne, Merlemont et d'autres villages 
voisins, pendant le siège de Charlemont. 
N°6i3. Le 2.3, écrit M. l'abbé Sohet, curé de Matagne~la~Petiie, les troupes algé- 

riennes qui occupaient le village partirent de bon matin. A la sortie des Vêpres, il 
passa une voiture venant de Morville : les gens qui la montaient racontèrent des 
nouvelles terrifiantes, auxquelles on ajoutait difficilement créance. Le soir, en 
revenant de la chapelle de Saint-Hilaire, où la paroisse était allée en pèlerinage 
pour le succès de nos armes, je rencontrai des médecins et des infirmiers, qui 
accompagnaient deux chariots militaires. Ils venaient, disaient-ils, de Saint-Gérard, 
et l'armée était en déroute. 

Le 24 août, nous vîmes passer à la fois des soldats de l'armée de Namur, le 
ravitaillement français qui se trouvait à Romerée et un nombre incalculable de 
fuyards. A 22. heures, arrivèrent les curés de Serville, Romedenne et Soulme, 
tandis que l'horizon s'embrasait du vaste incendie de Romedenne. 

A minuit, le colonel qui logeait au presbytère fut prévenu que des uhlans 
avaient poussé une reconnaissance jusqu'à la boulangerie de Romerée et à la 
fabrique de dynamite de Matagne-la-Grande. La nouvelle causa un grand émoi. 
Une dépêche similaire fut apportée à 1 heure et le colonel accorda un repos de 
deux heures seulement à ses troupes exténuées. Leur départ eut lieu à 3 heures, 
c'étaient les dernières troupes françaises. 

Fallait-il fuir ou rester? On décida de rester. Je demandai qu'on me 
prévînt de l'arrivée des Allemands, au devant desquels je me rendrais pour 
parlementer. 

Les uhlans furent annoncés à 8 h. 3o. Escorté de M. Arthur Dambroise, je les 
trouvai à cent mètres du village, venant de Romerée. Ils me laissèrent approcher 
et je m'offris comme otage, certifiant que la population était calme et demandant 
qu'elle fût respectée. La conversation avait à peine duré trois minutes qu'une vive 
fusillade commença. Les uhlans s'enfuirent et nous revînmes au village. Pendant 
mon absence, quelques Français avaient reparu jusque près de l'église. L'artillerie 
française, installée sur une hauteur voisine, de laquelle on découvrait le vaste 
plateau que devait traverser l'ennemi, était entrée en action. Le colonel Sauson, de 
Paris, et deux officiers la dirigeaient du cimetière de Matagne-la-Grande. Les obus 
s'entrecroisaient au-dessus de nous. Une partie des habitants se réfugia, pendant 
le combat, dans les fermes de Matignolles et s'y abrita dans les caves. L'enga- 
gement se poursuivit jusque ta h. 3o et. à i3 heures, les Allemands occupèrent 
le village et parquèrent les hommes et les femmes dans une maison voisine 
de l'église. 

Bientôt, les prêtres qui se trouvaient au presbytère y furent menés aussi et un 
officier supérieur, du 104 e je pense, leur dit : « Si quelqu'un tire, tous fusillés! 
\ Surice, une jeune fille de 17 ans, a tiré sur nos troupes. J'ai fait prendre tous les 
hommes, tout ce que j'ai trouvé, trente-neuf. Tous ont été fusillés et j'ai brûlé tout 
le village ! » 



219 

Matagne-la-Petite courut un grand danger dans la journée, à la suite d'un 
coup de feu. Heureusement, il se fit une enquête, qui découvrit qu'un soldat avait 
tiré par mégarde. 

Le défilé des troupes commença à 14 heures et se poursuivit sans interruption 
jusqu'au 26 au soir. 

§ 4. — Vers la frontière. 

Dans l'après-midi du 25 août, les villages de Mazée, Treignes et 
Vierves furent rapidement occupés ; Oignies et le Mesnil le furent à la 
tombée de la nuit. Un civil fut tué à Treignes; à Oignies un civil fut tué, 
une maison incendiée. 

Le 26 août, le corps d'armée atteignit le frontière française, où fut 
engagé le combat dit « du Trou du Diable ». 

N° 614.. ^* c l 4 aoul a 3 h. 3o du matin, une patrouille de dragons traversa Ma^ée, se 

dirigeant vers Niverlée; elle fut suivie de troupes considérables qui défilèrent 
jusque 9 h. 3o. Le t6 août, un avion atterrit à Matignolles et le pilote, qui avait 
survolé le Luxembourg, annonça qu' « il était à feu et à sang ». Il avait sans doute 
appris ou constaté les incendies de Rosières, Gérimont et Cobreville. 

Le 22 août, les curieux suivirent du haut « des verris » le combat de la 
Sambre, qui se déroulait de Thuin à Mettet. 

Le 23, les troupes françaises commencèrent à battre en retraite, bientôt 
suivies de longues théories de fuyards, qui défilèrent toute la journée et le lende- 
main. Le 25 août, entre 6 et 10 heures, c'était dans les rues une cohue indescrip- 
tible de troupes, de chariots et de civils... Quand on vit les Français installer des 
mitrailleuses sur le « Tergniat », on crut à un combat, mais ils poursuivirent leur 
retraite sans tirer. Dans l'après-midi, deux uhlans, revolver au poing, descendirent 
au galop la route de Niverlée, suivis d'une avalanche de fantassins. 

Ces soldats étaient exténués et se contentèrent de boire et de manger. Hubert 
Gilbert fut requis de conduire les troupes sur le chemin du Mesnil. 

Le 26 à 20 heures, au moment où finissait le chapelet, on vint crier que 
« Mazée était cerné ». Des femmes tombèrent en syncope. Sur la place, des uhlans 
réclamaient le « pastor » et le bourgmestre, qui furent emmenés à la salle commu- 
nale. A minuit, des troupes d'infanterie mirent le village dans une panique extra- 
ordinaire, faisant irruption dans les maisons, réveillant les habitants en sursaut 
et emmenant les hommes : deux vieillards moururent des suites de cet émoi 
intempestif. On préparait la prise de Givet Des tranchées furent creusées à la route 
de Niverlée et derrière le calvaire de Saint-Roch ; des carrières furent converties 
en casemates, les maisons du chemin de «Niverlée et de Vaucelles furent évacuées 
et organisées pour la défense ; mais tout se borna à une alerte. 

Dans la nuit du 1 er au 2 septembre, le village fut sur le point d'être incendié 
et plusieurs civils furent exposés à être fusillés à la suite de coups de feu, dont on. 
accusait les civils. Le curé, M. l'abbé Quertinier, réussit à obtenir une enquête 
des soldats avaient abattu un bœuf à coups de fusil dans une pâture. 



220 

N° 6i5. Le t3 août, de 8 heures à midi, il passa à Treignes des troupes du pays d'Arras 

et de Saint-Omer ; dans l'après-midi, des soldats du 33 e cantonnèrent au village et 
y logèrent; M. l'abbé Vital, d'Arras, était leur aumônier. 

Des artilleurs, venus le 21 pour loger, reçurent l'ordre de partir dans la nuit. 

Le 23, le 24 et la nuit suivante, ce fut le passage des gens affolés de Tamines, 
Aiseau et Walcourt, mêlés aux soldats en retraite. Les sentiers eux-mêmes étaient 
encombrés; on coupait les fils des pâtures et le trop-plein des routes se déversait 
sur les campagnes. 

Le 25 à i3 heures, les derniers Français avaient quitté Treignes. A 14 heures 
on cria : « Les voilà ! » Tandis que les gens prenaient la fuite vers le bois, quelques 
uhlans s'avançaient avec prudence, bientôt suivis de troupes compactes. Le drapeau 
belge qui flottait en face de la gare fut arraché, déchiré, piétiné. Deux Français 
s'étaient postés derrière un mur de l'école gardienne pour faire feu sur les uhlans : 
des civils les supplièrent d'y renoncer, pour empêcher la destruction du village. 
Mais il y eut une rencontre sur le chemin du Mesnil. Un groupe de Français du 3j e , 
égarés, fut aperçu par l'ennemi, qui dirigea sur eux un feu de mitrailleuses. Deux 
furent tués, ainsi qu'un civil de Doische, Alcide CRASSIN, âgé de 3o ans ; quatre 
soldats furent blessés (1), sept furent faits prisonniers. 

N° 616. L e 2 5, vers t5 heures, quelques uhlans descendirent les côtes abruptes situées 

au nord de Vierves et furent reçus à coups de fusil par des Français attardés sur 
la place ; ils tournèrent bride et s'enfuirent dans la direction de Matagne. A ce 
moment, le village était bondé de réfugiés et de véhicules, qui ne parvenaient plus 
à s'écouler vers la France. 

Vers 16 heures, une nouvelle patrouille de uhlans commandée par un officier, 
arriva jusqu'à la grand'place par la grand'route et par la traverse. Apercevant un 
soldat français sortant du château et escaladant le mur du vieux cimetière, l'officier 
tira plusieurs coups de pistolet dans sa direction, revint sur la place, fit enlever 
les barricades, puis disparut avec sa troupe dans la direction de Matagne. 

Vers 16 h. Zo, surgirent des hauteurs qui dominent le village dans la direction 
de Matagne une quantité de uhlans, qui descendirent la pente à cheval, tandis que 
d'autres se faufilaient de tous côtés et gagnaient, en un ordre parfait, tous les 
débouchés nord-est et ouest du village. En un moment, toute la partie supérieure 
de la localité fut inondée de troupes allemandes. 

Avant que vînt le gros des troupes, les Allemands avaient installé cinq canons 
sur les hauteurs qui dominent Vierves, Quelques obus atteignirent le cimetière. 
C'est alors que la population gagna les bois, à l'exception du bourgmestre, de 
M me la baronne de Mesnil et de quelques habitants. Deux soldats français trouvèrent 
la mort (2.), d'autres séjournèrent dans la forêt, d'autres encore échappèrent à 
l'ennemi, dissimulés sous la charmille qui abrite l'ancien caveau des comtes 
d'Antioche. Ils purent, en janvier, regagner le front allié, par la Hollande. 

(1) L'un d'eux mourut quelques jours après. Les trois victimes s'appelaient Victor Perrin, Abel Bochaut 
et Georges Philippe. 

(a) Ce sont Henri-Joseph Trachez, de Sain-le-Noble (Douai) et Gustave Boutheny, de Harnes (Béthune). 



221 

A l'arrivée de l'ennemi, plusieurs habitants furent sur le point d'être fusillés 
au mur des maisons Cordier et Delpire. Un officier leur reprochait « de ne pas se 
révolter contre le roi Albert, qui avait déclaré la guerre au Kaiser ». Il les obligea à 
crier « Vive l'Allemagne ». Le général von Laffert, qui accompagnait les premières 
troupes s'installa au 'château, où le bourgmestre et plusieurs otages répondaient de 
sa sécurité. L'intervention ferme et habile de M me la baronne contribua efficacement 
à préserver le village. Comme il était question de bombarder la forêt, qui débordait 
de fugitifs, on prévint ceux-ci de rentrer. Ils y avaient passé, sous la pluie, une nuit 
mouvementée, effrayés par les passages continuels de troupes, desquelles partaient 
de temps en temps des coups de feu. 

Dès le 25 août, à 18 heures, d'importantes troupes prenaient la direction 
d'Oignies par des chemins difficiles et escarpés. 

Le 25 août à 18 h. 3o, Oignies était désert quand les premiers uhlans 
débouchèrent du bois, après avoir fait la dure et pénible ascension de plus de 
cinq kilomètres qui sépare Oignies de Vierves. Des fuyards attardés couraient 
encore à travers champs : ils tirèrent sur eux. L'un d'eux, Jean-Baptiste MANISE 
(fig. 76), i5 ans, fut tué; sa grand'mère et sa sœur furent blessées. 

Les uhlans placèrent devant eux pour s'avancer d'abord vers Rocroi, puis vers 
le bois qui sépare le village de Vierves et duquel le gros des troupes débouchait, 
le vicaire, M. Dehant, et quatre autres civils. Un hauptman leur dit : fi Si un coup 
de feu est tiré pendant la nuit, même par des soldats français, vous serez fusillés ! » 

Vers 2î heures l'infanterie occupa le village (1). Les soldats se ruèrent sur les 
maisons, brisant portes, fenêtres et meubles à coup de crosse et de hache, pillant 
tout ce qui était à leur convenance. La maison Hubert Guérin. route de Fumay, 
devant laquelle les Français avaient, dit-on, abandonné une bicyclette, fut 
incendiée. A minuit, le vicaire comparut devant le général Kaden, du XIX e corps, 
et reçut l'ordre de prévenir la population, qui avait fui dans les forêts voisines, 
qu'elle devait rentrer. Outre les habitants, il s'y trouvait des milliers de fuyards du 
pays de Dinant et de la Sambre; ils avaient construit des huttes, et beaucoup y 
restèrent plusieurs jours, tant ils redoutaient la cruauté de l'ennemi. 

Le lendemain matin, un combat se livra à la frontière, entre les arrière-gardes 
françaises et les premières troupes allemandes et il y eut des pertes de part et 
d'autre. 

L'ennemi entra au Mesnil le 25 août vers 18 heures, après avoir grimpé une 
côte abrupte, presque sans chemins. En quelques minutes le village fut cerné, sauf 
dans la direction d'Oignies, par où s'échappèrent les derniers Français (2), qui 

(1) On a relevé à Oignies des traces de cinq régiments (sur cinq) du XIX e corps qui se sont avancés 
à l'ouest de la Meuse : les 106 e et 107 e (48° brigade), les 104'' et 181 e (88 e brigade) et le 1 33 e (89* brigade). 
Le cimetière militaire du « Trou du Diable " a groupé, en 1918, les soldats tombés à Oignies, Treignes, 
Fumay et Fépin; il comprend y$ Français (dont 17 du 33 e , i5 du 148°, 5 du 320 e , 3 du 73 e , 1 du 42 e , 
1 du 245 e , 1 du 3i8 e , 1 du 18 e chasseurs); et 22 Allemands (16 du 181 e , 2 du i33 e , 3 du 32 e régiment 
d'artillerie di campagne et 1 du 3 e régiment d'artillerie de réserve)- 

(2) Hanotaux, dans l'Enigme de Charleroi, p. 87, raconte dans quel état y arrivèrent le 25 août le 8 e et 
le t 10 e d'infanterie. 



222 

s'étaient postés pour recevoir l'ennemi, mais n'osèrent faire feu. L'un de ceux-ci 
avait été tué à la bifurcation des chemins de Treignes et de Vierves (i); il fut 
inhumé, sans cercueil, au cimetière paroissial. Quatre ou cinq coups de canon 
furent aussi tirés vers les Français, qui ne répondirent pas. Plusieurs habitants 
durent précéder les troupes en France ou fournir des attelages. 

(i) Il s'appelait Georges Staelen, Dunkerque n° 775. 



ERRATA 



P. 93, ligne 25. Au lieu de : Les Allemands ne mirent le feu à la Manufacture de 
Tissus que le dimanche soir, lire : que le lundi matin. 

P. 204, fig. i63. Au lieu de François Collard, lire Florent Collard. 

P. 236, ligne 2t. Où se trouvent déjà les Pères Prémontrés, les Frères des Ecoles 
Chrétiennes, M. Van Ryckevorsel. Supprimer les mots « les Frères des Ecoles 
Chrétiennes », car d'après leur propre témoignage (p. 249) ils n'y sont arrivés 
qu'au commencement de l'après-midi. 

P. 261, ligne 16. Nous annonce que, probablement, on ne fusillera plus personne... 
Supprimer le mot « probablement ». 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 

Avant-propos 5 



Chapitre I. 

Sur le front de la Sambre . . * i3 

1. L'avance du X e corps 14 

t. Contre la 5 e division française (de Hanzinne à Tarcienne) 17 

^ 1 . — Tarcienne 19 

§ 2. — Hanzinne : Incendie de cinquante maisons 20 

?; 3. — Hanzinelle : Incendie de quatre-vingt-trois maisons 22 

§ 4. — Tby-le-Baudbuin : Meurtre de deux civils 23 

.^5. — Morialmé : Incendie de six maisons 24 

2. Contre la 38 e division française (de Tarcienne à Gourdinne) .... 2.6 

§ 1 . — Somzée : Meurtre du curé d'Acoz et de ses compagnons ; Incendie de 

trente-deux maisons . 28 

$ 2. — Laneffe : Incendie de vingt maisons ; Chastrès : Meurtre de deux civils 3i 

S 3. — Traire : Meurtre de deux civils et incendie de deux maisons ... 33 

§ 4. — Yves-Gomezée : Incendie de treize maisons 34 

3. Contre la 6 e division française (de Gourdinne à Berzée) 35 

§ t. — Dans la région de Gourdinne, Tb\)-le-Château (meurtre de deux 

civils), Berzée et Pry 36 

?; 2 . — Walcourt (incendie de la Collégiale et de quatorze maisons) et région 

("Rognée, Fontenelle, Castillon, Mertenne, Clermont) 39 

§ 3. — Daussois : Incendie de vingt-sept maisons 43 

§ 4. — Silenrieux : Incendie de trente et une maisons 44 

i3 



22Ô 

Pages. 

II. L'avance du corps de la Garde 46 

§ 1 . — Sart~Saint~Laurenl 48 

§2. — Lesves : Meurtre de quatre civils et incendie de quatorze maisons. . 49 
§ 3. — Furnaux (incendie d'une maison); Biesmerée et Stave (incendie de 

soixanle"qualorze maisons) 52 

§ 4. — Florennes (meurtre de deux civils, incendie de quatre maisons) 

et Sainl^Aubin (meurtre d'un civil) 56 

§ 5. — "Vers la frontière : Jiemplinne, Chaumont, Jamagne (meurtre d'un 

civil), Villers~deux~Eglises (incendie de deux maisons), Soumoy, 

Senzeilles, Cerfontaine 62 



Chapitre II. 

La retraite de Bioul 66 

§ 1 . — Au village de Denée 69 

§ 2. — Au village de Bioul 69 

§ 3. — L'attaque et la retraite de la colonne d'ambulance de la 4 e D. A. 71 

§ 4. — Le combat de Warnant 75 

§ 5. — Le combat d'Ermelon~sur~Biert : Meurtre de trois civils et incendie 

de quatre-vingt-six maisons 77 

§6. — La colonne des prisonniers de Florennes. . 79 



Chapitre III. 

Sur le front de la Meuse 81 

I. L'avance du XII e corps de réserve 82 

1. La 23 e division de réserve 82 

§ 1 . — Anhée : Incendie de six maisons 84 

§ 2. — Haut-le-Wastia (meurtre de trois civils et incendie de deux maisons) 

et Warnanl (incendie de trois maisons) 86 

§3. — Annevoie (incendie d'une maison) et "Rivière (incendie d'une maison) 88 
§ 4. — Sosoye, Maredsous et Maredrel : Meurtre de quatre civils et incendie 

de cinq maisons 92 

§5. — Philippeville : Meurtre de deux civils et incendie d'une maison. . . 96 

§ 6. — Neuville~Samart : Meurtre de trois civils et incendie de seize maisons. 98 



227 

Pages. 

S 7. — Mariembourg : Meurtre de quatre civils et incendie de quatre-vingts 

quinze maisons 99 

§ 8. — Frasnes : Meurtre de douze civils et incendie de cent quarante-cinq 

maisons io3 

1d. : Massacre de trente-quatre civils français 108 

§ 9. — Vers la frontière : Geronsarl, Boussu-en-Fagne, Aublain, 'Dailly, 

Pesches, Gonrieux, Presgaux, Cul-des-Sarts 112 

2. La 24 e division de réserve 119 

§ 1. — Gérin ; Incendie de deux maisons 121 

§ 2. — Anlhée et Maurenne ; Meurtre de neuf civils et incendie de cent 

dix-huit maisons 122 

§ 3. — Agimoni ; Incendie d'une maison 128 

§ 4. — Soulme (meurtre de six civils), Gocbenée et "Vodele'e (incendie de 

trois maisons) i3o 

§ 5. — Gimne'e, Doische (meurtre d'un civil), Vaucelles i33 

II. L'avance du XII e corps i35 

§ 1. — Sommière : Meurtre d'un civil et incendie d'une maison .... 137 

§ 2. — Weillen : Meurtre de sept civils et incendie d'une maison .... i38 

§3. — Falaën : Meurtre de deux soldats français prisonniers 141 

§ 4. — Morville : Meurtre d'un civil et incendie de quarante-deux maisons 143 

§ 5. — Flavion : Incendie de quatre maisons t44 

§ 6. — Posée (meurtre de trois civils et incendie de quinze maisons) et 

Omezée (incendie d'une maison) 145 

§ 7. — Francbimonl : Meurtre de quatre civils et incendie de cinquante- deux 

maisons 148 

§ 8. — Villers-le-Gambon, Vodece'e (meurtre de quatre civils et incendie de 

deux maisons) Sautour, Merlemonl (meurtre d'un civil) et Sart- 

en-Fagne 1 55 

§ 9. — Villers-en-Fagne (meurtre de cinq civils et incendie de cinquante 

et une maisons) et Poly 160 

§ 10. — Malagne-la-Grande et Fagnolles i63 

§11. — Bourbes (meurtre de trois civils et incendie de cinquante-huit 

maisons) et Olloy i65 

§ 12. — JVismes : Meurtre de huit civils et incendie de trois maisons ... 168 

§ t3. — Peligny .-Meurtre de quatre civils et incendie de quatorze maisons 170 
§ 14. — Couvin (meurtre de cinq civils et incendie de huit maisons) et Bruly- 

de-Pesche 171 

§ t5. — Le Bru/y ." Meurtre de deux civils et incendie de dix maisons. ■ 178 
§ 16. — Petite-Chapelle : Meurtre de cinq civils et incendie de quatre 

maisons 179 



228 

Pages. 

III. L'avance du XIX e corps i83 

§ i . — Le combat d'Onhaye : Meurtre de quatre civils et incendie de cent 

quatorze maisons 186 

§ 2. — Le combat de Surice : Meurtre de cinquante* sept civils. Incendie de 
cent trente maisons. Komedenne ; Meurtre de onze civils. Incendie 
de cent dix^neuf maisons 1 94 

§ 3. — "Romerée (meurtre de deux civils. Incendie de douze maisons) et 

Matagne"la"Petite 216 

§ 4. — "Vers la frontière : Mazée, Treignes (meurtre d'un civil), Vierves, 

Oignies (meurtre d'un civil et incendie d'une maison). Le Mesnil . 219 

Errata et addenda 223 



TABLE DES ILLUSTRATIONS 



Figures. rages. 

t. Yves-Gomezée. Ruines du château de Cartier d'Yve, incendié par les 

troupes du X e corps 40 

2. Walcourt. Vue de la collégiale de Notre-Dame de Walcourt, avant le 

désastre ... 40 

3. Walcourt. Vue panoramique de la ville, après l'incendie. ... 40 

4. Walcourt. Vue de la collégiale incendiée 40 

5. Walcourt. Les maisons incendiées, à l'ouest de la collégiale. 40 

6. Narcisse Degraux, tué à Thy-le-Baudhuin, 41 

7. Valentine Lefebvre, tuée à Lesves 41 

8. Victoire Détaille, veuve Antoine Rondiat, tuée à Haut-le"Wastia 41 

9. Alphonse Spilette, de Fraire, lié à un canon et massacré à Fosses 41 

10. Jules Dupéroux, tué à Saint-Aubin 4t 

ti. L'abbé Eugène Druet, curé d'Acoz, fusille à Somzée avec ses deux 

compagnons 41 

12. André Chermanne, tué à Jamagne 41 

t3. Mathieu Detourbe, époux d'Aline Mélot. de Haut-le-Wastia, tué sur 

la route de Moulins 41 

14. Ambroise Léonard, de Haut-le-Wastia. fusillé à Les Floyes (Sosoye), 

avec Narcisse Borsut et Charles Guillaume 41 

i5. Narcisse Borsrut, de Haut-le-Wastia, fusillé à Les Floyes (Sosoye), 

avec ses compagnons 41 

16. Désiré Sacotte, époux de Caroline Trillet, tué à Haut-le-Wastia 41 

17. Hanzinne. Ferme Luc et grange Brosse, après l'incendie 76 

>8. Ermeton-sur-Biert. Rue du Village. Maisons incendiées par les troupes 

de la Garde 76 

19. Moulins. Arrivée de la compagnie du commandant Vannière, du 148 e . 76 

20. Mariembourg. Ruines du moulin incendié par la 23 e division de 

réserve 76 

zi. Mariembourg. Maisons incendiées du boulevard de l'Education. . . 76 

22. Etienne Patron (à l'âge de 9 ans), fusillé à Neuville (Philippeville), 

avec Paulin Gobillon et un soldat belge prisonnier -/7 

23. Paulin Gobillon, fusillé à Neuville (Philippeville) yj 



z3o 

Figures. Pages. 

24. Jules Pirson, fermier à Omezée, tué à Franchimont 77 

25. Alzir Anciaux (à l'âge de 9 ans), martyrisé à Franchimont yy 

26. Camille Leclercq, massacré à Frasnes yy 

27. Edgar Van Schoor, de Mariembourg, fusillé à Eteignières, avec son 

frère et cinq autres civils yy 

28. Ernest Van Schoor, de Marienbourg, fusillé à Eteignières .... 77 

29. Adolphe Burton, d'Anthée, tué à bout portant dans une haie ... yy 

30. Edouard Marée, tué à Soulme 77 

3t. Nestor Cognaux, tué à Soulme yy 

32. Félicien Baudoin, d'Anthée, lié à une haie et fusillé, avec un inconnu, 

à l'entrée du village d'Anthée yy 

33. Frasnes. Vue de l'église et du village, incendiés par la 23 e division de 

réserve 104 

34. Frasnes. Entrée du village incendié, du côté de Mariembourg (la croix 

marque la maison de l'un des fusillés, Bertrand Damly) .... 104 

35. Frasnes. Rue de la Brasserie, après l'incendie 104 

36. Frasnes. Tombes allemandes, en regard du village incendié .... 104 

37. Frasnes. Ruines de la rue Saint-Roch to5 

38. Frasnes. Proclamation du commandant Lacroix, annonçant l'exécution 

de trente-quatre civils français to5 

39. Anthée. Transept de l'église et maisons de la place, incendiées par la 

24 e division de réserve io5 

40. Anthée. Hôtel Nénon, après l'incendie io5 

41. Anthée. Les ruines du presbytère de M. l'abbé Piret, fusillé à Surice. io5 

42. Anthée. Tabernacle en cuivre du maître-autel, portant les traces 

d'effraction to5 

43. Henri Pirlot. massacré à la ferme de Flun (Falaën) .... . . 140 

44. Olivier Mathieu, père de Gaston, blessé et carbonisé à la ferme de Flun. 140 

45. Gaston Mathieu, fils d'Olivier, id. . 140 

46. Désiré Deleuze, fusillé à Sommière 140 

47. Valentin Mathieu, fils d'Octave, carbonisé à la ferme de Flun . 140 

48. Joseph Pieîte, carbonisé à la ferme de Flun (à l'âge de 9 ans) 140 

49. Octave Mathieu, père de Valentin, tué à la ferme de Flun. 140 

50. Nestor Wiame, de Villers-le-Gambon, tué sur la route de Givet . 140 
5t. François Pierre, échevin de Vodecée, y fusillé 140 

52. Adelin Woine, instituteur à Villers-en-Fagne, fusillé aux abords du 

village 140 

53. Flun. Corps de logis et grange de la ferme qui fut le théâtre du 

massacre, du côté de Falaën 141 

54. Ferme de Flun et chemin de Weillen 141 

55. Anthée. Maison Barbier, incendiée sur la route de Philippeville, où 

furent tués Xavier Delhaye et son épouse 141 

56. Morville. Ecoles incendiées des Religieuses de la Providence, à 

Lassurance Ht 



z3t 

Figures. Pages. 

57. Dourbes. Panorama du village incendié par les troupes du XII e corps. 1 41 

58. Billet délivré à Merlemont par le général von Hausen, commandant la 

III e armée allemande 159 

59. Plan d'Onhaye, incendié par les troupes du XIX e corps 189 

60. Onhaye. Endroit situé à l'extrémité du «Forbot», où eut lieu un combat 

à la baïonnette et où périt le capitaine Didier 190 

61. Onhaye. Propriété de M. le chevalier Diericx de ten Ham, où fut tuée 

Léa Collignon et où mourut Joseph Dubois, de Lenne 190 

62. Onhaye. Route du Forbot (La maison d'Adolphe Pochet, fusillé à Surice, 

est marquée d'une croix) ... 190 

63. Onhaye. Quartier incendié de Bonair 190 

64. Onhaye. Ferme de Froidmont, au sud-est du village, aux environs de 

laquelle se livrèrent plusieurs combats à l'arme blanche .... 190 

65. Onhaye. La chapelle de Bonair 190 

66. Palmyr Tonglet, de Dourbes, tué au « Tienne Delvaux » 191 

67. Jules Godefroid, de Somzée, tué entre Dourbes et Nismes. 191 

68. Jules Nicolas, tué à Nismes 191 

69. Emile Perleaux, de Nismes, tué sur ta route de Petigny 191 

jo. Abbé Paul Gilles, docteur en philosophie et en théologie, vicaire à 

Couvin, y massacré ... 191 

71. Gaston Lapôtre, de Nismes, tué sur la route de Petigny 191 

72. Alfred Grégoire, id. id. . 191 

73. Achille Collard, id. id. 191 

74. Armand Dumont, tué à Petite-Chapelle 191 

75. Pierre Boutai, de Couvin, fusillé près de la chapelle des « Fonds de 

l'Eau » 191 

76. Jean-Baptiste Manise, tué à Oignies 191 

jj. Olivier Parmentier, de Miavoye, fusillé à Surice .... 196 

78. André Libert, id. id. 196 

79. Auguste Durdu, échevin de Surice 196 

80. Jean-Baptiste Libert, de Miavoye, fusillé à Surice , 196 

81. L'abbé Gustave Gaspard, de Thon, professeur au collège de Bellevue, 

à Dînant, fusillé a Surice 196 

82. L'abbé Alphonse Ambroise, curé d'Onhaye, fusillé à Surice .... 196 

83. Félix Ambroise, professeur à l'école d'horticulture de Vilvorde, fusillé 

à Surice 196 

84. Gustave Copienne, d'Evrehailles, oncle de M. l'abbé Ambroise, fusillé 

à Surice 196 

85. Adelin Frérotte, d'Onhaye, fusillé à Surice 196 

86. Alphonse Nassaut, d'Anthée, id. 197 

87. Félix Jacques, docteur en médecine, d'Anthée, fusillé à Surice . . . 197 

88. Olivier Delcour, d'Anthée, fusillé à Surice avec ses fils Arthur et Léon. 197 

89. Henri Jacques, d'Anthée, élève du collège de Bellevue, à Dinant, 

fusillé à Surice 197 



232 

Figures. Pages. 

90. Arthur Delcour, d'Anthée, fusillé à Surice avec son père et son frère 

Léon 197 

91. L'abbé Oscar Piret, curé d'Anthée, fusillé à Surice 197 

92. L'abbé Marcellin Poskin, curé de Surice, y fusillé 197 

93. Edmond Schmit, inspecteur de l'enseignement primaire, à Gerpinnes, 

fusillé à Surice 1 97 

94. Léon Delcour, d'Anthée, fusillé à Surice avec son père et son frère 

Arthur 197 

95. Jean-Baptiste Quoilin, de Gérin, fusillé à Surice ...... 197 

96. Jean Quoilin, fils de Jean-Baptiste, de Gérin, fusillé à Surice . 197 

97. Louis Delcour, de Gérin, fusillé à Surice • 197 

98. Ursmer Deravet, id. id. t97 

99. Plan de Surice, incendié par les troupes du XIX e corps 198 

00. Vuegénéralede Surice. prise de la route de Romedenne à Franchimont. 208 

01. Surice. L'église en ruines, La maison Baijot, où quatre cadavres 

furent retrouvés dans la citerne 208 

02. Surice. Intérieur de l'église incendiée 208 

03. Surice. La place située en haut du village, avec la chapelle, épargnée, 

de N.-D. de Lourdes 208 

04. Place de Surice et maison clans laquelle se tinrent cachés, pendant la 

nuit du 24 au 25 août, le curé de Morville et ses compagnons 208 

05. Surice. Ruines de la maison Emond, à gauche de laquelle s'ouvre le 

sentier par lequel le curé de Morville et ses compagnons purent 

fuir vers Pérémont 209 

06. Surice. Lieu-dit ; « Les Fosses », où eut lieu la grande fusillade. 

La maison Canton 209 

oj. Eglise de Romedenne, incendiée 209 

08. Romedenne. Route de Romerée-Couvin et ruines de la gendarmerie 

nationale 209 

09. Plan de Romedenne, incendié par les troupes du XIX e corps ... 211 

10. Léopold Burniaux, massacré à Surice avec ses fils Armand et 

Albert , 214 

11. Armand Van Durme, de Dinant, tué à la grande fusillade de Surice. 214 

12. L'abbé Armand Burniaux, massacré à Surice avec son père et son 

frère Albert 214 

i3. Elie Piérot, de Surice, tué à la grande fusillade ... 214 

14. Alexis Thiry, id. id. 214 

i5. Gaston Burniaux, fils de Léopold, victime de la grande fusillade 

« des Fosses » ..." 214 

16. Elisée Piérard, de Surice, tué à la grande fusillade 214 

17. Albert Burniaux, massacré à Surice avec son père et son frère Armand. 214 

18. Alexandre Rouyre, d'Ermeton-sur-Biert, tué à Surice 2t4 

19. Jules Bastin, organiste de l'église de Surice, fusillé à Romedenne avec 

sa femme et son enfant de i5 mois 214 



233 

Figures. Pages. 

120. Juliette Genard, épouse d'Alexandre Rouyre, d'Ermeton-sur-Biert, 

tué à Surice 2i5 

121. Rosalie Gobron, épouse Jules Bastin, fusillée à Romedenne, avec son 

mari et son enfant de t5 mois 2i5 

122. Marie-Louise Penasse, fusillée à Romedenne, avec son père, sa mère, 

son frère et ses sœurs 21 5 

123. Bertha Penasse, fusillée à Romedenne, avec son père, sa mère, son 

frère et ses sœurs 21 5 

124. Joseph Libert, de Maurenne, tué à Surice 2t5 

125. Joseph Burniaux, tué en vue de Surice, avec Rosalie Piérard 2i5 

126. Jeanne Penasse, seule survivante de la famille zi5 

127. Léon Penasse, fusillé à Romedenne, avec son père, sa mère et ses 

sœurs 21 5 

128. Rosalie Piérard, de Surice, tuée avec Joseph Burniaux 21 5 

129. François Guislain, de Surice, tué près de Soulme 2i5 

t3o. Carte de la région étudiée dans la V e partie (tome VI) 235 



FIN DU SIXIÈME VOLUME 



Bruxelles 
Imprimerie Veuve Monnom 

Société anonyme 

32, rue de l'Industrie 
1923 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 

Avant-propos 5 



Chapitre I- 

Sur le front de la Sambre i3 

I. L'avance du X e corps 14 

1. Contre la 5 e division française (de Hanzinne à Tarcienne) xj 

§ 1. — Tarcienne 19 

S 2. — Hanzinne : Incendie de cinquante maisons 20 

S 3. — Hanzinelle : Incendie de quatre-vingt-trois maisons 22 

S 4. — Tbyj-le-Baudbuin : Meurtre de deux civils 23 

S 5. — Morialmé : Incendie de six maisons 24 

2. Contre îa 38 e division française (de Tarcienne à Gourdinne) .... 26 

S 1 . — Somze'e : Meurtre du cure' d'Acoz et de ses compagnons ; Incendie de 

trente-deux maisons . . 28 

S 2. — Laneffe : Incendie de vingt maisons ; Chaslrès : Meurtre de deux civils 3i 

?? 3. — Traire : Meurtre de deux civils et incendie de deux maisons ... 33 

M 4. — Yves-Gomezée : Incendie de treize maisons 34 

3. Contre la 6 e division française (de Gourdinne à Berzée) 35 

Si. — Dans la région de Gourdinne, Tby-le-Cbâteau (meurtre de deux 

civils), Berzée et Pry 36 

S 2. — V/alcourt (incendie de la Collégiale et de quatorze maisons) et région 

(Rognée, Fontenelle, Castillon, Mertenne, Clermont) 3o. 

§ 3. — Daussois : Incendie de vingt-sept maisons 43 

§ 4. — Silenrieux : Incendie de trente et une maisons 44 

«5 



22Ô 

Pages. 

II. L'avance du corps de la Garde 46 

§ 1 . — Sart^Saint^Laurenl 48 

§ ï- — Lesves : Meurtre de quatre civils et incendie de quatorze maisons. . 49 
§ 3. — Furnaux (incendie d'une maison); Biesmere'e et Stave (incendie de 

soixanle~qualorze maisons) 52 

§ 4- — Florennes (meurtre de deux civils, incendie de quatre maisons) 

et Saint"Aubin (meurtre d'un civil) 56 

§ 5. — "Vers la frontière : "Hemplinne, Chaumont, Jamagne (meurtre d'un 

civil), Villers~deux~Eglises (incendie de deux maisons), Soumoy, 

Senzeilles, Cerfontaine 62 



Chapitre II. 

La retraite de Bioul 66 

§ 1 . — Au village de Tienée 69 

§ 2. — Au village de Bioul 69 

§ 3. — L'attaque et la retraite de la colonne d'ambulance de la 4 e D. A. . j\ 

§ 4. — Le combat de V/arnant 75 

§ 5. — Le combat d'Ermelon~sur*°Biert : Meurtre de trois civils et incendie 

de quatre~vingi<*six maisons jj 

§ 6. — La colonne des prisonniers de Florennes. . 79 



Chapitre III. 

Sur le front de la Meuse 81 

I- L'avance du XII e corps de réserve 82 

1. La 23 e division de réserve 82 

§ 1 . — Anbée : Incendie de six maisons 84 

§2. — Haul~le~Wastia (meurtre de trois civils et incendie de deux maisons) 

et Warnant (incendie de trois maisons) 86 

§ 3. — Annevoie (incendie d'une maison) et "Rivière (incendie d'une maison) 88 
§ 4. — Sosoye, Maredsous et Maredret : Meurtre de quatre civils et incendie 

de cinq maisons 92 

§5. — Pbilippeville : Meurtre de deux civils et incendie d'une maison. . . 96 

§ 6. — Neuville~Samart : Meurtre de trois civils et incendie de seize maisons. 98 



227 

Pages. 

% y. — Mariembourg : Meurtre de quatre civils et incendie de quatre-vingts 

quinze maisons 99 

§ 8. — Frasnes : Meurtre de douze civils et incendie de cent quaranle~cinq 

maisons to3 

ld. : Massacre de trente-quatre civils français 108 

§ 9. — Vers la frontière : Geronsart, Boussu-en-Fagne, Aublain, Dailly, 

Pesches, Gonrieux, Presgaux, Cul"deS"Sarts ti2 

2. La 24 e division de réserve 119 

§ t. — Gérin : Incendie de deux maisons 121 

§ 2. — Antbêe et Maurenne ; Meurtre de neuf civils et incendie de cent 

dix"buil maisons 122 

§ 3. — Agimonl : Incendie d'une maison 128 

§ 4. — Soulme (meurtre de six civils), Gocbenée et Vodelée (incendie de 

trois maisons) i3o 

§ 5. — Gimne'e, Doische (meurtre d'un civil), Vaucelles i33 

II. L'avance du XII e corps i35 

§ 1. — Sommière : Meurtre d'un civil et incendie d'une maison .... 137 

§ 2. — V/eillen : Meurtre de sept civils et incendie d'une maison .... 1 38 

§3. — Fala'èn : Meurtre de deux soldats français prisonniers 141 

§ 4. — Morville : Meurtre d'un civil et incendie de quarante" deux maisons 14$ 

§ 5. — Flavion : Incendie de quatre maisons 144 

§ 6. — "Rosée (meurtre de trois civils et incendie de quinze maisons) et 

Omezée (incendie d'une maison) 145 

§ 7. — Franchimont .Meurtre de quatre civils et incendie de cinquante^deux 

maisons 148 

§ 8. — Villers"le"Gambon, "Vodecée (meurtre de quatre civils et incendie de 

deux maisons) Sautour, Merlemont (meurtre d'un civil) et Sari" 

en"Fagne 155 

§ 9. — Villers"en"Fagne (meurtre de cinq civils et incendie de cinquante 

et une maisons) et Ro/y 160 

§ 10. — Malagne"la"Grande et Fagnolles t63 

§ 1 1 . — Bourbes (meurtre de trois civils et incendie de cinquanle"huil 

maisons) et Olloy i65 

§ t2. — JVismes : Meurtre de huit civils et incendie de trois maisons ... 168 

§ i3. — Peligny .Meurtre de quatre civils et incendie de quatorze maisons 170 
§ 14. — Couvin (meurtre de cinq civils et incendie de huit maisons) et Bruly" 

de"Pesche \j\ 

§ t5. — Le Bru/y ; Meurtre de deux civils et incendie de dix maisons. . 178 
§ 16. — Pelite"Chapelle : Meurtre de cinq civils et incendie de quatre 

maisons 179 



2l8 

Pages. 

III. L'avance du XIX e corps i83 

§ i . — Le combat d'Onhaye : Meurtre de quatre civils et incendie de cent 

quatorze maisons 1 86 

§ i. — Le combat de Surice : Meurtre de cinquante^sepl civils. Incendie de 
cent trente maisons. "Romedenne ; Meurtre de onze civils. Incendie 
de cent dix"neuf maisons 194 

§ 3. — "Romerée (meurtre de deux civils. Incendie de douze maisons) et 

Malagne''la''Petite 216 

§ 4. — Vers la frontière : Mazée, Treignes (meurtre d'un civil), Vierves, 

Oignies (meurtre d'un civil et incendie d'une maison), Le Mesnil . 219 

Errata et addenda zzi 



TABLE DES ILLUSTRATIONS 



Figures. Pages. 

i. Yves-Gomezée. Ruines du château de Cartier d'Yve, incendié par les 

troupes du X e corps 40 

2. Walcourt. Vue de la collégiale de Notre-Dame de Walcourt, avant le 

désastre 40 

3. Walcourt. Vue panoramique de la ville, après l'incendie 40 

4. Walcourt. Vue de la collégiale incendiée 40 

5. Walcourt. Les maisons incendiées, à l'ouest de la collégiale. 40 

6. Narcisse Degraux, tué à Thy-le-Baudhuin, 41 

7. Valentine Lefebvre, tuée à Lesves 41 

8. Victoire Détaille, veuve Antoine Rondiat, tuée à Haut-le-Wastia 41 

9. Alphonse Spilette, de Fraire, lié à un canon et massacré à Fosses 41 

10. Jules Dupéroux, tué à Saint-Aubin 41 

11. L'abbé Eugène Druet, curé d'Acoz, fusillé à Somzée avec ses deux 

compagnons 41 

12. André Chermanne, tué à Jamagne 41 

i3. Mathieu Detourbe, époux d'Aline Mélot, de Haut-le-Wastia, tué sur 

la route de Moulins 41 

14. Ambroise Léonard, de Haut-le-Wastia. fusillé à Les Floyes (Sosoye), 

avec Narcisse Borsut et Charles Guillaume 4t 

i5. Narcisse Borsut, de Haut-le-Wastia, fusillé à Les Floyes (Sosoye), 

avec ses compagnons 41 

16. Désiré Sacotte, époux de Caroline Trillet, tué à Haut-le-Wastia 41 

17. Hanzinne. Ferme Luc et grange Brosse, après l'incendie 76 

18. Ermeton-sur-Biert. Rue du Village. Maisons incendiées par les troupes 

de la Garde 76 

19. Moulins. Arrivée de la compagnie du commandant Vannière, du 148 e . 76 

20. Mariembourg. Ruines du moulin incendié par la 23 e division de 

réserve 76 

21. Mariembourg. Maisons incendiées du boulevard de l'Education. . . 76 

22. Etienne Patron (à l'âge de 9 ans), fusillé à Neuville (Philippeville), 

avec Paulin Gobillon et un soldat belge prisonnier -j-j 

23. Paulin Gobillon, fusillé à Neuville (Philippeville) -jj 



i3o 

Figures. Pages. 

24. Jules Pirson, fermier à Omezée, tué à Franchimont 77 

25. Alzir Anciaux (à l'âge de 9 ans), martyrisé à Franchimont 77 

26. Camille Leclercq, massacré à Frasnes 77 

27. Edgar Van Schoor, de Mariembourg, fusillé à Eteignières, avec son 

frère et cinq autres civils 77 

28. Ernest Van Schoor, de Marienbourg, fusillé à Eteignières .... 77 

29. Adolphe Burton, d'Anthée, tué à bout portant dans une haie 77 

30. Edouard Marée, tué à Soulme 77 

3t. Nestor Cognaux, tué à Soulme 77 

32. Félicien Baudoin, d'Anthée, lié à une haie et fusillé, avec un inconnu, 

à l'entrée du village d'Anthée 77 

33. Frasnes. Vue de l'église et du village, incendiés par la 23 e division de 

réserve 104 

34. Frasnes. Entrée du village incendié, du côté de Mariembourg (la croix 

marque la maison de l'un des fusillés, Bertrand Damly) .... 104 

35. Frasnes. Rue de la Brasserie, après l'incendie 104 

36. Frasnes. Tombes allemandes, en regard du village incendié .... 104 

37. Frasnes. Ruines de la rue Saint-Roch to5 

38. Frasnes. Proclamation du commandant Lacroix, annonçant l'exécution 

de trente-quatre civils français io5 

39. Anthée. Transept de l'église et maisons de la place, incendiées par la 

24 e division de réserve io5 

40. Anthée. Hôtel Nénon, après l'incendie io5 

4t. Anthée. Les ruines du presbytère de M. l'abbé Piret, fusillé à Surice. io5 

42. Anthée. Tabernacle en cuivre du maître-autel, portant les traces 

d'effraction io5 

43. Henri Pirlot, massacré à la ferme de Flun (Falaën) 140 

44. Olivier Mathieu, père de Gaston, blessé et carbonisé à la ferme de Flun. 140 

45. Gaston Mathieu, fils d'Olivier, id. . 140 

46. Désiré Deleuze, fusillé à Sommière 140 

47. Valentin Mathieu, fils d'Octave, carbonisé à la ferme de Flun . 140 

48. Joseph Piette, carbonisé à la ferme de Flun (à l'âge de 9 ans) 140 

49. Octave Mathieu, père de Valentin, tué à la ferme de Flun. . 140 

50. Nestor Wiame, de Villers-le-Gambon, tué sur la route de Givet . 140 
5i. François Pierre, échevin de Vodecée, y fusillé 140 

52. Adelin Woine, instituteur à Villers-en-Fagne, fusillé aux abords du 

village 140 

53. Flun. Corps de logis et grange de la ferme qui fut le théâtre du 

massacre, du côté de Falaën 141 

54. Ferme de Flun et chemin de Weillen 141 

55. Anthée. Maison Barbier, incendiée sur la route de Philippeville, où 

furent tués Xavier Delhaye et son épouse 141 

56. Morville. Ecoles incendiées des Religieuses de la Providence, à 

Lassurance 141 



a3i 

Figures. Pages. 

57. Dourbcs. Panorama du village incendié par les troupes du XH° corps. 141 

58. Billet délivré à Merlemont par le général von Hausen, commandant la 

III e armée allemande 159 

59. Plan d'Onhaye, incendié par les troupes du XIX e corps 189 

6j. Onhaye. Endroit situé à l'extrémité du « Forbot », où eut lieu un combat 

à la baïonnette et où périt le capitaine Didier 190 

61. Onhaye. Propriété de M. le chevalier Diericx de ten Ham, où fut tuée 

Léa Collignon et où mourut Joseph Dubois, de Lenne 190 

6z. Onhaye. Route du Forbot (La maison d'Adolphe Pochet, fusillé à Surice, 

est marquée d'une croix) ... 190 

63. Onhaye. Quartier incendié de Bonair 190 

64. Onhaye. Ferme de Froidmont, au sud-est du village, aux environs de 

laquelle se livrèrent plusieurs combats à larme blanche .... 190 

65. Onhaye. La chapelle de Bonair 190 

66. Palmyr Tonglet, de Dourbes, tué au « Tienne Delvaux » 191 

67. Jules Godefroid, de Somzée, tué entre Dourbes et Nismes 191 

68. Jules Nicolas, tué à Nismes 191 

69. Emile Perleaux, de Nismes, tué sur ta route de Petigny 191 

70. Abbé Paul Gilles, docteur en philosophie et en théologie, vicaire à 

Couvin, y massacré 191 

71. Gaston Lapôtre, de Nismes, tué sur la route de Petigny 191 

72. Alfred Grégoire, id. id. . 191 

73. Achille Collard, id. id. 191 

74. Armand Dumont, tué à Petite-Chapelle 191 

75. Pierre Boutai, de Couvin, fusillé près de la chapelle des « Fonds de 

l'Eau » 191 

76. Jean-Baptiste Manise, tué à Oignies 191 

jj. Olivier Parmentier, de Miavoye, fusillé à Surice 196 

78. André Libert, id. id. 196 

79. Auguste Durdu, échevin de Surice 196 

80. Jean-Baptiste Libert, de Miavoye, fusillé à Surice . , 196 

81. L'abbé Gustave Gaspard, de Thon, professeur au collège de Bellevue, 

à Dinant, fusillé a Surice 196 

82.. L'abbé Alphonse Ambroise, curé d'Onhaye, fusillé à Surice .... 196 

83. Félix Ambroise, professeur à l'école d'horticulture de Vilvorde, fusillé 

à Surice 196 

84. Gustave Copienne, d'Evrehailles, oncle de M. l'abbé Ambroise, fusillé 

à Surice 196 

85. Adelin Frérotte, d'Onhaye, fusillé à Surice 196 

86. Alphonse Nassaut, d'Anthée, id. 197 

87. Félix Jacques, docteur en médecine, d'Anthée, fusillé à Surice . . . 197 

88. Olivier Delcour, d'Anthée, fusillé à Surice avec ses fils Arthur et Léon. 197 

89. Henri Jacques, d'Anthée, élève du collège de Bellevue, à Dinant, 

fusillé à Surice 197 



i32 

Figures. Pages. 

90. Arthur Delcour, d'Anthée, fusillé à Surice avec bon père et son frère 

Léon 197 

91. L'abbé Oscar Piret, curé d'Anthée, fusillé à Surice 197 

92. L'abbé Marcellin Poskin, curé de Surice, y fusillé 197 

93. Edmond Schmit, inspecteur de l'enseignement primaire, à Gerpinnes, 

fusillé à Surice 197 

94. Léon Delcour, d'Anthée, fusillé à Surice avec son père et son frère 

Arthur 197 

95. Jean-Baptiste Quoilin, de Gérin, fusillé à Surice .... 197 

96. Jean Quoilin, fils de Jean-Baptiste, de Gérin, fusillé à Surice -. 197 

97. Louis Delcour, de Gérin, fusillé à Surice 197 

98. Ursmer Deravet, id. id. 197 

99. Plan de Surice, incendié par les troupes du XIX e corps 198 

100. Vuegénéralede Surice. prise de la roule de Romedenne à Franchimont. 208 
10t. Surice. L'église en ruines, La maison Baijot, où quatre cadavres 

furent retrouvés dans la citerne 208 

102. Surice. Intérieur de l'église incendiée 208 

io3. Surice. La place située en haut du village, avec la chapelle, épargnée, 

de N.-D. de Lourdes 208 

104. Place de Surice et maison dans laquelle se tinrent cachés, pendant la 

nuit du 24 au 25 août, le curé de Morville et ses compagnons . 208 
io5. Surice. Ruines de la maison Emond, à gauche de laquelle s'ouvre le 

sentier par lequel le curé de Morville et ses compagnons purent 

fuir vers Pérémont 209 

106. Surice. Lieu-dit ; « Les Fosses », où eut lieu la grande fusillade. 

La maison Canton 209 

107. Eglise de Romedenne, incendiée 209 

108. Romedenne. Route de Romerée-Couvin et ruines de la gendarmerie 

nationale 209 

109. Plan de Romedenne, incendié par les troupes du XIX e corps ... 211 
ito. Léopold Burniaux, massacré à Surice avec ses fils Armand et 

Albert , 214 

tu. Armand Van Durme, de Dinant, tué à la grande fusillade de Surice. 214 

112. L'abbé Armand Burniaux, massacré à Surice avec son père et son 

frère Albert 214 

11 3. Elie Piérot, de Surice, tué à la grande fusillade .... 214 

114. Alexis Thiry, id. id. 214 

it5. Gaston Burniaux, fils de Léopold, victime de la grande fusillade 

« des Fosses » ... * 214 

116. Elisée Piérard, de Surice, tué à la grande fusillade 214 

1 17. Albert Burniaux, massacré à Surice avec son père et son frère Armand. 214 

it8. Alexandre Rouyre, d'Ermeton-sur-Biert, tué à Surice 214 

1 19. Jules Bastin, organiste de l'église de Surice, fusillé à Romedenne avec 

sa femme et son enfant de i5 mois 214 



233 

Figures. Pages. 

120. Juliette Genard, épouse d'Alexandre Rouyre, d'Ermeton-sur-Biert, 

tué à Surice 2i5 

12t. Rosalie Gobron, épouse Jules Bastin, fusillée à Romedenne, avec son 

mari et son enfant de t5 mois 2i5 

122. Marie-Louise Penasse, fusillée à Romedenne, avec son père, sa mère, 

son frère et ses sœurs 21 5 

123. Bertha Penasse, fusillée à Romedenne, avec son père, sa mère, son 

frère et ses sœurs 21 5 

124. Joseph Libert, de Maurenne, tué à Surice 2i5 

125. Joseph Burniaux, tué en vue de Surice, avec Rosalie Piérard 2i5 

126. Jeanne Penasse, seule survivante de la famille 2.1 5 

127. Léon Penasse, fusillé à Romedenne, avec son père, sa mère et ses 

sœurs 215 

128. Rosalie Piérard, de Surice, tuée avec Joseph Burniaux 2i5 

129. François Guislain, de Surice, tué près de Soulme 215 

i3o. Carte de la région étudiée dans la V e partie (tome VI) 235 



FIN DU SIXIEME VOLUME 



Bruxelles 
Imprimerie Veuve Monnom 

Société anonyme 

32, rue de l'Industrie 
1923 



IîiNERAiRES : 



Xï Corps 

La Garde , + +. .». + 

23ï DiVISiON Je Réserve, 

24?DÏV,j.r&. 
JŒi Corps, 
ZEj Corps, 




» Jlocroy 

Fig. i3o. — Carte de la région étudiée dans la cinquième partie : rEntre-Sambre-et'-Meuse. 



La Bi.blÀo£k&qu2. 
Université d'Ottawa 
Echéance 



Tho, LlbKaxy 
University of Ottawa 
Date Due 




a39003 0018820 7 ^b 



D 5 4 1 



D625 1919 V5 



DOCUMENTS POUR SERVIR